« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #177 · Samedi 29 août 2026
Samedi des sursis : Fitch a maintenu vendredi soir le A+ de la France tout en projetant 5,2 %, 5,5 % puis 5,2 % de déficit sur trois exercices — l'agence ne récompense pas une vertu, elle constate qu'on nous prête encore ; pendant que l'Insee efface la croissance du deuxième trimestre pour la ramener à zéro et ampute le pouvoir d'achat de 0,6 %, que l'inflation remonte à 2,4 % sous l'effet d'une énergie à +16,7 %, que Kevin Warsh explique à Jackson Hole que la Fed « a encore du travail » sans dire lequel, que le Brent se détend à 88 dollars sur un arrangement irano-omanais, et que la pépite quantique cofondée par un prix Nobel français choisit le Nasdaq — Euronext Paris attendra 2027.

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Fitch maintient le A+ : ce n'est pas une absolution, c'est un constat de solvabilité

Verdict rendu vendredi en fin de journée : Fitch Ratings maintient la note souveraine de la France à A+ avec une perspective stable, c'est-à-dire sans intention de la modifier à court ou moyen terme. Le communiqué porte à son crédit « une économie importante, diversifiée », « un secteur bancaire solide » et « une base d'investisseurs diversifiée ». À son débit : « un endettement élevé et en hausse, un contexte politique et social rendant difficile l'assainissement budgétaire, ainsi qu'un faible potentiel de croissance ». Dans le même document, l'agence projette un déficit public de 5,2 % du PIB en 2026, 5,5 % en 2027 et 5,2 % en 2028 — révisé à la hausse par rapport à son estimation précédente, sous l'effet d'une croissance moindre, d'une charge d'intérêts alourdie et d'engagements militaires supplémentaires.

Il faut lire cette décision pour ce qu'elle est. Une note souveraine ne mesure pas la qualité d'une politique budgétaire ; elle mesure la probabilité que le créancier soit remboursé. Fitch dit exactement cela : la France ne se redresse pas, mais elle dispose encore d'une épargne domestique captive, d'un système bancaire qui absorbe ses titres et d'une signature qui bénéficie de l'ombrelle de l'euro. Autrement dit, l'agence ne constate pas la vertu — elle constate la capacité à continuer d'emprunter. La nuance est de taille : c'est précisément ce genre de sursis qui permet à un État de repousser d'un an de plus une décision qu'il repousse depuis quinze ans. On notera l'aveu tranquille du calendrier : 5,5 % en 2027, soit davantage qu'en 2026. Un gouvernement qui annonce un effort et une agence qui projette une aggravation ne parlent pas du même pays.

Sources : Fitch Ratings via AFP / La Libre, CNews, France 24 (28-29 août 2026).

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L'Insee efface la croissance du printemps : zéro au deuxième trimestre, et le pouvoir d'achat recule

Le même vendredi, quelques heures plus tôt, l'Insee publiait la révision qui donne son vrai relief au verdict du soir. Dans son Informations rapides n° 212, l'institut ramène la croissance du deuxième trimestre 2026 de +0,2 % à +0,0 %, et révise le premier trimestre de -0,1 % à -0,2 %. La France évite donc la récession technique d'un dixième de point. Le reste de la publication est plus sévère encore que le chiffre-titre : le pouvoir d'achat du revenu disponible des ménages recule de 0,6 % par unité de consommation après -0,2 %, et le taux d'épargne chute à 17,2 % du revenu disponible, contre 17,9 % au trimestre précédent. La prévision gouvernementale de 0,7 % pour l'ensemble de 2026 devient arithmétiquement invraisemblable.

Le ministre de l'Économie a attribué la révision aux effets de « l'été terrible que nous avons vécu » sur la production agricole. L'explication est partiellement fondée — les canicules répétées ont bien pesé — mais elle n'explique ni le premier trimestre, ni la contraction du pouvoir d'achat, ni les huit mois consécutifs de repli de l'activité que signalaient déjà les enquêtes PMI. Le fait marquant est ailleurs : les ménages français ont maintenu leur consommation en désépargnant. Sept dixièmes de point de taux d'épargne en moins, c'est un arbitrage de court terme qui ne se répète pas indéfiniment. On peut décrire cela comme de la résilience. On peut aussi le décrire comme la consommation d'un stock. La différence apparaîtra au trimestre suivant.

Sources : Insee, Informations rapides n° 212 (28 août 2026) ; Reuters via Yahoo Finance ; Journal du Net.

3
Inflation à 2,4 % en août : l'énergie à +16,7 %, et personne ne veut nommer la cause

Troisième publication du même vendredi : selon l'estimation provisoire de l'Insee, les prix à la consommation accélèrent à 2,4 % sur un an en août, après 2,1 % en juillet, et de 0,7 % sur le seul mois. En indice harmonisé — celui que regarde Francfort — la hausse atteint 2,7 % sur un an et 0,8 % sur un mois. Le moteur est identifié sans ambiguïté : les prix de l'énergie bondissent de 16,7 % sur un an, ceux des produits frais de 5,8 %. Le repli des produits manufacturés s'atténue encore, ce qui retire à l'indice son dernier amortisseur.

Additionnons les trois chiffres du jour : croissance nulle, inflation en accélération, taux directeurs qui ne baisseront pas. C'est la définition manuelle de la stagflation, et elle a ceci de désagréable qu'aucun des deux leviers habituels n'y fonctionne — relancer nourrit les prix, resserrer achève l'activité. Sur l'énergie, il faut toutefois refuser la fatalité climatique et géopolitique dans laquelle on emballe volontiers le sujet. Une part de ces 16,7 % vient du marché mondial ; une autre part vient de choix parfaitement domestiques : fiscalité sur les carburants, empilement de taxes et de contributions sur l'électricité, coût des mécanismes de soutien, sous-investissement prolongé dans le parc pilotable. La première part n'est pas discutable. La seconde l'est chaque année, en octobre, dans un hémicycle. Il serait honnête de faire la distinction avant d'invoquer les éléments.

Sources : Insee (estimation provisoire, 28 août 2026) ; Boursorama ; CNews ; Économie Matin.

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Warsh à Jackson Hole : une banque centrale « plus discrète », et pas un mot sur le mode d'emploi

Premier Jackson Hole de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale, vendredi à 10 heures dans le Wyoming. Le président de la Fed y a jugé que les chiffres d'inflation de l'été, meilleurs qu'attendu, n'indiquaient pas pour autant une amélioration significative de la tendance sous-jacente, et que l'institution « a encore du travail ». Il a estimé que l'économie américaine « paraît s'être renforcée » et appelé de ses vœux une banque centrale « plus silencieuse », dont les investisseurs ne devraient pas attendre « leur prochaine transaction ». Il n'a livré ni forward guidance, ni fonction de réaction — ce refus lui vaut des critiques répétées depuis sa nomination. Le PCE de juillet, publié mercredi, était ressorti à 3,7 % sur un an, le sous-jacent à 3,3 %. Une majorité d'investisseurs anticipe désormais une hausse de taux en septembre.

Il y a dans cette posture une intuition juste et une omission gênante. L'intuition : une banque centrale qui pilote les marchés par la parole finit par les rendre dépendants d'elle, et transforme chaque conférence de presse en événement macroéconomique. Réduire le volume sonore de la Fed, c'est rendre aux prix leur fonction d'information — un objectif que tout libéral peut souscrire. L'omission : le contraire de la communication discrétionnaire n'est pas le silence, c'est la règle. Friedman ne demandait pas que la Fed se taise ; il demandait qu'elle s'engage sur une norme vérifiable et qu'on puisse la juger dessus. Refuser à la fois le guidage et la règle, c'est conserver la discrétion en supprimant la redevabilité. Warsh a choisi le mystère plutôt que la contrainte. Ce n'est pas exactement la même chose que l'humilité monétaire.

Sources : Washington Post, CNBC, Forbes, Bloomberg (28 août 2026) ; Bureau of Economic Analysis via Boursorama (26 août).

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Paris rebondit de 0,98 %, le Brent se détend à 88 dollars : le marché a jugé avant l'agence

La Bourse de Paris a terminé vendredi en hausse de 0,98 % à 8 401,18 points, effaçant une partie de la chute de 1,68 % de la veille et limitant son recul hebdomadaire à environ 1 %. Le luxe, Renault (+3,6 %), EssilorLuxottica (+2,4 % après l'annonce d'un rachat portant sur 5 millions de titres) et les banques ont tiré la cote. Le second moteur de la séance vient des matières premières : le Brent est retombé autour de 88-89 dollars le baril, portant son repli hebdomadaire à plus de 5 %, les opérateurs traitant désormais le dossier iranien comme une confrontation de sanctions plutôt que comme une menace sur l'approvisionnement physique — d'autant que Téhéran et Mascate se sont entendus sur un cadre de partage des revenus dans le détroit d'Ormuz, sans réouverture immédiate.

Le contraste avec jeudi mérite qu'on s'y arrête. La veille, Paris décrochait seule de 1,68 % quand Francfort montait : le marché sanctionnait alors la signature de l'État français à la veille du verdict de Fitch. Vendredi, il rebondit avant même de connaître ce verdict, rendu après la clôture. Cela signifie que le prix avait déjà intégré l'information — et que le maintien du A+ n'était, pour les investisseurs, ni une surprise ni un soulagement. C'est le rappel le plus utile de la semaine : les agences de notation ne créent pas l'information, elles la ratifient avec quelques mois de retard. Le vrai juge de paix reste le taux auquel l'État emprunte, et il se fixe tous les jours, sans communiqué.

Sources : Boursorama / AFP ; MoneyVox ; Trading Economics ; CNBC (21-28 août 2026).

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Pasqal entre au Nasdaq : la pépite d'un prix Nobel français lève 360 millions à New York

Fondée en 2019 à Palaiseau, cofondée par le prix Nobel de physique Alain Aspect, Pasqal est devenue vendredi la première entreprise française de l'informatique quantique cotée à New York. Ses actions et bons de souscription s'échangent sous les codes « PSQL » et « PSQLW », à l'issue d'une fusion avec Bleichroeder Acquisition Corp. II, un SPAC — véhicule déjà coté servant de raccourci vers le marché. L'opération apporte environ 360 millions de dollars de trésorerie, soit près de 310 millions d'euros, sur une valorisation d'environ 2 milliards de dollars. Le titre a bondi de plus de 40 % pour son premier jour de cotation. L'entreprise revendique sept systèmes quantiques déployés et trois en production, utilisés par Saudi Aramco, le Crédit Agricole ou LG Electronics, et prévoit de doubler ses capacités françaises et de recruter cinquante personnes en dix-huit mois. Une cotation sur Euronext Paris est envisagée — au premier semestre 2027.

On entendra les commentaires convenus sur la « fuite » d'un fleuron national. Ils passent à côté du sujet. Pasqal garde ses usines, ses laboratoires et ses embauches en France ; ce qu'elle est allée chercher ailleurs, c'est du capital-risque en phase tardive, dans les volumes et aux conditions qu'un marché européen fragmenté ne sait pas offrir. Le problème n'est pas le patriotisme des entrepreneurs, il est la profondeur de nos marchés de capitaux : vingt-sept places, vingt-sept droits des faillites, vingt-sept régimes prudentiels, et une épargne européenne abondante qui finance massivement des entreprises américaines faute de véhicules pour financer les siennes. L'union des marchés de capitaux est en discussion depuis 2015. Pendant ce temps, une société de Palaiseau lève 360 millions de dollars à onze fuseaux horaires de son laboratoire, et promet Paris pour dans dix-huit mois. C'est un diagnostic institutionnel, pas un procès moral.

Sources : The Quantum Insider ; SEC (formulaire 6-K, Pasqal Holding SA) ; GuruFocus ; MoneyVox (28 août 2026).

Le chiffre du jour
+16,7 %
Hausse des prix de l'énergie en France sur un an en août 2026, principal moteur du retour de l'inflation à 2,4 %, alors même que la croissance du deuxième trimestre est révisée à 0,0 %.
Source : Insee, estimation provisoire des prix à la consommation, 28 août 2026.
La citation
« L'inflation est une politique. Et une politique peut être changée. »
— Ludwig von Mises (1881-1973), Politique économique : réflexions pour aujourd'hui et pour demain, quatrième conférence, « L'inflation » (1979)

Trois lectures pour aujourd'hui