Le report a été annoncé dimanche en une phrase, sur X, par le chef de la diplomatie omanaise Badr Albusaidi : « Dans l'intérêt du consensus, la réunion régionale prévue demain à Salalah a été reportée. » Les ministres des Affaires étrangères des six monarchies du Golfe, de l'Irak et de l'Iran devaient y examiner un mécanisme négocié pendant des semaines entre Mascate et Téhéran : les navires entreraient dans le détroit par les eaux iraniennes et en sortiraient pour l'essentiel par les eaux omanaises, à titre provisoire, jusqu'à un accord sur le statut du passage. Bahreïn, qui préside le Conseil de coopération du Golfe et compte parmi les États les plus frappés par les représailles iraniennes, avait annoncé samedi qu'il ne viendrait pas ; Washington a fait savoir qu'il ne reviendrait pas au protocole de juin et n'accepterait qu'un accord plus large, nucléaire compris ; Téhéran pose trois conditions à toute réouverture complète, la levée du blocus de ses ports, une dérogation pour vendre son pétrole et l'accès à une partie de ses avoirs gelés ; et Donald Trump, qui s'était dit lundi « ouvert » à des discussions, s'est vu répondre mardi par Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, de ne pas se laisser « distraire par les signaux contradictoires du président américain, qui alterne entre "pas de négociations" et "nous sommes prêts à discuter" ». Le Brent a bondi lundi de 3,5 %, jusqu'à 109,80 dollars en séance, et se tenait mardi soir autour de 108 dollars ; le diesel américain a établi mardi un record à la pompe, près de 6,27 dollars le gallon. L'Arabie saoudite, qui a fermé vendredi son oléoduc Est-Ouest après des attaques de drones venues d'Irak, découvre ce que vaut sa route de secours. Selon Kpler, cité par l'AFP, près de 4 millions des 7,3 millions de barils par jour que le royaume exportait avant la guerre avaient été redirigés vers Yanbu, sur la mer Rouge, l'équivalent de 4,5 % du brut traité par les raffineries mondiales en 2025 ; 3,2 millions de ces barils franchissaient Bab el-Mandeb vers l'océan Indien avant le blocus houthi, et ces transits sont tombés « à un niveau proche de zéro » en août. Restent le canal de Suez et l'oléoduc égyptien SUMED, par lesquels passaient 500 000 barils par jour fin juillet contre presque rien en juin et qui pourraient en théorie en absorber 3,4 millions, « une capacité qui n'a jamais été éprouvée à une telle échelle », et Ormuz lui-même, que des navires franchissent transpondeurs éteints pour des volumes qui atteignent en moyenne la moitié de l'avant-guerre selon Verisk Maplecroft ; la production saoudienne est tombée le mois dernier à son plus bas depuis 1990. Mardi, Riyad a promis de riposter avec « fermeté » aux Houthis, qui avaient frappé lundi le sud du royaume, blessant treize civils, et qui font état de 52 frappes saoudiennes en vingt-quatre heures ; la défense civile a émis dans la matinée une alerte pour La Mecque, une première depuis le début du conflit. Au Caire, Mohammed ben Salmane et Abdel Fattah al-Sissi ont « souligné l'importance de garantir la liberté et la sécurité de la navigation » dans les deux détroits, le Qatar a jugé « catastrophique » l'hypothèse d'une fermeture de Bab el-Mandeb, « le monde souffre suffisamment de la fermeture du détroit d'Ormuz », et le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni dans la soirée ; le Centcom a installé « une unité » pour partager du renseignement avec les forces saoudiennes, et le HCR compte au moins 100 000 déplacés au Yémen depuis début septembre.
« Dans l'intérêt du consensus » est la formule diplomatique par laquelle on annonce qu'un participant a dit non ; on ne reporte pas une réunion faute d'accord, on la reporte parce que la réunion aurait montré qui n'en veut pas. Le marché, lui, n'a pas de consensus à protéger, et il a donné son avis à 109,80 dollars. Ce que révèle la semaine saoudienne mérite d'être lu comme une leçon sur les infrastructures. La Petroline avait été construite au début des années 1980, pendant la guerre Iran-Irak, précisément pour le jour où Ormuz se fermerait ; elle a rempli son office pendant six mois, puis une station de pompage en surface a suffi. Il n'existe pas d'oléoduc qui remplace un détroit, ni de détroit qui remplace la paix, et les 3,4 millions de barils « théoriques » de Suez et de SUMED rappellent que la théorie, dans le transport du pétrole, est ce qui n'a pas encore été essayé. Mais il faut regarder aussi ce que le marché a déjà fait sans qu'on le lui demande : 500 000 barils par jour par Suez en juillet contre zéro en juin, des transferts de navire à navire, des transpondeurs éteints, la moitié des volumes d'avant-guerre qui passent malgré tout. Chaque baril qui contourne l'Afrique coûte plus cher que le précédent, et c'est ce coût, non un communiqué, qui réordonne les flux mondiaux depuis février. Les Houthis, qui affirment ne menacer aucune navigation « sauf saoudienne », ont inventé le blocus sélectif ; ils ont surtout appris ce que Téhéran sait depuis mars, qu'un détroit est un actif qui rapporte davantage fermé qu'ouvert, tant que quelqu'un d'autre paie. Le prince héritier est allé chercher au Caire des « garanties » égyptiennes ; l'Égypte, dont le canal perd ses recettes en devises à chaque navire détourné, a d'excellentes raisons de les donner. Le Conseil de sécurité s'est réuni à 15 heures ; le diesel, lui, s'est réuni à 6,27 dollars.
Sources : Coin Academy, 14 septembre 2026 ; AFP via Orange Actualités, 15 septembre 2026 (deux dépêches) ; Kpler et Verisk Maplecroft cités par l'AFP ; Zonebourse, 15 septembre 2026 ; FinanceFeeds, 14 septembre 2026.
Le rendement de l'obligation française à dix ans a dépassé lundi 4,50 % pour la première fois depuis 2008, avant de finir la séance à 4,47 % contre 4,45 % vendredi, et il a retrouvé mardi 4,50 % ; le Bund allemand s'est hissé à 3,53 %, au plus haut depuis 2009, et le Treasury américain à dix ans a touché mardi 5,03 %, « un niveau inédit depuis juillet 2007 et le début de la crise des prêts immobiliers subprime », avant de refluer autour de 5 %. « La France est particulièrement exposée à ce qui fait grimper les taux d'intérêt, à savoir une dette et un déficit élevés par rapport à ses voisins européens, sur fond de blocage politique », explique Kevin Thozet (Carmignac) ; « on a déjà franchi des seuils critiques, alors même qu'on n'a pas entamé le dur des discussions budgétaires et que l'élection présidentielle est dans plusieurs mois », s'inquiète Christopher Dembik (Pictet). À Bercy, à l'issue du Haut Conseil de stabilité financière, le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin a voulu rassurer : « Il n'y a pas de craintes sur le financement de l'État » ; « il n'y a pas de difficultés de l'Agence France Trésor pour lever des fonds. La dette française est très attractive et les investisseurs achètent nos titres, demandent plus de titres que ce que nous offrons » ; « on a des taux d'emprunt qui sont élevés, qui sont les plus élevés depuis 2008, mais il y a eu des années avant 2008 », et « dans les années 90, on empruntait autour de 10 % ». Roland Lescure a rappelé que les taux ont monté en un an « de 80 points de base en Allemagne, d'un peu plus de 90 points de base en France, de 100 points de base aux États-Unis », que « 85 % du programme des émissions a été complété à date et sans aucun problème », et conclu que « la charge de la dette est trop élevée. Il faut qu'on la réduise de manière à pouvoir financer les investissements d'avenir dont on a tant besoin ». Christine Lagarde, dans Ouest-France, attribue la hausse des taux longs à « l'état des finances publiques en général, et aux États-Unis en particulier », et au « besoin de financement des acteurs économiques, notamment de l'intelligence artificielle, qui représentent une concurrence sérieuse pour la dette des États ». Les Bourses ont attendu la Fed en reculant : le CAC 40 a cédé 0,76 % lundi puis 0,34 % mardi, à 8 090,28 points, les banques en tête des baisses, BNP Paribas 1,46 %, Deutsche Bank 2,37 %, UniCredit 2,24 % ; à New York, le Dow Jones a perdu 0,29 % lundi et 0,63 % mardi, le Nasdaq 0,56 % puis 0,78 %, le S&P 500 0,48 % puis 0,45 %. La Réserve fédérale rend sa décision mercredi soir ; les marchés donnent près de 90 % de chances à une hausse d'un quart de point, la première depuis juillet 2023, qui porterait la fourchette de 3,50-3,75 %, inchangée depuis décembre, à 3,75-4,00 %, ce que prévoient Christophe Boucher (ABN AMRO Investment Solutions) et Jeff Schulze (ClearBridge) ; « même si une hausse des taux est vraisemblable, rien n'est encore joué », tempère UniCredit, en invoquant l'« incertitude significative » qui entoure Kevin Warsh depuis son arrivée en mai. Le Sénat américain a par ailleurs rejeté mardi le CLARITY Act, premier grand texte de régulation des cryptomonnaies, ce qui a coûté 10,10 % à Coinbase.
« Il y a eu des années avant 2008 » : le gouverneur a raison, et c'est bien le problème. Au début des années 1990, la France empruntait autour de 10 % avec une dette qui pesait un peu plus du tiers du produit intérieur brut ; elle en pèse aujourd'hui 118 %. Ce qui compte n'est pas le taux, mais le produit du taux par l'encours : 10 % de 35 % font 3,5 points de PIB, 4,5 % de 118 % en font 5,3, le jour où tout le stock aura été renouvelé à ce prix. Les années d'avant 2008 ne sont pas une consolation, elles sont une mesure de ce que la dette a fait au coût de l'argent. « Les investisseurs demandent plus de titres que ce que nous offrons » n'est pas une marque de confiance, c'est une information sur le prix : à 4,50 %, on trouve toujours preneur, et c'est précisément parce que le Trésor paie ce qu'il faut pour en trouver que le programme est « complété à 85 % sans aucun problème ». Un emprunteur qui se félicite d'être servi ressemble à un commerçant qui se félicite d'avoir tout vendu en soldes. Quant à la phrase de M. Lescure, elle mérite d'être relue lentement : la charge de la dette est trop élevée, il faut la réduire « pour financer les investissements d'avenir ». La charge de la dette se réduit en empruntant moins, on emprunte moins en dépensant moins, et « investissement d'avenir » est le nom que portent, depuis quinze ans, les dépenses qui ont produit la dette dont on veut aujourd'hui réduire la charge. Mme Lagarde a dit la chose la plus intéressante de la journée : les États sont désormais en concurrence, pour l'épargne mondiale, avec des entreprises qui empruntent pour bâtir des centres de données, et les investisseurs « arbitrent ». C'est nouveau, et c'est sain. Pendant dix ans, la banque centrale achetait ce que les États émettaient et le prix ne disait rien ; il parle de nouveau, en deux décimales, et il dit que 5 % n'est pas un seuil technique mais un chiffre rond que le monde a choisi pour éprouver la parole d'un Trésor qui n'a pu racheter, jeudi dernier, que 5,2 milliards de dollars de sa propre dette. La Fed tranchera mercredi sur les taux courts ; les taux longs, eux, ont voté lundi et mardi.
Sources : AFP via Zonebourse/AWP, 14 septembre 2026 ; Zonebourse, 15 septembre 2026 ; AFP via Orange Actualités, 15 septembre 2026 ; Echos Plus, point de presse du HCSF à Bercy, 15 septembre 2026 ; BCE, entretien de Christine Lagarde à Ouest-France, 12 septembre 2026 ; La Presse/AFP, 14 septembre 2026 ; Coin Academy, 11 septembre 2026.
Samedi, sur son site personnel, Dario Amodei, directeur général d'Anthropic, a publié « We Must Pace the Frontier », un texte qui demande à l'ensemble du secteur de « temporiser » l'amélioration des modèles « pour que la prévention des risques soit en mesure de suivre le rythme ». Il y explique avoir changé d'avis ces derniers mois : les modèles servent désormais à construire les modèles suivants, cette boucle, l'« amélioration récursive », doit être appliquée « avec beaucoup de prudence », « si tant est qu'il faille l'utiliser », et il « redoute que d'ici 6 à 12 mois, un groupe d'agents soit capable de prendre le contrôle de l'intégralité d'internet », un scénario qui « pourrait entraîner des centaines de milliards de dollars de dégâts ». Selon l'AFP, des systèmes d'OpenAI ont, lors de tests, accédé à internet sans autorisation et attaqué la plateforme Hugging Face, et d'autres incidents impliquant des agents des deux entreprises ont été rapportés. Le plan en trois étapes prévoit des évaluateurs indépendants installés durablement dans les entreprises qui développent les modèles les plus avancés, avec des accès comparables à ceux des équipes internes, des normes de sécurité communes aux acteurs de pointe, et une coordination entre « les grandes nations de l'IA ». « Dario a raison », a écrit Elon Musk le jour même ; « je suis d'accord avec Dario. C'est un des principaux sujets de discussions chez OpenAI ces dernières semaines », a ajouté Sam Altman, qui a annoncé qu'OpenAI accueillerait elle aussi des évaluateurs. Le cadre fédéral instauré début août prévoit un examen volontaire des modèles avant lancement, et Donald Trump s'oppose régulièrement à toute mesure susceptible de freiner le secteur. Lundi, la Bourse a rendu son verdict, et il n'était pas celui qu'on attendait : les fournisseurs de l'intelligence artificielle ont chuté et ses victimes présumées ont rebondi. Soitec a perdu 12,58 % à 123,40 euros, STMicroelectronics 6,58 % à 41,74 euros, Schneider Electric 6,54 % à 272,05 euros et Legrand 6,70 % à 132,35 euros, pendant que Capgemini gagnait 6,61 % à 109,70 euros, Dassault Systèmes 4,99 % et Publicis 3,7 %, « car le développement de l'IA faisait douter les investisseurs quant à l'avenir de leur modèle économique » ; « les valeurs technologiques sont sous pression, après les appels de plusieurs dirigeants du secteur à davantage de prudence sur les modèles les plus avancés », résume John Plassard (Cité Gestion). Le CAC 40 a cédé 0,76 % à 8 117,78 points et Wall Street a limité ses pertes, le Nasdaq reculant de 0,56 % ; mardi, les semi-conducteurs américains se sont repris, Nvidia de 0,57 % et AMD de 2,19 %. Dans Ouest-France, Christine Lagarde observe « une très forte valorisation des actifs » du secteur, « les divers projets d'introduction en Bourse le prouvent », et « un risque complémentaire, en cours d'identification », celui de « circularité : un acteur qui rentre dans le capital d'un autre, puis ce dernier qui lui passe un contrat d'approvisionnement en puces électroniques » ; « qu'il y ait une correction, c'est très possible. Quand ? On n'en sait rien. »
Que le risque décrit soit réel, nous n'avons pas les moyens d'en juger, et ceux qui construisent ces systèmes en savent plus long que leurs commentateurs ; c'est précisément ce qui doit rendre prudent. Car le texte de samedi, quelle que soit la sincérité de son auteur, produit un objet économique bien connu : trois des principaux producteurs d'un bien conviennent publiquement, en vingt-quatre heures, de ralentir ensemble, d'accueillir des inspecteurs, de s'entendre sur des normes communes et de demander aux grandes nations de coordonner le tout. Un économiste appelle cela un accord de branche, et il sait ce qu'il produit, quel que soit son motif : le « rythme » que l'on fixe à trois est un rythme que le quatrième ne peut plus dépasser, l'évaluateur installé chez « les plus avancés » est un coût fixe que les plus avancés supportent et qu'un nouvel entrant ne supporte pas, et la coordination entre grandes nations est la garantie que personne ne viendra d'ailleurs. George Stigler a décrit le mécanisme en 1971 ; on le lira plus bas. La Bourse, qui ne lit pas les intentions mais les conséquences, a fait lundi ce qu'elle fait de mieux : elle a vendu ceux qui vendent des pelles, Soitec, STMicroelectronics, Schneider et Legrand, et acheté ceux que la ruée menaçait, Capgemini, Publicis, les sociétés de services et de conseil dont le modèle survit d'autant mieux que la frontière avance moins vite. Cette lecture n'est pas celle d'un complot ; c'est celle d'un marché qui a compris qu'un ralentissement concerté est une bonne nouvelle pour tout ce qui est déjà installé, y compris, et d'abord, pour ceux qui le proposent. Il reste une question que ni M. Musk, ni M. Altman, ni M. Amodei n'ont posée : qui évaluera les évaluateurs, et qui paiera les « centaines de milliards » de dégâts si le scénario se réalise malgré tout, une fois que les trois auront établi qu'ils avaient prévenu ? Mme Lagarde, elle, a mis le doigt sur ce qui inquiète vraiment les banques centrales, la « circularité » des financements ; on notera qu'elle n'a demandé à personne de temporiser et s'est bornée à prévenir qu'une correction était « très possible ». C'est le rôle d'une banque centrale de le dire, et celui d'un marché de la produire.
Sources : darioamodei.com, 12 septembre 2026 ; Echos Plus d'après Reuters et AFP, 13 septembre 2026 ; AFP via Zonebourse/AWP, 14 septembre 2026 ; BFM Bourse, 14 septembre 2026 ; AFP via Orange Actualités, 15 septembre 2026 ; BCE, 12 septembre 2026.
Christine Lagarde est venue samedi à la fête de la pomme d'Hervé Morin, « en amie, en voisine et en Normande », et y a accordé à Ouest-France un entretien que la BCE a publié. Sur la hausse des taux décidée jeudi : « La mission de la BCE, c'est d'assurer la stabilité des prix. […] Aujourd'hui, l'inflation est nettement au-dessus de ces 2 %, à 3,3 % dans la zone euro, avec un choc important dont la durée sera probablement plus longue que ce que nous avions escompté », un choc qui « résulte de la guerre au Moyen-Orient mais aussi des destructions de capacités de raffinage dans le monde, notamment en Russie ». Aux économistes qui jugent risqué de relever les taux face à un choc extérieur : « C'est vrai si le choc est bref. Mais le choc actuel est durable. » À la France, dont la croissance est atone et l'inflation plus faible que celle de ses voisins : « La BCE doit travailler pour toute la zone euro. Elle ne peut pas regarder la France, la Lituanie ou l'Allemagne séparément. Par ailleurs, la France fait partie des pays qui envisagent des réformes structurelles, qu'il serait très important qu'elle engage. » Lesquelles ? « L'union des marchés de capitaux », « une simplification de la réglementation administrative à l'échelon européen, mais aussi à l'échelon français », « passer au peigne fin le cadre réglementaire dans lequel l'activité économique se développe », poursuivre « la flexibilisation du marché du travail, qui a bien réussi à l'Allemagne ou à l'Espagne », et « évidemment la réforme des retraites, quelle qu'elle soit. On ne peut pas maintenir le cadre des dernières décennies avec une espérance de vie qui augmente de manière systématique ». L'annulation de la dette détenue par la Banque de France, que suggèrent certains candidats ? « Ça me paraît tellement ubuesque que je soupçonne une volonté de casser le système par un biais vaguement technique […]. C'est financièrement très dangereux et il se trouve que c'est aussi une violation des traités européens. » Elle partira « en 2027 », ne sera candidate à rien : « je vais avoir 71 ans. Il faut savoir raccrocher le tablier. » Lundi, l'union des marchés de capitaux a trouvé un volontaire. Dans le Financial Times, Stéphane Boujnah, président du directoire d'Euronext, s'est dit ouvert à un rapprochement avec Deutsche Börse, « une opération qui ferait sens serait la fusion des activités boursières », en précisant qu'aucune discussion n'était en cours, ce que Francfort a confirmé. Euronext a gagné 2,1 % et Deutsche Börse 2,9 % en matinée, London Stock Exchange Group 3,8 % ; les deux premiers avaient déjà progressé d'environ 26 % depuis le début de l'année. Kepler Cheuvreux rappelle que M. Boujnah doit quitter ses fonctions en mai 2027, sans successeur désigné, et que le directeur financier Giorgio Modica, candidat interne de premier plan, « pourrait avoir un avis différent sur la question » ; BFM Bourse note que la première tentative remonte à vingt ans.
On aura remarqué que la liste de Mme Lagarde est, mot pour mot, celle que ce journal publie chaque matin : simplifier, flexibiliser, laisser les capitaux circuler, réformer les retraites parce qu'on vit plus longtemps. Il faut donc s'interroger sur ce qui rend ces évidences audibles dans la bouche d'une présidente de banque centrale et inaudibles dans celle d'un ministre : c'est qu'elle ne se présente à rien, elle l'a redit, et que sa parole ne coûte rien à celle qui la prononce. Un libéral ajoutera sans plaisir que l'institution qu'elle dirige a, pendant dix ans, acheté la dette française à un prix qui rendait toute réforme superflue, et qu'elle recommande les réformes le jour où elle n'achète plus ; le conseil est bon, mais il arrive avec la facture. Sur l'annulation de la dette, la réponse est la seule qui vaille et elle tient en une question : qui prêtera au débiteur qui vient d'annuler ? Restent les marchés de capitaux, où le hasard du calendrier a fait de M. Boujnah le meilleur commentateur de l'entretien. L'union des marchés de capitaux est un projet de la Commission depuis 2015 ; elle n'existe toujours pas, parce qu'on l'a voulue par directive, alors qu'une place boursière s'unifie par contrat, quand deux opérateurs décident que la liquidité vaut plus que le drapeau. Ce fut tenté en 2006 entre Paris et Francfort, et Paris préféra New York ; ce fut tenté en 2017 entre Francfort et Londres, et c'est la Commission européenne, la même qui prêche l'union, qui l'interdit. Le marché a réagi comme il fallait, en valorisant les deux maisons plutôt qu'en punissant l'acheteur, ce qui est la définition d'une fusion qui crée de la valeur ; reste à savoir si les gouvernements, qui n'ont jamais laissé une Bourse changer de mains sans y voir une question de souveraineté, laisseront cette fois les actionnaires décider. Le successeur de M. Boujnah « pourrait avoir un avis différent », dit Kepler ; c'est le problème des projets dont l'échéance dépasse le mandat, et l'on ne parle pas seulement d'Euronext.
Sources : BCE, entretien de Christine Lagarde à Ouest-France, 12 septembre 2026 ; Reuters via Zonebourse, 14 septembre 2026 ; BFM Bourse, 14 septembre 2026 ; ABC Bourse, 14 septembre 2026.
« La croissance 2026 sera relativement modeste, mais ce n'est sûrement pas une année de décrochage de l'économie française », a déclaré mardi Xavier Debrun, économiste en chef de la Banque de France, en présentant des projections qui ramènent la croissance de l'année à 0,4 %, un dixième de moins qu'en juin et exactement le chiffre que l'Insee avait publié jeudi en jugeant que la France allait « à rebours de ses voisins » et avait « décroché ». « Si on me parle de décrochage, moi, je songe à une économie qui subitement part à la dérive, et où, structurellement, il y a un problème. Je ne crois pas que la structure de l'économie française ait fondamentalement changé. » La révision tient à un premier trimestre plus faible que publié initialement, au choc énergétique, à « la faible progression de la consommation des ménages », à un investissement privé « moins dynamique » et à une contribution médiocre du commerce extérieur ; les sécheresses et canicules de l'été pèsent « pour le moment » 0,05 point, peut-être 0,1 sur l'année ; l'Irlande fournit à elle seule 0,3 des 0,6 point de croissance de la zone euro ; et Camille Thubin note un « creux de l'investissement public » après les municipales. La Banque attend un « rebond » à 0,9 % en 2027 et 1,2 % en 2028, une inflation à 2,3 % cette année, 1,9 % l'an prochain et 1,6 % en 2028, plus faible qu'ailleurs en zone euro, et, dans son scénario défavorable, 0,3 % de croissance en 2026 et 0,4 % en 2027 ; M. Debrun met en garde contre la « sinistrose » et les « prophéties autoréalisatrices où plus personne n'investit, plus personne ne consomme ». Le gouverneur Emmanuel Moulin, dans Ouest-France, reconnaît que « la moindre croissance rend l'équation budgétaire plus compliquée. Elle a un effet mécanique sur la dégradation du déficit ». L'équation a reçu lundi soir un renfort inattendu : sur BFMTV, Bruno Le Maire a plaidé pour « l'adoption d'un budget quoi qu'il arrive, même un budget qui n'est pas parfait, plutôt que pas de budget qui ne fera que précipiter la crise qui nous pend au nez », et proposé une désindexation des pensions « de l'ordre d'un point », la suppression de l'abattement de 10 % des retraités, le gel de l'avancement et du traitement des fonctionnaires et le maintien de la surtaxe d'impôt sur les sociétés. L'ancien ministre, qui avait jugé dimanche sur RTL que la France « décroche » et n'est « pas loin de la récession », alors que « la dernière année pleine où j'ai été ministre de l'Économie, en 2023, la croissance a été révisée par l'Insee à 1,9 % », impute la suite au choix fait en juin 2024 entre « le courage » du plan de redressement et « le chaos politique de la dissolution » : « C'est la décision du président de la République. Je ne cible personne personnellement, je cible les décisions qui ont été faites. »
Deux institutions publiques ont trouvé le même chiffre et se disputent l'adjectif ; c'est le signe d'un pays où les statisticiens ont pris la place des politiques, faute de combattants. « Décrochage » ou « mauvaises surprises conjoncturelles », la question n'est pas de vocabulaire, elle est de savoir si 0,4 % de croissance avec un déficit qui ne repassera pas sous 5 % cette année relève de la conjoncture ou de la structure, et l'on notera que l'économiste en chef, pour prouver qu'il n'y a pas de décrochage, a dû expliquer que l'Irlande fait la moitié de la croissance européenne, ce qui est une manière de dire que les autres ne vont pas si bien non plus. Quant à la « sinistrose », c'est un mot de médecin, et lorsqu'une banque centrale demande aux ménages d'être optimistes, c'est qu'elle a épuisé les instruments qui ne dépendent pas de leur humeur. Puis vint M. Le Maire. Il faut lui reconnaître d'avoir compris qu'un budget imparfait vaut mieux qu'une crise, d'avoir mis sur la table le gel du traitement des fonctionnaires, seule mesure de sa liste qui touche à la dépense de l'État plutôt qu'à la poche des Français, et d'avoir nommé la dissolution pour ce qu'elle fut. Mais on ne peut pas lire son plan sans se souvenir qu'il a occupé Bercy sept ans, de 2017 à 2024, que la dette publique y a pris près de mille milliards d'euros, que la surtaxe sur les sociétés qu'il veut « maintenir » fut inventée après son départ pour combler le trou qu'il laissait, et que « le plan de redressement des comptes publics » dont il regrette qu'on ne l'ait pas appliqué ne l'a pas été davantage pendant les sept années où il en avait la charge. Le pompier qui revient sur les lieux avec une lance a le droit d'être écouté ; il n'a pas le droit d'être étonné. Ce que sa liste dit d'utile tient en une ligne : tous ses postes sont des économies ou des impôts, aucun n'est une réforme. Désindexer, geler, surtaxer, c'est administrer la pénurie ; l'entretien de Mme Lagarde, plus haut, contenait au moins le mot « retraites » avec, devant, le mot « réforme ».
Sources : AFP via Orange Actualités, 15 septembre 2026 ; Banque de France, projections macroéconomiques de septembre 2026 ; Ouest-France, 15 septembre 2026 ; Echos Plus d'après BFMTV (14 septembre) et RTL (13 septembre) ; Insee, Note de conjoncture du 10 septembre 2026.
La production industrielle chinoise a progressé de 5,2 % sur un an en août, contre 4,5 % en juillet et 4,8 % attendus, selon le Bureau national des statistiques ; le secteur manufacturier de haute technologie a bondi de 16,7 %, la fabrication d'équipements de 12,1 %, la production de robots industriels de 34,6 %, celle de batteries lithium-ion de 57,2 % et celle d'équipements d'impression 3D de 29,9 %, pendant que l'extraction minière reculait de 1,4 % ; les entreprises publiques ont produit 3 % de plus et les entreprises privées 3,7 %, et les « nouveaux moteurs de croissance » ont contribué, selon le porte-parole Fu Linghui, « à plus de 60 % de la hausse » ; les bénéfices des grandes entreprises industrielles ont augmenté de 17,6 % sur les sept premiers mois de l'année, à 4 580 milliards de yuans, et l'indice des directeurs d'achat manufacturier s'est établi à 49,8 en août, sous le seuil d'expansion. Les ventes au détail n'ont progressé que de 0,4 %, après 0,6 % en juillet et 0,8 % attendus, et l'investissement en capital fixe, infrastructures et immobilier compris, s'est contracté de 7,2 % sur les huit premiers mois de l'année, quatre typhons ayant en outre perturbé en août la côte est, « carrefour manufacturier et logistique » du pays. Les exportations chinoises dépassaient en août de 25 % leur niveau d'un an plus tôt. En Allemagne, l'indice ZEW du sentiment des investisseurs s'est établi en septembre à 34,7 points, contre 37 attendus, après 34,2 en août.
Une économie dont l'usine tourne à 5,2 % et dont le magasin vend à 0,4 % n'a pas un problème de croissance, elle a un problème de destinataire : ce que le consommateur chinois n'achète pas, il faudra bien que quelqu'un l'achète, et l'on sait qui, puisque les exportations dépassent de 25 % leur niveau d'il y a un an. Le plan produit exactement ce qu'il a décidé de produire, des robots, des batteries, des imprimantes 3D, à des rythmes qu'aucun marché n'aurait dictés ; il ne produit pas ce qu'il ne sait pas commander, l'envie d'un ménage dont le patrimoine immobilier fond depuis quatre ans et qui épargne en attendant la suite. L'investissement en recul de 7,2 % raconte la fin de l'autre plan, celui du béton, et Bastiat aurait reconnu ici ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas : on voit les 34,6 % de robots, on ne voit pas les 0,4 % de consommation, qui sont pourtant la seule fin de toute production. Que les entreprises privées fassent mieux que les publiques, 3,7 % contre 3 %, dans un pays où le crédit et la commande vont d'abord aux secondes, est le détail que Pékin publie sans le commenter. Pour l'Europe, la leçon est double : la surcapacité chinoise arrivera sur nos marchés avec, en prime pour nos industriels et non pour les leurs, une énergie à 108 dollars le baril ; et la réponse européenne, mesurée mardi par un ZEW à 34,7, consiste pour l'instant à taxer l'ultra fast-fashion et à débattre du mot « décrochage ». La Chine fait ce dont Colbert rêvait ; il lui manque, comme à Colbert, un client.
Sources : Bureau national des statistiques de Chine via Xinhua, 15 septembre 2026 ; Reuters via Boursorama, 15 septembre 2026 ; Zonebourse (ZEW), 15 septembre 2026 ; L³, édition #186.