« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #174 · Mardi 25 août 2026
Mardi des inventaires : Volkswagen chiffre sa crise à 50 000 emplois et quatre usines pendant qu'un actionnaire public détenteur d'un droit de veto refuse de signer, tandis que l'indice Ifo retombe à 86,6 ; pendant que Washington déclenche contre l'Iran la campagne de sanctions la plus dure de son histoire et que le pétrole en profite pour baisser de 2,5 %, que Bercy s'apprête à demander un troisième exercice à une contribution baptisée « exceptionnelle », que Nvidia doit justifier mercredi deux ans de promesses, et que le Medef convoque sept candidats à Roland-Garros sur le thème du courage.

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Volkswagen : 50 000 emplois, quatre usines, et un actionnaire qui dit non

Dans un message diffusé sur l'intranet du groupe, le patron de Volkswagen Oliver Blume a déclaré dimanche que la situation du constructeur était « plus que critique », l'industrie automobile allemande traversant « le plus grand bouleversement de son histoire ». Les chiffres accompagnent le diagnostic : 50 000 suppressions de postes, dont 37 000 déjà négociées individuellement, et quatre sites — Emden, Hanovre, Zwickau, Neckarsulm — dont le PDG affirme qu'ils ne peuvent rester rentables dans les années 2030. Le plan n'est pourtant pas adopté : le Land de Basse-Saxe, qui détient 20 % des droits de vote assortis d'une minorité de blocage, a voté contre en juillet, aux côtés des représentants des salariés. Lundi, Stellantis a reculé de 4,71 % et Renault de plus de 1 % dans le sillage de cet aveu.

L'histoire mérite qu'on s'y arrête, parce qu'elle est exemplaire au sens propre. Volkswagen n'est pas une entreprise ordinaire : depuis 1960, une loi fédérale dite Volkswagen-Gesetz garantit à la Basse-Saxe une minorité de blocage que le droit européen des sociétés n'aurait jamais tolérée ailleurs. Le résultat était présenté comme un modèle : le capitalisme rhénan, la codétermination, l'État actionnaire stratège. On voit aujourd'hui ce que produit ce modèle lorsque le marché change de forme. Le dirigeant sait ce qu'il faut faire, l'actionnaire public sait ce qu'il ne peut pas laisser faire, et les deux attendent que la décision soit prise par les circonstances plutôt que par un vote. Ce n'est pas une entreprise mal gérée : c'est une entreprise dont la gouvernance a été conçue pour empêcher qu'on la gère. Les 50 000 emplois annoncés sont le prix de six ans d'ajournements — et rien ne garantit que le compte s'arrête là.

Sources : CNews, L'Avenir, Économie Matin

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L'Ifo retombe à 86,6 : l'Allemagne sans rebond

Publié ce matin à 10h30, l'indice Ifo du climat des affaires recule de 87,0 en juillet à 86,6 en août. Les chefs d'entreprise allemands jugent leur situation courante dégradée et leurs perspectives plus sombres encore. Dans l'industrie manufacturière, les anticipations tombent à leur plus bas niveau depuis février, les producteurs de biens d'équipement étant les plus touchés ; le climat se détériore aussi dans les services. La comparaison avec juillet est cruelle : l'indice avait alors dépassé les attentes, ce qui avait suffi à faire écrire que la première économie européenne redémarrait.

Deux points d'indice ne font pas une doctrine, mais la séquence est instructive. L'Allemagne a voté en 2025 un desserrement constitutionnel de son frein à l'endettement et engagé plusieurs centaines de milliards d'euros de dépenses d'infrastructure et de défense. Dix-huit mois plus tard, le climat des affaires est plus bas qu'avant le plan. C'est le rappel le plus onéreux possible d'une vérité ancienne : la dépense publique déplace la demande, elle ne crée pas la compétitivité. Ce qui manque à l'industrie allemande — un coût de l'énergie soutenable, une fiscalité du capital tolérable, un droit du travail qui autorise l'ajustement, un marché chinois qui ne soit pas devenu un concurrent — ne figure sur aucune ligne budgétaire. On peut financer des routes ; on ne finance pas un avantage comparatif.

Sources : ifo Institute, Boursorama, Option Finance

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« Operation Economic Outcast » : les sanctions tombent, le pétrole aussi

Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a présenté lundi en conférence de presse un dispositif de sanctions mondiales visant l'Iran, baptisé « Operation Economic Outcast » et décrit comme la campagne la plus stricte jamais menée contre Téhéran. Réaction des marchés : le brut léger américain a cédé environ 2,5 % à 84,89 dollars et le Brent 2,5 % à 92,06 dollars. L'Iran a dénoncé un dispositif visant aussi ses partenaires commerciaux, Chine en tête, et promis une riposte. Le trafic pétrolier reste quasiment à l'arrêt dans le détroit d'Ormuz, Téhéran menaçant tout pétrolier non autorisé. Les actions européennes ont reculé de concert.

Un embargo sans précédent qui fait baisser le baril de deux dollars et demi : voilà un résultat qui mérite explication. Le marché avait déjà intégré la disparition des barils iraniens — c'est ce qu'il payait depuis six semaines en portant le Brent de 78 à 94 dollars. En apprenant que Washington choisissait l'étranglement financier plutôt que la frappe militaire, il a soldé une prime de risque devenue excessive. Autrement dit : les cours ne mesurent pas la sévérité de la sanction, ils mesurent l'écart entre ce qui arrive et ce qu'on redoutait. C'est la fonction que les prix remplissent seuls et que nulle administration ne sait imiter. On notera au passage que la sanction, arme de politique étrangère par excellence, est aussi une taxe : elle est payée par des automobilistes qui n'ont pas voté, dans des pays qui n'ont pas décidé.

Sources : CNBC, L'Orient-Le Jour, Boursorama

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Nvidia mercredi : la barre est haute

Le fabricant de processeurs graphiques publie ses comptes trimestriels mercredi 26 août après la clôture de Wall Street. Wedbush modélise un chiffre d'affaires de 91 milliards de dollars et un bénéfice par action de 2,05 dollars, contre un consensus de 92 milliards et 2,09 dollars. La maison note que la contrainte du secteur n'est plus la demande finale mais l'accès aux composants, et que Nvidia y est le mieux placé. « La barre est haute », résume un gérant cité par l'AFP. Le titre a entamé la semaine sur une note morose et le CAC 40 a clôturé lundi en repli de 0,37 % à 8 453,01 points, faute d'investisseurs disposés à s'engager avant l'échéance.

Qu'une seule entreprise concentre à ce point l'attention en dit long sur l'état du raisonnement collectif. Mais il faut mesurer ce que représente ce rendez-vous : mercredi soir, un dirigeant devra dire à des actionnaires qui peuvent vendre ce que valent réellement des carnets de commandes dont dépendent quelques milliers de milliards de capitalisation. Il sera contredit s'il exagère, sanctionné s'il déçoit, poursuivi s'il ment. Comparez avec la manière dont sont évaluées les stratégies industrielles publiques — plans, feuilles de route, milliards « mobilisés » — dont personne ne publie jamais le compte de résultat et dont l'échec ne coûte rien à ceux qui les ont conçues. Le capitalisme n'a pas pour vertu principale de produire des gagnants : il a pour vertu de reconnaître les erreurs assez vite pour qu'elles restent payables.

Sources : BFM Bourse, La Libre, Boursorama

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La surtaxe « exceptionnelle » entame sa troisième année

Selon une information des Échos publiée vendredi, Bercy étudie la reconduction en 2027 de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, créée pour le seul exercice 2025 puis prolongée en 2026. Le dispositif vise environ 300 sociétés réalisant au moins 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires. Interrogé sur une suppression, le ministre de l'Économie Roland Lescure a répondu sur BFMTV : « Non, je ne peux pas vous le dire », invoquant un déficit public proche de 5 % du PIB et une charge de la dette croissante. Le président du Medef Patrick Martin y est déclaré totalement opposé. En parallèle, Matignon a démenti le 20 août toute suppression des APL étudiantes, gel du RSA ou hausse de l'impôt sur le revenu — sans démentir la désindexation partielle des pensions supérieures à 2 000 euros mensuels.

Il faudrait un jour tenir la comptabilité des impôts français créés à titre exceptionnel et morts de vieillesse. La contribution sociale généralisée devait être provisoire en 1991 ; la contribution au remboursement de la dette sociale devait s'éteindre en 2009 ; la taxe sur les conventions d'assurance finance encore aujourd'hui des dépenses sans rapport avec son objet. Le mécanisme est toujours le même : l'urgence légitime l'exception, l'exception s'installe, et son abrogation devient une « perte de recettes » qu'il faut compenser. Il y a là plus qu'une facilité budgétaire : une méthode de gouvernement qui consiste à obtenir par l'usure ce qu'on n'aurait pas obtenu par le débat. Notons enfin l'aveu contenu dans l'argument de M. Lescure : la surtaxe est maintenue parce que le déficit persiste. C'est reconnaître que l'impôt n'est plus indexé sur un service rendu, mais sur l'incapacité de l'État à tenir ses propres comptes.

Sources : Boursorama / Les Échos, Journal du Net, Le JDD

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Le Medef convoque le courage à Roland-Garros

La Rencontre des entrepreneurs de France s'ouvre demain au stade Roland-Garros pour deux jours, sur le thème « Le Courage ». L'édition 2025 avait réuni plus de 13 000 participants, 700 journalistes et 125 partenaires ; celle-ci se tient à moins d'un an de l'élection présidentielle et fera débattre sept candidats pressentis, aux côtés de ministres et de dirigeants. Le patronat y arrivera avec un dossier chargé : reconduction possible de la surtaxe sur les bénéfices, arbitrages du budget 2027 attendus à l'automne, et une confiance des ménages à 86 points en juillet, quatorze points sous sa moyenne de longue période — l'indicateur d'août devant être publié ce matin par l'Insee.

Le thème est bien trouvé, à condition de savoir de quel courage on parle. Celui qu'il faut à un chef d'entreprise pour embaucher dans un pays qui a changé quatre fois de règles fiscales en cinq ans est réel. Mais le courage attendu des sept candidats qui défileront sur le court Philippe-Chatrier est d'une autre nature, et l'expérience invite à la prudence : depuis vingt ans, aucune campagne présidentielle française n'a été gagnée sur la promesse de réduire la dépense publique, et plusieurs l'ont été sur la promesse inverse. Le Medef le sait, qui vient chercher des engagements plutôt que des convictions. Reste que si le mot doit avoir un sens dans cette enceinte, il désignera le premier orateur qui dira à 13 000 patrons ce qu'il compte supprimer, et non ce qu'il compte financer.

Sources : Medef, La REF, Insee

Le chiffre du jour
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Nombre d'exercices budgétaires — 2025, 2026 et désormais 2027 — sur lesquels s'appliquerait la contribution sur les bénéfices des grandes entreprises, votée en 2025 sous le qualificatif d'« exceptionnelle » et pour une année seulement. Elle concerne environ 300 sociétés réalisant plus de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires. En français administratif, « exceptionnel » se conjugue au présent de l'indicatif.
La citation
« Rien n'est plus permanent qu'un programme gouvernemental temporaire. »
— Milton Friedman (1912-2006), prix Nobel d'économie 1976

Trois lectures pour aujourd'hui