« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #197 · Mardi 29 septembre 2026
Mardi de la « journée noire » : huit syndicats de la fonction publique manifestent contre un gel du point d'indice qui économiserait 2 milliards sur les 54 milliards d'efforts proposés par Sébastien Lecornu, le taux français à dix ans a gagné neuf points de base lundi à 4,78 % et le taux américain onze à 5,24 % pendant que le CAC 40 finissait à l'équilibre et Wall Street dans le rouge, le pétrole est reparti à la hausse après le rejet par Donald Trump de l'offre iranienne sur Ormuz, TotalEnergies porte ses rachats d'actions de 1,5 à 2,5 milliards de dollars par trimestre, Rexel signe sa plus grosse acquisition en dix-huit ans en achetant l'américain GCG 1,4 milliard de dollars, et la coentreprise chinoise de Stellantis s'associe à Momenta pour rattraper son retard dans la conduite assistée.

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Huit syndicats de la fonction publique manifestent contre le gel du point d'indice, une « journée noire » qui rapporterait 2 milliards d'euros sur 54 milliards d'économies annoncées

Les fédérations CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et la Fédération autonome appellent à une mobilisation nationale ce mardi, avec 155 manifestations prévues. Elles dénoncent le gel de la valeur du point d'indice inscrit dans la préparation du budget 2027, qui laisserait selon elles 862 000 agents rémunérés sous le smic au niveau de leur traitement de base. Les enseignants, les soignants et les pompiers sont appelés à se joindre au mouvement, les dix syndicats de France Travail font grève ensemble pour la première fois depuis 2018, la CGT-RATP a lancé une grève illimitée dès lundi soir et SUD-Rail a déposé un préavis. Le gel visé rapporterait environ 2 milliards d'euros, sur les 54 milliards d'économies globales proposées par le Premier ministre Sébastien Lecornu ; les organisateurs attendent une mobilisation comparable à celle de décembre 2024, qui avait réuni quelque 200 000 personnes.

Le chiffre qui compte dans cette journée n'est pas celui des manifestants mais celui des proportions : une mesure symbolique de 2 milliards, soit environ 4 % de l'effort annoncé, suffit à mobiliser huit centrales et à paralyser des transports, ce qui donne la mesure de la difficulté à obtenir la moindre économie réelle dans un pays où la dépense publique dépasse 55 % du PIB. Que des agents publics souhaitent être mieux payés est légitime ; que la seule variable d'ajustement soit toujours le contribuable ou le voyageur pris en otage l'est beaucoup moins. Le vrai débat, celui du périmètre de l'État et du nombre de missions qu'il prétend assumer, reste soigneusement hors du cortège : on se bat pour la fiche de paie, jamais pour la question de savoir ce que l'on demande à l'administration de faire. Tocqueville l'avait noté : l'égalité des conditions aime à se faire protéger par un pouvoir central, jusqu'au jour où elle découvre le prix de sa protection.

Sources : Orange Actualités, 28-29 septembre 2026.

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Le taux français à dix ans gagne neuf points de base à 4,78 % et le taux américain onze à 5,24 % : le CAC 40 termine à l'équilibre, Wall Street dans le rouge

Le CAC 40 a terminé quasi stable lundi, en hausse de 0,01 % à 8 078,48 points, freiné par la hausse conjointe du pétrole et des rendements obligataires : le dix ans français a progressé de 0,09 point à 4,78 %, le dix ans américain de 0,11 point à 5,24 %. Maisons du Monde a perdu 7,76 % après des résultats semestriels décevants, Rexel 3,3 % malgré son acquisition américaine. À New York, le Dow Jones a reculé de 0,67 % et le Nasdaq de 0,92 %, pénalisés par les mêmes facteurs. L'euro s'est replié de 0,2 % face au dollar, à environ 1,137.

Un CAC immobile sur la journée dit moins le calme que l'équilibre instable de forces contraires : un pétrole qui renchérit le coût de l'énergie et un loyer de l'argent qui monte pour tous, États compris. Or c'est bien là que le budget français devrait regarder : chaque point de base supplémentaire sur l'OAT est un point supplémentaire sur une dette de 121,7 % du PIB attendue l'an prochain, et la charge d'intérêts deviendra le premier poste du budget. Le marché, lui, fait ce que font les marchés : il tarife le risque que les gouvernements préfèrent ne pas voir. On peut contester la note d'une agence ; on conteste plus difficilement le prix auquel des prêteurs volontaires exigent d'être payés pour financer un déficit de 5,4 %.

Sources : TradingSat/BFM Bourse, 28 septembre 2026 ; Boursorama (AFP), 28 septembre 2026.

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Le pétrole repart à la hausse après le rejet par Trump de l'offre iranienne, l'Arabie saoudite ayant rouvert son oléoduc est-ouest

Les cours du pétrole ont progressé d'environ 2 % lundi, les négociations entre Washington et Téhéran étant dans l'impasse après le refus de Donald Trump de la proposition iranienne de rouvrir le détroit d'Ormuz en sept jours. Selon BFM Bourse, le Brent a gagné 2,8 % et le WTI 3,3 % à 95,50 dollars, malgré la reprise des exportations saoudiennes par l'oléoduc est-ouest une fois réparés les dégâts causés par des frappes de drones. Des discussions avec des médiateurs qataris sont attendues cette semaine, ce qui laisse entrouverte la possibilité d'une reprise des négociations.

Chaque bulletin du Golfe ressemble désormais à une météo : une déclaration à Washington, quelques centimes de plus au baril, un baril qui se répercute quelques jours plus tard sur la pompe. Cette dépendance quotidienne à l'humeur de deux ou trois capitales rappelle qu'un prix est une information avant d'être une charge : ici il dit, sans détour, que l'offre est rare et le risque élevé. Les États qui répondent par des chèques énergie et des plafonds finissent toujours par masquer ce signal au lieu d'y répondre, et retardent d'autant l'investissement dans la production, le stockage et le raffinage qui seul ferait baisser durablement la facture. Les oléoducs contournant Ormuz sont, en la matière, la seule bonne nouvelle de la semaine : ils sont la preuve que la redondance privée et industrielle vaut mieux que la promesse diplomatique.

Sources : Boursorama (Reuters), 28 septembre 2026 ; TradingSat/BFM Bourse, 28 septembre 2026.

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TotalEnergies porte ses rachats d'actions de 1,5 à 2,5 milliards de dollars par trimestre et promet plus de 5 % de dividende en plus chaque année jusqu'en 2030

Lors de sa journée investisseurs, TotalEnergies a réaffirmé ses objectifs de croissance jusqu'en 2030 et annoncé un rachat d'actions de 2,5 milliards de dollars au quatrième trimestre 2026, contre 1,5 milliard auparavant. Le groupe prévoit une hausse annuelle du dividende supérieure à 5 % et 2 à 2,5 milliards de rachats au premier trimestre 2027, alors que le consensus anticipe un bénéfice par action en recul de 7,86 % en 2027. Le titre, à 80,67 euros en matinée lundi, gagnait 0,85 % avant de terminer stable (+0,01 %).

La tentation politique sera de crier aux « superprofits » — Berlin réclame déjà une taxe européenne — alors que la lecture inverse s'impose : quand un groupe rend davantage de capital à ses actionnaires, il dit à la fois qu'il gagne de l'argent aujourd'hui et qu'il juge peu d'usages meilleurs pour cet argent demain. Les retraités, les épargnants et les fonds de pension qui touchent ces dividendes sont, eux aussi, des Français, même s'ils ne défilent pas. Les cycles pétroliers sont longs, les investissements colossaux, et rien n'est plus dangereux pour l'offre future que l'idée qu'un prix élevé doive être confisqué : on ne finance pas l'exploration de demain avec la taxe d'hier. Que l'action TotalEnergies vaille à peine 8 fois les bénéfices attendus, contre 12 pour ses pairs, rappelle surtout à quel point les marchés doutent déjà de la pérennité de cette manne.

Sources : Boursorama, 28 septembre 2026 ; Upside24, 28 septembre 2026.

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Rexel achète l'américain GCG 1,4 milliard de dollars, sa plus grosse acquisition en dix-huit ans, pour se renforcer dans les datacenters

Le distributeur français de matériel électrique a annoncé vendredi soir le rachat de GCG, spécialiste américain des câbles et de la connectivité : 16 sites, environ 950 salariés, plus de 1,1 milliard de dollars de chiffre d'affaires attendu en 2026 avec une marge opérationnelle de 11 %. Plus de 60 % de son activité vient de segments à forte croissance (datacenters, infrastructures électriques, télécoms, défense, services municipaux). L'Amérique du Nord dépassera 50 % du chiffre d'affaires de Rexel, l'exposition aux datacenters passant de 8 % à 10 %. Le financement mêle trésorerie, dette et une possible augmentation de capital d'environ 500 millions d'euros ; Oddo BHF évalue le multiple à moins de 8 fois l'Ebitda 2026 après synergies. Le titre a perdu 3,3 % lundi.

Voilà un fleuron français qui choisit d'investir aux États-Unis, là où la demande d'électricité des datacenters croît, plutôt que dans un pays où la fiscalité de production, la complexité normative et l'instabilité budgétaire découragent chaque année un peu plus l'arbitrage en faveur du territoire national. Ce n'est pas un reproche fait à Rexel, dont le devoir est de servir ses actionnaires et ses clients là où ils se trouvent ; c'est un symptôme qui devrait alarmer un gouvernement soucieux de croissance. Le marché, prudent, sanctionne en séance le prix payé et le risque de dilution : c'est sa façon de rappeler qu'aucune acquisition, même stratégique, n'est gratuite pour ceux qui la financent.

Sources : TradingSat/BFM Bourse, 25 septembre 2026 ; Boursorama, 25 et 28 septembre 2026.

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La coentreprise chinoise de Stellantis avec Dongfeng s'associe à Momenta pour développer des aides à la conduite avancées destinées à l'Europe et à l'international

Momenta, spécialiste chinois du logiciel de conduite autonome, a conclu un accord avec la coentreprise chinoise de Stellantis et Dongfeng pour développer conjointement des technologies de conduite intelligente. Selon MoneyVox, ces technologies d'aide à la conduite avancée sont destinées à des modèles produits en série en Europe et à l'international ; le titre Stellantis a gagné 0,45 % lundi. Le mouvement permet au constructeur de combler un retard face à des concurrents chinois qui dominent ce segment.

Quand un constructeur européen doit aller chercher chez un partenaire chinois le logiciel qu'il n'a pas su produire, la conclusion est brutale : l'avantage compétitif a changé de camp, et ce n'est pas la faute des seuls dirigeants d'entreprise. Une industrie qui vit sous le poids d'une réglementation toujours plus fournie, de normes de plus en plus lourdes sur le calendrier des motorisations, et qui doit y consacrer des ressources d'ingénierie déjà rares, innove moins vite qu'un rival soumis à une concurrence plus vive. Le libre-échange n'est pas en cause, il est même la solution : c'est en s'alliant aux meilleurs, plutôt qu'en érigeant des barrières, que l'Europe rattrapera son retard. Mais elle aurait tort de croire qu'un accord de circonstance dispense de la seule vraie réponse : libérer ses propres innovateurs.

Sources : Boursorama, 28 septembre 2026 ; MoneyVox, 28 septembre 2026.

Le chiffre du jour
2 milliards €
C'est ce que rapporterait le gel du point d'indice de la fonction publique, sur les 54 milliards d'économies proposées par Sébastien Lecornu pour le budget 2027 : environ 4 % de l'effort, et de quoi mobiliser huit syndicats en « journée noire ».
Source : Orange Actualités, 28-29 septembre 2026.
La citation
« Il n'existe pas de repas gratuit. »
— Milton Friedman (1912-2006), titre de son recueil There's No Such Thing as a Free Lunch, 1975 (traduit de l'anglais)

Trois lectures pour aujourd'hui