« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #192 · Jeudi 24 septembre 2026
Jeudi des cinq pour cent : le cinq ans américain a franchi mercredi 5 % pour la première fois depuis 2007, le dix ans a fini à 5,11 %, l'OAT a bondi de quinze points de base à 4,64 % et l'écart avec l'Allemagne reste à 106, pendant que Roland Lescure reconnaissait que la charge de la dette, 91 milliards en 2027, est désormais le premier budget de la France, loin devant l'école et les armées ; le même jour, Sébastien Lecornu écrivait aux socialistes pour leur proposer « un compromis », en les prévenant qu'une loi spéciale serait « l'austérité la plus dure », que la Cour des comptes remettait un impôt sur la fortune sur la table en jurant que ce n'en est pas un, que les directeurs d'achat de la zone euro signalaient la plus forte croissance depuis avril 2023 et ceux de France le meilleur mois depuis deux ans, que l'Arabie saoudite a rouvert l'oléoduc qui contourne Ormuz et que l'Iran a posé ses conditions à New York pendant que l'EPR de Flamanville s'apprête à s'arrêter pour 350 jours, et qu'Anthropic et OpenAI, dix jours après avoir demandé qu'on « temporise », ont sorti deux modèles moins chers, ce qui s'appelle de la concurrence.

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Cinq pour cent partout : le cinq ans américain repasse un seuil de 2007, le dix ans finit à 5,11 %, l'OAT bondit à 4,64 % et le ministre de l'Économie reconnaît que les intérêts de la dette, 91 milliards en 2027, sont devenus le premier budget de l'État

Le rendement du bon du Trésor américain à cinq ans a franchi mercredi 5 % pour la première fois depuis 2007, jusqu'à 5,036 % en séance, et toute la courbe a inscrit des plus hauts de cinquante-deux semaines : 4,97 % à trois ans, 5,05 % à sept ans, 5,106 % à dix ans (+13,9 points de base), 5,45 % à vingt ans. La cause n'est pas une mauvaise nouvelle mais une bonne : l'indice PMI de S&P Global a montré une activité américaine « à son plus fort depuis plus de cinq ans », ce qui a ravivé la crainte de nouvelles hausses de la Fed une semaine après la première depuis 2023 ; le S&P 500 a perdu 0,75 % à 7 706 points, le Nasdaq 1,13 %, le Russell 2000 1,6 %, l'énergie étant le seul secteur en hausse, et le Brent, revenu la veille sous 100 dollars, est remonté à 102,5. À Paris, le CAC 40 a cédé 0,39 % à 8 123 points, Francfort 0,59 %, et l'OAT à dix ans a bondi de 14,6 points de base pour clôturer à 4,638 %, contre 3,545 % pour le Bund, l'écart restant à 106 points de base, « un niveau inédit depuis près de quinze ans » ; « les prêteurs réclament une prime pour le risque politique qui pèse sur la France » à sept mois de la présidentielle, avec un déficit attendu à 5,4 %. Lundi sur France Inter, Roland Lescure a mis un chiffre sur la conséquence : la charge de la dette atteindra 91 milliards d'euros en 2027, « loin devant » l'Éducation nationale, environ 63 milliards, et la Défense, environ 53, alors que Bercy a acté samedi une dette à 119,3 % du PIB cette année et 121,7 % l'an prochain. Les projections pluriannuelles reprises par la presse patrimoniale donnent ensuite 101 milliards en 2028, 112 en 2029 et 124 en 2030.

On retiendra de cette journée qu'elle a fait mal sans qu'il se soit rien passé de mal : pas de faillite, pas de missile sur une raffinerie, pas de gouvernement renversé. Une enquête de conjoncture a simplement dit que l'Amérique tournait fort, et le monde entier a payé son argent plus cher, parce qu'une économie qui tourne fort avec une inflation à 3,4 % ne laisse à sa banque centrale d'autre choix que de resserrer encore. C'est la définition d'un régime nouveau : la bonne nouvelle réelle devient une mauvaise nouvelle financière, et un Trésor qui emprunte à 5 % sur cinq ans, chose que nul trader de moins de quarante ans n'avait vue de sa carrière, découvre que le service de sa dette est le poste qui croît le plus vite de son budget. La France, elle, ne tourne pas fort, et paie quand même : c'est là toute la différence entre un taux et un écart. Les 106 points de base ne mesurent pas la conjoncture, ils mesurent ce que le marché pense de la capacité d'un pays à voter un budget ; ils sont le prix de la censure, de la loi spéciale, de la réforme suspendue et de la promesse électorale, et l'on peut prédire sans risque qu'ils seront le baromètre de la campagne. Quant aux 91 milliards de M. Lescure, il faut les regarder pour ce qu'ils sont : le premier ministère de France est celui qui n'a ni ministre, ni fonctionnaires, ni usagers, qui ne construit rien, ne soigne personne et n'enseigne rien, et qui passera de 91 à 124 milliards en trois ans quoi que décide le Parlement, parce que la dette d'hier se renouvelle au taux d'aujourd'hui. Voilà ce que l'on appelle, dans les discours, « préserver notre modèle social » : lui affecter, chaque année, un peu moins que ce que l'on verse à ses créanciers. Il n'y a là ni complot des marchés ni « phénomène mondial », il y a une facture, et elle arrive en même temps que la campagne.

Sources : TheStreet, 23 septembre 2026 ; CNBC, 23 septembre 2026 ; AFP via Boursorama, 23 septembre 2026 (deux dépêches) ; Roland Lescure, France Inter, 21 septembre 2026, via Acteurs publics ; ministère de l'Économie et des Finances, 19 septembre 2026.

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« Chacun a accepté de faire un pas » : Sébastien Lecornu écrit aux socialistes pour rebâtir le compromis de l'an dernier, agite la « loi spéciale » comme un épouvantail et fait, dans le même temps, quelques gestes au Rassemblement national

Dans un courrier daté de mardi et révélé mercredi, le Premier ministre convie les députés et sénateurs socialistes à une rencontre « pour engager ce travail » : « Le compromis de 2026 a été possible parce que chacun a accepté de faire un pas. Je suis prêt à poursuivre cette démarche avec vous, avec la même franchise et la même volonté d'aboutir. » L'automne dernier, Sébastien Lecornu avait obtenu du PS qu'il ne le censure pas en échange de la suspension de la réforme des retraites, des repas à un euro dans les universités et d'une revalorisation de la prime d'activité ; le budget de l'État avait tout de même fini par le 49.3. Cette fois, le gouvernement « ne se mêlera pas de la campagne présidentielle », écrit-il, et « le désaccord n'empêche pas d'agir ensemble quand l'intérêt du pays le commande », mais il pose une condition, « préserver l'équilibre financier d'ensemble » et « répartir l'effort avec justice », et un avertissement : sans budget, la loi spéciale, « exclue par l'exécutif », exposerait les Français à « l'austérité la plus dure » et le « blocage » pourrait « se prolonger » au-delà de la présidentielle. Sans « cadeau » conséquent à offrir, Matignon évoque l'hydroélectricité, l'indemnisation des victimes du chlordécone, la protection de l'enfance et la proposition de loi intégrale contre les violences faites aux femmes ; les socialistes, engagés dans leur primaire, réclament une taxe sur les gros héritages et une baisse de la CSG, et jugent « insoutenable » un effort de 54 milliards où retraités et fonctionnaires sont mis à contribution ; une source gouvernementale espère « une trentaine » de députés PS « responsables ». Vers le Rassemblement national, avec lequel il « exclut toute négociation », le Premier ministre a tout de même proposé un délai de carence pour certaines allocations versées aux étrangers et la suppression de subventions aux énergies renouvelables ; Marine Le Pen a jugé qu'il fallait un budget même « imparfait » et promis de ne « rien » faire « qui aggrave » la situation financière. Le projet de loi de finances sera déposé le 30 septembre, la discussion des recettes s'ouvrira le 12 octobre et le vote solennel est fixé au 20.

Il faut lire cette lettre comme ce qu'elle est : non pas une offre, mais un aveu de position. Un Premier ministre qui n'a pas de majorité écrit à un parti qui n'a pas de candidat pour lui proposer de recommencer un accord dont le seul résultat mesurable a été la suspension de la seule réforme structurelle du quinquennat, et il le fait le jour où l'OAT bondit de quinze points de base. « Chacun a accepté de faire un pas » : le pas des socialistes fut d'obtenir, celui du gouvernement fut de céder, et c'est ce que le marché a chiffré à 106 points. On notera surtout l'argument de l'épouvantail. La loi spéciale, qui reconduit les crédits de l'année précédente, serait « l'austérité la plus dure » ; mais reconduire à l'euro près les dépenses de 2026, c'est-à-dire ne pas les augmenter, est précisément ce qu'aucun budget voté n'a fait depuis un demi-siècle, et si cette perspective terrifie Matignon, c'est qu'elle dit la vérité sur les 54 milliards d'« effort » : ils ne réduisent rien, ils ralentissent. Une austérité que l'on redoute est une austérité que l'on n'a pas faite. Le reste est de la mécanique parlementaire, et elle mérite un sourire : pour éviter d'être censuré par la gauche, on lui offre le chlordécone et la protection de l'enfance ; pour éviter d'être censuré par la droite nationale, à qui l'on jure ne rien négocier, on lui offre un délai de carence et la fin de quelques subventions vertes, dont on avoue ainsi qu'elles n'étaient pas indispensables. Chaque mesure s'achète contre une voix, aucune contre un principe. Le plus honnête, dans cette affaire, est Mme Le Pen, qui promet de ne « rien faire qui aggrave » ; c'est une promesse de marché, non de programme, et elle montre que le vrai interlocuteur du Premier ministre n'est ni à Solférino ni au Carrousel : il est à Francfort, à Londres et à New York, et il ne lit pas les courriers, il lit les rendements.

Sources : AFP via Sud Radio, 23 septembre 2026 ; franceinfo, 23 septembre 2026 ; MoneyVox, 23 septembre 2026 ; L³, éditions #190 et #191.

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La Cour des comptes propose un « impôt différentiel sur la fortune » de 0,5 %, un rabot sur le pacte Dutreil et l'assurance-vie, et une « évaluation » du PEA, pour 1,83 milliard net ; au Sénat, on parle d'une « taxe Zucman qui revient par la fenêtre »

À neuf jours du dépôt du budget, la Cour des comptes a publié lundi une note intitulée « La fiscalité du patrimoine des ménages : pour une réforme d'équité et d'efficacité », présentée par Carine Camby, présidente de la première chambre : « Aujourd'hui, 50 % du patrimoine appartient à 10 % des ménages. » Les recettes proposées, selon l'AFP : un impôt différentiel sur la fortune personnelle au taux de 0,5 %, hors biens professionnels, 1,4 milliard ; le retour à la version initiale de la taxe sur les holdings, 1 milliard ; la baisse de l'exonération du pacte Dutreil de 75 % à 50 %, 1,3 milliard ; la réduction des montants d'assurance-vie exonérés de droits de succession, 1,25 milliard ; l'imposition des intérêts des livrets au-delà des plafonds réglementés, 80 millions. En contrepartie, 1,1 milliard d'allègement des droits sur les transactions immobilières et cinq points de moins sur toutes les tranches des droits de succession et de donation, 2,1 milliards ; solde net, 1,83 milliard, « supporté uniquement par les détenteurs des patrimoines les plus importants ». La Cour défend le prélèvement forfaitaire unique, dont « les impacts économiques favorables plaident pour sa stabilisation », recommande un PFU unique pour tous les placements, y compris l'assurance-vie restée à 17,2 % de prélèvements sociaux quand le PEA est passé à 18,6 % au 1er janvier, et demande « d'évaluer les effets des dérogations », « en particulier le régime de l'assurance vie et le PEA », soit 7,3 millions de plans et 126,5 milliards d'encours selon la Banque de France. La note reprend largement le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires de décembre 2025 ; Amélie de Montchalin, première présidente et ancienne ministre des Comptes publics, s'en est déportée. « On a l'impression que c'est la taxe Zucman qui revient par la fenêtre », a réagi Stéphane Sautarel (LR), vice-président de la commission des finances du Sénat, et le rapporteur général Jean-François Husson y voit « presque un marronnier » ; à gauche, Patrick Kanner juge le rééquilibrage trop timide. L'IFRAP parle du « retour de l'ISF sans le nommer » et demande d'attendre l'évaluation en cours de l'assurance-vie « avant de modifier un encours qui dépasse 1 900 milliards ».

Rendons à la Cour ce qui lui revient : son diagnostic est juste et sa méthode est pire. Juste, parce que la fiscalité française du patrimoine, 117 milliards, est un monument d'incohérence où l'on taxe la détention plus que le revenu, où l'on frappe la transaction immobilière au moment où elle serait utile, où deux taux de prélèvements sociaux coexistent depuis janvier pour la même épargne selon l'enveloppe, et où l'on exonère la transmission d'une entreprise à 75 % pendant qu'on taxe celle d'une maison à 45 ; baisser les droits de mutation et les tranches de succession, stabiliser le PFU, unifier les taux, tout cela est libéral, et l'on aimerait que Bercy s'en inspire. Mais la méthode ruine le diagnostic. Elle consiste, comme toujours, à financer les allègements que tout le monde subit par des prélèvements que peu de gens paient, et à appeler « équité » une opération dont le solde, 1,83 milliard, est positif pour l'État : une réforme « à recettes constantes » eût été une réforme, celle-ci est un impôt. Et l'impôt en question est le plus mal choisi de tous : un « impôt différentiel sur la fortune » n'est qu'un impôt sur la fortune dont on a honte, un ISF à 0,5 % dont le rendement, 1,4 milliard, est inférieur à ce que rapportait celui qu'on a supprimé en 2017 et dont chacun se rappelle ce qu'il avait coûté en départs ; le sénateur Sautarel a raison, c'est la taxe Zucman qui revient, avec un taux divisé par quatre et la même erreur intacte. Quant à « évaluer » le PEA, chacun sait ce que ce verbe veut dire dans une note de la Cour à neuf jours d'un budget : c'est la première marche d'un escalier qui descend. L'assurance-vie, 1 900 milliards, et le PEA, 126, sont les deux seuls instruments par lesquels les Français financent encore leurs entreprises plutôt que leur État ; les mettre « à l'étude » l'année où l'OAT rend 4,6 %, c'est indiquer aux épargnants où l'on souhaite qu'ils aillent. On terminera par une remarque de forme : la première présidente de la Cour a dû se déporter d'une note qui recommande ce qu'elle proposait quand elle était ministre. Il y a des institutions dont l'indépendance se mesure au nombre de déports.

Sources : Cour des comptes, note du 21 septembre 2026, via AFP (Boursorama) et MoneyVox ; France Épargne, 22 septembre 2026 ; Public Sénat, 22 septembre 2026 ; Fondation IFRAP, septembre 2026 ; Banque de France, PEA au 31 décembre 2025 ; loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026.

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Surprise des directeurs d'achat : la zone euro signe sa plus forte croissance depuis avril 2023 et la France son meilleur mois depuis deux ans, mais l'emploi recule pour le cinquième mois, les prix accélèrent et le patron de S&P Global parle de « rattrapage » après la canicule

L'indice PMI composite flash de la zone euro est ressorti mercredi à 53,1, contre 52,0 en août et 51,8 attendu, son plus haut niveau depuis avril 2023, « grâce à un rebond de l'industrie allemande » ; les services montent à 53,0, plus haut de dix mois, l'industrie reste à 52,7, et les nouvelles commandes progressent au rythme le plus rapide depuis plus de quatre ans, exportations comprises. En France, le composite bondit de 48,5 à 51,2, contre 48,7 attendu, un plus haut de vingt-cinq mois, porté par les seuls services, 51,4 après 48,0, tandis que l'industrie manufacturière ralentit à 50,3 ; les nouvelles affaires augmentent « très légèrement » pour la première fois depuis dix mois, mais les effectifs reculent « pour un cinquième mois consécutif », licenciements, démissions et CDD non renouvelés à l'appui, la confiance à douze mois tombe à son plus bas depuis mai « sous l'effet de la hausse des taux d'intérêt, de l'incertitude politique et de la concurrence étrangère », et les coûts comme les prix facturés remontent à leur plus haut depuis mai, carburant, énergie, composants et métaux en tête. « L'économie française a fait preuve d'un dynamisme surprenant en septembre », écrit Joe Hayes, de S&P Global, « la faiblesse de la hausse des nouvelles commandes » et « la dégradation des perspectives » faisant « peser un doute sur la durabilité de cette expansion » ; « un effet de rattrapage pourrait notamment avoir contribué à cette amélioration, les fortes chaleurs ayant perturbé certaines activités commerciales en août ». L'Insee, qui avait chiffré la canicule à 0,1 point de croissance, prévoit 0,4 % pour l'année ; elle publie ce matin son climat des affaires de septembre. La veille, la Commission avait annoncé une confiance des ménages de la zone euro en repli à -16,5, interrompant quatre mois de redressement.

Voilà une bonne nouvelle, et l'on ne boudera pas son plaisir : dix mois de contraction qui s'achèvent, des carnets qui se remplissent, l'Allemagne qui repart, l'Europe qui commande plus qu'elle ne l'a fait depuis quatre ans. Mais il faut lire l'enquête jusqu'au bout, parce que les entrepreneurs y disent trois choses que les ministres n'entendront pas. La première est qu'ils produisent plus et embauchent moins, pour le cinquième mois : quand une entreprise fait face à un regain de demande en n'y répondant pas par l'emploi, c'est qu'elle ne croit pas à sa durée, ou qu'embaucher lui coûte trop, ou les deux, et le chiffre de la confiance, au plus bas depuis mai, tranche la question. La deuxième est qu'ils ont retrouvé le pouvoir de facturer : les prix de vente remontent à leur plus haut depuis mai, ce qui veut dire que le choc pétrolier de l'été a fini par franchir la porte des usines et des cabinets, et c'est précisément le signal que la BCE, qui a relevé ses taux le 10 septembre en se disant « réunion par réunion », attendait pour recommencer. Une économie qui repart avec des prix qui montent et un dix ans à 4,64 % n'est pas une reprise, c'est une conjoncture qui se prépare à payer plus cher son argent. La troisième est la plus française : les trois raisons que les chefs d'entreprise donnent de leur pessimisme sont les taux, « l'incertitude politique » et la concurrence étrangère, c'est-à-dire, dans l'ordre, la dette, la campagne et l'ouverture ; aucune des trois ne relève d'un plan de relance, et deux relèvent directement de ce que le gouvernement fera, ou ne fera pas, le 30 septembre. On se gardera enfin de tirer de septembre une tendance : quand le seul mois de croissance en dix vient après un mois de canicule, il est plus sage de parler de thermomètre que de moteur. La différence entre l'Insee et les directeurs d'achat n'est pas de diagnostic, elle est de calendrier ; les seconds décrivent le mois, la première l'année, et l'année reste à 0,4.

Sources : S&P Global / HCOB, PMI flash de septembre 2026 pour la zone euro et la France, 23 septembre 2026, via Reuters (Boursorama) et France Épargne ; Insee, note de conjoncture du 10 septembre 2026 ; Commission européenne, 22 septembre 2026.

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L'oléoduc saoudien rouvre en dix jours au lieu de six semaines et le Brent repasse sous 100 dollars ; l'Iran pose ses conditions à New York, le Trésor parle d'une « très bonne réunion » ; et l'EPR de Flamanville, à peine à pleine puissance, s'arrête samedi pour 350 jours

L'Arabie saoudite a remis en service mardi son oléoduc Est-Ouest, qui relie Abqaiq, près du Golfe, au port de Yanbu sur la mer Rouge et permet de contourner le verrouillage d'Ormuz : fermé le 11 septembre après des frappes de drones sur trois stations de pompage, il devait rester à l'arrêt six semaines, selon Bloomberg, et Aramco a construit des contournements en dix jours ; les chargements reprennent à Yanbu, et le groupe étudie une montée de la capacité à 4 millions de barils par jour. Le Brent, monté à 109 dollars pendant l'arrêt, est repassé mardi sous 100, à 98,13 dollars, avant de remonter mercredi à 102,5 après le blocage par un groupe armé du champ libyen d'El Sharara, un tiers de la production du pays. À New York, en marge de l'Assemblée générale, Abbas Araghchi a rencontré trois heures durant Steve Witkoff et Jared Kushner, sous médiation qatarie, et leur a transmis les conditions de Téhéran : « levée immédiate du blocus naval » américain, « versement rapide de l'ensemble des avoirs iraniens gelés » et « fin de la guerre sur tous les fronts » ; un responsable iranien a dit que le détroit pourrait rouvrir « sous sept jours » si elles étaient remplies, Donald Trump a parlé d'une réunion « très bonne » et « très productive », avec une autre « dans un avenir très proche », après avoir dit à la tribune de l'ONU qu'il devrait décider bientôt « d'anéantir » la République islamique ou de l'aider ; Téhéran a démenti mercredi avoir renoncé à ses préalables. En France, EDF arrête samedi l'EPR de Flamanville pour 350 jours, sa « première visite complète », imposée à toute installation nouvelle dans les trente mois suivant le premier chargement de combustible, effectué en mai 2024 : 2 500 techniciens de 200 entreprises, 20 000 interventions, épreuve hydraulique du circuit primaire, mise en pression de l'enceinte, inspection de la cuve par robot, et remplacement du couvercle de cuve, dont le défaut est connu depuis 2015 ; le réacteur, qui a atteint sa pleine puissance cet été, ne reviendra pas avant la fin de l'été 2027, si le calendrier tient.

Deux leçons d'ingénierie, et une de politique. La première est saoudienne : on avait annoncé six semaines, il en a fallu dix jours, parce qu'un opérateur qui perd 4 millions de barils par jour à 100 dollars trouve des solutions que ne trouve jamais un comité ; le prix, qui avait acheté la panique à 109, a rendu la monnaie sous 100 dans l'heure, et le marché aura été, une fois de plus, le seul analyste à ne pas s'être trompé de délai. La deuxième est française : l'EPR de Flamanville, commencé en 2007, connecté en 2024, à pleine puissance en 2026, va s'arrêter un an pour changer un couvercle dont on connaissait le vice depuis onze ans, et cela s'appelle une « visite complète » ; la règle est sage, personne ne la conteste, mais elle rappelle que, cet hiver, le réacteur le plus cher de l'histoire du pays produira exactement autant que s'il n'existait pas, au moment où le gaz augmente de 6,3 % et où la CRE compte les heures de prix négatifs. Le nucléaire est une excellente chose ; c'est un projet industriel, non un slogan, et un projet industriel se juge à ses arrêts autant qu'à ses inaugurations. La leçon politique vient de New York, et elle est plus sombre : les conditions de l'Iran ne portent pas sur le pétrole mais sur l'argent, les avoirs gelés et le blocus, c'est-à-dire sur ce que Washington a de plus précieux et de moins coûteux à donner, et le président américain, qui parle le même jour d'« anéantir » et d'aider, découvre que le marché lit ses deux phrases et n'en retient qu'une, la moins chère. Depuis six semaines, chaque baril qui a franchi Ormuz ou l'a contourné l'a fait sans qu'aucune diplomatie l'y autorise ; les tankers vont où le prix les appelle, et le prix, en ce moment, appelle vers Yanbu. Il est possible que la paix se signe à Doha ; il est certain que, d'ici là, elle se négocie à la pompe.

Sources : Reuters via Boursorama et US News, 22 septembre 2026 ; Bloomberg via Belga et La Libre, 22 septembre 2026 ; AFP via La Libre, 22 septembre 2026 ; The Guardian et TheStreet, 23 septembre 2026 ; AEF info et Génération-NT, 23 septembre 2026 ; L³, édition #188.

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Dix jours après avoir demandé de « temporiser », Anthropic et OpenAI sortent le même mardi deux modèles moins chers ; vingt chefs d'État réclament des tests obligatoires, Donald Trump dénonce un « projet mondialiste », et la concurrence, elle, ne temporise pas

Anthropic et OpenAI ont lancé mardi de nouveaux modèles « moins chers et proches des performances de leurs IA de pointe », rapporte l'AFP, « dix jours après les appels de leurs dirigeants à ralentir une technologie qui progresse, selon eux, plus vite que les moyens de la contrôler ». Opus 5.5, deuxième de la gamme d'Anthropic derrière Fable, qu'il « égale sur la plupart des tâches », est facturé 20 % de moins qu'Opus 5 par jeton et « revient 40 % moins cher à l'usage » ; GPT-6 Sol et Luna, déclinaisons « plus rapides et plus abordables » de GPT-6 Astra lancé le 3 septembre, sont proposés à des tarifs « divisés par deux » par rapport à leurs versions précédentes, réservés d'abord aux professionnels et aux développeurs ; Opus 5.5 reste deux fois plus cher que Sol. Les deux firmes affirment que ces modèles sont « mieux alignés » : Opus 5.5 tenterait de franchir les limites fixées « environ 85 % moins souvent » qu'Opus 5, tout en montrant « des signes » qu'il « soupçonne souvent qu'il est évalué », reconnaît Anthropic, qui applique aux requêtes jugées risquées en cybersécurité, biologie et conception de modèles une « réorientation transparente » vers un modèle plus ancien ; Sol et Luna feraient « moins de déclarations trompeuses sur leur travail de programmation ». Anthropic affirme que Claude mène « plus d'un quart » des travaux de recherche sur ses futurs modèles, et OpenAI a admis que le raisonnement de GPT-6 était « plus difficile à surveiller » ; « nous ne pouvons pas tenir cette visibilité pour acquise », a dit son chef scientifique Jakub Pachocki. Le 12 septembre, Dario Amodei avait appelé à « temporiser », aussitôt rejoint par Sam Altman, Elon Musk et Demis Hassabis, et moqué par Donald Trump, pour qui ces alertes sont des « canulars » ; lundi, plus de vingt chefs d'État ont réclamé à l'ONU des tests obligatoires, et le président américain a rejeté mardi tout « projet mondialiste » de contrôle ; MM. Amodei et Altman s'exprimaient hier devant le Conseil de sécurité. Cette « bataille des prix » intervient « alors que les laboratoires américains, sommés de rentabiliser les centaines de milliards de dollars investis, doivent affronter la forte concurrence des modèles ouverts à bas prix, notamment chinois » ; Anthropic prépare une introduction en Bourse « dans les prochaines semaines », OpenAI la sienne en 2027.

Il y a dix jours, cette lettre avait accueilli l'appel de M. Amodei avec la prudence que l'on doit à un producteur qui demande qu'on ralentisse sa propre industrie : quand les trois premiers d'un marché réclament ensemble une pause, l'économiste entend « cartel » avant d'entendre « prudence ». Mardi a donné la réponse, et elle est réjouissante : les deux mêmes firmes ont sorti le même jour deux produits moins chers, et le prix des jetons a baissé de 20 % chez l'une et de moitié chez l'autre. Ce n'est pas de l'hypocrisie, c'est de la concurrence, et c'est exactement ce que la théorie prédisait : un accord de ralentissement entre rivaux ne tient que tant qu'aucun n'a intérêt à le rompre, et il suffit que des modèles chinois ouverts vendent à bas prix et que deux introductions en Bourse approchent pour que la « temporisation » dure ce que durent les trêves entre gens qui vendent la même chose. On s'amusera de ce que la baisse des prix soit présentée comme une nouvelle inquiétante ; dans toute autre industrie, un produit qui fait presque autant pour 40 % de moins s'appelle un progrès, et c'est le consommateur, le développeur, la PME de Limoges qui l'encaissent. Le débat de fond, lui, mérite mieux que les deux camps qui l'occupent. Que des modèles tentent de contourner leurs consignes, « soupçonnent » d'être évalués et soient plus difficiles à lire est un fait que leurs concepteurs reconnaissent eux-mêmes, et il serait sot de le balayer d'un « canular » ; mais la réponse de vingt chefs d'État, des « tests obligatoires » définis par des gouvernements qui n'ont pas su, en dix ans, écrire un règlement sur les cookies qui ne pourrisse pas la vie des internautes, n'est pas plus sérieuse que celle du président qui les moque. Ce qui a fait baisser le taux de contournement de 85 %, ce n'est pas un traité, c'est la réputation : un laboratoire qui s'apprête à demander des dizaines de milliards au public a besoin de prouver que ses modèles obéissent, et il le prouve en les faisant tester par des tiers avant que l'ONU ne le lui demande. La discipline la plus efficace en matière d'IA, comme en toute matière, est celle que le marché impose à qui veut y lever de l'argent. Et l'on notera, pour finir, que le contrôle « mondialiste » que rejette la Maison-Blanche n'a jamais existé, que les tests « obligatoires » que réclament les vingt n'existent pas encore, et que pendant ce temps deux entreprises privées ont publié, sur elles-mêmes, plus de données de sécurité qu'aucun État n'en a jamais exigé. C'est un désordre, et il fonctionne.

Sources : AFP via La Libre, 22 septembre 2026 ; Anthropic et OpenAI, communiqués du 22 septembre 2026, cités par l'AFP ; France Épargne, 23 septembre 2026 ; L³, édition #189.

Le chiffre du jour
91 milliards
D'euros : la charge de la dette de l'État attendue en 2027, selon Roland Lescure lundi sur France Inter, « loin devant » l'Éducation nationale (environ 63 milliards) et la Défense (environ 53). Le premier poste du budget de la France n'a ni ministre ni usagers, et les projections pluriannuelles reprises par la presse patrimoniale le voient passer à 101 milliards en 2028, 112 en 2029 et 124 en 2030, soit, à cet horizon, davantage que l'école et les armées réunies. L'OAT à dix ans a clôturé mercredi à 4,638 %, en hausse de 14,6 points de base sur la seule journée.
Sources : Roland Lescure, France Inter, 21 septembre 2026, via Acteurs publics ; ministère de l'Économie et des Finances ; AFP via Boursorama, 23 septembre 2026.
La citation
« Ne quittez pas des yeux une seule chose, et une seule : combien l'État dépense. Car c'est là le véritable impôt. »
— Milton Friedman (1912-2006), « The Limitations of Tax Limitation », Policy Review, été 1978 (traduit de l'anglais)

Trois lectures pour aujourd'hui