Le gouvernement travaille, pour le budget 2027, à une « sous-indexation ciblée » des pensions les plus élevées, plutôt qu'à un gel généralisé comme ceux qu'avaient tentés, sans succès, Michel Barnier en 2024 et François Bayrou en 2025. Roland Lescure a posé le principe : « La question de la contribution des retraités aisés à l'effort de redressement mérite d'être posée. » Aucun seuil de revenu n'est arrêté à ce stade, mais l'enjeu budgétaire est connu : indexer intégralement les pensions sur l'inflation coûterait environ 6 milliards d'euros, une somme que Bercy veut réduire sans reprendre le mot « gel », politiquement toxique depuis deux échecs consécutifs. Le projet de loi de finances doit être présenté en conseil des ministres le 30 septembre ; Sébastien Lecornu a par ailleurs confirmé un effort de 54 milliards d'euros « à fiscalité stable », sans hausse de l'impôt sur le revenu ni dégel du barème, une baisse de la surtaxe sur les grandes entreprises de 8 à 5 milliards avec sortie des ETI du dispositif, et de nouvelles coupes sur les APL des jeunes et des retraités ainsi que sur les indemnités journalières. Le député socialiste Jérôme Guedj n'a pas fermé la porte à une contribution des retraités aisés, à condition d'un effort plus large incluant les successions et les « niches sociales ».
Il faut se réjouir, d'abord, qu'on renonce au mot qui tue : un gel généralisé frappe le retraité modeste autant que l'ancien cadre supérieur, ce qui n'a jamais eu de justification économique, et cibler les pensions les plus élevées est, en soi, plus défendable qu'un rabot uniforme. On se réjouira aussi, sans réserve cette fois, de la baisse de la surtaxe sur les grandes entreprises : un pays qui vend sa dette à 4,6 % n'a aucun intérêt à décourager ceux qui investissent chez lui, et sortir les ETI du dispositif est une bonne nouvelle pour l'emploi. Mais ce budget « à sous-indexation ciblée » ne règle rien : il traite les symptômes d'un système par répartition dont l'âge de départ reste suspendu depuis un an, faute de courage politique, et qui continuera de coûter plusieurs milliards de plus chaque fois que l'inflation avancera d'un point, quel que soit le seuil retenu pour les « retraités aisés ». Un système par capitalisation, où chacun cotise pour lui-même plutôt que pour la génération précédente, n'aurait besoin d'aucune sous-indexation ciblée, parce qu'il ne dépendrait d'aucun arbitrage budgétaire annuel. Tant que la France refusera cette question-là, elle continuera de bricoler, chaque automne, un seuil qui n'existe pas encore pour économiser une somme qui ne suffira jamais.
Sources : Club Patrimoine, 24 septembre 2026 ; LégiFiscal, 18 septembre 2026 ; L³, éditions antérieures.
L'indicateur synthétique du climat des affaires calculé par l'Insee a reculé de deux points en septembre, à 96, s'éloignant un peu plus de sa moyenne de longue période fixée à 100. L'enquête, menée auprès des chefs d'entreprise sur leurs perspectives de production, de commandes et d'emploi, tombe au lendemain d'une semaine où les indices PMI flash de S&P Global avaient au contraire signalé le meilleur mois d'activité du secteur privé français depuis deux ans (lire l'édition d'hier, #192). L'écart entre les deux enquêtes n'a rien d'inédit : l'Insee interroge un panel plus large sur un mois calendaire complet, quand le PMI capture une tendance plus resserrée et plus réactive au sentiment immédiat des acheteurs.
Deux baromètres, deux méthodes, un seul pays, et cela suffit à faire dire deux choses contraires à la presse économique en quarante-huit heures : c'est la meilleure preuve qu'aucune enquête de conjoncture ne remplace une décision d'investissement. Ce que les deux indicateurs partagent, en revanche, c'est la cause qu'ils citent tous deux pour expliquer la nervosité des chefs d'entreprise : l'incertitude politique et la remontée des taux, deux variables que ni l'Insee ni S&P Global n'inventent, et que le gouvernement ne maîtrise pas davantage qu'eux. Un climat des affaires qui hésite entre 96 et une amélioration de façade n'est pas un problème de communication statistique, c'est le symptôme d'un pays qui ne sait pas, à cinq jours du dépôt de son budget, s'il aura un budget voté avant Noël. On ne corrige pas un indice de confiance par un chiffre plus flatteur ; on le corrige en donnant aux entrepreneurs une règle stable pour les cinq ans qui viennent, ce qu'aucun gouvernement français n'a offert depuis 2022.
Sources : Insee via Boursorama, 24 septembre 2026 ; S&P Global / HCOB, PMI flash, 23 septembre 2026 ; L³, édition #192.
Les indices américains ont clôturé en baisse jeudi : le Dow Jones a cédé 0,7 % (352 points) à 51 511,59, le S&P 500 0,8 % à 7 706,05 et le Nasdaq 1,1 % à 26 936,04. Le rendement du bon du Trésor à dix ans a grimpé à 5,135 %, son plus haut niveau depuis juillet 2007, et le deux ans à 4,947 % ; les tensions géopolitiques ont pesé, le président iranien ayant déclaré que Téhéran « ne se rendrait pas sous pression » des États-Unis, tandis que le gouverneur de la Réserve fédérale Michael Barr a jugé que des « ajustements » de politique monétaire restaient nécessaires. Les marchés à terme évaluent désormais à 66 % la probabilité d'une nouvelle hausse de taux en octobre. Les services publics et la consommation discrétionnaire ont le plus souffert ; Meta a progressé de 1 % sur les résultats de son assistant IA Muse, quand Amazon a perdu 2 % et Alphabet 3,8 %.
Un dix ans américain à 5,135 % dépasse déjà le niveau qualifié d'historique la veille dans ces colonnes : la hausse n'est pas un accident de séance, c'est une tendance qui s'installe et qui a une cause précise, une économie américaine qui tourne plus vite que prévu et une banque centrale qui n'a plus le luxe de choisir entre croissance et prix. M. Barr, gouverneur d'une administration qui a pourtant fait de la baisse des taux une promesse de campagne, dit tout haut ce que le marché avait déjà compris : on ne pilote pas l'inflation par décret, on la pilote par le prix de l'argent, et ce prix continue de monter des deux côtés de l'Atlantique. Pour la France, dont l'OAT se fixe par rapport au Bund mais de plus en plus par rapport au dix ans américain via la prime de terme mondiale, cette hausse n'est pas une nouvelle étrangère : c'est une facture qui arrive avant même que Paris n'ait voté son budget.
Sources : Yahoo Finance, 24 septembre 2026 ; L³, édition #192.
Le contrat d'octobre sur le PEG, référence du marché de gros français, a reculé de 2 % mercredi à 71,14 €/MWh, soit une baisse de 8,3 % sur sept jours, portée par des perspectives d'approvisionnement jugées « plus confortables », notamment grâce aux arrivées de gaz naturel liquéfié. Le contrat pour l'hiver 2026-2027 se traite à 70,12 €/MWh, et les prix à terme pour 2027 pointent vers 55,47 €/MWh, une détente qui reste, pour l'instant, une anticipation de marché et non une certitude. Malgré ce repli, le tarif réglementé grimpera de 8 % au 1er octobre, à 0,1456 €/kWh TTC pour le chauffage, contre 0,1347 € actuellement, l'écart s'expliquant par le délai de deux mois entre les prix de gros et leur répercussion sur la facture ; pour un ménage consommant 10 000 kWh par an, la facture annuelle atteint déjà 1 708 euros.
Voilà un mécanisme que chaque foyer devrait comprendre avant de maudire son fournisseur : le prix qu'on paie en septembre n'est pas le prix du gaz de septembre, c'est celui d'il y a deux mois, et celui qu'on paiera en octobre reflète un marché qui, lui, se détend déjà. Ce délai n'est pas un scandale, c'est la conséquence directe d'un tarif « réglementé » censé lisser les variations pour protéger le consommateur, et qui finit, comme tout lissage administré, par lui faire payer aujourd'hui ce qui s'est passé hier. Un marché totalement libre répercuterait la baisse de 8,3 % dès cette semaine ; un tarif encadré la répercutera dans deux mois, si les prix de gros ne remontent pas d'ici là. La régulation, ici comme ailleurs, ne supprime pas la volatilité, elle la retarde et la lisse pour mieux la faire payer à contretemps, et le consommateur français, qui croit payer un prix stable, découvre en réalité un prix en retard.
Sources : Selectra, 24 septembre 2026.
Après plusieurs mois de stabilité, les taux de crédit immobilier progressent en septembre de 0,05 à 0,15 point selon la durée : 3,43 % sur quinze ans, 3,54 % sur vingt ans et 3,61 % sur vingt-cinq ans en moyenne, avec un écart sensible selon les revenus, 3,25 % sur quinze ans pour les emprunteurs à plus de 120 000 euros de revenus annuels contre 3,65 % pour ceux sous 40 000 euros. Le déclencheur est le même que pour l'État : l'OAT à dix ans, qui dépasse 4 % pour la première fois depuis 2009, principalement sous l'effet des tensions géopolitiques plutôt que d'une dégradation domestique. « Le risque d'atteindre ce niveau sur les taux immobiliers d'ici la fin de l'année devient crédible », indique Pierre Chapon, directeur général de Pretto, qui exclut toutefois une accélération brutale, les banques resserrant leurs marges sans interrompre leurs prêts, notamment pour les primo-accédants.
On mesure ici, très concrètement, ce que signifient pour un ménage les points de base que les gros titres réservent d'ordinaire aux traders : chaque dixième de point supplémentaire sur l'OAT se retrouve, avec un décalage de quelques semaines, dans la mensualité d'un couple qui signe un compromis de vente à Rennes ou à Clermont-Ferrand. La bonne nouvelle, si l'on peut dire, est que les banques françaises choisissent pour l'instant de rogner leurs marges plutôt que de fermer le robinet du crédit, ce qui a évité, jusqu'ici, le rationnement brutal connu en 2023 ; la moins bonne est que cette absorption a des limites, et qu'un dix ans durablement au-dessus de 4,6 % finira par s'imposer aux barèmes bancaires comme il s'impose déjà à l'État. Le marché immobilier français n'a pas de politique du logement plus efficace que celle, non écrite, que dicte chaque matin la salle des marchés de Londres et de New York ; les ministres qui promettent des prêts à taux zéro devraient d'abord regarder l'OAT avant de regarder leurs tableurs.
Sources : Pretto, analyse de septembre 2026.
Le président argentin Javier Milei a présenté un dispositif inédit de discipline budgétaire : un « carcan » qui gèlerait automatiquement les dépenses publiques non essentielles si le Parlement n'équilibre pas les comptes après plusieurs mois de déficit, le gouvernement disposant alors de quelques semaines pour corriger le tir avant l'entrée en vigueur automatique du blocage. Une réforme de la charte de la banque centrale interdirait par ailleurs tout financement monétaire de l'État et durcirait les conditions de révocation de sa direction, portées à une majorité des deux tiers du Parlement. La directrice du FMI Kristalina Georgieva a salué une « situation beaucoup plus saine », ouvrant la voie à un retour de l'Argentine sur les marchés internationaux ; le pays doit encore 57,3 milliards de dollars au Fonds, avec des remboursements d'au moins 9,5 milliards par an jusqu'en 2031, pour 48,9 milliards de réserves de change. Depuis le début du traitement de choc, l'inflation annuelle est retombée d'environ 300 % en 2023 à près de 25 %, et le taux de pauvreté a reculé de vingt points en un an, à 31,6 %, pendant qu'une croissance de 3,5 % est attendue pour 2026.
Un président qui propose de graver dans la loi sa propre impuissance à dépenser sans l'accord du Parlement est un président qui a compris ce qu'aucun gouvernement français n'a jamais osé formaliser : la meilleure garantie contre le laxisme budgétaire n'est pas un ministre vertueux, c'est une règle qui s'applique même à un ministre qui ne le serait plus. La France s'écharpe, depuis des mois, sur une loi spéciale qui reconduirait simplement les crédits de l'année précédente et que Matignon qualifie d'« austérité la plus dure » ; l'Argentine, elle, propose d'ériger cette reconduction en sanction automatique et volontaire. Le résultat, aussi douloureux qu'il ait été pour les Argentins les plus pauvres au plus fort du choc, est sous les yeux de tous : une inflation divisée par douze, un déficit qui ne s'aggrave plus, une banque centrale qu'on veut désormais protéger de son propre gouvernement, et un FMI qui, pour une fois, complimente plutôt qu'il ne met sous tutelle. On peut discuter du rythme, de la brutalité, du coût social du traitement de choc ; on ne peut plus discuter de son effet sur les grands équilibres, et c'est précisément ce que la France refuse de tester depuis vingt ans, en choisissant systématiquement la dette contre la règle.
Sources : Club Patrimoine, 31 juillet 2026 (mise à jour) ; Fonds monétaire international ; direction générale du Trésor.