Le rendement de l'obligation assimilable du Trésor à dix ans évolue désormais au-dessus de 4 %, un niveau que la France n'avait plus connu depuis 2009. Le 21 août, l'OAT ressortait à 4,08 % contre 3,24 % pour le Bund allemand, soit un écart de 83,6 points de base — là où un spread « normal » oscille entre 40 et 60. La conséquence est immédiate et mesurable : après plusieurs mois de plateau, les taux de crédit immobilier repartent à la hausse depuis la mi-août et s'établissent en septembre à 3,43 % sur quinze ans, 3,54 % sur vingt ans et 3,61 % sur vingt-cinq ans. Les courtiers anticipent 3,7 % à 4 % sur vingt ans d'ici la fin de l'année si la BCE relève ses taux le 10 septembre comme attendu.
On répète depuis deux ans que le déficit est un problème d'écritures, une affaire de Bercy et d'agences de notation, sans effet perceptible sur la vie ordinaire. Voici l'effet perceptible. L'OAT est le prix de référence du crédit en France : les banques s'y adossent pour fixer le leur, et chaque dixième de point ajouté au coût de l'État finit par se retrouver dans le tableau d'amortissement d'un couple qui achète un trois-pièces. Le mécanisme n'a rien d'obscur, mais il a la vertu politique d'être lent et anonyme — personne ne votera contre les 83 points de base de spread, et personne ne saura à qui les imputer. C'est la forme la plus achevée de l'impôt invisible : un prélèvement sur le patrimoine futur des primo-accédants, opéré par le marché obligataire pour le compte d'un État qui n'a pas su arbitrer ses dépenses. Que la remontée intervienne au moment où le gouvernement annonce un budget « réversible » n'est évidemment pas une coïncidence : les prêteurs ne notent pas les intentions, ils notent les trajectoires.
Sources : Pretto, analyse des taux de septembre 2026 ; MySweetImmo (1er septembre 2026) ; France Épargne, données OAT/Bund du 21 août 2026.
L'estimation rapide d'Eurostat publiée le 31 août place l'inflation de la zone euro à 3,3 % sur un an en août, contre 2,9 % en juillet — le niveau le plus élevé depuis trois ans. La décomposition est sans ambiguïté : les prix de l'énergie accélèrent à 14,3 % après 10,3 % en juillet, les biens industriels progressent de 1,2 %, l'alimentation reste à 1,2 %, et les services décélèrent à 3,0 %. Autrement dit, la composante domestique de l'inflation reflue pendant que la composante importée s'emballe. La BCE, qui a relevé son taux directeur à 2,25 % en juin — sa première hausse depuis 2023 —, devrait remettre un quart de point le 10 septembre, à 2,50 %.
Il faut oser poser la question que personne ne pose à Francfort : à quoi sert exactement de renchérir le crédit d'un continent pour combattre une inflation dont le moteur est le prix du baril et celui du gaz ? Une banque centrale ne produit ni pétrole ni molécules ; elle ne peut agir sur un choc d'offre extérieur qu'en comprimant la demande intérieure, c'est-à-dire en organisant la récession qui rendra l'énergie chère moins insupportable. Le paradoxe est que les services, seul poste réellement sensible aux taux, ralentissent déjà. La BCE s'apprête donc à durcir sa politique contre un phénomène qu'elle ne contrôle pas, au prix d'un phénomène qu'elle contrôle très bien. Si l'Europe voulait vraiment traiter une inflation énergétique de 14,3 %, elle regarderait du côté de ses propres décisions d'approvisionnement, de production nucléaire et d'autorisations administratives — sujets où l'on ne vote pas par quarts de point.
Sources : Eurostat, estimation rapide de l'IPCH d'août 2026 (31 août) ; franceinfo ; Investing.com ; Zonebourse.
Depuis l'intervention de Kevin Warsh à Jackson Hole le 28 août, les anticipations se sont déplacées vite. La probabilité d'une hausse dès la réunion des 15 et 16 septembre est passée à 66,1 % lundi, soit près du double de son niveau d'avant le discours, et les paris sur au moins une hausse d'ici la fin de l'année atteignent désormais 72 %. Neuf responsables de la Fed projettent un relèvement d'ici décembre, et le communiqué de politique monétaire a cessé de mentionner d'éventuelles baisses en 2026. Le déclencheur est un déflateur PCE autour de 3,7 %, soit près du double de la cible de 2 %. Tout le monde n'est pas convaincu pour autant : plusieurs analystes cités par CNBC jugent que Warsh a décrit une possibilité, pas annoncé une décision.
Le nouveau président de la Fed était, en tant qu'économiste, l'un des critiques les plus constants de la politique monétaire discrétionnaire ; le voici en position d'exercer précisément le pouvoir dont il dénonçait l'arbitraire. On observera avec intérêt s'il choisit de s'en défaire — en énonçant une règle vérifiable — ou s'il découvre, comme ses prédécesseurs, que le flou verbal est le principal instrument dont dispose un banquier central. Pour l'instant, la Fed obtient un durcissement de trente points de base sur les anticipations sans avoir touché à ses taux : c'est efficace, c'est gratuit, et c'est exactement le genre de gouvernement par l'ambiguïté que Hayek reprochait aux autorités monétaires. Le prix en est un marché qui passe son temps à décoder des adverbes plutôt qu'à évaluer des actifs.
Sources : CNBC (31 août 2026) ; Cryptonomist, révision des prévisions Barclays (31 août 2026) ; discours de Kevin Warsh à Jackson Hole, 28 août 2026.
Depuis hier, la France est le premier pays européen à appliquer une pénalité spécifique aux vêtements d'ultra fast-fashion vendus par Shein, Temu ou AliExpress. Le barème, publié au Journal officiel le 28 août, prévoit en 2026 50 centimes par boxer ou paire de chaussettes, 2 euros par t-shirt, 9 euros par pantalon et 12 euros par veste ou manteau, avec une montée progressive jusqu'à 19,50 euros par pièce en 2030. Pékin a immédiatement invoqué les règles de l'OMC, jugeant le dispositif discriminatoire.
Le procès de la fast-fashion est en partie fondé : consommation d'eau, fibres synthétiques, invendus détruits, conditions de production opaques. Mais une taxe forfaitaire par pièce n'est pas un instrument environnemental, c'est un droit de douane déguisé qui ignore l'empreinte réelle du produit — le même malus de 2 euros frappe un t-shirt en coton biologique acheminé par bateau et un t-shirt en polyester expédié par avion. La cible n'est d'ailleurs pas la pollution, elle est le prix : le dispositif s'active sur des critères de rotation de collections, c'est-à-dire sur un modèle commercial, non sur une externalité mesurée. Et l'incidence est parfaitement connue d'avance : elle pèsera sur les ménages qui achètent à 5 euros parce qu'ils ne peuvent pas acheter à 50. On peut légitimement vouloir protéger le textile européen ; encore faudrait-il le dire, plutôt que d'habiller le protectionnisme en écologie. Le rappel chinois à l'OMC, aussi intéressé soit-il de la part d'un pays peu regardant sur ses propres subventions, a le mérite de nommer la chose.
Sources : Journal officiel du 28 août 2026, barème de la pénalité ultra fast-fashion ; ConsoGlobe ; Journal du Geek (1er septembre 2026) ; France Épargne.
Depuis le 1er septembre, la durée maximale d'indemnisation des allocataires dont le contrat s'achève par rupture conventionnelle individuelle est ramenée à 15 mois avant 55 ans, contre 18 auparavant, et à 20,5 mois au-delà. Les 55 ans et plus peuvent demander à France Travail une prolongation, accordée après examen de leurs démarches de recherche d'emploi ou de leur projet professionnel. La mesure découle de l'avenant n° 2 à la convention d'assurance chômage du 15 novembre 2024, signé par les partenaires sociaux le 10 avril 2026 et agréé par arrêté du 19 juin. Toute fin de contrat intervenant à compter d'hier bascule automatiquement sous le nouveau régime, même si la procédure a été engagée plus tôt dans l'année.
Deux remarques, en sens contraire. La première est favorable à la réforme : la rupture conventionnelle est, par construction, une sortie négociée et prévisible, souvent assortie d'une indemnité supra-légale et parfois d'un emploi déjà trouvé ; l'aligner sur un régime moins généreux que le licenciement subi relève d'une logique assurantielle élémentaire, celle qui distingue le risque du choix. La seconde est plus réservée : la rupture conventionnelle est aussi, depuis 2008, la soupape qui a permis à des milliers de relations de travail de se dénouer sans contentieux, dans un droit du licenciement qui reste l'un des plus rigides d'Europe. En réduire l'attractivité sans toucher au reste, c'est reboucher la soupape en laissant la chaudière. Quant à la rétroactivité de fait pour les procédures engagées avant l'été, elle rappelle une constante française : la règle change plus vite que les projets de vie qu'elle prétend encadrer, et l'insécurité juridique est le premier des coûts non chiffrés.
Sources : Unédic, « Assurance chômage : ce qui change le 1er septembre 2026 » ; Capstan Avocats ; arrêté d'agrément du 19 juin 2026.
Le même 1er septembre a apporté trois nouvelles au même contribuable. Le prix repère du gaz augmente de 5,6 %. Le principe pollueur-payeur s'applique désormais aux rejets significatifs de PFAS dans l'eau, les industriels concernés acquittant 100 euros par tranche de 100 grammes rejetés. Et sur les marchés, le Brent s'établissait hier à 92 dollars, en repli marqué depuis le pic proche de 106 dollars de la mi-août, sur fond de tensions persistantes entre les États-Unis et l'Iran et de perturbations du trafic maritime au Moyen-Orient.
La redevance PFAS est probablement la moins contestable des trois mesures : taxer une externalité identifiée, mesurée et imputable à un émetteur précis est exactement ce que la théorie économique recommande, et ce que les libéraux réclament depuis Pigou — à condition que le produit soit affecté à la dépollution et non au budget général, ce que le texte se garde bien de garantir. Le reste appelle moins d'indulgence. Un pays qui subit une inflation énergétique importée à 14,3 % en zone euro, qui voit ses ménages payer 5,6 % de plus pour se chauffer et dont l'industrie affronte un baril à 92 dollars, aurait quelques raisons de s'interroger sur les vingt années pendant lesquelles il a organisé sa propre dépendance : fermetures anticipées, moratoires successifs, procédures d'autorisation devenues des parcours d'obstacles. Le prix de l'énergie n'est pas une fatalité géologique, c'est très largement une décision publique accumulée. On la découvre en septembre, sur la facture.
Sources : ministère de l'Économie et des Finances, « Ce qui change en septembre 2026 » ; cotations Brent au 1er septembre 2026 ; Eurostat pour la composante énergie de l'IPCH.