Le groupe publie ce soir, après la clôture de Wall Street, les comptes de son deuxième trimestre. Le consensus attend environ 92 milliards de dollars de chiffre d'affaires et 2,06 à 2,09 dollars de bénéfice par action, contre 46,7 milliards au trimestre équivalent de l'exercice précédent — soit une croissance annuelle proche de 95 %. La direction avait elle-même guidé vers 91 milliards à 2 % près, avec une marge brute de 74,9 %. Détail qui n'en est pas un : les clients ont été informés d'une hausse de plus de 15 % des prix des serveurs, et la ligne « Gaming » — 6,4 milliards, contre 75,2 pour les centres de données — a été fondue dans un agrégat. Les marchés européens ont passé la journée de mardi à ne rien faire en attendant.
Une entreprise qui augmente ses prix de 15 % sans perdre un client dit quelque chose de vrai sur son marché : la demande y est encore supérieure à l'offre, et le prix fait son travail de rationnement. C'est la bonne nouvelle. La moins bonne est que ce prix est en train de devenir le principal moteur de la croissance affichée, ce qui est une autre manière de dire que les volumes ralentissent. Et l'on notera l'élégance comptable consistant à faire disparaître d'un rapport la division qui a fondé la maison : quand un segment cesse d'être présenté séparément, ce n'est jamais parce qu'il surperforme. Rien de tout cela ne remet en cause l'entreprise, qui reste l'une des plus remarquables de son époque. Cela remet en cause l'habitude prise par les marchés d'extrapoler indéfiniment une pente, ce qu'aucune pente n'a jamais fait dans l'histoire économique.
Sources : Zonebourse, XTB, Matériel-Gamer
Le CAC 40 a cédé 13,81 points mardi, soit 0,16 %, pour finir à 8 439,20 points — et il l'a fait seul. Wall Street a monté le même jour : le S&P 500 a gagné 0,3 % et se rapproche de son record d'août, le Dow 0,3 %, le Nasdaq 0,7 %. Les grandes places européennes ont progressé. Paris a donc reculé malgré une détente des taux, malgré une baisse du pétrole, et malgré la hausse générale. Les volumes sont restés faibles, la prudence dominant avant Nvidia et Jackson Hole.
On peut expliquer une séance par l'humeur. On explique plus difficilement une divergence qui dure : depuis le début de l'été, la place de Paris décroche de ses voisines sur à peu près tous les épisodes favorables et les accompagne sur tous les épisodes défavorables. Les marchés d'actions ne votent pas, mais ils actualisent — et ce qu'ils actualisent ici, ce sont des bénéfices futurs frappés par un impôt sur les sociétés dont on annonce depuis trois exercices qu'il redeviendra « normal », une trajectoire budgétaire dont l'objectif recule chaque fois qu'on s'en approche, et une échéance électorale dont personne ne sait quelle fiscalité elle produira. Le décrochage boursier français n'est pas un problème de sentiment : c'est une prime de risque politique, et elle se paie en investissement qui n'a pas lieu.
Sources : Boursorama, Washington Post, Zonebourse
Vingt-quatre heures après l'annonce du dispositif américain le plus sévère jamais dirigé contre l'Iran, le Brent a glissé de plus de 3 % pour revenir autour de 89 dollars le baril, le WTI américain s'échangeant près de 82 dollars — un plus bas d'une semaine. Les opérateurs ont jugé l'impact réel des mesures inférieur à ce qu'ils redoutaient : le secrétaire au Trésor Scott Bessent a indiqué que les pays commerçant avec Téhéran disposeraient d'un délai pour cesser leurs relations avant de s'exposer à des pénalités unilatérales. Le chef de l'armée pakistanaise a par ailleurs achevé une visite d'apaisement à Téhéran, porteur, selon plusieurs sources, d'une proposition d'allègement.
Il faut savoir gré au marché pétrolier de sa constance : il refuse obstinément de prendre les communiqués pour des faits. Un embargo qui laisse un délai n'est pas un embargo, c'est un calendrier de négociation ; et un calendrier de négociation vaut moins cher qu'un blocus. Deux journées suffisent ainsi à défaire ce que six semaines de rhétorique avaient construit. Cela dit quelque chose que les chancelleries devraient méditer : la sanction économique est efficace exactement dans la mesure où elle est crédible, et elle cesse de l'être dès qu'elle prévoit ses propres exemptions. Il reste que le baril à 89 dollars n'est pas un baril bon marché, et que la facture continue d'être présentée à des automobilistes et à des industriels qui n'ont été consultés sur aucune de ces décisions.
Sources : Trading Economics, Quartz, Business AM
L'Insee a publié mardi son enquête de conjoncture auprès des ménages : l'indicateur synthétique de confiance reste à 86, soit quatorze points sous sa moyenne de longue période 1987-2025. Le mot retenu par le communiqué est « stable ». Deux mouvements sous la surface méritent pourtant l'attention. D'abord, la part des ménages anticipant une accélération des prix sur douze mois rebondit nettement, le solde d'opinion associé gagnant dix-neuf points. Ensuite, le climat de l'épargne progresse encore d'un point et se maintient nettement au-dessus de sa moyenne historique. L'opinion sur la situation financière personnelle, passée comme future, est quasi inchangée.
« Stable » est ici un mot trompeur : il décrit la moyenne d'un ménage qui, simultanément, s'attend à une inflation plus forte et met davantage de côté. Ces deux comportements ne se contredisent pas, ils se complètent — c'est le portrait d'un pays qui épargne par précaution et non par confiance. L'épargne de précaution est le symptôme le plus fiable de l'incertitude : elle mesure ce que les ménages refusent de consommer parce qu'ils ne savent pas ce que l'État leur prendra, ce que l'énergie leur coûtera et ce que leur retraite vaudra. On tentera dans les prochains mois de « débloquer l'épargne des Français » par des dispositifs fléchés et des incitations fiscales. On se trompera de levier. Cette épargne n'est pas dormante par erreur ; elle est dormante par prudence, et la prudence ne se décrète pas — elle se dissipe quand les règles cessent de changer.
Sources : Insee, Informations rapides n° 204, Boursorama, Europe 1
Sébastien Lecornu prépare un budget 2027 visant un déficit public de l'ordre de 4,9 % du PIB, soit une réduction volontairement limitée — et, de fait, l'abandon de l'engagement pris devant Bruxelles de repasser sous 3 % en 2029. Les perspectives pour 2029 sont décrites comme pessimistes. Le texte doit être déposé à l'Assemblée à partir du 30 septembre, sans majorité stable et à quelques mois de la présidentielle. La dette publique atteint 3 482 milliards d'euros, et la prévision de croissance a été ramenée de 1 % à 0,9 %, puis à 0,7 %. Fitch, qui note la France A+ perspective stable depuis septembre 2025, rend son verdict vendredi soir.
Il y a une logique parfaitement rationnelle derrière ce renoncement, et c'est bien ce qui inquiète. Un gouvernement sans majorité, à sept mois d'une élection, n'a aucun intérêt individuel à imposer un effort dont le bénéfice sera encaissé par son successeur. Le calcul est juste ; l'addition est collective. Rappelons ce que signifie 4,9 % : à ce rythme, la dette continue de croître plus vite que le PIB, c'est-à-dire que chaque année de « réduction du déficit » aggrave le ratio d'endettement. Nous avons collectivement pris l'habitude d'appeler « effort budgétaire » une opération qui consiste à emprunter un peu moins vite qu'on ne l'avait annoncé. Vendredi soir, une agence de notation dira ce qu'elle en pense. Elle n'aura aucune légitimité démocratique — mais elle prête de l'argent, et c'est un point de vue qui a toujours fini par compter.
Sources : Journal du Net, Orange Actu / Le Monde, Économie Matin, MoneyVox
Le tribunal de commerce de Dijon a ouvert mardi une procédure de redressement judiciaire à l'encontre des Cycles Lapierre, qui l'avaient sollicitée le 5 août. L'entreprise, installée à Dijon depuis 1946, emploie 106 personnes et a réalisé 99,1 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025 ; l'activité se poursuit pendant une période d'observation de six mois, le temps de trouver un investisseur. La cause immédiate est extérieure : sa maison mère néerlandaise, le groupe Accell — Haibike, Ghost, Winora, Batavus, Raleigh — a été déclarée en faillite par le tribunal d'Amsterdam le 11 août. Accell avait été racheté 1,8 milliard d'euros par KKR en 2022, au sommet exact de la bulle du cycle, avant d'être asphyxié par des stocks invendus, l'explosion du coût du crédit et l'effondrement de la demande.
Cette faillite est un manuel d'économie autrichienne en trois actes. Acte I : entre 2020 et 2022, une demande artificiellement gonflée — confinements, défiance envers les transports collectifs, télétravail, et surtout des primes à l'achat multipliées par les États et les collectivités — envoie au secteur un signal de prix qu'aucune préférence durable ne justifiait. Acte II : les entrepreneurs, qui font leur métier, croient le signal et investissent en capacités, en stocks, en dette bon marché ; un fonds valorise l'ensemble 1,8 milliard sur la foi d'une courbe. Acte III : les taux remontent, la subvention s'épuise, la demande revient à son niveau réel, et il faut liquider en quelques mois un capital constitué pour un marché qui n'existait pas. Ce ne sont pas les vélos qui ont fait faillite — les Français continueront d'en acheter. C'est le calcul économique qui a été faussé, et on ne fausse jamais impunément un prix. Reste, à Dijon, une marque de quatre-vingts ans, huit cents revendeurs et cent six salariés qui n'avaient rien demandé au plan vélo.
Sources : Transition Vélo, ICI Bourgogne, 3Bikes, Décideurs du Sport