Sébastien Lecornu a présenté jeudi 1er octobre en Conseil des ministres les projets de loi de finances et de financement de la Sécurité sociale pour 2027 : l'objectif est de ramener le déficit à 5 % du PIB, par un effort de 43 milliards d'euros, soit 54 milliards en incluant des mesures déjà votées. Au menu figurent davantage de recettes sur la TVA et l'impôt sur le revenu, une nouvelle taxe sur les fournisseurs de carburéacteurs, le gel des aides personnelles au logement à leur niveau de 2026 et une division par deux, environ, du déficit de la Sécurité sociale. L'Assemblée nationale reçoit les textes le 6 octobre, avec jusqu'au 26 novembre pour le budget de l'État et jusqu'au 17 décembre pour celui de la Sécurité sociale. Erwan Le Noan relève dans Contrepoints que la dépense publique passe de 1 742 à 1 782 milliards d'euros, que les prélèvements obligatoires grimpent de 43,9 % à 44,2 % du PIB, que la dette atteindrait 121,7 % du PIB et que les effectifs de l'État augmenteraient.
Un plan d'« économies » qui s'accompagne de 40 milliards d'euros de dépenses supplémentaires et d'un point de prélèvements de plus ne relève pas de l'économie mais de la comptabilité créative : on appelle effort ce qu'on prélève davantage sur les contribuables, et réforme ce qu'on s'abstient de faire. La formule d'Erwan Le Noan, selon laquelle l'État « économise ses réformes », résume le problème mieux que n'importe quel tableau : quand la variable d'ajustement est toujours l'impôt, jamais la dépense ni les structures, les ménages et les entreprises finissent par comprendre que le seul vrai chiffre à surveiller est celui de la facture qu'on leur adresse.
Sources : Le Club des Juristes, 1er octobre 2026 ; Contrepoints (Erwan Le Noan), 1er octobre 2026.
Le CAC 40 a terminé jeudi à 7 835,31 points, en baisse de 1,62 %, après avoir cédé jusqu'à 1,8 % en séance, ce qui porte sa perte à 4,4 % sur le mois de septembre. Le rendement de l'emprunt français à dix ans a clôturé à 4,942 % et l'écart avec l'Allemagne a atteint 1,37 point, « le plus haut depuis le début des années 2010 » selon BFM Bourse. Le taux a brièvement touché 4,96 %, son plus haut niveau depuis 2002 ; les banques ont payé le prix fort, avec une chute de 5 % pour la Société Générale, de 3,7 % pour le Crédit Agricole et de 3,6 % pour BNP Paribas, tandis que l'euro cédait 0,7 % face au dollar, à 1,1244.
Le jour même où le gouvernement présente son budget, les investisseurs rendent leur avis, et il est sans appel : « la crédibilité de la trajectoire budgétaire est directement questionnée », résume la presse financière. Ce que le marché sanctionne n'est pas un déficit en soi mais l'absence de preuve que la dépense baissera un jour, ce que le projet vient de confirmer ; et les banques françaises, détentrices massives de dette souveraine, rappellent que le risque d'État n'est pas extérieur au secteur privé : il le traverse. Le marché obligataire, lui, n'a pas besoin d'attendre le vote du 26 novembre pour rendre son verdict.
Sources : Tradingsat / BFM Bourse, 1er octobre 2026 ; Moneyvox, 1er octobre 2026.
Selon l'estimation provisoire de l'Insee, les prix à la consommation ont progressé de 3,0 % sur un an en septembre, le niveau le plus élevé depuis février 2024. L'indice harmonisé atteint 3,4 %, contre 2,6 % en août ; les prix de l'énergie s'envolent de 21,2 % sur un an (contre 16,7 % le mois précédent) et ceux de l'alimentation fraîche de 9,9 % (contre 5,9 %). L'article attribue cette accélération à la guerre en Iran et au blocage du détroit d'Ormuz depuis février 2026 et rappelle que les ménages vulnérables consacrent environ 15 % de leur budget à l'énergie, contre 6 % pour les plus aisés.
L'inflation est l'impôt le plus régressif qui soit, et ce chiffre de 15 % contre 6 % le rappelle crûment : ce sont les ménages modestes qui paient le plus cher les chocs d'offre, que l'État est incapable de conjurer par décret mais dont il aggrave volontiers les effets par ses propres taxes sur l'énergie. Chaque fois que le pouvoir politique répond à une hausse de prix par un chèque ou un bouclier tarifaire, il finance la demande avec de la dette, c'est-à-dire avec les taux que l'on vient de voir plus haut ; la boucle est parfaitement fermée, et le contribuable en est à la fois le débiteur et la victime.
Sources : Socialmag (d'après l'Insee), 1er octobre 2026.
Le rapport sur l'emploi publié ce vendredi fait état de 29 000 créations de postes en septembre, loin des 84 000 attendus par le consensus, et d'un taux de chômage de 4,2 %, contre 4,1 % auparavant. Les marchés y ont vu une bonne nouvelle pour les taux : le Nasdaq a gagné 1,2 %, le S&P 500 0,89 % et le Dow Jones 0,64 %, les probabilités d'une hausse de taux de la Réserve fédérale en octobre retombant autour de 18 %. La veille, l'indice ISM manufacturier à 54,5 et un rendement à dix ans touchant 5,34 %, un plus haut de 24 ans, avaient nourri les craintes inverses.
On touche ici le paradoxe de l'époque : une mauvaise nouvelle sur l'emploi devient bonne pour les actions parce qu'elle éloigne le resserrement monétaire, preuve que le marché ne regarde plus l'économie réelle mais le prochain geste d'une banque centrale. Cette dépendance aux décisions de quelques gouverneurs est le fruit de quinze années de taux administrés ; elle fait des cours de Bourse le reflet d'une anticipation politique plutôt que d'une création de richesse, et elle n'a aucune raison de se terminer en douceur.
Sources : TheStreet, 2 octobre 2026 ; Moneyvox, 1er octobre 2026.
Le Brent a gagné 3,7 % jeudi à 101,62 dollars le baril, le WTI 2,3 % à 92,53 dollars, dans un contexte de négociations de paix au point mort au Moyen-Orient. Vendredi, le WTI a reculé de 3,75 % à 89,39 dollars après l'annonce par le G7 d'une libération de 100 millions de barils de réserves d'urgence sur quatre mois, avec d'importants volumes de diesel dans les vingt premiers jours ; Donald Trump a par ailleurs déployé 9 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient en assortissant le geste de menaces de frappes. Pour octobre, les analystes opposent un scénario baissier vers 80 dollars, si le calme persiste, à une remontée vers 110 à 119 dollars en cas d'escalade.
Libérer des stocks d'urgence pour peser sur les prix, c'est l'aveu qu'un marché sans prix libre ne se gère plus qu'avec des stocks, des annonces et des déploiements militaires : l'État finance par le contribuable une stabilité de quelques semaines, sans rien changer à la dépendance aux routes maritimes qui l'a provoquée. Rien n'empêche, naturellement, que la mesure soit utile à court terme ; mais un baril qui peut perdre 3,75 % sur une simple décision administrative dit surtout combien le marché pétrolier est devenu l'otage de la politique, et combien les consommateurs, qui subissent ces à-coups, auraient intérêt à des approvisionnements diversifiés plutôt qu'à des cabinets de crise.
Sources : Tradingsat / BFM Bourse, 1er octobre 2026 ; TheStreet, 2 octobre 2026 ; Invezz, 1er octobre 2026.
Seule bonne nouvelle d'un CAC 40 sinistré jeudi, Capgemini a bondi de 7,38 % à 112,10 euros après des résultats d'Accenture qui ont fait grimper l'américain de 20 % et démontré la résilience des services informatiques malgré les craintes liées à l'intelligence artificielle. Sanofi a gagné 0,63 % à 73,10 euros après l'annonce d'un élargissement de sa collaboration avec Regeneron sur quatre nouveaux anticorps, assorti d'un paiement immédiat d'un milliard d'euros et de jusqu'à sept milliards de jalons potentiels.
Pendant que l'État annonce 54 milliards d'« efforts » et que l'écart de taux se creuse, deux entreprises privées signent des contrats de plusieurs milliards sans demander l'avis de personne : le contraste est instructif. La valeur se crée là où des acteurs prennent des risques avec leur propre capital, et le marché, qui sanctionne durement la dette publique, sait aussi récompenser, le même jour, l'entreprise qui a su s'adapter à l'intelligence artificielle plutôt que la subir : c'est là, bien plus que dans les conseils des ministres, que se trouve la réponse à la question de la croissance.
Sources : Moneyvox, 1er octobre 2026.