« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #191 · Dimanche 20 septembre 2026
Dimanche des notes : dans la même nuit de vendredi à samedi, Scope Ratings a dégradé la France de AA- à A+ et relevé la Grèce de BBB à BBB+, sa meilleure note depuis 2009, avant que Moody's ne place Athènes sous perspective positive et que Bercy n'annonce une dette à 119,3 % du PIB cette année et 121,7 % l'an prochain, « hausse mécanique » d'un déficit qui restera à 5,4 % ; pendant que l'avant-projet de budget de la Sécurité sociale révélé par Le Monde gèle les pensions de base au-delà de 2 034 euros, sous-indexe les autres par décret et ramène l'abattement des retraités à 3 000 euros, que Lisbonne rend 800 millions à ses contribuables avec sa cinquième baisse de l'impôt sur le revenu le jour où Berlin réclame à Dublin une taxe européenne sur les superprofits pétroliers, que les Houthis ont visé Ryad et Yanbu samedi et qu'Emmanuel Macron reçoit aujourd'hui Mark Carney à Saint-Pierre-et-Miquelon pour parler de gaz liquéfié, qu'Amazon renonce à livrer gratuitement les livres dans ses casiers parce qu'un arrêté l'exige, et que les éleveurs du Texas découvrent qu'un président protectionniste peut, à neuf semaines d'une élection, importer 300 000 tonnes de bœuf.

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Une nuit, deux notes : Scope dégrade la France à A+ et relève la Grèce à BBB+, puis Bercy annonce une dette à 121,7 % du PIB en 2027, « hausse mécanique » d'un déficit qui ne baisse pas

Vendredi soir, l'agence européenne Scope Ratings a abaissé la note de la France de AA- à A+, en invoquant une « détérioration persistante des perspectives budgétaires », « une hausse de la dette publique, des déficits budgétaires toujours élevés et des progrès limités en matière de réformes structurelles », le poids croissant des intérêts et un contexte politique marqué par la fragmentation et la polarisation ; la perspective, jusque-là négative, devient « stable », et la France se retrouve, note Bloomberg, au niveau où l'avaient déjà placée Fitch et S&P, Fitch ayant confirmé son A+ le 28 août. Dans la même nuit, la même agence relevait la Grèce de BBB à BBB+, sa meilleure note depuis 2009, et Moody's confirmait Athènes à Baa3 en passant sa perspective à positive, saluant « les signes de plus en plus nombreux que l'attention soutenue des autorités aux réformes économiques et institutionnelles porte ses fruits » : la dette grecque, 209,4 % du PIB en 2020 et 146,1 % en 2025, est attendue autour de 136 % cette année et 110 % en 2031, grâce à un excédent primaire de 4,9 % du PIB en 2025 et un excédent global de 1,7 %, à 5,3 milliards d'euros de prêts de sauvetage remboursés par anticipation fin 2025 et 13 milliards de plus prévus d'ici décembre, et à un écart de collecte de TVA tombé de 24 % en 2019 à 9 % en 2024 ; le ministre des Finances Kyriakos Pierrakakis y voit « un vote de confiance », S&P se prononcera le 23 octobre et Fitch le 6 novembre. Samedi, après avoir transmis dans la nuit ses textes au Haut Conseil des finances publiques, Bercy a publié sa trajectoire : une dette à 119,3 % du PIB en 2026 et 121,7 % en 2027, après 115,6 % en 2025, « au plus haut depuis 1995 », c'est-à-dire depuis que l'Insee la mesure au sens de Maastricht. « Cette hausse est mécanique. Elle est la conséquence d'un déficit qui demeure élevé », explique le ministère : 5,1 % en 2025, 5,4 % en 2026 au lieu des 5 % votés, trois dixièmes perdus à cause du Moyen-Orient et de la sécheresse et un dixième à cause de l'inflation et des taux selon le décompte de Bercy, puis 5 % en 2027, objectif que Roland Lescure a jugé « ambitieux » mais « évidemment réalisable » ; « la perspective d'une stabilisation de ce ratio ne peut intervenir que lorsque le déficit public sera ramené à 3 % », objectif « maintenu » à 2029. La dépense publique reculerait de 0,2 point à 56,9 % du PIB, « le fruit d'un effort de maîtrise de la dépense tout à fait considérable » ; la dépense primaire nette, l'indicateur de Bruxelles, augmentera de 1,4 % cette année, « légèrement supérieur à la recommandation », et de 0,7 % en 2027 ; les prélèvements obligatoires passeront de 43,9 % à 44,2 % du PIB, hausse « attribuée à la réduction de certaines niches fiscales et à la lutte contre la fraude », « mais globalement, pas de hausse généralisée d'impôts, pas de hausse de TVA, pas de gel du barème » ; la surtaxe sur les grandes entreprises tombe de 8 à 5 milliards. La France est le pays le plus endetté de la zone euro derrière la Grèce et l'Italie ; l'Espagne est passée sous 100 % en juillet, le Portugal était sous 90 % en 2025. À Dublin, à l'issue de la réunion des ministres des Finances de la zone euro, Valdis Dombrovskis a jugé que « ce que nous observons est un phénomène mondial », et le président de l'Eurogroupe, qui n'est autre que M. Pierrakakis, a assuré ne voir « aucune fragmentation au sein de la zone euro » ; « La configuration politique n'est pas favorable aux réformes. Les gouvernements peuvent tomber, Sébastien Lecornu est très prudent et marche sur des œufs », résume Vincent Juvyns (ING). Les projets de budget de l'État et de la Sécurité sociale seront présentés en Conseil des ministres le 1er octobre ; l'Insee publiera la dette du deuxième trimestre le 29 septembre.

On prêtera attention à la chronologie, parce qu'elle est une leçon. Vendredi à minuit, une même agence a signé deux décisions : l'une retire un cran à un pays qui n'a pas voté un budget en équilibre depuis 1974, l'autre en rend un à un pays qui a fait défaut en 2012 et a passé treize ans dans la catégorie spéculative. La Grèce n'a pas eu de miracle ; elle a eu un excédent primaire de près de cinq points de PIB, c'est-à-dire qu'elle dépense, intérêts mis à part, moins qu'elle ne prélève, et elle a rendu par anticipation l'argent qu'on lui avait prêté. La France, elle, publie le samedi un document dont le mot central est « mécanique ». C'est le mot juste, et il est terrible : quand le taux auquel l'État emprunte, 4,5 %, dépasse la croissance nominale de l'économie et que le déficit primaire reste de l'ordre de trois points de PIB, la dette monte toute seule, sans qu'aucun ministre décide rien, et « l'effort » de 54 milliards ne fait que ralentir la pente. Bercy le reconnaît d'ailleurs : pas de stabilisation avant 3 %, pas de 3 % avant 2029, c'est-à-dire après la prochaine présidentielle et au milieu du quinquennat suivant. Les phrases rassurantes de Dublin méritent qu'on s'y arrête. « Phénomène mondial », dit le commissaire : les taux montent partout, c'est vrai, mais l'écart avec l'Allemagne, lui, n'est pas mondial, il est français, et un point de pourcentage sur 3 600 milliards finit par faire 36 milliards par an à mesure que la dette se renouvelle. « Aucune fragmentation », dit le président de l'Eurogroupe, qui est le ministre des Finances de la Grèce, ce qui donne à la phrase une saveur particulière : il ne voit pas de fragmentation parce que son pays vient de passer de l'autre côté. On notera enfin le paradoxe des 44,2 % : un gouvernement qui promet la « stabilité fiscale » annonce une hausse de trois dixièmes de point du taux de prélèvements en la rebaptisant « réduction de niches » et « lutte contre la fraude », reconduit pour la troisième année une surtaxe « exceptionnelle », et obtient de Scope une perspective « stable » au moment où sa note baisse, ce qui est la définition d'un palier, non d'un redressement. La Grèce a mis treize ans à remonter d'un cran par an ; la France en descend un par agence et par an. Il n'y a là ni malédiction ni « chocs » : il y a une arithmétique, et un pays qui, contrairement à son voisin, ne l'a pas encore acceptée.

Sources : Scope Ratings, 18 septembre 2026, via L'Express et Bloomberg ; Moody's et Scope via France Épargne et in.gr, 19 septembre 2026 ; ministère de l'Économie et des Finances via AFP, 19 septembre 2026 ; AFP, « Les États dans l'étau de la hausse des taux », 18 septembre 2026 ; Insee.

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Retraites : l'avant-projet de budget de la Sécu gèle les pensions de base au-delà de 2 034 euros, sous-indexe les autres par décret et ramène l'abattement à 3 000 euros ; il ne devait pas y avoir « de demi-mesure », il y en aura deux entières

Le Monde a révélé samedi le contenu de l'avant-projet de loi de financement de la Sécurité sociale transmis au Conseil d'État : les pensions de base des retraités percevant au moins 2 034 euros par mois seraient gelées en 2027 ; entre 1 260 et 2 034 euros, elles progresseraient « à un rythme moindre que l'inflation », selon un coefficient fixé par décret ; en dessous de 1 260 euros, elles suivraient les prix. Le seuil s'apprécierait sur l'ensemble des pensions perçues, base et complémentaires confondues, mais seule la pension de base serait gelée, précise le quotidien. Roland Lescure avait donné le ton le 12 septembre : « Avec une retraite de 2 000 euros, on n'est pas riches mais on n'est pas non plus démunis. » Parallèlement, selon des sources de l'exécutif citées par l'AFP, le plafond de l'abattement de 10 % appliqué aux pensions pour le calcul de l'impôt sur le revenu, 4 439 euros par foyer pour la déclaration de cette année, serait ramené à 3 000 euros, pour un rendement de 1,4 milliard d'euros. Le 11 septembre, sur Sud Radio, le ministre des Comptes publics David Amiel avait pourtant posé l'alternative : indexer toutes les pensions coûterait « plus de 6 milliards d'euros l'an prochain », somme dont « on n'a pas aujourd'hui le premier euro », et « ce qui est certain, c'est qu'il faudra choisir entre les deux, il ne peut pas y avoir de demi-mesure ». Le Premier ministre avait indiqué jeudi au Figaro un effort demandé aux retraités « inférieur à six milliards », en promettant qu'« aucune pension ne diminuera » et que « les petites retraites seront protégées ». Le ministère du Travail fait savoir que les « textes ne sont pas encore finement écrits ni arbitrés » et que la concertation est « en cours avec l'ensemble des groupes parlementaires ». Pour mémoire, la DREES comptait 17,3 millions de retraités en 2024, pour une pension moyenne de droit direct de 1 705 euros bruts ; la dernière revalorisation, au 1er janvier, a été de 0,9 %, l'inflation d'août est à 2,4 %, et l'Assemblée avait rejeté le 13 novembre 2025, par 213 voix contre 17, le remplacement de l'abattement par un forfait de 2 000 euros. À la CGT, Sophie Binet promet une « journée noire » le 29 septembre ; le PS dénonce une « potion d'austérité », le PCF un budget de « casse sociale », et Éric Coquerel voit la France partir « droit dans le mur ».

Il y a dix jours, le ministre des Comptes publics expliquait qu'il faudrait choisir ; le gouvernement a choisi les deux, et l'on ne s'en étonnera pas : quand il faut trouver 54 milliards, les alternatives deviennent des additions. Sur le fond, disons-le nettement, l'abattement de 10 % « pour frais professionnels » accordé à des personnes qui, par définition, n'en ont plus est une anomalie que Bercy a raison de vouloir réduire ; c'est une niche, elle profite d'autant plus que la pension est élevée, et un libéral n'a aucune raison de la défendre autrement que par habitude. Mais ce qui se dessine n'est pas une réforme, c'est un barème à trois étages avec un coefficient « fixé par décret », c'est-à-dire un instrument de sous-indexation dont le calibrage échappera au vote du Parlement, dans un budget que le Premier ministre a promis sans 49.3 : on votera le principe, l'exécutif fixera le montant. Le seuil lui-même a cette élégance administrative qui fait les mauvaises lois : apprécié sur l'ensemble des pensions, appliqué à la seule pension de base, il produit un effet de seuil à 2 034 euros, où un euro de complémentaire en plus fait perdre l'indexation de toute la base. Et l'on retiendra la phrase de M. Lescure, « pas riches mais pas démunis », qui est désormais la définition fiscale de la classe moyenne retraitée : celle à qui l'on demande. Ce qui manque, encore une fois, est la réforme : un système qui absorbe 14 % du PIB et dont la réforme de 2023 a été suspendue en 2025 ne sera pas équilibré par un gel d'un an décidé à sept mois d'une présidentielle, gel qui sera rattrapé au lendemain, comme toujours ; il le sera par l'âge, la durée et la contributivité, ces mots que personne ne prononce plus. Le gel est, d'un point de vue économique, « l'ajustement le moins brutal », dit un économiste dans L'Express, et c'est vrai ; c'est aussi le plus commode, parce qu'il ne réforme rien et qu'il se défait d'un trait de plume. On lira dans la brève suivante comment un pays voisin a traité ses retraités le même jour, avec ses excédents.

Sources : Le Monde, 19 septembre 2026 ; L'Express via Orange, 19 septembre 2026 ; AFP via Boursorama, 19 septembre 2026 ; Sud Radio, 11 septembre 2026, et Le Figaro, 17 septembre 2026, cités par France Épargne ; DREES ; Insee ; ICI et LCP, 18 septembre 2026.

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Lisbonne rend 800 millions à ses contribuables et à ses retraités avec sa cinquième baisse de l'impôt sur le revenu ; Berlin réclame à Dublin une taxe européenne sur les superprofits pétroliers, et Bruxelles lui répond qu'il peut la voter lui-même

Le Conseil des ministres portugais a approuvé jeudi un paquet de 800 millions d'euros, annoncé le soir même par Luís Montenegro depuis le palais de São Bento : 400 millions pour un supplément exceptionnel de pension, 200 euros pour les pensions inférieures à 537,13 euros, 150 jusqu'à 1 074,26 euros, 100 jusqu'à environ 1 611 euros, versé en une fois avec la pension de décembre à quelque deux millions de retraités, pour la troisième année consécutive et sans revalorisation permanente ; et 400 millions pour une baisse de l'IRS, l'impôt sur le revenu, de 0,3 à 0,5 point sur les six premières tranches, rétroactive aux revenus de 2026 et répercutée dès novembre sur les retenues à la source de 2,9 millions de foyers, la cinquième baisse de l'IRS des gouvernements Montenegro, 2,4 milliards cumulés, rapporte Reuters. S'y ajoutent 38 millions d'aides aux transporteurs, taxis et pompiers, et la prorogation jusqu'au 31 décembre du mécanisme qui restitue, via la taxe sur les produits pétroliers, le surcroît de TVA engendré par la hausse des prix, soit 1,3 milliard de fiscalité en moins d'ici la fin de l'année selon le Premier ministre. Lisbonne peut se le permettre : Fitch a relevé le Portugal de A à A+ le 4 septembre, avec un excédent de 0,7 % du PIB en 2025, 0,1 % attendu cette année et une dette ramenée à 87 % du PIB en 2026, tout en prévenant que la marge « n'est pas illimitée » ; M. Montenegro vise « le quatrième excédent consécutif » et refuse, au nom de la mémoire de la troïka, toute enchère de mesures. Interrogé par CNN Portugal, le ministre de l'Économie Manuel Castro Almeida a fait le calcul lui-même : les 800 millions auraient permis d'abaisser l'essence et le gazole de 24 centimes par litre ; « Nous leur mettons l'argent dans les mains ou nous les laissons payer moins d'impôts, et les gens choisiront ce qu'ils font de ces 800 millions d'euros. » Le lendemain, à Dublin, lors de la réunion informelle des ministres des Finances, Lars Klingbeil a dit attendre « que la Commission européenne présente enfin des propositions sur ce à quoi pourrait ressembler une taxe sur les superprofits, en particulier ceux des compagnies pétrolières » ; les ministres de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Autriche, de la Pologne, du Portugal et de l'Espagne l'avaient réclamée en août, plusieurs déjà en avril, pour « financer des mesures pour les consommateurs et entreprises affectés par la flambée des prix de l'énergie ». La Commission a « une nouvelle fois botté en touche » : « les États membres peuvent déjà instaurer une taxe sur les bénéfices exceptionnels, s'ils le veulent », a répondu Valdis Dombrovskis.

La phrase de M. Castro Almeida est la plus libérale qu'un ministre européen ait prononcée ce mois-ci, et elle vient de Lisbonne : 800 millions, c'était 24 centimes à la pompe, et le gouvernement a préféré rendre l'argent sans condition d'usage, en laissant chacun décider s'il roulera, se chauffera ou épargnera. On comparera avec l'« aide » française à 100 euros, sous condition de revenu, de distance et de formulaire, que la moitié des éligibles n'a pas demandée. Il faut pourtant lire la leçon portugaise en entier, et elle n'est pas celle de la générosité mais celle de l'ordre des opérations : Lisbonne a d'abord aligné trois excédents et vise le quatrième, réduit sa dette de plus de trente points de PIB depuis 2020, obtenu chez Fitch le A+ que la France vient de perdre chez Scope, et c'est ensuite qu'elle baisse l'impôt, une cinquième fois, et distribue un chèque qu'elle ne s'engage pas à reconduire ; Paris fait l'inverse, promet une aide « qui ne s'arrêtera pas » avant de savoir comment la payer, et gèle ses retraités là où Lisbonne leur envoie 200 euros. La différence n'est pas de cœur, elle est de solde. Le même Portugal figure, il est vrai, parmi les six qui réclament à Bruxelles une taxe sur les « superprofits » pétroliers, et là c'est Berlin qui parle le plus fort. Trois remarques. D'abord, l'Union l'a déjà fait : le règlement d'urgence d'octobre 2022 avait créé une « contribution de solidarité temporaire » de 33 % sur les bénéfices des pétroliers et gaziers excédant de 20 % leur moyenne de 2018-2021, et l'on n'entend personne, à Bercy, se vanter de ce qu'elle a rapporté, ce qui en dit long. Ensuite, un profit « exceptionnel » en temps de pénurie est précisément le signal qui fait affréter des tankers vers Gdansk, lancer dix appels d'offres chez Orlen et sortir des barils de la mer du Nord ; le taxer, c'est taxer le remède au moment où l'on se plaint du mal. Enfin, la réponse de M. Dombrovskis est la plus honnête de la journée : rien n'empêche l'Allemagne de voter chez elle la taxe qu'elle réclame à Bruxelles ; si elle ne le fait pas, c'est qu'elle veut que l'impôt soit européen pour que l'odieux le soit aussi, et que le rendement, lui, revienne aux capitales. Une taxe que tout le monde demande et que personne ne veut signer n'est pas une politique, c'est un communiqué.

Sources : gouvernement portugais, communiqué du Conseil des ministres du 17 septembre 2026 ; Reuters, 18 septembre 2026 ; ECO, 17 septembre 2026 ; Fitch Ratings, 4 septembre 2026 ; France Épargne, 18 septembre 2026 ; AFP via Bourse Direct, 18 septembre 2026 ; règlement (UE) 2022/1854 du Conseil du 6 octobre 2022.

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Ryad visée pour la première fois depuis des mois, un réservoir Aramco en feu près de l'aéroport, Washington redoute « une escalade rapide » ; à Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron reçoit Mark Carney pour parler de gaz liquéfié, et Matignon reçoit lundi pour parler d'« aide »

De fortes explosions ont retenti samedi à deux reprises à Ryad, où les journalistes de l'AFP ont vu brûler, près de l'aéroport, un réservoir de carburant au logo d'Aramco ; la coalition dirigée par l'Arabie saoudite a confirmé qu'un missile tiré par les Houthis en direction de la capitale avait été détruit, et fait état de tentatives « déjouées » contre plusieurs villes de l'ouest, dont Yanbu, le port de la mer Rouge par lequel le royaume exporte son pétrole ; les Houthis revendiquent deux attaques, contre « des sites sensibles à Ryad » et « des installations d'Aramco à Yanbu ». La capitale n'avait plus été menacée depuis la reprise des hostilités en juillet ; « ce conflit militaire a le potentiel de connaître une escalade rapide », a averti le département d'État, et Donald Trump a écourté son week-end à Camp David sans explication. Les Houthis, dont l'offensive de septembre a fait des centaines de morts et plus de 110 000 déplacés, contrôlent désormais tout le littoral yéménite de la mer Rouge, y installent radars et tunnels et y reçoivent des Gardiens de la révolution, selon deux sources du mouvement ; Axios affirmait la semaine dernière que Washington avait refusé de frapper les Houthis à la demande de Ryad. Le diesel a enchaîné les records aux États-Unis cette semaine, et Téhéran a fait connaître, par la voix de Mohsen Rezaï, ses conditions à toute reprise des négociations : fin des hostilités « sur tous les fronts » et levée du blocus américain de ses ports. Le Brent a terminé la semaine autour de 104 dollars. À 4 300 kilomètres de Paris, Emmanuel Macron est arrivé samedi soir à Saint-Pierre-et-Miquelon, où il a rappelé, en réponse à une carte postée par Donald Trump qui couvre toute la région du drapeau américain, que l'archipel est « français », « c'est une évidence », « pas de discussion » ; il y reçoit aujourd'hui Mark Carney, première visite d'un Premier ministre canadien, « un message fort » à quelques jours de mer du Groenland, pour un déjeuner de travail consacré à l'aérospatiale, à l'énergie, aux minerais critiques et aux technologies avancées, selon le communiqué d'Ottawa. Le Président a souhaité que « plus de gaz liquéfié (canadien) aille vers la façade atlantique » et, selon Euronews, que la France et l'Union recherchent des contrats pour sécuriser minerais stratégiques et GNL ; M. Carney arrive de Strasbourg, où il a acté jeudi un rapprochement avec l'Union que Mme von der Leyen voudrait porter à un statut inédit de « membre associé », et que Donald Trump a promis de sanctionner. Sur le Groenland, M. Macron a salué un accord où « la souveraineté danoise est respectée », sans vouloir commenter une éventuelle « reculade » américaine. Lundi, Sébastien Lecornu réunit à Matignon les ministres concernés par les carburants : Maud Bregeon a annoncé « un nouveau dispositif d'aide pour les Français qui travaillent à compter du 1er octobre » et Serge Papin a promis que l'aide « ne s'arrêtera pas » ; l'actuelle, 100 euros sous conditions, a été demandée par 1,5 million de personnes sur trois millions d'éligibles, et le gazole a franchi vendredi 2,39 euros.

Voici la géographie de l'énergie un dimanche de septembre : elle se décide à Yanbu, où un missile a cherché le port par lequel l'Arabie exporte sans passer par Ormuz, et à Saint-Pierre, où deux chefs de gouvernement déjeunent en parlant de gaz. Le premier fait est le plus grave, et l'on s'étonne que le marché l'ait pris avec ce calme : l'oléoduc Est-Ouest est déjà à l'arrêt, Aramco a déjà prévenu l'Europe qu'elle n'aurait rien en octobre, et voici Yanbu à portée de drones et Ryad sous alerte ; ce que le Brent à 104 dollars ne dit pas, le Forties à 136 le disait déjà vendredi. Le second fait est plus modeste qu'il ne paraît. « Plus de gaz liquéfié vers la façade atlantique » : le Canada n'exporte aujourd'hui son GNL que par le Pacifique, ses projets de terminaux atlantiques ont été abandonnés les uns après les autres, et les « contrats » qu'on signera à New York mettront des années à devenir des méthaniers ; c'est de la bonne politique, et cela ne changera rien au prix de cet hiver. Ce qui le changera est ailleurs, et le déjeuner de dimanche le montre en creux : le prix ne dépend pas d'un sommet, il dépend de ce que chaque raffineur, chaque affréteur, chaque automobiliste décide de payer, et c'est lui, non la diplomatie, qui a déjà détourné les barils de mer du Nord vers Gdansk. Reste lundi. Une « aide qui ne s'arrêtera pas », annoncée avant même d'être définie, avec un déficit à 5,4 % et une note qui vient de baisser, est une promesse dont on connaît le financement : elle sera empruntée à 4,5 %. On dira que c'est social ; c'est surtout un blocage des prix par le budget, plus discret qu'un décret et plus cher, parce qu'il subventionne la consommation de la chose rare au moment où il faudrait qu'elle le soit moins. Le seul mérite du dispositif de septembre était son découragement, trois millions d'éligibles et la moitié de demandes ; on peut craindre que celui d'octobre soit conçu pour être plus efficace.

Sources : AFP, 19 et 20 septembre 2026 (Ryad, Saint-Pierre-et-Miquelon, Groenland) ; cabinet du Premier ministre du Canada, 13 septembre 2026 ; Euronews, 20 septembre 2026 ; La Presse canadienne via Global News, 19 septembre 2026 ; franceinfo, 18 septembre 2026 ; AFP via Connaissance des énergies, 18 septembre 2026 ; L³, édition #190.

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Amazon renonce à livrer gratuitement les livres dans ses casiers : trois euros de port obligatoires, un arrêté, une décision du Conseil d'État, et le lecteur des « communes rurales et petites villes » qui paie pour la librairie qu'il n'a pas

« Nous avons décidé, pour les livres neufs, de concentrer (...) la livraison gratuite sur les points de retrait en comptoir et accueils de magasin – et d'exclure les casiers automatiques », a indiqué samedi à l'AFP un porte-parole d'Amazon, confirmant une information du Figaro. Depuis octobre 2023, un arrêté pris en application de la loi Darcos du 30 décembre 2021 impose des frais de port minimaux de trois euros pour toute expédition de livres neufs, un centime au-delà de 35 euros d'achat, « sauf si le livre est retiré dans un commerce de vente au détail de livres » ; Amazon estimait que ses casiers entraient dans l'exception, le Syndicat de la librairie française et le Médiateur du livre y voyaient un contournement, et le Conseil d'État a jugé le 13 mai que le minimum fixé par le gouvernement était « conforme au droit européen », rejetant le recours du groupe. Les casiers ne seraient qu'une « minorité » des quelque 3 000 points de retrait éligibles selon Amazon, « un tiers (voire davantage) » selon le Médiateur en 2025 ; le réseau restant est « majoritairement situé dans des communes rurales et des petites villes », dit le porte-parole, la priorité étant de « soutenir (...) l'accès aux livres partout en France ». « C'est évidemment une bonne nouvelle », a réagi Guillaume Husson, délégué général du SLF, qui se réjouit d'une « mise en conformité » et d'« une position raisonnable qui évitera des actions en justice illégitimes » : « On vit sur un marché concurrentiel évidemment. Ce qu'on attend (...) des autres vendeurs de livres, c'est qu'ils jouent avec les mêmes règles du jeu et qu'ils appliquent les mêmes lois. Il n'y en a qu'un qui ne le faisait pas, c'était Amazon. » La loi Darcos prolongeait la loi Lang de 1981 sur le prix unique et la loi de 2014 dite « anti-Amazon », qui interdisait déjà de cumuler la remise de 5 % et la gratuité des frais de port.

Un dimanche, on peut s'arrêter sur une petite loi, parce qu'elle contient tout le reste. Voici un texte dont l'objet déclaré est de rendre un service plus cher au consommateur, afin de protéger un commerce contre un concurrent qui livrait pour rien ; voici un arrêté qui fixe le prix minimal de ce service à trois euros, comme on fixait jadis le prix du pain, mais dans l'autre sens ; voici un juge qui constate que tout cela est « conforme au droit européen », ce qui est possible et ne dit rien de sa sagesse ; et voici une profession qui célèbre la « mise en conformité » d'un prix, c'est-à-dire l'alignement d'un prix bas sur un plancher légal. Bastiat aurait reconnu ses fabricants de chandelles demandant qu'on ferme les fenêtres. Ce que personne ne dit, c'est qui paie. Les trois euros ne vont pas aux libraires ; ils vont au transporteur, ou nulle part, et ils sont acquittés par un lecteur qui, dans le village où se trouve le casier, n'a pas de librairie à protéger, sinon il y serait allé. Le « marché concurrentiel » qu'invoque le syndicat est un marché où le prix du livre est fixé par l'éditeur depuis 1981, la remise plafonnée depuis 2014 et le port depuis 2023 ; ce qui restait de concurrence portait sur la commodité de la livraison, et on vient de l'interdire aussi. On répondra que la librairie est un bien culturel ; c'est vrai, et c'est précisément pourquoi une société qui y tient devrait la financer ouvertement, par ses achats ou par sa générosité, plutôt que par une taxe cachée dans les frais de port de ceux qui n'y ont pas accès. Il n'y en a qu'un qui ne jouait pas le jeu, dit M. Husson ; le jeu, en effet, consistait à faire payer le lecteur, et Amazon avait la mauvaise idée de ne pas le faire.

Sources : AFP, 19 septembre 2026 ; Le Figaro, 18 septembre 2026, cité par l'AFP ; loi n° 2021-1901 du 30 décembre 2021 et arrêté du 4 avril 2023 ; Conseil d'État, décision du 13 mai 2026, citée par l'AFP ; Médiateur du livre, 2025.

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Le protectionniste découvre l'importation : Donald Trump a suspendu les droits sur 300 000 tonnes de bœuf pour faire baisser les prix avant les élections, et les éleveurs du Texas « ruminent »

Depuis le 1er septembre, les États-Unis ont suspendu les droits de douane sur l'importation de 300 000 tonnes de bœuf, « avec le souhait affiché de faire baisser le prix de ce produit très prisé des Américains avant les élections de mi-mandat » du 3 novembre, rapporte l'AFP depuis les prairies du Texas, l'État qui compte le plus de bétail du pays. « Le président Trump, que je soutiens pleinement, a décidé que nous devions importer de la viande destinée à la fabrication de hamburgers. Je ne suis pas d'accord », dit Sid Miller, républicain et commissaire à l'Agriculture du Texas : « ça ne permet pas d'augmenter le cheptel », au plus bas depuis 75 ans, et « ça creuse notre déficit commercial agricole ». Les prix du bœuf se sont envolés depuis la pandémie, sous l'effet des tensions sur l'offre, de la hausse des coûts et de la sécheresse ; les États-Unis ont en outre suspendu en mai 2025 les importations de bétail mexicain, 1,5 million de têtes par an « qui paissent dans nos prés, consomment notre maïs, passent par nos parcs d'engraissement et sont transportées dans nos camions », à cause de la lucilie bouchère, un parasite dont les larves attaquent la chair des animaux, une décision « probablement politique » selon M. Miller, « nous avons connu des foyers de lucilie bouchère dans les années 60, 70 et 80, mais n'avons jamais fermé la frontière » ; l'administration vient tout juste de relancer ces importations. Pour Bill Bullard, directeur de R-CALF USA, organisation de producteurs, « les importations réduisent nos possibilités de production nationale. Elles font baisser la demande de bétail local et par conséquent son prix », et le président a adopté une « mauvaise politique pour le secteur ». Donald Trump avait obtenu 77,7 % des voix en 2024 dans les 444 comtés dépendants de l'agriculture, selon Investigate Midwest ; « l'élection s'annonce plus serrée que toutes celles que nous avons connues jusqu'à présent », dit M. Miller, « la question du bœuf a déçu beaucoup d'éleveurs et d'agriculteurs. Comme les prix élevés du diesel ».

Il faut savoir gré à M. Bullard d'avoir décrit, en une phrase et sans le vouloir, ce qu'est un droit de douane : une mesure qui réduit l'offre, fait monter la demande pour le producteur local « et par conséquent son prix ». Ce que les éleveurs du Texas reprochent au président est exactement ce que le président a fait subir, depuis janvier 2025, à tous les consommateurs américains d'acier, d'aluminium, de voitures et de bien d'autres choses : ils étaient, dans ces affaires-là, du bon côté de la barrière, et ils découvrent qu'une barrière a deux côtés. On notera la chronologie avec un sourire : la Maison-Blanche a d'abord fermé la frontière mexicaine à 1,5 million de têtes de bétail, pour un parasite que les protocoles sanitaires avaient contenu pendant trois décennies sans fermer quoi que ce soit, puis constaté que le bœuf était cher, puis suspendu les droits sur 300 000 tonnes de viande étrangère pour le rendre moins cher. L'État a produit la pénurie, puis l'a combattue, et il facturera les deux au contribuable. Le plus instructif est la date : le 1er septembre, à neuf semaines d'un scrutin, un gouvernement qui a fait du droit de douane sa doctrine a redécouvert que l'importation est le moyen le plus rapide de faire baisser un prix ; on ne saurait mieux avouer que le protectionnisme est une politique de producteurs que l'on suspend quand les consommateurs votent. Il y a une leçon pour l'Europe, qui votait mercredi des frais de traitement sur les colis chinois et célébrait samedi des frais de port sur les livres : les prix que l'on protège finissent toujours par se présenter à une élection. Sid Miller soutient « pleinement » un président dont il rejette la seule mesure qui le concerne ; c'est la définition d'un électeur protectionniste, et l'on comprend que le parti s'inquiète.

Sources : AFP, reportage au Texas, 19 septembre 2026 ; R-CALF USA et Investigate Midwest cités par l'AFP ; Parlement européen via AFP, 16 septembre 2026.

Le chiffre du jour
121,7 %
Du PIB : la dette publique française attendue en 2027 selon la trajectoire publiée samedi par Bercy, après 115,6 % en 2025 et 119,3 % en 2026, un niveau inédit depuis que l'Insee la mesure au sens de Maastricht (1995). Seules la Grèce et l'Italie font davantage dans la zone euro ; l'Espagne est passée sous 100 % en juillet, le Portugal sous 90 % en 2025, et la Grèce, relevée par Scope la nuit même où l'agence dégradait la France, devrait passer de 146,1 % à environ 136 % cette année.
Sources : ministère de l'Économie et des Finances via AFP, 19 septembre 2026 ; Scope Ratings via France Épargne, 19 septembre 2026.
La citation
« La consommation est l'unique fin et l'unique objet de toute production ; et l'intérêt du producteur ne devrait être pris en considération que dans la mesure où cela peut être nécessaire pour servir celui du consommateur. »
— Adam Smith (1723-1790), Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), livre IV, chapitre VIII (traduit de l'anglais)

Trois lectures pour aujourd'hui