Roland Lescure a présenté vendredi matin à Bercy ce qu'il appelle « l'acte 1 de la séquence budgétaire » : la croissance attendue pour 2026 est ramenée à 0,5 %, contre 0,7 % en juillet, 0,9 % en avril et 1 % dans la loi de finances initiale. « On a donc divisé par deux les estimations de croissance pour cette année », a résumé le ministre, qui parle d'un écart « majeur » et l'impute à la sécheresse et aux canicules (0,1 point), à la fermeture du détroit d'Ormuz (0,2 point, sur la consommation des ménages comme sur les dépenses des entreprises) et à des « facteurs d'incertitude politique » en début d'année : « On est victimes à la fois de chocs internationaux qui s'imposent à tous, mais aussi de chocs nationaux spécifiques. » Pour 2027, le gouvernement « table sur un rebond de la croissance qui l'amènerait à 1 % », prévision « entourée de fortes incertitudes » et bâtie sur l'hypothèse d'un retour « à la quasi-normale » du trafic dans Ormuz ; l'inflation serait de 2,1 % cette année et de 1,8 % l'an prochain. La cible d'un déficit ramené à 5 % du PIB en 2026 « n'est plus une option » : « La France aura un déficit supérieur à 5 % en 2026 », après 5,1 % en 2025, sans qu'aucun chiffre ni aucun objectif pour 2027 n'ait été avancé. « Nous sommes dans un cadre budgétaire contraint. Pour le dire simplement, nous n'avons plus de gras », a poursuivi le ministre, qui y voit « la nécessité impérieuse d'adopter un budget le plus tôt possible pour 2027, avant la fin de l'année je l'espère », et ajoute : « Nous faisons l'hypothèse – dont j'ai conscience parfois qu'elle peut être volontariste – de l'adoption d'un budget. » Le texte, attendu en Conseil des ministres le 30 septembre, « ne touchera pas au crédit d'impôt recherche, pas au pacte Dutreil, préservera l'apprentissage et visera une baisse de l'impôt sur les sociétés » ; Sébastien Lecornu a promis mercredi, dans une lettre aux entrepreneurs, de réduire la surtaxe exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, et David Amiel a prévenu vendredi qu'une indexation des pensions sur l'inflation serait financée, en proportion, par la suppression partielle ou totale de l'abattement de 10 % des retraités. La veille, l'Insee avait abaissé sa propre prévision à 0,4 % dans une note intitulée « Vigilance orange sur la croissance » : « À rebours de ses voisins, l'économie française a décroché », a dit Dorian Roucher, responsable de la conjoncture, avec une croissance « trois fois moins » importante que celle « des voisins de la zone euro ou du Royaume-Uni », -0,2 % au premier trimestre, 0,0 % au deuxième, +0,1 % et +0,2 % attendus pour les deux suivants, une inflation à 2,9 % en fin d'année, un pouvoir d'achat en recul de 0,4 %, un investissement des entreprises à -0,3 % et celui des ménages à -1,3 %, 52 000 emplois salariés perdus et un chômage à 8,6 % en décembre ; la France serait la seule grande économie avancée à ralentir par rapport à 2025. Goldman Sachs, qui juge les derniers chiffres « décevants », attend 5,3 % de déficit fin 2026 et donne 15 % de chances à une dette supérieure à 130 % du PIB en 2030 ; avec Deutsche Bank, la banque propose depuis mardi à ses clients des « paniers » d'obligations françaises pour miser à la hausse ou à la baisse sur l'issue de la présidentielle.
Un État qui prélève et dépense plus de la moitié de ce que le pays produit et qui annonce n'avoir « plus de gras » ne décrit pas sa maigreur ; il décrit son appétit. La formule mérite pourtant d'être retenue, parce qu'elle est la première depuis longtemps à dire que la contrainte est réelle et non une posture de négociation avec le Parlement. Le reste de la conférence de presse est moins neuf. Trois révisions en neuf mois, toutes dans le même sens, ne renseignent pas sur la conjoncture, qui a été médiocre partout, mais sur la méthode : la prévision est ajustée au budget qu'on veut présenter, et non l'inverse, et l'Insee, qui n'a pas de projet de loi de finances à défendre, dit 0,4 % de croissance et 2,9 % d'inflation là où Bercy dit 0,5 % et 2,1 %. La liste de ce que le budget « ne touchera pas », le crédit d'impôt recherche, le pacte Dutreil, l'apprentissage, l'impôt sur les sociétés, est exactement la liste de ce que les budgets précédents avaient entamé ; ne pas aggraver n'est pas réformer, et la surtaxe « exceptionnelle » que M. Lecornu promet de réduire en est à sa deuxième année. Quant à l'« hypothèse volontariste » d'un budget adopté, on notera qu'un ministre la formule le jour où le Royaume-Uni publie 1,6 % de croissance et pendant que l'Assemblée nationale ne siège pas. Les banques de Wall Street, elles, n'ont pas attendu : quand la situation financière d'un pays devient un produit dérivé, c'est que ses créanciers ont cessé de croire à ses prévisions et commencé à parier sur ses élections. L'OAT à 4,45 %, dix points au-dessus du BTP italien, dit le prix de ce pari.
Sources : LCP, 11 septembre 2026 ; Le JDD, 11 septembre 2026 ; Insee, Note de conjoncture « Vigilance orange sur la croissance », 10 septembre 2026 ; MoneyVox avec AFP, 10 septembre 2026 ; Le JDD d'après Bloomberg, 11 septembre 2026.
Le rendement du Trésor américain à dix ans a gagné 18 points de base sur la semaine pour finir vendredi à 4,96 %, son plus haut niveau depuis 2023, à quelques centièmes de ses sommets de 2007 ; le trente ans a touché son plus haut depuis 2007, les taux australiens leur plus haut depuis 2011, le dix ans japonais s'approche de 3 %, et l'indice mondial des rendements obligataires est à son plus haut depuis 2007. « Atteindre 5 % sur le dix ans ressemble davantage à une fatalité qu'à une prévision. Ce sont des temps inquiétants pour les marchés obligataires », résume Padhraic Garvey (ING) ; pour John Higgins (Capital Economics), 5 % est « considéré par certains comme un seuil au-delà duquel les marchés financiers pourraient s'effondrer », et des rendements plus élevés « feraient certainement peser un risque sur la soutenabilité des finances publiques américaines ». Jeudi, lors de sa première opération élargie de rachat de titres, le Trésor n'a racheté que 5,2 milliards de dollars, sous le plafond de 6 milliards et la moitié des 10,5 milliards que les détenteurs lui proposaient. Les contrats à terme donnent près de 90 % de chances à une hausse de la Fed mercredi. Sur le marché immobilier, le taux hypothécaire à trente ans est remonté à 6,76 % selon Freddie Mac, son plus haut depuis juin 2025, alors qu'il était passé sous 6 % fin février, avant la guerre contre l'Iran ; les ventes de logements anciens sont tombées en août à 3,98 millions en rythme annualisé, sous les quatre millions pour la première fois depuis juin 2025, -1,2 % sur un an, tandis que le prix médian monte encore de 1,6 % à 429 100 dollars. Le diesel a dépassé vendredi pour la première fois 6 dollars le gallon, 6,06 dollars en moyenne selon l'AAA, poussé par la guerre au Moyen-Orient, le brut au-dessus de 100 dollars et les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes. Le moral des ménages mesuré par l'université du Michigan est tombé à 47,8 en septembre, contre 51 attendu, deuxième baisse mensuelle et niveau le plus faible depuis le plancher historique de mai ; les anticipations d'inflation à un an bondissent de 4,0 % à 4,6 %, celles à long terme montent à 3,4 %. Wall Street a rebondi vendredi après quatre séances de baisse, mais les quatre grands indices terminent la semaine dans le rouge ; le prochain rendez-vous est lundi à Oman, où reprennent les négociations sur le détroit d'Ormuz.
Le Trésor américain a offert d'acheter pour six milliards de ses propres obligations et l'on a voulu lui en vendre dix et demi : un marché où le vendeur est plus pressé que l'acheteur s'appelle un marché baissier, et quand l'acheteur est l'émetteur lui-même, cela s'appelle un aveu. Les rachats de Scott Bessent sont présentés comme un soutien à la liquidité ; ils reviennent, pour un État, à emprunter à court terme pour racheter ce qu'il a emprunté à long terme, afin que le prix de ce qu'il emprunte à long terme ne baisse pas trop vite. Le seuil de 5 % n'a rien de magique, M. Higgins a raison, mais il a une vertu pédagogique : à ce taux, le Trésor emprunte à dix ans plus cher qu'un ménage américain n'empruntait à trente ans pour sa maison il y a cinq ans, et ce ménage paie aujourd'hui 6,76 %. C'est là que la séquence devient politique. Le taux hypothécaire est le sondage le plus honnête de la campagne des mi-mandat : il était sous 6 % avant la guerre, il est à son plus haut depuis quinze mois, et les ménages qui ne peuvent plus acheter de maison ont répondu à l'université du Michigan avant de répondre aux urnes. Le marché obligataire, lui, a réagi au discours de Dallas dans les vingt-quatre heures. C'est la seule assemblée qui siège tous les jours, et la seule dont les votes ne se contestent pas.
Sources : Bloomberg via Yahoo Finance, 11 septembre 2026 ; Reuters via Investing.com, 11 septembre 2026 ; AFP via Les Affaires, 11 septembre 2026 (National Association of Realtors, Freddie Mac, AAA) ; Université du Michigan, Surveys of Consumers, estimation préliminaire de septembre 2026 ; MoneyVox / Meilleurtaux Placement, 11 septembre 2026.
Mercredi soir à Dallas, devant la première convention jamais organisée par un parti américain avant des élections de mi-mandat, Donald Trump a demandé à ses partisans de « faire comme si j'étais sur le bulletin », puis a formulé sa promesse : « Si les républicains gagnent, vous gagnez avec nous et vous recevez 5 000 dollars. Cela s'appellera le dividende Trump. » La condition est que le parti conserve à la fois la Chambre des représentants et le Sénat le 3 novembre ; la justification, « le succès économique formidable » d'un pays qui « gagne tellement d'argent », comparé à une entreprise qui distribue ses bénéfices, et au « dividende du guerrier » de 1 776 dollars versé aux militaires en décembre. Le Census Bureau compte environ 245 millions de citoyens adultes, soit un coût de l'ordre de 1 200 à 1 300 milliards de dollars. Interrogé sur Fox News, JD Vance a expliqué qu'une partie de l'argent viendrait des recettes douanières, que la mesure « n'est pas une idée controversée » et qu'elle viserait « la classe moyenne américaine » et « les travailleurs américains ». La Tax Foundation projetait 158 milliards de recettes douanières pour 2025 et 208 milliards pour 2026, avant que la Cour suprême n'annule en février l'essentiel des droits de douane, remplacés par un droit universel de 10 % ; selon son économiste Erica York, les chèques absorberaient « presque toute la recette que les nouveaux droits sont censés rapporter sur une décennie », et « cela n'arrivera pas ». Le représentant texan Chip Roy, républicain, a dit vouloir « savoir comment ils comptent payer… au dos d'une enveloppe… bien plus de mille milliards » ; le sénateur Bernie Moreno déposera un texte « immédiatement après le 3 novembre ». Kenneth Rogoff rappelle que « les États-Unis ont déjà un déficit insoutenable ; cela ne ferait que l'aggraver et augmenter les risques déjà élevés d'une crise de la dette dans les cinq ans ». Le juriste Rick Hasen estime que la promesse est protégée par le Premier amendement, en vertu de l'arrêt Brown v. Hartlage de 1982 ; Richard Painter la compare aux 1 000 dollars par an promis par George McGovern en 1972, que les électeurs avaient jugés inflationnistes avant de le battre. Le « dividende DOGE » de février 2025, 5 000 dollars financés par 2 000 milliards d'économies, n'a jamais été versé, et le Government Accountability Office a conclu en août que les 110 milliards d'économies revendiqués reposaient sur des estimations fausses ou sans justificatif ; le « dividende douanier » de 2 000 dollars promis en novembre dernier n'est pas parti non plus. Les projections de Decision Desk HQ donnent la Chambre aux démocrates et peut-être le Sénat ; la cote du président est inférieure à 35 % dans certains sondages, et Scott Bessent a indiqué cette semaine, selon Bloomberg, que la Maison-Blanche pourrait accélérer ses plans de réduction du déficit si les démocrates l'emportaient.
Un dividende se paie sur des bénéfices, et le Trésor fédéral n'en a pas dégagé depuis l'exercice 2001. Ce que M. Trump appelle dividende est donc un emprunt, contracté auprès des mêmes marchés qui ont porté cette semaine le dix ans à 4,96 %, et distribué aux mêmes contribuables qui le rembourseront avec intérêts ; l'opération ne crée rien, elle déplace mille deux cents milliards d'un côté du bilan à l'autre en prélevant au passage la commission du Trésor et la reconnaissance des électeurs. La piste douanière de M. Vance est plus instructive encore. Un droit de douane est payé par l'importateur américain, puis par son client ; en promettre la restitution sous forme de chèque, c'est reprendre au consommateur à la douane ce qu'on lui rendra après le scrutin, avec cette précision qu'à 208 milliards par an, il faudrait six années de recettes pour un seul chèque. Bastiat écrivait en 1848 que l'État est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ; le dividende Trump en est la version conditionnelle, où la fiction n'est servie qu'aux États qui votent bien. Les professeurs de droit disent que la promesse est protégée par le Premier amendement, et ils ont sans doute raison : elle est à l'abri de la loi, pas de l'arithmétique. M. McGovern avait promis mille dollars et perdu quarante-neuf États ; les électeurs de 1972 avaient compris que l'argent public n'a qu'une provenance. Ceux de 2026 disposent d'une information supplémentaire, deux dividendes précédents jamais versés, et d'un taux hypothécaire à 6,76 % pour se souvenir de ce que coûte un déficit.
Sources : PBS News, 10 septembre 2026 ; AFP via Les Affaires, 11 septembre 2026 ; CNBC, 10 septembre 2026 ; Tax Foundation ; U.S. Census Bureau ; Government Accountability Office, rapport GAO-26-108615, août 2026.
Invité de RTL vendredi matin, Emmanuel Moulin a qualifié d'« illégale, dangereuse et inutile » la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler la part de la dette publique détenue par la Banque de France, « à peu près 488 milliards au 30 juin » selon le candidat insoumis, soit 18 % d'une dette qui atteignait 3 536 milliards d'euros au premier trimestre, plus de 117 % du PIB. « Illégale parce qu'elle est contraire aux traités » signés et ratifiés par la France, « dangereuse parce qu'elle crée de l'inflation » et donc des taux plus élevés, « inutile » parce qu'elle « ne réduit pas le déficit budgétaire » : « Vous réduisez de 500 milliards la dette de l'État, mais vous faites un trou à la Banque de France de 500 milliards. » Le gouverneur a filé la métaphore : « La zone euro, c'est une copropriété. Donc si on ne paye pas les charges de copropriété, les autres copropriétaires vont nous dire : les amis, vous allez sortir. » Puis l'histoire : « Nous n'avons jamais fait défaut depuis 1797. Et là, c'est un défaut. Si je vous dois 100 euros et que je vous dis que je ne vais pas vous les rembourser, on va avoir beaucoup plus de mal à emprunter sur les marchés, on va payer des taux d'intérêt beaucoup plus forts, et ça va être préjudiciable pour les Français. » Directeur général du Trésor de 2020 à 2024, directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon, secrétaire général de l'Élysée d'avril 2025 à mai 2026 et gouverneur depuis le 2 juin, M. Moulin a reconnu « une part de responsabilité dans les actions » du gouvernement sur l'état des finances publiques, en invoquant « une guerre en Ukraine », « une guerre au Moyen-Orient » et « une canicule » : « Peut-être qu'on aurait pu aller plus loin. Mais il faut tenir compte aussi de la situation politique. » À Bercy, Roland Lescure a redit vendredi que la proposition de M. Mélenchon « n'est pas responsable » et constitue « une très, très, très mauvaise idée ».
La date choisie par le gouverneur est la bonne. Le 30 septembre 1797, 9 vendémiaire an VI, le Directoire consolida le tiers de la dette et paya les deux autres tiers en bons qui ne valurent bientôt plus rien : on appelle cela la banqueroute des deux tiers, et elle suivait de peu la mort des assignats, c'est-à-dire qu'elle fut le défaut d'un État qui avait d'abord essayé la planche à billets. La séquence est instructive parce que M. Mélenchon propose de la parcourir dans l'ordre inverse. Les 488 milliards détenus par la Banque de France ont été achetés avec de la monnaie créée par l'Eurosystème ; cette dette est déjà monétisée, et ce que l'annulation ajouterait, c'est de rendre la chose définitive, publique et hors traité. Le gouverneur a raison sur les trois adjectifs, et surtout sur le troisième : la perte de la Banque de France serait celle de son actionnaire, qui est l'État, qui est le contribuable, et le déficit de l'année suivante serait exactement le même. Il reste que la leçon vient d'un homme qui a dirigé le Trésor pendant les années où la dette publique a franchi les 3 000 milliards, puis Matignon et l'Élysée pendant qu'on décidait de ne pas « aller plus loin ». Son aveu vaut mieux que sa leçon, et les deux sont utiles : le premier dit pourquoi la dette est là, la seconde pourquoi on ne l'effacera pas. Entre les deux se trouve la seule solution qu'aucun des deux ne prononce, dépenser moins.
Sources : RTL, 11 septembre 2026 ; Le JDD, 11 septembre 2026 ; LCP, 11 septembre 2026.
L'Office for National Statistics a publié vendredi une croissance de 0,4 % du PIB britannique en juillet, contre une stagnation attendue, après +0,3 % en juin et 0,0 % en mai ; sur un an, le PIB progresse de 1,6 %, contre 1,0 % attendu et 1,1 % en juin, et sur les trois mois à fin juillet de 0,4 % par rapport aux trois mois précédents, huitième période consécutive de hausse. En juillet, les services gagnent 0,4 %, la production 0,2 %, dont 0,9 % pour l'industrie manufacturière, et la construction 0,1 % ; sur trois mois, les services montent de 0,6 % tandis que la production et la construction reculent de 0,5 %, la construction étant en baisse de 2,3 % sur un an. « Au sein des services, la programmation informatique a été le premier contributeur, poursuivant la forte croissance observée tout au long de l'année, avec des signes que les entreprises engagées dans l'intelligence artificielle et les technologies associées ont contribué à soutenir ce secteur », explique Liz McKeown, directrice des statistiques économiques de l'ONS, qui cite aussi la recherche-développement et la location, et note que certaines entreprises ont attribué leur activité de juillet à la météo et à la Coupe du monde ; la programmation et le conseil informatiques ont progressé de 3,5 % sur le mois, le commerce de gros a nettement reculé. Le chancelier de l'Échiquier John Healey salue une « résilience bienvenue malgré une grave incertitude mondiale » et rappelle que le Royaume-Uni a eu la croissance la plus rapide du G7 au premier semestre, tout en prévenant que le conflit au Moyen-Orient pèse « du prix du panier hebdomadaire au coût des emprunts publics ». Paul Dales (Capital Economics) attend que l'énergie et les taux freinent bientôt l'activité ; Yael Selfin (KPMG) relève que les services aux consommateurs, commerce et hôtellerie-restauration, se sont contractés en juillet ; Andrew Hunter (Moody's) rappelle « le schéma répété ces dernières années d'une forte croissance au premier semestre suivie d'un net ralentissement au second » ; Anna Leach (Institute of Directors) reproche au gouvernement d'ajouter aux coûts, notamment avec les nouvelles taxes de séjour confiées aux maires, et demande que le budget d'automne « apporte une cohérence indispensable à la politique économique ». Le FTSE 100 a gagné 0,4 % à l'ouverture, à 10 654 points. La veille, l'Insee avait chiffré la croissance française à un tiers de celle des voisins de la zone euro « ou du Royaume-Uni ».
On a expliqué pendant dix ans que le pays qui quittait l'Union européenne s'appauvrirait, et il a payé sa sortie ; il croît pourtant cette année trois fois plus vite que celui qui aspire à diriger l'Union, et l'on cherchera en vain à Bercy une note qui s'en étonne. Il faut être juste sur les causes : une canicule et une Coupe du monde regardée dans les pubs ne sont pas une politique économique, et le Trésor britannique, qui vient de confier aux maires le pouvoir de taxer les touristes, ne vaut pas mieux que le nôtre en matière d'imagination fiscale. Mais le poste qui porte la croissance britannique depuis le début de l'année, la programmation et le conseil informatiques, +3,5 % en un mois, n'a fait l'objet d'aucun plan, d'aucun crédit d'impôt et d'aucune commission ; c'est le secteur où les entreprises achètent de l'intelligence artificielle parce qu'elles y trouvent leur compte, et il pèse dans le PIB à mesure qu'il rend service. En France, l'investissement des entreprises recule de 0,3 % cette année « sous l'effet de perspectives de demande atones et d'un coût du capital en hausse », dit l'Insee, ce qui est une façon élégante de désigner une OAT à 4,45 % et un débat fiscal permanent. Le Royaume-Uni a une dette lourde, des ménages pressés par l'énergie et un second semestre traditionnellement décevant ; il a aussi une croissance qui ne dépend pas de la réouverture d'un détroit. Ce n'est pas rien, quand le nôtre fait reposer son « rebond » de 2027 sur le trafic maritime dans Ormuz.
Sources : Office for National Statistics, « GDP monthly estimate, UK: July 2026 », 11 septembre 2026 ; Personnel Today, 11 septembre 2026 ; investingLive, 11 septembre 2026 ; Insee, 10 septembre 2026.
Oracle a ouvert son exercice 2027 sur un chiffre d'affaires de 19,3 milliards de dollars, en hausse de 30 %, un bénéfice par action ajusté de 1,92 dollar, +30 % et 1,74 attendu, et un résultat d'exploitation ajusté de 8,2 milliards, soit 42 % de marge. Le moteur est Oracle Cloud Infrastructure, la location de puissance de calcul, de stockage et de serveurs pour l'intelligence artificielle : 7,4 milliards de revenus, +121 % sur un an après +93 % le trimestre précédent ; l'ensemble du cloud progresse de 62 % à 11,6 milliards. Le carnet de commandes, les « obligations de performance restantes », atteint 664 milliards de dollars, en hausse de 209 milliards sur un an et de 26 milliards sur le trimestre, dont l'essentiel doit se convertir en chiffre d'affaires sur trente-six mois. L'autre face du bilan est à la mesure : 23 milliards de flux d'exploitation, un record, mais 28 milliards d'investissements, contre 8,5 milliards un an plus tôt, soit un flux de trésorerie disponible négatif de 5 milliards, et une émission d'actions de 20 milliards de dollars réalisée au fil de l'eau pendant le trimestre pour financer l'expansion ; le groupe maintient 90 à 95 milliards d'investissements pour l'exercice, dont 70 milliards au plus de décaissement net grâce aux prépaiements de clients, aux montages où le client apporte son propre matériel et au financement par les fournisseurs. Les objectifs annuels sont relevés à 8,10 dollars par action et au moins 90 milliards de revenus. L'action a gagné 5,5 % avant l'ouverture vendredi selon Reuters, et RBC Capital Markets, tout en saluant le trimestre, s'inquiète du coût des infrastructures pour les marges.
Voici une promesse de 664 milliards, et il vaut la peine de la comparer à celles de la semaine. Chacun de ces dollars est signé par un client qui s'est engagé à payer, et une part croissante l'a déjà payé d'avance ou apporte ses propres machines ; les 28 milliards investis en trois mois ont été fournis par des actionnaires qui ont acheté 20 milliards d'actions nouvelles en connaissance de cause et par des créanciers qui ont lu les comptes ; et si la promesse n'est pas tenue, ce sont eux, et eux seuls, qui perdront. Le marché a rendu son verdict en une nuit, plus 5 %, et RBC a formulé sa réserve le même matin : c'est ainsi qu'une économie libre instruit ses paris, en temps réel et à découvert. On peut trouver la course aux centres de données excessive, et le débat sur le « financement circulaire » de l'intelligence artificielle, où le fournisseur de puces finance le client qui lui achète des puces, mérite d'être suivi de près. Mais un flux de trésorerie négatif de 5 milliards, financé par des gens qui l'ont voulu, n'a rien de commun avec un déficit de 5 % du PIB, financé par des gens qui ne sont pas nés. Le dividende Trump coûte 1 200 milliards et n'est signé par personne ; le carnet d'Oracle en vaut 664 et chaque ligne porte une signature. C'est toute la différence entre une promesse et un contrat.
Sources : MoneyVox / Meilleurtaux Placement, 11 septembre 2026 ; Investing.com, présentation des résultats du premier trimestre de l'exercice 2027, 10 septembre 2026 ; Reuters via Les Affaires, 11 septembre 2026 ; CNBC, 10 septembre 2026.