Depuis ce matin, la réforme de la facturation électronique entre entreprises est effective. Le calendrier est en deux temps : au 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA doit être en mesure de recevoir des factures électroniques, tandis que les grandes entreprises et les ETI doivent d'ores et déjà émettre au format structuré ou hybride ; les PME et micro-entreprises suivront le 1er septembre 2027. Les factures ne circulent plus librement : elles transitent obligatoirement par des plateformes agréées par l'État, qui transmettent au passage les données à l'administration fiscale au titre de l'e-reporting. L'objectif affiché est de récupérer environ trois milliards d'euros de TVA aujourd'hui perdue.
Personne ne défendra la fraude à la TVA, et l'on peut concéder que la dématérialisation finira par faire gagner du temps à ceux qui l'auront absorbée. Mais il faut lire la réforme pour ce qu'elle est. L'État ne se dote pas d'un outil de contrôle : il oblige quatre millions d'entreprises à s'abonner à une plateforme privée agréée, à reparamétrer leurs logiciels et à former leurs équipes, pour construire à leurs frais le canal par lequel il les surveillera. Le coût de conformité ne figure dans aucun tableau de prélèvements obligatoires, ce qui est précisément son intérêt politique. Il est pourtant bien réel, et il est régressif : une ETI l'amortit sur des milliers de factures, un artisan de trois salariés le supporte en entier. Trois milliards de recettes espérées contre un coût privé jamais chiffré — c'est l'exemple parfait de ce que Bastiat appelait ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas.
Sources : Urssaf, dossier « La facturation électronique » ; Previssima (août 2026) ; France 3 Régions ; direction générale des Finances publiques.
Dans un entretien au Parisien publié samedi, Sébastien Lecornu a donné les premières orientations du PLF et du PLFSS 2027, attendus fin septembre. Il vise un déficit public autour de 4,9 % du PIB, exclut toute hausse générale d'impôts, promet que « l'État portera l'essentiel de l'effort » avec des dépenses progressant « moins que l'inflation », et assume un « budget de premier semestre », largement réversible par la majorité issue des urnes. Sur le fond : désindexation des pensions les plus élevées, déremboursement de médicaments à bénéfice thérapeutique faible, plafonnement des indemnités journalières à 1,8 Smic au 1er novembre. Quant à la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises — environ 300 groupes, 7,3 milliards en 2026 — le Premier ministre juge sa reconduction mauvaise pour les investisseurs, Bercy l'étudie activement, et Roland Lescure « aimerait pouvoir la baisser » sans pouvoir s'y engager.
« Réversible » est le mot de l'année, et il faut lui rendre justice : il est sincère. Un gouvernement sans majorité, à huit mois d'une présidentielle, ne peut effectivement engager le pays. Mais un budget conçu pour être défait n'est pas un budget, c'est un acompte administratif. Or les créanciers de la France ne prêtent pas sur des acomptes : ils prêtent sur des trajectoires. Le vrai signal n'est pas dans les 4,9 % — chiffre déjà en recul sur les 4,7 % espérés il y a un an — mais dans la reconduction probable d'une contribution que l'exécutif qualifie lui-même de mauvais signal aux investisseurs, tout en la conservant parce qu'elle a « permis d'équilibrer le budget ». Un impôt dont on reconnaît publiquement la nocivité et qu'on maintient faute d'alternative n'est plus un choix fiscal : c'est un aveu de dépendance.
Sources : entretien de Sébastien Lecornu au Parisien, 29 août 2026 ; LégiFiscal (30 août 2026) ; Journal du Net ; Echos Plus.
L'Observatoire de l'emploi des entrepreneurs, publié le 26 août par l'association GSC et Altares, recense 33 341 dirigeants ayant perdu leur emploi au premier semestre 2026, en hausse de près de 7 % sur un an et au plus haut depuis la création de l'étude — plus de 180 par jour. La dégradation ne se limite plus aux micro-structures : les pertes bondissent de plus de 50 % chez les patrons de sociétés de plus de 50 salariés, et de 47,3 % au-delà de dix millions d'euros de chiffre d'affaires. Les dirigeants concernés exerçaient depuis dix ans en moyenne, vingt ans pour les PME de plus de vingt salariés. La construction reste en tête (7 718), devant le commerce (6 971) et l'hébergement-restauration (5 057). Les services aux entreprises progressent de 15,2 %, l'Observatoire pointant explicitement des métiers « fragilisés par l'intelligence artificielle » — services administratifs de bureau à +70,3 %, conseil à +12,1 %. En toile de fond, plus de 36 600 procédures collectives au premier semestre et le franchissement des 71 000 défaillances sur douze mois glissants, plus haut depuis 2009.
Ce chiffre mérite mieux que l'indifférence dans laquelle il est tombé. On parle de destruction d'entreprises quand un plan social touche cinq cents salariés ; on ne dit rien quand cent quatre-vingts entrepreneurs par jour disparaissent avec, selon Altares, environ 80 000 salariés dans leur sillage. La différence n'est pas économique, elle est politique : le dirigeant n'a pas de syndicat, et sa faillite ne produit pas d'images. Deux enseignements méritent d'être retenus. Le premier : l'expérience ne protège plus, ce qui signale non pas une sélection darwinienne des mauvais gestionnaires mais un changement d'environnement — coût du crédit, délais de paiement, extinction des PGE, demande atone. Le second : la poussée des services administratifs et du conseil est la première trace statistique visible, en France, de la réallocation productive provoquée par l'IA. Elle appelle une réponse fiscale et sociale qui facilite le rebond du dirigeant plutôt qu'une nouvelle ligne de subvention pour retarder l'échéance.
Sources : Observatoire de l'emploi des entrepreneurs GSC-Altares, 26 août 2026, via Le Monde du Chiffre ; Altares, défaillances S1 2026 ; Club Patrimoine.
Après le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole, Barclays a révisé sa prévision et anticipe désormais deux relèvements de 25 points de base, en septembre puis en décembre, là où la banque tablait encore sur un statu quo. L'outil CME FedWatch donne une probabilité de 60,4 % à une hausse dès le FOMC du 16 septembre. Le signal le plus net est venu du marché obligataire : le rendement à deux ans a pris une douzaine de points de base dans les heures suivant le discours. Toutes les maisons ne suivent pas, plusieurs estimant que la panique autour de septembre est excessive.
Il y a quelque chose d'instructif dans cette séquence. Depuis trois ans, la doctrine dominante voulait qu'une banque centrale communique tellement à l'avance que ses décisions ne surprennent plus personne ; le résultat aura été que les marchés cessent d'écouter ce qu'elle dit pour ne plus lire que ce qu'ils veulent entendre. Warsh a prononcé quelques phrases sur l'inflation et déplacé la courbe de douze points de base en une matinée. C'est le retour à l'orthodoxie monétaire dans sa version la plus simple : une banque centrale qui accepte d'être imprévisible retrouve le seul pouvoir qui compte, celui de rendre le crédit coûteux quand il doit l'être. Pour l'Europe, l'affaire n'est pas théorique : deux hausses américaines dans un semestre où la BCE hésite encore, ce serait un écart de taux, un euro fragilisé et un refinancement plus cher pour les États déjà les plus endettés — au premier rang desquels on sait lequel se trouve.
Sources : Barclays via Cryptonomist (31 août 2026) ; Investing.com ; Traders Union ; CME FedWatch.
L'inflation allemande s'est établie à 2,9 % sur un an en août, après 2,8 % en juillet — moins que les 3,1 % attendus par le consensus. La décomposition ressemble à celle observée en France : les prix de l'énergie bondissent de 10,5 %, après 8,3 % en juillet et 3,4 % en juin, sous l'effet combiné de la fin des allégements fiscaux sur les carburants au 30 juin et des tensions au Moyen-Orient. Le rendement du Bund à dix ans a franchi 3,32 %, son plus haut niveau depuis quinze ans, les investisseurs intégrant un relèvement des taux de la BCE en septembre.
Un Bund à 3,32 % n'est pas une anomalie : c'est le prix de l'argent qui redevient un prix. Pendant une décennie, la référence sans risque de la zone euro a servi d'anesthésiant budgétaire à tout le continent — quand l'ancre coûte zéro, tout le reste paraît finançable. Son retour à des niveaux d'avant 2010 modifie mécaniquement l'arithmétique de tous les emprunteurs souverains adossés à cette courbe, et d'abord de ceux dont le spread s'ajoute désormais à une base plus élevée. Ce qui se joue à Francfort n'est pas seulement un cycle monétaire allemand : c'est la fin d'une période où l'Europe a confondu taux nuls et solvabilité. Paris, qui présente fin septembre un budget « réversible », découvrira que les créanciers, eux, ne le sont pas.
Sources : Destatis, indice des prix à la consommation d'août 2026 (31 août) ; AFP via LFM ; France Épargne ; Le Singulier.
L'indice PMI manufacturier officiel, publié par le Bureau national des statistiques, est ressorti en août à 49,8, soit un cinquième mois consécutif sous le seuil de 50 qui sépare l'expansion de la contraction. Le même mois, l'indice Caixin s'établit à 51,5, contre 50,9 en juillet, avec des commandes nouvelles en hausse pour le quinzième mois d'affilée — la plus longue séquence depuis 2018 — et la plus forte progression des commandes à l'exportation depuis six mois. Les deux indices ne mesurent pas la même Chine : l'enquête officielle surpondère les grands groupes publics et les industries lourdes, l'enquête Caixin les entreprises privées, exportatrices et concentrées sur la côte.
L'écart est plus éclairant que chacun des deux chiffres. Il dit qu'en Chine, le secteur privé exportateur continue de gagner des commandes pendant que le secteur d'État, gorgé de capacités bâties sur crédit dirigé, stagne. C'est la démonstration involontaire d'une proposition simple : là où l'allocation du capital répond à la demande, elle produit de l'activité ; là où elle répond à un plan, elle produit des stocks. Pékin, qui passe son temps à réclamer aux statisticiens des indices plus flatteurs, ferait mieux de méditer celui qui lui échappe. Pour l'Europe, la lecture est moins réjouissante : des exportations chinoises qui accélèrent au moment où l'industrie du continent cherche encore son point bas, cela ne s'appelle pas une reprise mondiale, cela s'appelle une concurrence.
Sources : Bureau national des statistiques de Chine, PMI manufacturier d'août 2026 (31 août) ; Caixin / S&P Global via RTTNews (1er septembre 2026).