La BCE a relevé jeudi, à Berlin, ses trois taux directeurs de 25 points de base, à l'unanimité : facilité de dépôt à 2,50 %, refinancement à 2,65 %, prêt marginal à 2,90 % à compter du 16 septembre, deuxième hausse de l'année. « Le conflit au Moyen-Orient continue de générer des tensions sur l'inflation, qui devrait rester largement supérieure à l'objectif pendant une période prolongée », écrit le Conseil des gouverneurs, dont les projections donnent 3,0 % d'inflation en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028, relevées pour les deux dernières années ; l'inflation hors énergie et alimentation serait de 2,5 % cette année et de 2,6 % l'an prochain, la croissance de 0,9 %, 1,4 % et 1,5 %, avec des risques « orientés à la hausse pour l'inflation et à la baisse pour la croissance ». Christine Lagarde a qualifié la décision d'« évidente » et prévenu que les prix resteraient bien au-dessus de 2 % jusqu'au premier semestre 2027. Aux États-Unis, l'indice des prix à la consommation a progressé de 0,4 % en août, 3,4 % sur un an, l'essence (+3,9 %) expliquant plus d'un tiers de la hausse mensuelle ; l'inflation sous-jacente a gagné 0,3 % sur le mois, sa plus forte hausse depuis avril, et 2,4 % sur un an ; les prix à la production publiés jeudi ressortent à +5,4 % sur un an. Selon CME FedWatch, la probabilité d'une hausse de la Fed mercredi 16 septembre est passée à 85,6 %, contre 60 % mardi et un pile ou face la semaine précédente ; le deux ans américain a touché 4,63 %, plus haut depuis plus de deux ans, le dix ans 4,96 % et le trente ans 5,35 %, toute la courbe étant à des sommets de cinquante-deux semaines. Le Brent a dépassé 105 dollars jeudi, son plus haut depuis fin mai, après la prise du port yéménite de Moka par les Houthis, à l'entrée du Bab el-Mandeb, et des images de fumée près de l'oléoduc saoudien Est-Ouest ; Donald Trump a déclaré n'avoir « aucun regret » et voir la guerre se terminer après les élections de mi-mandat. Vendredi, le baril a reculé de 2,6 % à 104,79 dollars sur une information du Financial Times : les ministres des Affaires étrangères du Golfe et de l'Iran doivent se rencontrer pour « gérer temporairement le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz ». Le CAC 40 a repris 0,78 % à 8 179,59 points et perd 1,2 % sur la semaine ; Wall Street, en baisse quatre séances de suite jusqu'à jeudi, a rebondi vendredi, le Dow Jones gagnant 0,98 % à 52 573,29 points, le S&P 500 0,86 % à 7 656,98 et le Nasdaq 0,96 % à 26 333,04. L'OAT à dix ans a fini la semaine à 4,45 %, plus haut depuis 2008, contre 3,51 % pour le Bund et 4,35 % pour le BTP italien ; le trente ans français rend 5,13 %.
La BCE a fait ce qu'elle avait annoncé, et le baril a fait ce qu'il voulait. Un quart de point sur la facilité de dépôt ne fait pas passer un navire de plus dans le détroit d'Ormuz et ne rend pas Moka aux Yéménites ; il rend le crédit plus cher pour ceux qui n'ont rien à voir avec le Golfe, et c'est bien l'intention : empêcher qu'un choc sur un prix, celui du pétrole, ne se transforme en hausse de tous les prix. Les projections de jeudi disent que le pari est loin d'être gagné, puisque l'inflation hors énergie est attendue plus haute en 2027 qu'en 2026 : le choc a commencé à se diffuser dans les services et les salaires. Sur ce point la BCE a un argument que la Fed n'a pas. La zone euro importe son énergie, elle s'appauvrit quand le baril monte, et un taux plus élevé lui rappelle qu'elle ne peut pas compenser cet appauvrissement par du crédit. Les États-Unis, exportateurs nets, ont attendu que l'essence à la pompe fasse le travail de persuasion ; à 3,4 % pour le soixante-sixième mois consécutif au-dessus de la cible, selon le compte de CPRAM, la persuasion est faite. Pour la France, la séquence a un coût précis : 4,45 % à dix ans, 94 points de base au-dessus de Berlin et dix au-dessus de Rome, et une charge d'intérêts sur 3 600 milliards de dette qui suit la BCE avec quelques mois de retard. Ceux qui reprochent à Christine Lagarde de monter les taux en pleine guerre oublient qui a rendu ce pays si sensible à un quart de point.
Sources : BCE, décisions de politique monétaire du 10 septembre 2026 ; BFM Bourse, 11 septembre 2026 ; TheStreet, 11 septembre 2026 ; Bureau of Labor Statistics, indice des prix à la consommation d'août 2026 ; CME FedWatch ; CNBC, 11 septembre 2026 ; Trading Economics, 11 septembre 2026.
Sur RTL lundi, Roland Lescure a été interrogé sur les deux pistes en balance pour les retraités : la désindexation des pensions les plus élevées ou la suppression de l'abattement de 10 % appliqué aux pensions pour le calcul de l'impôt sur le revenu, plafonné à 4 439 euros par foyer pour les revenus de 2025. « L'un ou l'autre, on regarde les deux », a répondu le ministre de l'Économie ; « on voit bien que l'un et l'autre ont du sens ». Puis : « Est-ce qu'il y a des raisons pour que tout le monde fasse des efforts, sauf les retraités, qui pour certains d'entre eux, en tout cas, sont dans une situation, je dirais, de revenus relativement favorables ? La réponse est évidemment non. » Le remplacement de l'abattement par un forfait de 2 000 euros par retraité, inscrit à l'article 6 du projet de budget 2026 pour un rendement attendu de 1,2 milliard, avait été rejeté le 13 novembre 2025 par 213 voix contre 17, avant de disparaître du texte adopté par 49.3 ; le seuil de perte se situait à 20 000 euros de pension annuelle, 1 667 euros par mois. Le même matin, le ministre confirmait qu'un prélèvement sur l'épargne salariale (intéressement, participation, abondements), révélé par Les Echos et chiffré à un milliard d'euros pour la Sécurité sociale, « fait partie des pistes », « comme d'autres ». Dans l'après-midi, Matignon tempérait : « ce qui a fuité est un document de travail, pas une décision du gouvernement », le Premier ministre ne s'était « jamais prononcé en faveur » de cette mesure et sa réflexion « va plutôt dans le sens inverse », celui d'un déblocage temporaire de l'épargne salariale jusqu'à 5 000 euros, objet d'une proposition de loi du sénateur Olivier Rietmann adoptée au printemps. Le soir, les services du Premier ministre annonçaient un signalement au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, transmis à la procureure de la République de Paris, visant la fuite de « travaux internes » : « ces agissements sont susceptibles d'influer sur la vie économique du pays, notamment (...) en incitant des entreprises ou des particuliers à prendre des décisions d'investissement sur la base d'informations erronées », et pourraient « caractériser un abus de confiance ou une violation du secret professionnel ». Roland Lescure a jugé les fuites « inadmissibles et contraires à l'intérêt de la Nation ». Le Medef a rappelé que l'épargne salariale est « le fruit du travail et de la réussite collective » et non « une réserve budgétaire ». Le projet de loi de finances est attendu en Conseil des ministres le 30 septembre.
Le communiqué de Matignon mérite d'être lu deux fois. Il reproche à une fuite d'avoir incité « des entreprises ou des particuliers à prendre des décisions d'investissement sur la base d'informations erronées ». L'information en cause est un document de Bercy, rédigé par Bercy, décrivant une mesure que le ministre de Bercy a confirmée le matin même à la radio ; l'erreur, s'il y en a une, tient au fait qu'elle n'a pas encore été décidée. Le gouvernement découvre donc ce que tout chef d'entreprise sait : l'annonce d'un impôt possible modifie les comportements avant son vote, et l'incertitude fiscale coûte autant que l'impôt. Il en conclut qu'il faut poursuivre le fonctionnaire, quand la conclusion honnête serait de cesser de faire circuler chaque semaine, entre la rue de Bercy et la rue de Varenne, une nouvelle liste de prélèvements « à l'étude ». Sur les retraités, l'arithmétique de M. Lescure est irréprochable et sa prémisse ne l'est pas. Que ceux qui ont des revenus contribuent est une évidence ; qu'un abattement pour frais professionnels s'applique à des pensions est une anomalie qu'aucun libéral ne défendra. Mais la désindexation comme le forfait laissent intact ce qui produit les douze milliards de dépenses supplémentaires de l'an prochain, un régime par répartition dont l'âge de départ et le taux de remplacement ont été fixés par le vote plutôt que par le calcul. On ajuste le prélèvement, on laisse le moteur. Le Premier ministre exclut les hausses d'impôts ; la suppression d'une exemption est une hausse d'impôts, quel que soit le nom qu'on lui donne, et les quelque dix-sept millions de retraités qui votent l'ont compris avant les députés.
Sources : RTL, 7 septembre 2026 ; MoneyVox, 7 septembre 2026 ; MoneyVox avec AFP, 7 septembre 2026 ; Selectra, 11 août 2026 ; LCP, 13 novembre 2025.
L'Insee a publié mardi les indices Notaires-Insee du deuxième trimestre : les prix des logements anciens reculent de 1,0 % sur le trimestre (données provisoires corrigées des variations saisonnières), après -0,2 % au premier trimestre et +0,4 % fin 2025. Sur un an, la baisse est de 0,8 %, après une stabilité au premier trimestre et +1,0 % au quatrième trimestre 2025 ; les appartements sont quasi stables (-0,1 %), les maisons reculent de 1,3 %. En Île-de-France, les prix cèdent 0,6 % sur le trimestre et 0,3 % sur un an, les maisons perdant 1,5 % ; les appartements parisiens baissent de 0,4 % sur le trimestre mais gagnent encore 0,6 % sur un an, tandis que la petite couronne recule de 1,1 % en trois mois. En province, -1,2 % sur le trimestre et -1,0 % sur un an. Le nombre de transactions sur douze mois atteint 958 000 fin juin, après 953 000 fin mars et 952 000 fin décembre : le volume s'était redressé entre octobre 2024 et décembre 2025, après une baisse continue depuis avril 2022, et se stabilise depuis le début de l'année. Ces ventes représentent 2,5 % du stock de logements, un niveau du début des années 2000, contre 3,3 % au point haut du troisième trimestre 2021. Le retournement coïncide avec la remontée du crédit, revenu à 3,54 % sur vingt ans selon les courtiers, dans le sillage d'une OAT passée au-dessus de 4 %.
Un prix qui baisse quand le coût de l'argent monte est un marché qui fonctionne. L'immobilier est le seul bien dont la baisse du prix est annoncée comme une mauvaise nouvelle par ceux-là mêmes qui déplorent que les jeunes ne puissent plus acheter. Le chiffre qui compte est ailleurs : 2,5 % du parc change de mains chaque année, et l'on ne fera pas croire que les Français ont cessé de déménager, de divorcer ou de mourir. Ce qui a changé, c'est le coût de chaque mutation : des droits de mutation que la loi de finances pour 2025 a autorisé les départements à relever d'un demi-point, une taxe foncière que 4 731 communes viennent d'augmenter, un diagnostic de performance énergétique qui interdit de louer certains logements et un encadrement des loyers qui décourage de proposer les autres. Chaque frottement ajouté par la loi retient un logement dans des mains qui n'en ont plus l'usage, et le vendeur qui attend n'est pas celui qui manque de logement. L'ajustement par les prix, que l'Insee mesure ce trimestre, est le seul qui ne coûte rien au contribuable.
Sources : Insee, Informations rapides n° 216, 8 septembre 2026 ; MoneyVox, 8 septembre 2026 ; Direction générale des collectivités locales, août 2026.
Les contre-mesures canadiennes sont entrées en vigueur mardi à 0 h 01 : des droits de 15 à 50 % sur 27,6 milliards de dollars canadiens de produits originaires des États-Unis (près de 20 milliards de dollars américains), acier, produits laitiers, électroménager, machines agricoles, pâte et papier, électronique. L'acier, l'aluminium et le fer américains sont taxés à 50 %, comme les meubles, les motos, les vêtements et certains cosmétiques ; les 25 % existants sur les automobiles américaines restent en place, les marchandises en transit sont exemptées. Ottawa présente sa liste comme une réponse « dollar pour dollar » aux droits de 50 % imposés par Washington en vertu de la section 338 du Tariff Act de 1930, taux par taux, et y ajoute un plan de soutien de 7,5 milliards pour les entreprises et les salariés touchés. Les proclamations américaines du 20 juillet, en vigueur depuis le 19 août, frappent 554 lignes tarifaires canadiennes : 439 au titre des droits canadiens sur les automobiles, 52 au titre du contingent fromager jugé plus favorable à l'Union européenne qu'aux États-Unis, 63 au titre des restrictions provinciales sur les alcools américains. Global Trade Alert relève que la « tranche automobile » ne contient aucune ligne automobile et tombe entièrement sur des produits agricoles et industriels. La section 338, héritée de la loi Smoot-Hawley, plafonne les droits à 50 %, autorise ensuite l'interdiction pure et simple des importations, n'exige aucune consultation du Congrès et ne fixe aucune limite de durée ; sa dernière trace publique est un télégramme du secrétaire d'État de 1949, et elle n'avait jamais servi à imposer un droit. Les négociations ont été rompues fin août, Mark Carney jugeant les termes américains « injustes, non économiques » ; la veille des contre-mesures, Donald Trump écrivait sur Truth Social : « NO MORE SELLING BOMBARDIER IN THE UNITED STATES! » Jeudi, à Calgary, le Premier ministre canadien a dit avoir parlé au président américain « ces derniers jours » et rester prêt à « un accord équitable ». Sur la dernière année pleine, les États-Unis ont vendu 333,6 milliards de dollars de biens au Canada et lui en ont acheté 381,9 milliards. Le dollar canadien a monté mardi à 72,5 cents américains, plus haut depuis trois semaines, porté par le pétrole.
« Dollar pour dollar » est la formule la plus honnête de cette affaire, parce qu'elle décrit exactement ce qui se passe : à chaque dollar de taxe que Washington fait payer aux acheteurs américains de produits canadiens, Ottawa répond par un dollar de taxe sur les acheteurs canadiens de produits américains. Bastiat avait examiné la réciprocité dans ses Sophismes économiques de 1845 et conclu qu'elle consiste, pour deux pays, à se punir chacun de ce que l'autre s'inflige. Le détail des listes le confirme : la tranche « automobile » américaine ne touche pas une voiture, et les 50 % canadiens sur l'acier renchérissent le matériau de toutes les usines de l'Ontario. L'instrument choisi dit le reste. Une disposition de 1930 jamais appliquée, sans Congrès, sans durée, sans consultation du partenaire : le président des États-Unis a trouvé, dans la loi qui accompagna la Grande Dépression, le seul texte qui ne lui demande de rendre compte à personne. Le Canada exporte du pétrole, et sa monnaie monte le jour où sa politique commerciale se durcit ; le baril à 105 dollars protège Ottawa mieux que ses droits de douane. La France, qui a taxé l'ultra fast-fashion il y a dix jours et reçu le jour même un rappel de Pékin devant l'OMC, pratique la même arithmétique à plus petite échelle.
Sources : Quartz / Yahoo Finance, 8 septembre 2026 ; ministère des Finances du Canada, liste des produits soumis aux contre-mesures au 8 septembre 2026 ; Global Trade Alert, « Section 338: The Return of the Authority », 21 juillet 2026 ; AFP via Yahoo Finance, 10 septembre 2026 ; CNBC, 8 septembre 2026.
Les douanes chinoises ont publié mardi les chiffres d'août : exportations en hausse de 25 % sur un an, après +23,9 % en juillet, importations en hausse de 28,2 %, excédent commercial de 119,1 milliards de dollars, après 112,5 milliards en juillet et un record de 1 200 milliards sur l'ensemble de 2025. Les ventes aux États-Unis atteignent 42,5 milliards (+34,4 %, sur une base déprimée par les droits de douane de 2025), pour 13,3 milliards d'achats, soit 29,2 milliards d'excédent bilatéral en un mois ; vers l'Union européenne +6,6 %, vers l'Asie du Sud-Est +30,2 %, vers l'Amérique latine +17,5 %. Les exportations d'automobiles progressent de 43 %, celles de semi-conducteurs de 129,8 %. Pour Lynn Song (ING), l'année se dirige vers un nouveau record d'excédent. Dimanche, Pékin a annoncé injecter environ 54 milliards de dollars dans ses banques et assureurs d'État, la consommation et l'investissement restant atones après des années de correction immobilière. À la réunion des ministres des Finances du G20 à Asheville, dix-neuf membres sur vingt ont convenu de s'attaquer aux déséquilibres, Scott Bessent qualifiant l'excédent chinois de « barrière à la croissance mondiale » ; la Chine a voté seule contre. Une rencontre Xi-Trump est prévue fin septembre ; l'Union européenne, dont le déficit avec la Chine avoisine un milliard d'euros par jour, tiendra des discussions commerciales ministérielles à l'automne, après avoir restreint en juillet l'acier chinois et les petits colis exemptés de droits.
Adam Smith tenait la doctrine de la balance du commerce pour la plus absurde de toutes, et il n'avait pas vu un excédent de 1 200 milliards. Le chiffre doit pourtant se lire comme il l'aurait lu : les Chinois produisent ce qu'ils ne consomment pas et prêtent au reste du monde de quoi le leur acheter. L'injection de 54 milliards dans les banques d'État, le même dimanche, dit le prix de cet arrangement du côté chinois ; une épargne forcée par un système qui ne rémunère pas les ménages et ne les assure pas, recyclée en capacités industrielles dont les 129,8 % de semi-conducteurs sont la vitrine. Les consommateurs occidentaux y gagnent des prix plus bas ; les producteurs qui leur font face et les ménages chinois qui financent l'opération y perdent. Le G20 a voté à dix-neuf contre un une déclaration contre les déséquilibres, ce qui renseigne sur la portée des déclarations : un excédent se corrige par un yuan qui s'apprécie, des taux qui rémunèrent l'épargne et un filet social qui la libère, et Pékin refuse les trois parce qu'elles déplaceraient le pouvoir vers les ménages. Les droits de douane occidentaux, eux, déplacent seulement les flux, +6,6 % vers l'Europe, +30 % vers l'Asie du Sud-Est. La Chine consomme peu parce que son régime a besoin qu'elle consomme peu ; le reste est de la comptabilité.
Sources : Administration générale des douanes de Chine, 8 septembre 2026 ; Associated Press via BNN Bloomberg, 8 septembre 2026 ; ING.
Lars Klingbeil a ouvert mardi les quatre jours de première lecture du budget 2027 : 555,4 milliards d'euros de dépenses, en hausse d'environ 6 %, 118,7 milliards d'emprunt net dans le budget central contre 98 milliards cette année, 203,7 milliards de dette nouvelle en comptant les fonds spéciaux, selon la décision du cabinet citée par la Tagesschau. Le ministre des Finances a revendiqué la fin d'une « politique hostile à l'avenir » : « le zéro noir est devenu un fétiche à l'époque où les taux étaient presque à zéro et où nous aurions pu bien investir. C'était une erreur, et ce gouvernement la rattrape maintenant. » Il a appelé à un « patriotisme du site » (Standortpatriotismus), assuré qu'il n'y aurait « pas de démantèlement systématique de l'État social » et annoncé un allègement de 10 milliards d'impôt sur le revenu pour « les petits et moyens revenus et les familles », financé par une « taxe sur les super-riches ». Pour l'AfD, Michael Espendiller a répondu que « presque un euro sur trois que vous dépensez est emprunté » et que « 41 milliards figurent dans ce projet pour les seuls intérêts », 80,7 milliards en 2030 selon la planification officielle. Les Verts reprochent au ministre de « tricher » en transférant 2,7 milliards de recettes de quotas de CO2 du fonds climat vers le budget général ; Sahra Wagenknecht parle du « plus grand budget militaire depuis 1945 ». Mercredi, la Generaldebatte de trois heures et demie sur le budget de la Chancellerie (5,16 milliards) a donné la parole à Friedrich Merz en second orateur, selon l'usage. Le Bund à dix ans rend 3,51 %, l'OAT 4,45 %.
Le mot est lâché par celui qui tient les cordons : le zéro noir était un fétiche. Un fétiche est un objet auquel on prête un pouvoir qu'il n'a pas ; l'équilibre budgétaire allemand avait un pouvoir parfaitement mesurable, celui de faire emprunter Berlin 94 points de base moins cher que Paris et de tenir la charge d'intérêts à 30 milliards. M. Klingbeil explique qu'il fallait s'endetter quand les taux étaient nuls ; il s'endette maintenant qu'ils sont à 3,5 %, et sa propre planification inscrit 80,7 milliards d'intérêts en 2030. Le raisonnement selon lequel un investissement financé à taux bas se rembourse de lui-même est celui qui a conduit la dette française de 64 % du PIB en 2007 à près de 119 %, avec cette différence que les taux français n'étaient pas nuls non plus. Le second mouvement est plus familier encore : un allègement pour « les petits et moyens revenus » payé par « les super-riches ». Tout budget en déficit finit par chercher un contribuable trop peu nombreux pour se défendre dans les urnes, et l'histoire fiscale française montre où mène cette recherche quand le contribuable désigné dispose d'un passeport. On accordera au Bundestag une chose : il a débattu quatre jours, en séance, de chaque poste, et le chancelier y a pris la parole mercredi, pendant que l'Assemblée nationale a décidé de ne pas siéger avant le 1er octobre. Le fétiche allemand tombe devant les députés ; le nôtre est tombé sans eux, il y a longtemps.
Sources : Euronews, 8 septembre 2026, d'après la Tagesschau et dpa ; Deutscher Bundestag, textes de la semaine 37 ; Trading Economics, 11 septembre 2026.