Le CAC 40 a perdu 1,68 % jeudi, à 8 319,87 points, sa pire séance depuis le 8 juillet. La chute est concentrée sur les valeurs qui détiennent de la dette française : Société Générale cède 4,99 % à 71,03 euros, BNP Paribas 4,79 % à 100,66 euros et Crédit Agricole 3,97 % à 18,26 euros. Au même moment, l'OAT à dix ans montait à 4,1068 % et la prime face au Bund frôlait 88 points de base, tandis que le DAX progressait de 0,31 % et le Nasdaq de 1,36 %. Fitch rend vendredi son verdict sur une note souveraine abaissée d'un cran en septembre 2025 et confirmée le 6 mars dernier avec une perspective stable, à quelques jours de la présentation du budget 2027.
Une séance où Francfort monte, New York monte et Paris tombe de 1,68 % n'est pas une séance de marché : c'est un référendum. Les investisseurs n'ont pas révisé leur opinion sur la qualité industrielle de BNP Paribas ou de la Société Générale en vingt-quatre heures. Ils ont révisé leur opinion sur la probabilité qu'un Parlement sans majorité, à sept mois d'une présidentielle, vote un budget crédible — et sur ce que vaut, dans ce cas, le portefeuille d'OAT logé au bilan des banques. C'est le mécanisme classique du doom loop souverain-bancaire, que la zone euro avait juré d'éteindre après 2012 et qu'elle n'a jamais éteint : l'État s'endette auprès de ses banques, les banques deviennent l'exposition à l'État, et le marché finit par ne plus distinguer les deux. On notera l'élégance de la situation : la puissance publique reproche régulièrement aux banques leurs profits, et leur demande simultanément de porter la dette qui rend ces profits fragiles. Le verdict de vendredi n'ajoutera rien que les taux n'aient déjà dit. À 4,11 %, le marché a noté avant l'agence.
Sources : Boursorama / AFP, BFM Bourse, France Épargne
La vérification annoncée hier a eu lieu, et elle a été concluante. Nvidia a publié 96,22 milliards de dollars de chiffre d'affaires trimestriel, contre 92,17 milliards attendus, et 2,22 dollars de bénéfice ajusté par action contre 2,10 escomptés ; la division centres de données a plus que doublé, à 89 milliards. Le titre a d'abord hésité après la clôture, avant d'accélérer nettement pendant la conférence avec les investisseurs. La direction a surtout annoncé attendre 70 % de croissance sur l'exercice 2028, très au-delà des 44 % du consensus ; l'action a gagné 8,65 % le 27 août.
Nous écrivions hier que le marché avait pris l'habitude d'extrapoler une pente, et qu'aucune pente ne se prolonge indéfiniment. Le trimestre publié ne contredit rien de cela : il montre une entreprise qui exécute remarquablement. La ligne à surveiller n'est pas celle des 96 milliards encaissés, qui sont un fait, mais celle des 70 % promis pour 2028, qui sont une prévision — et une prévision qui s'écarte de vingt-six points du consensus des analystes payés pour la produire. Le marché a choisi de croire la direction plutôt que le consensus, ce qui est son droit et, sur les trois dernières années, son bon calcul. Reste que la valeur ajoutée le 27 août ne rémunère pas un chiffre d'affaires constaté : elle rémunère la crédibilité d'un dirigeant. C'est un actif réel, mais ce n'est pas la même classe d'actif. Et pendant que Wall Street arbitrait entre deux jeux d'hypothèses sur 2028, Paris arbitrait sur la capacité de son État à voter un budget pour 2027. Toutes les incertitudes ne se valent pas.
Sources : Boursorama / Reuters, France Épargne
L'Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, l'Autriche, la Finlande et la Suède ont publié jeudi une déclaration commune, adoptée lors d'une réunion de leurs dirigeants à Berlin, réclamant des coupes de « plusieurs centaines de milliards d'euros » dans le cadre financier pluriannuel 2028-2034, proposé par la Commission à 1 985 milliards d'euros. Le texte précise que « toutes les rubriques doivent contribuer à ces réductions », que les institutions doivent « organiser leur charge de travail à effectifs constants », et qu'« un nouvel emprunt commun n'est pas la solution à nos défis budgétaires ». La France, pourtant contributrice nette, n'a pas signé. Sa contribution annuelle passerait de 26 à 36 milliards d'euros — et à 42 milliards si les nouvelles ressources propres n'étaient pas adoptées —, une équation que le rapporteur du Sénat juge « intenable ».
La déclaration de Berlin dit une chose simple et rarement écrite dans un document européen : un budget qui augmente pendant que tous ses financeurs se serrent la ceinture n'est pas un budget, c'est un prélèvement sur autrui. Le raisonnement est imparable et l'on aimerait qu'il inspire davantage de capitales, à commencer par la nôtre. Car l'abstention française s'explique par une considération tactique — Paris ne perçoit aucun rabais et finance ceux des autres à hauteur de 1,4 milliard par an, que la Commission propose enfin de supprimer — mais elle produit un résultat absurde : le pays le plus contraint budgétairement de la bande refuse de rejoindre le camp de la modération, pour ne pas fragiliser des retours sectoriels. On négocie ses subventions plutôt que le principe de la dépense. Rappelons ce que dit la règle : le cadre exige l'unanimité des vingt-sept, ce qui donne à chaque capitale un droit de veto — c'est-à-dire à la France le pouvoir d'exiger, elle aussi, un budget finançable. Elle a choisi de ne pas s'en servir. Le sommet de décembre dira ce que valait ce calcul.
Sources : Reuters, Chancellerie fédérale allemande, France Épargne, Sénat, rapport n° 598
La Banque centrale européenne a publié jeudi le compte rendu de sa réunion des 22 et 23 juillet, qui contient la phrase attendue : « une nouvelle hausse des taux serait probablement nécessaire à moins que les perspectives d'inflation ne s'améliorent significativement ». Le maintien a pourtant été voté à l'unanimité, la facilité de dépôt restant à 2,25 % après le relèvement du 17 juin — le premier depuis septembre 2023. Certains gouverneurs indiquent qu'ils « ne se seraient pas opposés à un relèvement dès la présente réunion », jugeant « faible la valeur d'option de l'attente ». L'Euribor 12 mois cotait déjà 3,007 % le 26 août, contre 2,727 % le 1er juillet ; l'inflation zone euro s'établit à 2,8 % en juin, et le Livret A rémunère 1,70 % depuis le 1er août. Prochaine décision le 10 septembre.
Le débat retranscrit dans ces minutes mérite d'être lu, parce qu'il est honnête. La majorité a refusé de monter les taux au motif que la poussée d'inflation vient de l'énergie, et qu'« une hausse des taux ne traiterait pas la cause sous-jacente ». C'est exact et c'est insuffisant : la banque centrale ne peut rien contre un détroit fermé, mais elle peut beaucoup contre la conversion d'un choc de prix relatifs en anticipations durables — et c'est précisément le seul travail qui lui a été confié. La minorité a raison sur le calendrier : la politique monétaire agit avec retard, attendre les effets de second tour pour les combattre revient à courir après eux. Reste le chiffre qui devrait clore le débat français : un Livret A à 1,70 % face à une inflation à 2,8 % ampute chaque année le pouvoir d'achat de l'épargne la plus populaire de près d'un point et demi. Ce n'est pas une taxe votée, c'est une taxe subie, et elle frappe exactement ceux qui n'ont pas d'assurance-vie ni de portefeuille d'actions pour s'en protéger. On appelle cela la répression financière ; les épargnants modestes en sont les seuls contribuables.
Sources : BCE, compte rendu du 27 août 2026, Reuters, France Épargne
L'indice des prix PCE, mesure privilégiée de la Réserve fédérale, a progressé de 3,7 % sur un an en juillet, au-delà du consensus de 3,6 % ; l'indice dollar est monté à 99,21, son meilleur niveau depuis le 18 août, et les contrats à terme donnent désormais 38 % de probabilité à une hausse de taux le 16 septembre. En parallèle, la deuxième estimation confirme une croissance de 1,5 % en rythme annualisé au deuxième trimestre, avec une consommation des ménages à +3,4 %, un investissement fixe à +7,0 % — dont +8,5 % pour le non-résidentiel — et des dépenses publiques en recul de 1,0 %, tirées vers le bas par une chute de 13,2 % du fédéral hors défense. Kevin Warsh prononce vendredi matin, à Jackson Hole, son premier grand discours de président de la Fed.
Ce jeu de chiffres mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il contredit une croyance très répandue de ce côté-ci de l'Atlantique. Une économie dont la dépense publique recule de 1 %, et le fédéral non régalien de 13,2 %, aurait dû, selon le manuel keynésien courant, s'effondrer. Elle croît de 1,5 %, avec une consommation privée à +3,4 % et un investissement productif à +7 %. Autrement dit, le retrait de l'État n'a pas créé un trou : il a libéré des ressources que le secteur privé a employées ailleurs, et probablement mieux. C'est l'effet d'éviction que Bastiat décrivait déjà, à ceci près qu'on l'observe ici en marche arrière — le fameux « ce qu'on ne voit pas » devient enfin visible quand l'État se retire. Restent les 3,7 % d'inflation, qui rappellent que la discipline budgétaire ne dispense pas de la discipline monétaire. Warsh a construit sa réputation sur l'idée que la Fed devait cesser de tenir lieu de banquier du Trésor. Vendredi, il aura l'occasion rare de dire s'il le pensait vraiment.
Sources : France Épargne, InvestingLive / BEA, Regards of Wall Street
Le groupe a publié jeudi un chiffre d'affaires semestriel de 12,20 milliards d'euros, en hausse de 2,3 %, un résultat net part du groupe de 342 millions (+12,1 %), un carnet de commandes record de 31,5 milliards (+7 %) et une dette nette ramenée à 9,4 milliards. La direction a confirmé ses perspectives annuelles : croissance de l'activité et nouvelle amélioration du résultat opérationnel courant. La branche Concessions, elle, a vu le trafic des véhicules légers reculer de 2,5 % à recettes de péage quasi stables. L'action a signé la plus forte baisse du CAC 40, à -7,40 %.
Aucun analyste sérieux ne dira que ces comptes justifient une sanction de 7,4 %. Ce que le marché a vendu, ce n'est pas Eiffage : c'est le risque politique qui pèse sur la moitié de sa valeur. Les concessions autoroutières arrivent à échéance entre 2031 et 2036, elles sont devenues le gisement fiscal préféré des rédacteurs de budget en difficulté — taxe sur les infrastructures de transport de longue distance, débats récurrents sur la « rente », menaces de renationalisation —, et la France s'apprête à discuter un budget 2027 sans majorité pour le voter. Dans ce contexte, un carnet de commandes record ne pèse rien face à une incertitude contractuelle. C'est le coût, rarement chiffré, de l'instabilité juridique : elle ne se lit pas dans les impôts levés, mais dans la décote permanente appliquée à tout actif dont l'État peut modifier les règles a posteriori. Un contrat de concession n'est pas une faveur consentie à un actionnaire, c'est un engagement pris en échange d'un investissement irréversible. Quand la parole de l'État devient une variable d'ajustement budgétaire, le marché ne proteste pas : il escompte. Jeudi, il a escompté 7,4 %.
Sources : Eiffage, communiqué, Construction BTP, BFM Bourse