Le ministère saoudien des Affaires étrangères a condamné, dans un communiqué rapporté samedi, le ciblage de l'oléoduc Est-Ouest, dans les régions de Riyad et de Médine, par plusieurs drones venus d'Irak ; les frappes, jeudi matin selon l'agence officielle SPA, ont fait des blessés et des dégâts « dont les réparations sont en cours », et le ministère de l'Énergie a arrêté la conduite « par précaution » vendredi, sans calendrier de remise en service ni chiffrage des dommages. Petroline relie Abqaiq, près du Golfe, au port de Yanbu sur la mer Rouge ; sa capacité avait été rétablie à environ 7 millions de barils par jour en avril après de précédents dommages, et l'AIE notait en juillet que les exportations saoudiennes depuis Yanbu étaient passées d'environ 2 millions de barils par jour avant la guerre à plus de 5 millions début juin, ce qui en faisait la principale route de contournement d'Ormuz. Riyad a différé toute riposte à la demande du Premier ministre irakien Ali al-Zaïdi ; Bagdad a confirmé que l'attaque était partie de la province de Missan et limogé le commandant qui en avait la charge. Vendredi, les Houthis se sont emparés de la côte yéménite de la mer Rouge et des îles de Bab el-Mandeb au terme d'une offensive éclair, et ont déclaré la navigation « sûre pour toutes les compagnies à l'exception des navires saoudiens, qui ont déjà été interdits d'accès » ; la production saoudienne « est tombée au plus bas depuis 1990 », selon Arne Lohmann Rasmussen (Global Risk Management). Le Brent a pourtant reculé vendredi de 2,81 % à 104,61 dollars, après un plus haut depuis mai à 107,63 dollars jeudi, et termine la semaine en hausse de 8,65 % ; le WTI finit à 100,05 dollars. Deux nouvelles ont retenu le baril. Le Financial Times a révélé que les ministres des Affaires étrangères du Conseil de coopération du Golfe, de l'Irak et de l'Iran se retrouvent lundi à Salalah, dans le sud d'Oman, pour obtenir l'adhésion de la région à un accord « temporaire » de gestion du trafic dans Ormuz, ce que le porte-parole iranien Esmaeil Baghaei a confirmé. Et l'Agence internationale de l'énergie a abaissé encore sa prévision : la demande mondiale reculera de 2,5 millions de barils par jour cette année, à 102,44 millions, contre 1,6 million attendu en août, « l'impasse persistante dans les négociations entre les États-Unis et l'Iran » retardant « la perspective d'une normalisation des flux l'année prochaine ». L'offre baisse davantage, de 5,7 millions de barils par jour à 100,7 millions, avec « plus de 10 mb/j à l'arrêt dans le Golfe » et un redressement « désormais repoussé à 2027 » ; les stocks mondiaux ont perdu 95 millions de barils en août et 507 millions depuis février, 2,8 millions par jour, et la tension est « la plus aiguë » sur les produits raffinés, le diesel ayant dépassé 6 dollars le gallon aux États-Unis. La production américaine de brut a établi un nouveau record la semaine passée, selon les données publiées jeudi.
Dix millions de barils par jour à l'arrêt dans le Golfe, un exportateur qui produit moins qu'en 1990, deux détroits tenus par des milices, et un baril à 104 dollars : l'écart entre la catastrophe annoncée et le prix constaté a un nom, et ce nom est le prix lui-même. En six mois, il a retiré deux millions et demi de barils par jour à la consommation mondiale sans qu'aucun gouvernement ait distribué de tickets, et il a porté la production américaine à un record sans qu'aucun ministère ait planifié un puits. Ce rationnement-là est le seul qui fonctionne partout à la fois, et il coûte cher à ceux qui le subissent, ce qui est exactement sa fonction. Les 507 millions de barils sortis des stocks depuis février disent l'autre moitié de l'histoire : les réserves stratégiques débloquées en mars ont acheté du temps, et le temps s'achève, puisque l'AIE reporte à 2027 le retour des flux du Golfe. L'Arabie saoudite illustre ce que vaut une route de secours quand elle devient la route principale : Petroline portait cinq millions de barils vers la mer Rouge et n'en porte plus aucun, pendant que les Houthis inventent le blocus sélectif, une mer ouverte à tous sauf au voisin, ce qui s'appelle un péage plutôt qu'un blocus. Reste Salalah. Oman négocie depuis août un « couloir temporaire » et cherche lundi l'aval de ses voisins ; les marchands du Golfe ont toujours su ce que les stratèges apprennent tard, qu'un détroit ne vaut que par ce qui y passe. On se souviendra seulement qu'un vice-ministre iranien posait fin août trois conditions à la réouverture d'Ormuz, la fin de la guerre, la levée du blocus des ports iraniens et un règlement au Yémen ; le Yémen, depuis vendredi, a changé de mains.
Sources : prixdubaril.com d'après AFP, 11 et 12 septembre 2026 ; Al Jazeera, 11 septembre 2026 ; Financial Times, 11 septembre 2026 ; Agence internationale de l'énergie, Oil Market Report de septembre, 11 septembre 2026 ; Global Risk Management.
La Réserve fédérale se réunit mardi et mercredi et rendra sa décision mercredi à 20 heures, heure de Paris ; ce sera la troisième réunion présidée par Kevin Warsh, en poste depuis mai, après deux statu quo en juin et en juillet, le second acquis par neuf voix contre trois, trois membres ayant voté pour une hausse. À Jackson Hole, le 28 août, le président de la Fed avait déclaré que « la préoccupation prédominante de la Fed doit être aujourd'hui les prix » et, pour la première fois, que l'inflation devait revenir vers 2 % « à une vitesse suffisante » ; elle est à 3,4 % en août après un pic de 4,2 % en mai, plus haut depuis trois ans, les prix à la production montent de 5,4 % et l'économie a créé 162 000 emplois en août avec un chômage à 4,1 %. Le marché et les économistes ne lisent pas la même chose : les contrats à terme donnaient vendredi près de 86 % de chances à une hausse d'un quart de point mercredi, la première depuis juillet 2023, et intègrent deux hausses d'ici mars 2027 ; le sondage Reuters mené du 4 au 9 septembre donne 65 économistes sur 93 pour un maintien de la fourchette de 3,50 %-3,75 %, contre 90 % en août, et 52 sur 93 pour des taux inchangés jusqu'à la fin de l'année, contre 80 % les mois précédents. Parmi les spécialistes en valeurs du Trésor, onze attendent le statu quo cette année, dix au moins une hausse et un seul, Jefferies, une baisse ; les économistes prévoient une inflation PCE de 3,5 % en 2026 et de 2,4 % en 2027, sans retour à 2 % avant 2028. « La conviction des économistes quant à leurs prévisions s'est globalement affaiblie depuis que le président de la Fed, Kevin Warsh, a adopté une politique consistant à fournir peu ou pas d'indications sur les intentions futures de la banque centrale la plus puissante du monde », note Reuters ; le deux ans a gagné une vingtaine de points de base depuis Jackson Hole, le dix ans a fini vendredi à 4,955 % et le trente ans à 5,362 %, et « les responsables de l'administration Trump ont clairement fait savoir que le seuil de 5 % est une ligne qu'ils ne souhaitent pas voir franchie » ; le président, dont la cote est l'une des plus basses jamais mesurées, « a récemment menacé de mettre en place des restrictions commerciales de grande envergure si la Fed ne baissait pas ses taux ». Jeudi, la Banque d'Angleterre statuera sur un taux directeur à 3,75 %, maintenu le 30 juillet par six voix contre trois, Megan Greene, Huw Pill et Catherine Mann ayant réclamé une hausse, dans un pays dont le PIB progresse de 1,6 % sur un an. Vendredi, la Banque du Japon conclura sur un taux à 1,00 %, son plus haut depuis 1995, relevé en juin et maintenu le 31 juillet par huit voix contre une, Hajime Takata ayant proposé 1,25 %, avec une inflation sous-jacente attendue « nettement au-dessus » de 2 % au second semestre de l'exercice. Entre les deux, mercredi à 9 heures, Ursula von der Leyen prononcera à Strasbourg son discours sur l'état de l'Union, et les ventes au détail américaines d'août seront publiées quelques heures avant la Fed, après un recul de 0,6 % en juillet. La Banque de Russie, elle, a maintenu vendredi son taux à 14 %, une semaine avant les législatives, en constatant que « les pressions inflationnistes se sont fortement accentuées ces derniers mois » depuis que les drones ukrainiens frappent les raffineries.
Un économiste qui se trompe publie un correctif ; un marché qui se trompe paie. Les 70 % du sondage Reuters et les 86 % du marché à terme ne peuvent pas avoir raison ensemble, et la différence entre les deux tient à ce qu'ils ont engagé : les seconds ont mis de l'argent sur leur lecture de M. Warsh, les premiers ont mis leur nom. C'est ce que produit un président de la Fed qui refuse de guider les anticipations. On lui reprochera de créer de l'incertitude ; il rend seulement aux marchés le travail que ses prédécesseurs faisaient à leur place, et l'on découvre que le prix de l'argent, comme celui du pétrole, se forme mieux quand personne ne promet de le tenir. Le reste de la semaine relève du même principe. L'administration américaine a tracé une « ligne » à 5 % sur le dix ans ; une ligne se trace sur un graphique, pas sur un prix, et le Trésor l'a appris jeudi en ne parvenant à racheter que la moitié des titres qu'on lui offrait. La menace du président de restreindre le commerce si la Fed ne baisse pas ses taux mérite d'être lue littéralement : il s'agit de punir les importateurs américains pour convaincre la banque centrale de les appauvrir autrement, et c'est le premier cas connu où l'on menace une institution avec une taxe sur ses propres administrés. Londres et Tokyo donnent l'échelle. Trois membres sur neuf réclament une hausse à la Banque d'Angleterre dans un pays qui croît de 1,6 % ; la Banque du Japon est à 1 % et l'un de ses membres veut 1,25 % après trente ans d'argent gratuit ; la Russie tient 14 % parce que ses raffineries brûlent. Toutes courent après le même baril et aucune ne le rattrapera, comme nous l'écrivions vendredi ; mais celles qui courent ont au moins compris que l'inflation de cette année est faite de choses réelles, un détroit, une raffinerie, un chèque électoral, et qu'aucune d'elles ne se dissout dans un communiqué.
Sources : Reuters via Zonebourse, sondage du 4 au 9 septembre 2026, publié le 9 septembre ; The Motley Fool, 10 septembre 2026 ; Zacks via Yahoo Finance, 11 septembre 2026 ; CNBC, 30 et 31 juillet 2026 ; Banque de Russie, 11 septembre 2026, via L'Économiste maghrébin ; Toute l'Europe, agenda du 14 au 20 septembre 2026.
Dans Le Parisien de samedi, Roland Lescure a donné la formule des « derniers arbitrages » du budget 2027 : « Déjà, aucune pension ne diminuera. [...] Il est utile et juste que les retraités contribuent, eux aussi, aux efforts collectifs. Et ils peuvent le comprendre si c'est partagé et temporaire. » Les deux pistes sont connues : la suppression de l'abattement de 10 % pour frais professionnels appliqué aux pensions pour le calcul de l'impôt sur le revenu, plafonné à 4 439 euros par foyer, dont le remplacement par un forfait avait été rejeté par 213 voix contre 17 en novembre 2025 ; et la désindexation, partielle ou totale, des pensions supérieures à 2 000 euros. « La question peut se poser, il y a plein de solutions envisageables. Mais on ne veut pas matraquer les retraités. Les consultations politiques vont se poursuivre », a dit le ministre de l'Économie, avant de fixer le seuil : « Avec une retraite de 2 000 euros, on n'est pas riche mais on n'est pas non plus démuni. Mais je ne veux pas rentrer là-dedans. » La veille, sur Sud Radio, David Amiel, ministre des Comptes publics, avait chiffré l'objectif, un déficit sous 5,1 % et 35 milliards d'euros d'économies, et chacune des deux pistes entre deux et six milliards ; sur BFMTV, il avait expliqué qu'il n'y avait « pas le premier euro » pour indexer « l'ensemble des retraites sur l'inflation ». Le 7 septembre, Sébastien Lecornu avait dénoncé des « fuites » qui « ne sont ni des annonces, ni des ballons d'essai du gouvernement » et prévenu : « Nous ne démentirons pas chaque rumeur » ; le même jour, M. Lescure avertissait sur RTL que « si on ne fait rien l'année prochaine, on sera autour de 6 % de déficit budgétaire ». Le projet de loi de finances sera déposé le 30 septembre, sur une croissance ramenée vendredi à 0,5 % pour cette année et une inflation que l'Insee attend à 2,9 % en décembre ; les dépenses de retraite augmentent de douze milliards l'an prochain, pour quelque dix-sept millions de pensionnés.
« Partagée et temporaire » : les deux adjectifs ont une histoire, et elle ne plaide pas pour eux. La contribution au remboursement de la dette sociale fut créée en 1996 pour treize ans ; elle en a trente et court jusqu'en 2033. La vignette automobile de 1956 devait financer un fonds pour les vieux et dura quarante-quatre ans. La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus de 2011 devait s'éteindre « au retour à l'équilibre des finances publiques », et l'on attend toujours l'un et l'autre. Il n'existe pas, dans l'histoire fiscale française, de prélèvement temporaire qui ait duré moins longtemps que le ministre qui l'avait promis, et M. Lescure, qui le sait, a choisi le mot en connaissance de cause. « Aucune pension ne diminuera » est exact dans la monnaie de l'année en cours ; à 2,9 % d'inflation, une pension gelée perd 2,9 % de ce qu'elle achète, et c'est bien ce que l'on appelle une baisse quand elle frappe un salaire. Sur le fond, un libéral ne défendra ni un abattement pour frais professionnels appliqué à des gens qui n'en ont plus, ni une indexation automatique qui transfère chaque choc de prix aux actifs qui le paient déjà ; il notera seulement que les deux à six milliards demandés aux retraités représentent entre un vingtième et un sixième des 35 milliards annoncés, que le reste n'a pas encore de nom, et que le seuil des 2 000 euros, en dessous duquel on est « démuni » et au-dessus duquel on ne l'est plus, a été fixé par un ministre en une phrase, ce qui est la méthode habituelle pour décider qui est riche. Le régime qui produit douze milliards de dépenses supplémentaires par an reste intact ; on ajuste le prélèvement, on laisse le moteur, et l'on jure que c'est provisoire. Milton Friedman avait une phrase pour cela ; on la trouvera plus bas.
Sources : Le Parisien, 12 septembre 2026 ; 6Médias avec L'Express via Orange Actualités, 12 septembre 2026 ; Sud Radio, 11 septembre 2026 ; Capital via Yahoo Finance, 7 septembre 2026 ; RTL, 7 septembre 2026 ; Insee, Note de conjoncture du 10 septembre 2026.
La Commission de régulation de l'énergie a publié jeudi son prix repère de vente de gaz pour le 1er octobre : +6,3 % TTC, à 182,88 euros le mégawattheure contre 172,05 au 1er septembre, après +5,6 % le mois précédent. Seule la part approvisionnement bouge, « conséquence d'une augmentation des prix sur les marchés du gaz au mois d'août comparativement à juillet », l'indexation se faisant avec deux mois de décalage ; pour un logement chauffé au gaz, le kilowattheure passe de 0,13474 à 0,14521 euro, soit +7,8 %, et près de 50 % de plus qu'en janvier, où il valait 0,09857 euro ; le repère n'avait jamais atteint ce niveau depuis sa création en 2023, à la disparition des tarifs réglementés. La CRE chiffre l'impact à 5,28 euros sur la facture d'octobre pour les offres indexées et prévient que, « sous réserve que la situation reste à peu près stable d'ici la fin de l'année », la facture annuelle 2026 « pourrait être en moyenne 10 % plus élevée que la facture annuelle 2025 (soit +120 euros TTC environ), les prix de début d'année ayant été relativement bas » ; pour un profil chauffage de 11 370 kilowattheures, la seule révision d'octobre ajoute 119 euros sur un an. Sur les 10,31 millions de ménages qui disposent d'un contrat de gaz, environ 40 % avaient souscrit un prix fixe fin 2025 et ne sont pas concernés. À la pompe, le gazole a atteint mercredi 2,29 euros le litre en moyenne nationale, d'après les prix transmis par 4 451 stations aux services de l'État, le SP95-E10 2,12 euros et le SP98 2,21 euros, des niveaux inédits depuis le début de la guerre ; le 27 février, veille des premières frappes, gazole et essence valaient environ 1,72 euro, soit 57 centimes de moins. Le gouvernement a redit cette semaine son opposition à des aides « plus générales » à la pompe, et l'AIE relève que la tension du marché est désormais la plus aiguë sur les produits raffinés, le diesel ayant dépassé 6 dollars le gallon outre-Atlantique et 2,4 euros le litre en Belgique.
Quarante pour cent des ménages qui se chauffent au gaz ne verront pas la hausse d'octobre, et personne ne les a protégés : ils ont signé un prix fixe, c'est-à-dire acheté à un fournisseur le risque que les autres ont préféré garder, et le comparateur affiche aujourd'hui des offres bloquées 19 % sous le prix repère. C'est ce que fait un marché quand on le laisse faire, il vend de l'assurance à ceux qui en veulent, au lieu d'en imposer une à tous, payée par ceux qui n'en voulaient pas ; le bouclier tarifaire de 2022 avait fait l'inverse, à un coût que le contribuable a réglé pour tout le monde. La CRE, depuis qu'il n'y a plus de tarif à bloquer, publie un repère et non un prix, et c'est un progrès : l'État qui fixait le prix du gaz en promettait la stabilité, il ne peut plus promettre que l'information. À la pompe, l'arithmétique est plus simple encore. La TVA est un sixième du prix affiché ; à 1,72 euro, elle rapportait 29 centimes par litre, à 2,29 euros elle en rapporte 38. L'État n'a rien décidé, rien annoncé, rien voté, et il encaisse neuf centimes de plus sur chaque litre que le détroit d'Ormuz a renchéri. Refuser des aides « plus générales » est la bonne réponse ; on attendra celui qui, dans le même mouvement, refusera d'encaisser la prime. Le prix, ici encore, fait son travail : il dit aux ménages ce que coûte un hiver au gaz quand les stocks européens sont au plus bas depuis 2011, et il le dit deux mois après les marchés, ce qui laisse à chacun le temps de changer de contrat. Ceux qui l'ont fait l'an dernier ne liront pas cette brève avec le même sentiment que les autres.
Sources : Commission de régulation de l'énergie, communiqué du 10 septembre 2026 ; JeChange, 10 septembre 2026 ; franceinfo et Econostrum, 9 et 10 septembre 2026 ; Agence internationale de l'énergie, 11 septembre 2026 ; Belga via L'Avenir, 11 septembre 2026.
La Commission de régulation de l'énergie a présenté mercredi un rapport sur l'économie du système électrique qui se veut une réponse « sans parti pris » aux « réponses approximatives » du débat public. Les coûts complets du système, production et réseaux, s'établissent pour 2025 à 55,9 milliards d'euros, 40 milliards pour la production et 15,9 pour l'acheminement. Les consommateurs en ont payé, par la part énergie de leur facture, 31,4 milliards, soit 78,5 % des coûts de production ; en ajoutant l'accise « non affectée » qui revient au budget de l'État, 5,4 milliards, la facture a couvert 36,8 milliards, 92 % des coûts de production, le reste venant des échanges transfrontaliers et du budget ; les consommateurs s'acquittent par ailleurs de l'ensemble des coûts de réseau, déduction faite des rentes d'interconnexion, 1,7 milliard. Les producteurs ont encaissé 42,3 milliards : 35 milliards sur les marchés de gros, 1,8 milliard du mécanisme de capacité et de l'équilibrage, 6,2 milliards de soutien public, moins 0,7 milliard de contributions de raccordement. Le parc, plus de 160 GW de capacité potentielle et environ 90 GW disponibles à la pointe, « paraît correctement dimensionné », mais l'année cache des extrêmes : 513 heures de prix négatifs en 2025, contre 179 en moyenne entre 2010 et 2020, et 1 807 heures au-dessus de 100 euros le mégawattheure, contre 606. La France a retrouvé en 2025 sa place de premier exportateur net d'électricité d'Europe, 92,3 TWh, qui ont rapporté 5,4 milliards de valorisation supplémentaire aux producteurs. Sur les renouvelables, la CRE estime que le développement du parc entre 2020 et 2025 a fait baisser les prix de marché d'environ 20 euros le mégawattheure « au bénéfice des consommateurs, mais au détriment des producteurs non soutenus et du budget de l'État », tout en augmentant les coûts complets du système d'environ 5 % ; en cas de crise, elles amortissent les prix de 7 à 40 euros. Le régulateur juge « pertinente » la poursuite du développement au-delà de la file d'attente actuelle, « y compris si la demande ne redémarre pas immédiatement », mais prévient qu'« une augmentation du parc EnR au-delà de 50 % de la puissance installée » accompagnée d'une stagnation de la consommation « ne serait probablement pas soutenable », et recommande d'« électrifier davantage d'usages pour absorber la production disponible ne trouvant pas de débouchés » et de développer « tous les types de flexibilité ».
Il faut savoir gré à la CRE d'avoir écrit le chiffre que personne ne demande : 92 %. Sur cent euros que coûte la production d'électricité en France, quatre-vingt-douze sortent de la facture, directement ou par l'accise, et le mot « soutien public » désigne le trajet des huit autres, qui passent par le budget avant de revenir aux mêmes contribuables. Le rapport démonte ensuite, avec une honnêteté rare, la mécanique des renouvelables subventionnées : elles font baisser le prix de marché quand elles produisent, et l'on paie cette baisse deux fois, par le soutien public qui comble l'écart avec leur coût et par les 513 heures où le système paie pour qu'on lui prenne son courant. Un prix négatif est le nom que donne le marché à une subvention ; il y en avait 179 heures par an quand l'État décidait moins, il y en a 513. La conclusion mérite d'être relue : « électrifier davantage d'usages pour absorber la production disponible ». On a construit une offre pour laquelle il n'y a pas de demande, et l'on propose de fabriquer la demande, ce qui est la loi de Say retournée par décret, l'offre créant son débouché à condition que le régulateur s'en charge. La CRE a pourtant raison sur l'essentiel, et c'est la phrase que le gouvernement lira le moins : au-delà de la moitié de la puissance installée, sans consommation nouvelle, le système ne tient plus. Cinquante-six milliards par an, un parc nucléaire pleinement disponible et des prix parmi les plus bas d'Europe forment un patrimoine ; il n'a besoin ni d'un plan pour absorber ses surplus, ni d'une accise qui finance autre chose que lui, mais d'un prix que les consommateurs voient, et d'un régulateur qui, comme cette semaine, le leur dit.
Sources : Commission de régulation de l'énergie, « Économie du système électrique français hexagonal », rapport et communiqué du 9 septembre 2026.
L'Office fédéral de la statistique a publié vendredi le bilan des insolvabilités d'entreprises : 12 812 procédures enregistrées par les tribunaux entre janvier et juin, en hausse de 6,7 % sur un an, le nombre le plus élevé pour un premier semestre depuis 2013, où l'on en avait compté 13 253 ; en juin seul, 2 266 procédures, +15,8 % sur un an. Les créances des créanciers sont estimées à 18,5 milliards d'euros, contre 28,2 milliards un an plus tôt, quand les faillites étaient moins nombreuses mais touchaient des entreprises plus grandes ; le transport et l'entreposage sont les secteurs les plus atteints, et les faillites de particuliers montent de 2,4 %, à 38 932. La statistique est tombée le dernier jour de la première lecture, au Bundestag, d'un budget 2027 de 555,4 milliards d'euros et de 203,7 milliards de dette nouvelle, fonds spéciaux compris, que Lars Klingbeil a défendu au nom d'un « patriotisme du site » et de la fin du « fétiche » du zéro noir, et au lendemain d'une hausse des taux de la BCE à 2,50 % pour une inflation de zone euro à 3,3 %, avec un gaz européen revenu début septembre à son plus haut depuis 2023. Le Bund à dix ans rend 3,51 %. En France, les défaillances d'entreprises atteignaient 71 100 sur douze mois glissants, un record depuis 2009.
Une faillite est une correction avant d'être un drame : le marché reprend des ressources à qui ne sait plus les employer pour les rendre à qui le saura, et une économie sans faillites est une économie qui a cessé de trier. Ce qui retient l'attention n'est donc pas le nombre, mais la date. L'Allemagne enregistre son pire semestre depuis 2013 l'année même où elle a abandonné l'équilibre budgétaire pour « investir », où 500 milliards de fonds spéciaux ont été votés pour les infrastructures et où le ministre des Finances invente un patriotisme du site ; les entreprises que ce déluge devait irriguer ferment avant la première pelletée. Le transport et l'entreposage tombent les premiers, et l'on sait pourquoi : le gazole, l'électricité, un gaz revenu aux prix de 2023, des cotisations, et depuis jeudi un crédit plus cher. Le détail des créances dit le reste : 18,5 milliards pour 12 812 dossiers, contre 28,2 milliards pour moins de dossiers l'an dernier, ce sont les petites entreprises qui disparaissent maintenant, celles pour lesquelles on ne convoque pas de sommet à la chancellerie. Un site, en économie, est un endroit où les coûts sont inférieurs aux recettes ; on ne le défend pas par patriotisme mais en baissant les premiers. La dette nouvelle de M. Klingbeil, 203,7 milliards, se lit alors comme ce qu'elle est : une avance sur les recettes des entreprises qui survivront, consentie la semaine où l'on apprend combien ne survivent pas. La France, avec ses 71 100 défaillances, n'a aucune leçon à donner ; elle a seulement, pour une fois, un voisin qui commet la même erreur avec plus d'argent.
Sources : Statistisches Bundesamt (Destatis), communiqué n° 325 du 11 septembre 2026 ; L'Économiste maghrébin d'après agences, 12 septembre 2026 ; Euronews d'après la Tagesschau et dpa, 8 septembre 2026 ; BCE, 10 septembre 2026 ; Trading Economics, 11 septembre 2026.