Sébastien Lecornu a réuni ce lundi son gouvernement au complet pour un séminaire de rentrée consacré au budget 2027, à huit mois de l'élection présidentielle et sous menace permanente de censure. Les pistes qui circulent sont connues : désindexation des pensions au-dessus d'un seuil, déremboursement de médicaments jugés « anciens et dépassés », prolongation d'une contribution sur les bénéfices des grandes entreprises toujours qualifiée d'exceptionnelle, et « vraie réforme » des arrêts maladie. Sur ce dernier point, le Premier ministre a choisi de confier le dossier aux syndicats et au patronat, préférant le dialogue social à une méthode qu'il juge « technocratique et brutale ».
On peut louer la méthode : mieux vaut négocier que décréter, et l'expérience française des réformes imposées par ordonnance n'incite pas à l'enthousiasme. Mais il faut nommer ce qui se joue. Confier aux partenaires sociaux le soin de trouver des économies sur une dépense qu'ils ne financent pas eux-mêmes, dans un système où l'assuré ne paie ni ne voit le coût de son arrêt, c'est demander à un comité de gérer une pénurie sans lui donner de prix. Le coût des indemnités journalières a doublé en quinze ans non parce que les Français sont devenus plus fragiles, mais parce qu'un dispositif où personne n'internalise la dépense produit mécaniquement de la dépense. Le dialogue social peut répartir l'effort ; il ne peut pas créer l'information que le mécanisme a supprimée. Quant à la désindexation « partielle », c'est le nom pudique d'un impôt sur les retraités aisés qui présente le double avantage de rapporter tout de suite et de ne pas figurer dans le tableau des prélèvements obligatoires.
Sources : AFP via Bourse Direct (31 août 2026) ; LCP – Assemblée nationale ; Yahoo Finance (30 août 2026).
Selon l'estimation provisoire de l'Insee publiée vendredi, les prix à la consommation ont augmenté de 2,4 % sur un an en août, après 2,1 % en juillet — 2,7 % sur l'indice harmonisé qui sert aux comparaisons européennes. La décomposition est sans ambiguïté : l'énergie bondit de 16,7 % sur un an, tirée par les produits pétroliers, et les produits frais de 5,8 % après 3,8 %. Les produits manufacturés continuent de baisser (-0,4 %), l'alimentation hors frais accélère à peine. Sur un mois, l'indice progresse de 0,7 %.
Il y a deux manières de lire ce chiffre. La première, officielle, consiste à dire que l'inflation sous-jacente reste sage et que le choc est importé, donc transitoire. La seconde consiste à observer qu'un pays qui a bâti son discours énergétique sur la souveraineté découvre chaque mois que le prix de son carburant se décide à Ormuz. La France ne subit pas seulement un prix mondial : elle le subit avec une fiscalité qui en amplifie mécaniquement les variations, puisque la TVA s'applique après les accises. Autrement dit, chaque hausse du baril enrichit Bercy avant d'appauvrir l'automobiliste — ce qui explique pourquoi l'État est toujours le dernier à s'alarmer d'un choc pétrolier.
Sources : Insee, informations rapides, estimation provisoire d'août 2026 (28 août) ; Boursorama/Reuters ; Économie Matin.
L'Insee a également publié les dépenses de consommation en biens : +0,5 % en juillet, à 46,69 milliards d'euros, soit +1,4 % sur un an. La hausse est portée par le carburant, accessoirement par l'électricité, et par les achats de voitures neuves. La consommation d'énergie progresse encore de 0,8 % après 1,5 %, les biens manufacturés rebondissent de 0,5 %, l'alimentaire gagne 0,2 %.
Voilà un indicateur qu'il faut manier avec précaution avant d'en faire un motif de satisfaction. Une consommation en volume tirée par le carburant dans un mois où le carburant renchérit de plus de 16 % ne signale pas un ménage plus riche : elle signale un ménage qui ne peut pas réduire ses trajets. La demande d'énergie de transport est, en France périurbaine, à peu près aussi élastique qu'un loyer. Ce que l'on observe n'est donc pas un ressaut de confiance mais un transfert : ce que les Français dépensent de plus à la pompe, ils ne le dépensent pas ailleurs — et l'on retrouvera la facture dans les comptes des secteurs discrétionnaires cet automne.
Sources : Insee, consommation des ménages en biens, juillet 2026 (28 août) ; Boursorama ; Bourse Direct.
Trois jours après le discours de Kevin Warsh à Jackson Hole, les contrats à terme sur les fonds fédéraux donnent une probabilité de 60,4 % à une hausse d'un quart de point lors de la réunion de septembre, contre environ 56 % vendredi. Le président de la Fed n'a pourtant annoncé aucune décision : il s'est borné à juger les indicateurs d'inflation « préoccupants » et à réclamer la confirmation que la désinflation sous-jacente était assez nette et assez rapide. Le deux ans américain est monté à 4,35 %, le dix ans à 4,72 %. Les analystes relèvent que la manœuvre mettrait la banque centrale en porte-à-faux avec le Trésor.
Il faut apprécier ce que cette séquence a d'inhabituel. Un banquier central qui ne promet rien, qui refuse la forward guidance et qui plaide pour une institution « plus discrète » restitue au marché sa fonction propre : former lui-même son anticipation, à ses risques. Après quinze ans de pilotage par la parole — où la Fed disait aux investisseurs ce qu'ils devaient croire, puis se sentait tenue de valider ce qu'ils croyaient —, le retour à une banque centrale qui observe plutôt qu'elle n'annonce est une bonne nouvelle pour l'allocation du capital. Il reste à savoir si le pouvoir politique, à un an d'échéances électorales et avec une charge de la dette qui dépasse le budget de la défense, tolérera longtemps une institution qu'il ne peut plus lire à l'avance.
Sources : CNBC (28 et 31 août 2026) ; CME FedWatch ; Bloomberg (28 août 2026).
Le PMI manufacturier officiel chinois s'est établi à 49,8 en août, contre 49,2 en juillet et 49,7 attendu. L'indice reste sous le seuil de 50 qui sépare l'expansion de la contraction, pour le cinquième mois consécutif. Le détail est éclairant : la composante export progresse nettement, tandis que la demande intérieure demeure atone. La deuxième économie mondiale continue de fabriquer davantage pour le reste du monde qu'elle ne consomme pour elle-même.
C'est le déséquilibre chinois dans sa forme la plus pure, et il ne se résorbera pas par décret. Pékin a passé quinze ans à promettre un « rééquilibrage vers la consommation » qui n'est jamais venu, pour une raison simple : un système où l'épargne des ménages est captée par un secteur bancaire administré et redirigée vers l'investissement industriel et immobilier ne peut pas produire de consommateurs. Le surplus manufacturier n'est pas une performance, c'est le symptôme d'une demande interne réprimée — et il devient le problème de ses clients, qui voient arriver des volumes déflationnistes au moment précis où leurs propres banques centrales luttent contre l'inflation énergétique. Les tarifs douaniers qu'on lui oppose traitent la conséquence ; la cause est un système financier qui interdit à un Chinois de dépenser son argent.
Sources : Bureau national des statistiques de Chine, PMI officiel d'août 2026 (31 août) ; InvestingLive ; Trading Economics.
Le taux de chômage allemand est ressorti à 6,4 % en août, inchangé par rapport à juillet et conforme aux attentes. Sous la stabilité apparente, deux chiffres méritent l'attention : le nombre de bénéficiaires de l'allocation chômage atteint 1,133 million, en hausse de 109 000 sur un an, et l'emploi soumis à cotisations sociales recule de 73 000 par rapport à la même période de 2025. Le recours au chômage partiel subventionné reste élevé.
Un taux stable pendant que l'emploi salarié se contracte et que l'indemnisation progresse décrit une économie qui ne détruit pas encore des postes brutalement, mais qui cesse d'en créer — et qui maintient à flot, par la subvention, des capacités que le marché ne finance plus. C'est exactement la configuration que l'Allemagne s'était engagée à ne plus jamais accepter après les réformes Hartz. Le Kurzarbeit a été conçu pour amortir un choc conjoncturel de dix-huit mois, pas pour accompagner une transition structurelle de dix ans dans l'automobile et la chimie. Utilisé ainsi, il ne préserve pas l'emploi : il retarde la réallocation du travail vers les secteurs qui pourraient l'employer, en la rendant plus douloureuse quand elle finit par arriver.
Sources : Agence fédérale pour l'emploi (Bundesagentur für Arbeit), statistiques d'août 2026 ; Bourse Direct / Zonebourse ; Trading Economics.