« Le projet de loi de finances que je propose contiendra un effort budgétaire d'environ 54 milliards d'euros, dans la stabilité fiscale » : c'est par cette phrase, jeudi soir dans Le Figaro, à l'issue d'un séminaire gouvernemental, que Sébastien Lecornu a dévoilé les grandes lignes du budget 2027 : 1,8 point de PIB, presque le double des 30 milliards évoqués jusqu'ici, et dix de plus que les 44 milliards que François Bayrou avait proposés l'an dernier avant d'être renversé. La mécanique, détaillée par Public Sénat, est la suivante : sans mesure nouvelle, les dépenses de la Sécurité sociale augmenteraient de 22 milliards, la charge de la dette de 10 milliards « à cause de l'envolée des taux d'intérêt », les dépenses de fonctionnement des collectivités de 7 milliards, et « si ce budget ne contenait aucune mesure d'économies, le déficit 2027 tutoierait les 6,5 % du PIB » ; avec, la France reviendrait à 5 %, ou 4,8 % « hors nouvelle augmentation des dépenses militaires ». Pour l'année en cours : « La guerre en Iran et la sécheresse feront hélas que nous ne serons pas à 5 % en 2026, comme cela était prévu par le budget voté. Nous poursuivons donc le serrage cette année pour bien rester en dessous des 5,5 % » ; Bercy attend désormais 5,4 %, après 5,1 % en 2025. Le détail : l'État « gelé en valeur » hors charge de la dette et Défense, laquelle progresse de 6,4 milliards, la Justice, l'Intérieur, la Recherche et l'Écologie progressant aussi, les autres ministères diminuant, le Travail de 2,5 milliards avec « quelques ajustements » sur le compte personnel de formation et des « choix » parmi les aides héritées du Covid, c'est-à-dire l'apprentissage ; le point d'indice des fonctionnaires gelé, 2 milliards, sa dernière revalorisation remontant au 1er juillet 2023, avec des discussions « pour éviter que les fonctionnaires ayant les salaires les plus bas ne soient exposés à l'inflation » ; un effort sur les retraités « inférieur à six milliards », « aucune pension ne diminuera », les « petites retraites seront protégées », le gel des « retraites les plus importantes » étant « possible » et renvoyé au Parlement, comme une réduction de l'abattement de 10 % ; 2 milliards sur les arrêts maladie, la fiscalisation des indemnités journalières « pour que les revenus soient traités comme ceux tirés du travail », 100 millions puis 800 millions en année pleine sur les ruptures conventionnelles ; un gel « possible » des APL, un « recentrage » de l'allocation de rentrée scolaire, un délai de carence pour les étrangers sur les prestations non contributives, aligné sur celui des Français de retour de l'étranger ; les minima sociaux exclus de tout gel, « hors de question » ; le barème de l'impôt sur le revenu non gelé ; la surtaxe d'impôt sur les sociétés reconduite pour la troisième année consécutive mais ramenée de 8 à 5 milliards ; les opérateurs et agences aux enveloppes réduites, les cabinets ministériels comprimés, les collectivités tenues de ne pas dépasser l'inflation, 1,8 %. « C'est une copie offensive sur la réduction de la dépense publique dans un pays qui y est trop dépendant… C'est un risque politique, je ne l'ignore pas. Mais nous sommes très loin de l'austérité », dit le Premier ministre ; « ces économies serviront à refroidir considérablement le moteur des dépenses qui augmentent inexorablement chaque année » ; le budget de l'État sera « le plus rigoureux depuis très longtemps, le plus rigoureux jamais présenté la veille d'une élection présidentielle » ; « ni 49.3, ni ordonnances », « il y aura un vote » ; et « cette vérité, et contrainte du réel, s'impose d'ailleurs autant au gouvernement, qu'au Parlement et qu'aux candidats à l'élection présidentielle ». Les textes partent au Haut Conseil des finances publiques ; le projet sera présenté le 1er octobre.
Il faut d'abord saluer un mot : « effort » a remplacé « économies », et c'est plus honnête, car 54 milliards ne réduiront pas la dépense publique d'un euro ; ils l'empêcheront d'augmenter de 39, et le reste sert à passer de 5,4 à 5. Une « copie offensive sur la réduction de la dépense » qui laisse la Sécurité sociale progresser plus vite que l'inflation est ce que la comptabilité publique appelle un effort et ce que tout ménage appelle un budget. Les 39 milliards de « dérive spontanée » sont d'ailleurs le chiffre le plus instructif de l'entretien, parce qu'ils décrivent une machine dont personne n'a la clé : 22 pour le vieillissement, 10 pour les taux, 7 pour les collectivités, sans une décision ni un vote, et le déficit se creuse d'un point de PIB tout seul, pendant que le gouvernement dort. Un budget qui doit trouver 54 milliards pour ne rien changer est le portrait d'un État qui a perdu la main sur ses propres automatismes ; ce sont l'indexation, les classes pleines qui partent en retraite et la dette qui se renouvelle à 4,5 % qui écrivent la loi de finances, non le Parlement, et M. Lecornu a le mérite de le dire. Mais on cherchera dans la liste ce qui touche à la structure. La « stabilité fiscale » y est, et c'est heureux dans un pays saturé ; le gel y est partout, retraites, point d'indice, APL, crédits ; la réforme n'y est nulle part. Geler n'est pas réformer, c'est différer, et un gel à la veille d'une élection est une promesse de rattrapage au lendemain. Trois détails disent le reste : la surtaxe « exceptionnelle » sur les grandes entreprises entre dans sa troisième année, ce qui est la définition française du provisoire ; la Défense reçoit 6,4 milliards, et l'ancien ministre des Armées les a mis à l'abri avant de compter le reste ; et l'on fiscalise les indemnités journalières « pour que les revenus soient traités comme ceux tirés du travail », principe excellent, dont on attend l'application à quelques autres revenus qui ne le sont pas. « Il y aura un vote », promet le Premier ministre, sans 49.3 : c'est la phrase la plus courageuse et la plus risquée de l'entretien, puisque M. Bayrou, avec dix milliards de moins, n'en a pas obtenu. Le vrai juge, lui, s'est prononcé dès le lendemain matin, sans attendre le 1er octobre ; à 4,58 % et 106 points de base, on lira plus bas ce qu'il a pensé.
Sources : Le Figaro, entretien de Sébastien Lecornu, 17 septembre 2026 ; Public Sénat, 17 et 18 septembre 2026 ; Journal de l'Économie, 18 septembre 2026 ; Matignon et Bercy cités par Public Sénat.
Le rendement de l'emprunt d'État français à dix ans a terminé la semaine à 4,58 %, « un nouveau sommet depuis 2008 », contre 4,44 % la veille en clôture, « une forte variation pour les marchés obligataires », rapporte l'AFP ; le Bund allemand a fini à 3,52 %, soit un écart « d'environ 1,06 point de pourcentage, soit le plus important écart entre ces deux valeurs depuis 2012, en pleine crise des dettes souveraines en Europe ». Vers 17 h 45, Euronext mesurait le spread à 104 points de base, l'OAT bondissant de 12 points de base sur la séance. La semaine précédente, les stratégistes d'UBS prévenaient que l'écart risquait de se creuser au-delà de 0,9 point « alors que nous approchons des débats budgétaires en vue des élections présidentielles de l'année prochaine ». « Ce spread fait écho aux déclarations de Sébastien Lecornu qui indique qu'il va falloir effectivement faire un effort supplémentaire au niveau de la trajectoire de déficit », commente Mabrouk Chetouane (Natixis), pour qui « l'Europe est plus sensible aux conditions financières et aux conditions bancaires qui se tendent, on le voit à travers les taux d'intérêt » ; « L'Italie, considérée comme l'homme malade de l'Europe pendant des années, a réussi à ramener son déficit dans la zone des 3 %. Sur la trajectoire du déficit, l'Italie a réussi à faire cet effort quand la France reste dans la zone des 5 % », ajoute Alexandre Baradez (IG France) ; la France emprunte plus cher que la Grèce et l'Italie. Le CAC 40 a chuté de 1,49 % à 8 065,02 points, après avoir gagné 0,57 % jeudi, à 8 186,07 points, « en saluant un repli du pétrole et le premier tour de vis de Kevin Warsh » ; seule STMicroelectronics a fini dans le vert, à +2,39 % ; Orange a rendu 5,8 % après un abaissement de recommandation de Morgan Stanley, Stellantis 5,4 % pendant qu'Aramis gagnait 5,3 % sur des informations de L'Informé selon lesquelles le constructeur aurait mandaté des banques pour céder ses 60 % ; Robertet a perdu 5 % après avoir abaissé ses objectifs. Sur la semaine, l'indice rétrocède 1,4 %, « alignant une sixième semaine en territoire négatif », selon BFM Bourse ; la semaine a été « marquée par une forte volatilité sur les taux, sur fond de hausse du pétrole, d'inflation américaine supérieure aux attentes et de durcissement des banques centrales », résume Edmond de Rothschild AM. À New York, la séance des « trois sorcières », quelque 7 000 milliards de dollars d'options arrivant à échéance, l'un des plus gros montants jamais observés, s'est achevée en ordre dispersé : S&P 500 en hausse de 0,16 % à 7 650,2 points, Nasdaq 100 de 0,67 %, Dow Jones en baisse de 0,19 % à 51 681,1 points ; l'euro à 1,1466 dollar.
Il y a une manière simple de lire 106 points de base : c'est le prix que les prêteurs demandent pour la différence entre un pays qui vote ses budgets et un pays qui les annonce dans les journaux. En 2012, l'écart franchissait un point parce que la Grèce faisait défaut et que l'euro pouvait se disloquer ; en 2026, la Grèce emprunte moins cher que nous, l'euro se porte bien, et l'écart est de fabrication entièrement française. On notera la chronologie : l'entretien du Premier ministre paraît jeudi soir, l'OAT prend 14 points de base vendredi. Le marché a lu le plan, il l'a compris, et sa réponse n'est pas qu'il n'y croit pas ; c'est qu'un plan de 54 milliards qui laisse le déficit à 5 % lui dit, mieux que tout rapport, la taille de ce qu'il faudrait faire et la probabilité qu'on le fasse à sept mois d'une présidentielle et sans majorité. Quant à l'« homme malade », M. Baradez a raison de le rappeler : Rome a ramené son déficit vers 3 % en dégageant un excédent primaire, c'est-à-dire en dépensant moins qu'elle ne prélève, intérêts mis à part, ce que la France n'a plus fait depuis le début du siècle ; il n'y a pas de mystère italien, il y a une arithmétique italienne. Le CAC 40, lui, en est à six semaines de baisse, et l'on remarquera que le seul titre en hausse vendredi fabrique des puces pendant que le plus fort recul de l'indice est celui de l'opérateur historique dont l'État détient encore près du quart ; ce n'est pas une thèse, c'est une séance, mais elle est éloquente. Il reste une phrase de M. Chetouane à retenir : l'Europe est « plus sensible » aux conditions financières. Traduction : dans une économie qui se finance par les banques et par l'État, non par les marchés d'actions, chaque point de base que paie le Trésor est répercuté sur le boulanger qui emprunte, et l'on comprend que les banques aient mené la baisse tout au long de la semaine. La prime de risque souveraine, dont on disait il y a un an qu'elle était un sujet de salle de marché, est désormais dans le taux du crédit immobilier, dans le coût du capital des entreprises et dans les 10 milliards de charge d'intérêts que M. Lecornu a dû inscrire avant même de commencer. On ne peut pas à la fois découvrir cette facture et s'étonner que ceux qui la présentent demandent une garantie.
Sources : AFP via Bourse Direct, 18 septembre 2026 ; Zonebourse, 18 septembre 2026 ; BFM Bourse, 17 et 18 septembre 2026 ; Boursorama, 18 septembre 2026 (deux dépêches) ; Euronext ; Natixis IM, IG France, Edmond de Rothschild AM cités par l'AFP.
Mercredi, la Réserve fédérale a relevé de 25 points de base la fourchette des fonds fédéraux, à 3,75-4,00 %, sa première hausse depuis juillet 2023, par douze voix contre zéro. « Inflation remains elevated », dit le communiqué ; « Today's policy action will support a timelier return to the Committee's 2 percent goal. The Committee will deliver price stability. » En conférence de presse, Kevin Warsh : « Yet for more than five years, inflation has been running above target. So, our predominant focus is on the price-stability side of our mandate. The plain fact is that inflation is too high and has been for too long » ; les chiffres de l'été « do not tell me that underlying trends have meaningfully improved », le PCE total « likely was around 3.6 percent in August », le sous-jacent autour de 3,2 %, et la hausse « removes a dose of accommodation ». Trois choses ont changé depuis juillet, a-t-il dit : l'économie s'est renforcée, l'inflation n'a pas ralenti, les tensions géopolitiques se sont accrues. À un journaliste de CBS qui observait qu'« a quarter point rate hike does not reopen the Strait of Hormuz » : « We cannot affect any individual price, whether it be oil prices, whether it be food stuffs at the grocery store. But what we can do, and will do, is ensure that any change in relative prices don't broaden out. » Sur la montée des taux longs, trois explications : « economic strength », « competition for capital » (« the so-called hyperscalers are out in the market raising funding, and so the competition for capital is real ») et « geopolitics ». Les projections, décryptées par Charles Schwab : seize des dix-huit participants qui ont soumis un point, le président n'en soumet pas, attendent au moins une hausse supplémentaire cette année, quatre en voient deux ; la médiane de fin 2026 passe de 3,8 % à 4,1 %, celle de fin 2027 de 3,6 % à 4,1 % ; le PCE 2026 est attendu à 3,7 % (sous-jacent 3,4 %), celui de 2027 à 2,3 %, et le retour à 2 % pas avant 2029 ; la croissance est relevée à 2,3 % puis 2,4 %, le chômage abaissé à 4,1 %. Le dix ans américain, passé sous 4,95 % en séance, est revenu à 5 % pendant la conférence de presse, le S&P 500 a fini la journée en baisse de 1 % à un plus bas de six semaines, et le CME donnait 49 % de chances à une nouvelle hausse en octobre et 87 % à au moins une d'ici décembre ; le taux hypothécaire à trente ans est monté à 6,95 % le 17 septembre selon Freddie Mac, son plus haut depuis janvier, contre 6,76 % la semaine précédente. Jeudi, la Banque d'Angleterre a maintenu son taux à 3,75 % pour la sixième fois consécutive, par six voix contre trois, trois membres votant pour 4 % ; l'inflation britannique était à 3,1 % en août, la Banque a relevé ses prévisions de prix, « laissant la porte ouverte à un relèvement si le conflit au Moyen-Orient venait à se prolonger », et a ralenti son resserrement quantitatif en cessant de vendre ses gilts à long terme ; prochaine décision le 5 novembre. Vendredi, la Banque du Japon a relevé son taux directeur de 1 % à 1,25 %, « leur plus haut niveau depuis 31 ans », par sept voix contre deux, les deux dissidents, Toichiro Asada et Ayano Sato, ayant été nommés par la Première ministre Sanae Takaichi ; la Banque invoque le risque d'une inflation « qui dépasserait durablement les 2 % » sous l'effet du pétrole, de la faiblesse du yen et de la demande liée à l'intelligence artificielle, alors que l'indice des prix était à 1,9 % en août ; Tokyo avait dépensé l'équivalent de 96 milliards de dollars en juillet et août pour soutenir sa devise, et le secrétaire au Trésor Scott Bessent avait publiquement invité la BoJ à accélérer. Kazuo Ueda veut « agir de manière préventive » ; le yen a perdu 1 % à plus de 157 pour un dollar, et le Nikkei a gagné 1,38 % à 65 018,95 points. La BCE avait relevé ses taux à 2,50 % le 10 septembre.
Quatre banques centrales en huit jours ont dit la même chose dans trois langues : l'argent a de nouveau un prix, et ce prix monte. On retiendra d'abord la réponse de M. Warsh au journaliste de CBS, parce qu'elle est la seule bonne réponse à une objection qu'on entend aussi à Paris : non, un quart de point ne rouvre pas Ormuz, et ce n'est pas son rôle ; le rôle d'une banque centrale est d'empêcher qu'un choc sur un prix devienne une hausse de tous les prix, et cinq années au-dessus de la cible prouvent qu'on a trop longtemps confondu les deux. « Remove a dose of accommodation » est aussi une façon élégante de dire qu'à 3,75 % avec une inflation à 3,6 %, la politique monétaire américaine n'est toujours pas restrictive ; le dot plot le sait, qui en promet une autre. Ensuite, la deuxième des trois raisons de M. Warsh mérite qu'on s'y arrête, parce que Mme Lagarde l'avait donnée samedi dernier dans Ouest-France : les États ne sont plus seuls à emprunter, les constructeurs de centres de données lèvent des dizaines de milliards et les investisseurs arbitrent. C'est la fin d'un privilège, celui d'un débiteur souverain qui n'avait pas de concurrent, et cela explique mieux que la géopolitique un dix ans à 5 % et une OAT à 4,58 %. Enfin, Tokyo. Deux membres du conseil nommés par une Première ministre votent contre la hausse que réclame publiquement le Trésor américain, pour un yen que le gouvernement a défendu à coups de 96 milliards de dollars, et le yen baisse quand même le jour de la hausse : voilà ce qu'il advient d'une monnaie quand la politique s'en mêle des deux côtés du Pacifique, elle n'obéit à personne. Le Japon a mis trente et un ans à revenir à 1,25 % ; il découvre que ce n'est pas un taux, c'est un aveu, celui que la déflation était plus commode à financer que la normalité. Reste Londres, qui n'a rien fait à six voix contre trois et a cessé de vendre ses gilts longs, ce qui est une façon de ne pas ajouter d'offre sur un marché où le Trésor britannique emprunte déjà cher ; on appelle cela ralentir le QT, on pourrait appeler cela de la prudence budgétaire par la banque centrale, à défaut du gouvernement. Trois hausses, un statu quo contesté : le cycle ouvert en 2020 est terminé partout, et les États qui ont bâti leurs budgets sur son prolongement, à Paris d'abord, sont les seuls à ne pas avoir eu voix au chapitre.
Sources : Réserve fédérale, communiqué, projections et transcription de la conférence de presse du 16 septembre 2026 ; CNBC, 16 septembre 2026 ; Charles Schwab, 16 septembre 2026 ; EconomicGreenfield, 17 septembre 2026 ; Freddie Mac, 17 septembre 2026 ; Reuters via Boursorama, 17 et 18 septembre 2026 ; Banque d'Angleterre, 17 septembre 2026 ; Cryptoast d'après le Financial Times et Reuters, 18 septembre 2026.
Saudi Aramco « a informé au moins deux clients européens de raffinage qu'aucun brut ne leur serait attribué le mois prochain » au titre de leurs contrats à terme, a rapporté Bloomberg vendredi ; la décision « s'applique à tous les acheteurs européens ». L'oléoduc Est-Ouest, 1 200 kilomètres et jusqu'à 7 millions de barils par jour des champs de l'Est vers Yanbu, sur la mer Rouge, est à l'arrêt depuis l'attaque de drones du 10 septembre ; Reuters a établi jeudi, images satellites et sources industrielles à l'appui, que trois stations de pompage ont été touchées et non une seule, et les estimations de réparation vont « d'un redémarrage partiel en quelques jours à cinq ou six semaines ». Les raffineries européennes reçoivent normalement le brut saoudien par le port égyptien de Sidi Kerir, relié à la mer Rouge par oléoduc ; la route coupée, « les raffineurs courent après des barils de remplacement en mer du Nord et ailleurs ». Le polonais Orlen, dont environ 40 % de l'approvisionnement de ses trois raffineries vient d'Arabie, a lancé plus de dix appels d'offres depuis vendredi dernier ; au moins trois raffineurs européens ont vu des cargaisons de septembre annulées ou repoussées jusqu'en novembre, selon Argus, et deux autres attendent le même avis. Les pays européens de l'OCDE importaient 577 000 barils par jour de brut saoudien en juin, selon l'AIE. Le Brent a oscillé cette semaine entre 104 et 108 dollars, l'Arabie réacheminant une partie de ses exportations par Ormuz ; le contrat de novembre a fini vendredi à 104,61 dollars et le WTI d'octobre à 102,08 dollars, mais sur le marché physique des cargaisons se traitaient au-dessus de 130 dollars et le Forties de mer du Nord a atteint 136,75 dollars, « signe de la tension du marché réellement livrable, même si les contrats à terme ont bougé plus modestement ». Rapidan Energy attend une baisse de 400 000 barils par jour des exportations saoudiennes ce mois-ci, « en partie compensée par des flux plus élevés via Ormuz », avec un risque « orienté vers une perturbation plus large si la panne se prolonge au-delà de septembre ou si l'Iran, les Houthis ou d'autres groupes intensifient leurs attaques ». Vendredi, un pétrolier a été frappé dans le détroit d'Ormuz par « un projectile non identifié », selon l'agence maritime britannique UKMTO.
Un contrat à terme est une promesse de livrer ; l'Arabie saoudite vient d'apprendre à l'Europe qu'une promesse vaut ce que vaut le tuyau qui la porte. On écrivait ici mardi que la Petroline avait été construite dans les années 1980 pour le jour où Ormuz se fermerait et qu'une station de pompage avait suffi à l'arrêter ; il y en a trois, et le délai est passé de « quelques jours » à « six semaines », ce qui est la durée d'un début d'hiver pour une raffinerie. Ce qu'il faut regarder, ce sont deux prix. Le Brent « papier » à 104 dollars raconte l'histoire mondiale, celle d'un pétrole rare mais disponible ; le Forties à 136,75 dollars raconte l'histoire européenne, celle de barils qu'il faut avoir maintenant, ici, dans une raffinerie qui n'a pas de plan B. Trente-deux dollars d'écart, c'est le prix de la géographie, et c'est aussi la seule chose qui fonctionne dans cette affaire : c'est cet écart, et non un sommet, qui détourne en ce moment des cargaisons de mer du Nord vers Gdansk, qui fait lancer dix appels d'offres à Orlen et qui décide, tanker par tanker, qui sera servi. Le marché rationne, et il rationne par le prix, ce qui est brutal, transparent et rapide, trois qualités qu'aucune administration n'a jamais réunies. On mesure au passage ce que valent 577 000 barils quotidiens de dépendance à un seul fournisseur dont l'unique route de secours passait par un port égyptien et un oléoduc traversant un désert : la diversification dont parlent les communiqués existe déjà, elle s'appelle la mer du Nord, le Nigeria et le Canada, et elle coûte 136 dollars parce qu'on ne l'a pas payée avant. Pendant ce temps, un pétrolier a encore été touché vendredi, et le Brent a baissé ; les marchés se sont habitués à ce qu'on tire sur les navires, ce qui est une information sur les marchés, non sur la sécurité. Deux leçons, à lire avec la brève suivante : le prix ne ment pas, et quand un gouvernement veut le faire mentir, c'est la pénurie qui prend la parole.
Sources : Bloomberg, 18 septembre 2026 ; Reuters, 17 septembre 2026 ; Invezz, 18 septembre 2026 ; Argus, AIE et Rapidan Energy cités par Invezz ; AFP via Bourse Direct, 18 septembre 2026 ; BFM Bourse, 18 septembre 2026 ; L³, édition #189.
Le gazole a franchi vendredi un nouveau record, plus de 2,39 euros le litre selon un calcul de l'AFP sur les prix affichés par plus de 9 000 stations, au-dessus du sommet d'avril ; le SP95-E10 atteignait 2,17 euros et dépasse depuis plus de dix jours son pic de juin 2022. Jeudi, des pêcheurs avaient bloqué plusieurs dépôts pétroliers en Méditerranée. Roland Lescure a reconnu qu'il est « difficile aujourd'hui de faire le plein » et « de prendre sa voiture pour aller travailler » ; la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a annoncé « un nouveau dispositif d'aide pour les Français qui travaillent à compter du 1er octobre », le ministre du Commerce Serge Papin a assuré que l'aide « ne s'arrêtera pas » et annoncé une réunion lundi autour du Premier ministre. L'aide actuelle, 100 euros pour les actifs sous un plafond de revenus qui parcourent plus de 15 kilomètres par trajet ou 8 000 kilomètres par an, a été demandée par 1,5 million de personnes, la moitié des trois millions d'éligibles ; les aides aux secteurs exposés, agriculture, BTP, pêche, jusqu'à 35 centimes par litre, courent jusqu'au 31 décembre ; David Amiel chiffre à 1,4 milliard d'euros les aides déclenchées depuis le début de la guerre. Bercy rappelle que la ristourne générale de 2022 avait coûté 7,6 milliards : « Baisser les impôts sur l'essence pour tout le monde, y compris pour ceux qui n'en ont pas besoin, ça coûte beaucoup d'argent, il faudra le financer et c'est inefficace et injuste », dit M. Lescure. La fiscalité représente environ 45 % du prix à la pompe, soit, selon Contrepoints, quelque 60 centimes d'accise par litre de gazole et 67 sur l'essence, auxquels s'ajoute la TVA à 20 % ; M. Amiel conteste que l'État s'enrichisse et affirme que les recettes liées aux carburants ont reculé de 10 millions d'euros sur un an entre mars et septembre, faute de volumes. LFI réclame un blocage à 1,70 euro, Marine Le Pen une TVA à 5,5 % sur l'énergie, Bruno Retailleau la suppression des certificats d'économies d'énergie, 15 à 17 centimes selon lui ; Jordan Bardella a demandé, depuis la cour de l'Élysée, « une baisse des taxes sur les carburants ». Emmanuel Macron y avait en effet réuni vendredi matin les candidats à la présidentielle ou leurs représentants, entourés des chefs du renseignement, des autorités militaires et du directeur général de l'énergie, face à une « dégradation rapide » de la situation internationale et à des prix « devenus insupportables ». En conférence de presse, il a jugé la situation « due intégralement aux guerres et à la situation internationale », écarté tout blocage des prix, « Il faut être honnête avec les Français. Nous avons énormément protégé les Français, plus qu'ailleurs en Europe, face à la crise du Covid comme face à la crise énergétique, conséquence de la guerre russe en Ukraine. Nous avons une exigence de finances publiques. Il ne faut pas que les mêmes qui ont déploré les conséquences de mesures naguère viennent nous redemander de faire la même chose », et posé un principe : « Avant de dépenser de l'argent, il faut être mobilisé pour en traiter les causes. » Les mobilisations sociales « sont toujours légitimes », mais « elles disent une souffrance, elles ne produisent pas de solution ». La France convoquera un G7 sur l'énergie « pour travailler à une meilleure coordination sur les niveaux de stocks », travaille à des corridors, oléoducs de l'Irak vers la Méditerranée occidentale, produits raffinés via l'Arabie saoudite et l'Égypte, raffinés et gaz liquéfié canadiens, avec un rendez-vous dimanche avec le Premier ministre canadien à Saint-Pierre-et-Miquelon, atteindra 80 % de remplissage de ses stocks de gaz ; le Premier ministre coordonnera « à partir de lundi », et le Président reviendra devant la presse « en deuxième partie de semaine prochaine ». Le 8 septembre, l'Insee avait calculé que 22,4 % des ménages motorisés auraient consacré plus d'un mois de revenu disponible annuel au carburant s'ils avaient payé en 2021 les prix du printemps 2026 ; l'Allemagne a baissé sa taxe de 17 centimes, l'Espagne sa TVA de 21 à 10 %, l'Italie ses accises.
Le Président a dit vendredi une chose vraie et une chose incomplète. La vraie : le prix du gazole n'est pas une décision, c'est une conséquence, et aucun décret ne rouvre un détroit ; qui promet 1,70 euro le litre promet des files d'attente, comme le savent tous ceux qui ont vu une pénurie. L'incomplète : sur 2,39 euros, l'État en prend environ un, et un vendeur qui encaisse près de la moitié du prix n'est pas le spectateur de la hausse, il en est l'associé. Bercy répond que les recettes baissent de 10 millions parce que les volumes baissent ; c'est l'aveu que le prix fait son travail, les Français roulent moins, et que l'accise, fixe au litre, ne s'enrichit pas quand le baril monte, ce qui est exact ; la TVA, elle, si. Vient ensuite l'« aide ». Cent euros, sous conditions de revenu, de distance et de formulaire : trois millions d'éligibles, la moitié l'a demandée, et le ministre trouve le chiffre satisfaisant. Il l'est, pour Bercy ; un dispositif « ciblé » est un dispositif dont le ciblage est fait par le découragement, et 1,5 million de personnes qui avaient droit à 100 euros et ne les ont pas eus sont l'économie la plus discrète du budget. M. Lescure a raison de dire qu'une baisse générale des taxes coûte cher, 7,6 milliards en 2022, et qu'elle profite à ceux qui n'en ont pas besoin ; il oublie que c'est la définition d'un prix, et que rendre aux gens leur argent sans leur demander de le justifier n'est pas une injustice mais une restitution. L'Allemagne l'a fait pour 17 centimes, l'Espagne a divisé sa TVA par deux, l'Italie a touché aux accises ; la France, qui a le déficit le plus élevé des quatre, est la seule qui ne le peut pas, et c'est ici que l'honnêteté demandée aux Français devrait s'appliquer au gouvernement : ce n'est pas l'inefficacité de la baisse qui l'interdit, c'est le trou. Reste le G7 sur les stocks, les corridors, Saint-Pierre-et-Miquelon : de la diplomatie, utile, lente, et qui ne baissera rien avant l'hiver. La proposition la plus intéressante de la journée vient de M. Retailleau, parce qu'elle est la seule qui coûte à l'État zéro euro de recette : les certificats d'économies d'énergie sont une taxe cachée dans le prix, fixée par décret, absente de toute loi de finances, qui finance des primes que personne n'a votées ; 15 centimes, dit-il. C'est peu, c'est vrai, et c'est exactement le genre de mesure qu'un gouvernement « très loin de l'austérité » pourrait prendre lundi.
Sources : Public Sénat, 18 septembre 2026 (deux articles) ; AFP, relevé des prix du 17 septembre 2026 ; France Inter, TF1 et LCI cités par Public Sénat ; conférence de presse du président de la République, 18 septembre 2026 ; Contrepoints, 10 septembre 2026 ; Insee, 8 septembre 2026.
Warren Buffett, 96 ans, a quitté vendredi, avec effet immédiat, la présidence du conseil de Berkshire Hathaway qu'il occupait depuis 1970 ; il devient président émérite et reste administrateur. Son fils Howard, administrateur depuis 1993, prend la présidence, sans fonction exécutive, conformément à un plan de succession préparé de longue date ; Susan Decker reste administratrice indépendante principale, et Greg Abel, directeur général depuis le début de l'année, garde la conduite des opérations. « Warren's impact on Berkshire and its owners is without parallel in the history of American business », a déclaré M. Abel ; « The culture Warren built and the values he championed will remain at the heart of Berkshire, and Howard will be their guardian. » M. Buffett avait pris en 1965 le contrôle d'une entreprise textile en difficulté et en a fait, rappelle Zonebourse, un conglomérat valorisé 1 000 milliards de dollars, employant près de 400 000 personnes, qui a dégagé 44,5 milliards de dollars de bénéfice opérationnel l'an dernier ; le rendement annuel composé servi aux actionnaires sous sa direction atteint 19,7 %, près du double de celui du S&P 500 sur la période. Il avait révélé en juillet être à l'origine d'un investissement de 10 milliards dans Alphabet, désormais troisième participation cotée du groupe derrière Apple et American Express, et évoqué plus ouvertement les difficultés physiques liées à son âge ; « Father Time always wins », titre CNBC. L'action gagne environ 1 % depuis le début de l'année, contre plus de 11 % pour le S&P 500 ; M. Abel devra décider de l'emploi de 365,5 milliards de dollars de liquidités, le groupe ayant consacré 4,5 milliards à des rachats d'actions au deuxième trimestre, et M. Buffett a assuré rester confiant et conserver ses titres.
Un samedi, on peut se permettre de regarder une réussite. Cinquante-six ans à la même place, un rendement de 19,7 % par an, ce qui multiplie une mise par plusieurs dizaines de milliers, sans qu'aucune loi n'y ait contribué, sans subvention, sans plan, sans que le Nebraska ait jamais eu à « accompagner » quoi que ce soit ; et une succession réglée par un conseil d'administration, un plan écrit d'avance et un vieil homme capable, à 96 ans, de reconnaître que le temps gagne toujours. Rien de tout cela n'est spectaculaire, et c'est le point : le capitalisme dont on nous décrit chaque jour les excès ressemble, à Omaha, à de la patience, de la lecture et du refus, celui d'acheter ce qu'on ne comprend pas et de payer ce qui ne vaut pas. Il y a une leçon plus actuelle dans les 365 milliards. Une entreprise qui garde plus d'un tiers de sa valeur en bons du Trésor n'est pas frileuse, elle dit quelque chose des prix : que ce qui est à vendre est cher, et qu'à 4 % sans risque, attendre est une stratégie. Ce trésor de guerre rapporte à Berkshire, en intérêts, plus que quelques pays ne gagnent en croissance, et il rappelle une vérité que Paris redécouvre à 4,58 % : à ce niveau de taux, le capital a le choix, et il choisit. On notera aussi ce que la succession ne contient pas : ni loi, ni régulateur, ni pacte imposé du dehors. Howard Buffett préside sans diriger et gardera la « culture », qui est le seul actif que les comptes ne mesurent pas et le seul qu'un successeur puisse dilapider ; Greg Abel dirige sans posséder. C'est une séparation du pouvoir et de la propriété que Montesquieu n'aurait pas reniée, et que la loi française, pour sa part, s'est appliquée à brouiller en 2014 en rendant automatique le droit de vote double de qui reste. Une action qui fait +1 % quand l'indice fait +11 % ? C'est le prix de ne pas avoir couru après l'intelligence artificielle avec l'argent des autres. Il se pourrait que ce soit, une fois de plus, le vieil homme qui ait raison ; on le saura en 2029, l'année où la Fed, de son côté, promet de retrouver 2 %.
Sources : Associated Press via NPR, 18 septembre 2026 ; Zonebourse via BFM Bourse, 18 septembre 2026 ; CNBC, 18 septembre 2026 ; Berkshire Hathaway, communiqué du 18 septembre 2026 cité par l'AP.