« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #173 · Lundi 24 août 2026
Lundi des comparaisons : la semaine qui s'ouvre concentre trois verdicts — Nvidia mercredi, Warsh et Fitch vendredi — tandis que la zone euro accélère à son meilleur rythme depuis neuf mois et que la France signe un huitième mois consécutif de contraction ; pendant que Moody's relève l'Irlande au-dessus de la France, que Matignon dément tout ce qu'il n'a pas encore décidé, que le Conseil d'État ampute une réforme des crèches à laquelle il manquait 13 700 professionnels, et que l'acheteur immobilier perd un mètre carré par semestre.

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Trois verdicts en cinq jours

La semaine du 24 au 28 août concentre l'essentiel des rendez-vous de l'été. Mercredi 26, Nvidia publie ses résultats trimestriels, seul juge crédible aujourd'hui de la vigueur réelle du cycle d'investissement en intelligence artificielle. Vendredi 28, deux verdicts tombent le même jour : Kevin Warsh prononce à Jackson Hole son premier discours de rentrée comme président de la Réserve fédérale, à trois semaines d'un FOMC où le marché accorde environ une chance sur trois à une hausse de taux, et Fitch réexamine la signature souveraine française. Le point de départ n'est pas confortable : le CAC 40 a clôturé vendredi à 8 484 points après huit séances consécutives de baisse, le spread OAT/Bund est au plus haut depuis un an et l'or a touché 4 612 dollars l'once. Entre-temps, mardi, la confiance des consommateurs français.

Il y a quelque chose de révélateur dans ce calendrier. Un fabricant de processeurs, un banquier central et une agence de notation vont, en trois jours, fixer le prix de l'argent pour l'automne. Le premier sera jugé sur ses ventes, avec des comptes audités et des actionnaires qui peuvent vendre. Le deuxième sera écouté pour ce qu'il ne dira pas. La troisième publiera une opinion que la loi européenne oblige les investisseurs à prendre au sérieux tout en leur interdisant de s'y fier. On mesure l'asymétrie : le seul acteur des trois qui subit une sanction immédiate en cas d'erreur est aussi le seul qu'on accuse régulièrement de spéculer.

Sources : Zonebourse, TechTimes, France Épargne

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La zone euro accélère, la France décroche pour le huitième mois

L'indice PMI composite préliminaire de la zone euro ressort à 52,1 en août, son meilleur niveau depuis novembre 2025, contre un consensus de 51,7. Le moteur a changé : l'industrie manufacturière monte à 52,8 et sa production progresse au rythme le plus rapide depuis quatre ans et demi, tandis que les services stagnent. L'Allemagne fournit l'essentiel de l'impulsion avec un indice de production manufacturière à 56,7, un sommet de plus de quatre ans, porté par la reconstitution des stocks et les commandes de défense. La France, elle, tombe à 48,8 après 49,4 — huitième mois consécutif de contraction, avec des services à 48,4, un emploi en recul pour le quatrième mois d'affilée et une confiance des dirigeants au plus bas depuis mai.

On notera l'élégance de l'explication officielle : les entreprises interrogées citent la chaleur parmi les causes de la baisse d'activité. Il a également fait chaud à Francfort, à Milan et à Madrid. La vérité est plus simple et moins climatique : la zone euro partage une monnaie, une banque centrale et l'essentiel de son cadre réglementaire ; ce que la France ne partage pas avec ses voisins, c'est sa fiscalité, son droit du travail et son incertitude budgétaire. Quand une variable diverge et que toutes les autres sont communes, l'économétrie a un mot pour cela. La politique française en a un autre : la conjoncture.

Sources : France Épargne, Investing.com, S&P Global / HCOB

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Moody's relève l'Irlande au-dessus de la France

Moody's a porté vendredi la note souveraine irlandaise de Aa3 à Aa2, en conservant une perspective positive — un niveau que Dublin n'avait plus atteint depuis 2010, quinze ans après avoir été relégué un cran sous la catégorie investissement. L'agence invoque quatre années consécutives d'excédent budgétaire, un solde de 11,2 milliards d'euros en 2025 et une dette publique ramenée à 32,9 % du PIB. La France, elle, reste à Aa3 avec perspective négative chez Moody's, et A+ chez Fitch et Standard and Poor's. Le marché a tiré les conséquences avant les agences : l'obligation irlandaise à dix ans se traitait vendredi à 3,42 %, contre 4,08 % pour l'OAT.

Le rappel est utile à ceux qui expliquent que l'assainissement budgétaire tue la croissance. L'Irlande a subi entre 2008 et 2013 un ajustement d'une brutalité sans équivalent en Europe occidentale ; elle affiche aujourd'hui un chômage autour de 4,7 % et emprunte soixante-six points de base moins cher que la France. Deux réserves honnêtes s'imposent néanmoins. La première est que le PIB irlandais est un artefact comptable des multinationales, ce qui oblige à raisonner en revenu national brut modifié. La seconde, plus sérieuse, est que trois entreprises acquittent près de la moitié de l'impôt sur les sociétés irlandais. Dublin a bâti sa vertu budgétaire sur une base fiscale que trois conseils d'administration pourraient déplacer. C'est une position enviable ; ce n'est pas une position confortable.

Sources : NTMA, Ministère irlandais des Finances, France Épargne

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Budget 2027 : Matignon dément tout, y compris ce qu'il n'a pas décidé

Sébastien Lecornu a démenti le 20 août tout « coup de rabot social » : ni suppression des APL étudiantes, ni gel du RSA, ni hausse de l'impôt sur le revenu dans le budget 2027. L'exécutif vise un déficit public de l'ordre de 4,9 % du PIB en 2027, contre environ 5 % attendus cette année, et cherche des économies « sans hausse générale d'impôt ». Le texte sera présenté à l'Assemblée le 30 septembre — dernier budget avant la présidentielle, sans majorité, avec l'article 49.3 en toile de fond comme en 2026. La dette publique dépasse pendant ce temps 3 480 milliards d'euros.

Un démenti n'est pas une politique. Comptons ce qui reste après les exclusions annoncées : pas de hausse d'impôt, pas de coupe dans les prestations, pas de réforme structurelle en année pré-électorale, et un objectif de réduction du déficit de un dixième de point. À ce rythme, la France atteindra les 3 % de Maastricht vers 2046. Il faut au moins reconnaître au gouvernement une forme de cohérence : il a cessé de promettre le redressement, il se contente désormais de nier les moyens de l'obtenir. Le marché obligataire, lui, ne lit pas les démentis — il lit les émissions. Rendez-vous vendredi avec Fitch.

Sources : Franceinfo, Planet, Orange Actualités

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Crèches : une réforme censurée faute de professionnels à réformer

Les nouvelles règles d'encadrement des établissements d'accueil du jeune enfant, issues du décret du 1er avril 2025, entrent en vigueur le 1er septembre 2026 amputées de leur disposition la plus dure. Le Conseil d'État a annulé la mesure qui retirait aux titulaires expérimentés du CAP petite enfance leur classement en catégorie 1 dans les micro-crèches. La juridiction s'est appuyée sur les données de la CNAF : 14 % de postes vacants chez les éducateurs de jeunes enfants, 10,7 % chez les auxiliaires de puériculture, soit environ 13 700 postes non pourvus dans le secteur. Le reste du décret s'applique, notamment la disparition du référent technique remplacé par une fonction de direction à 0,5 ETP minimum.

Le mécanisme mérite d'être exposé en entier, tant il est exemplaire. L'État constate un problème réel de qualité d'accueil. Il y répond par un relèvement des exigences de diplôme. Ce relèvement ne crée aucun diplômé supplémentaire — il rend simplement illégal l'emploi de professionnels qui travaillaient hier. Le nombre de places offertes diminue donc, ce qui dégrade l'accueil que la réforme prétendait améliorer. Il faut alors qu'une juridiction administrative intervienne pour annuler la disposition et sauver le dispositif de lui-même. Personne n'a agi de mauvaise foi ; le résultat est absurde. Une réglementation qui exige des compétences que le marché du travail ne produit pas ne relève pas le niveau : elle ferme des portes, et d'abord celles des familles qui n'ont pas d'autre solution de garde.

Sources : France Épargne, Aladom, Cession Crèche

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Immobilier : le plateau des taux et le mètre carré qui s'efface

Les barèmes d'août s'établissent à 3,03 % sur dix ans, 3,16 % sur quinze ans, 3,35 % sur vingt ans et 3,45 % sur vingt-cinq ans, avec une dispersion d'environ quarante-cinq centièmes de point selon le profil, la région et l'apport. La stabilité domine, avec un léger durcissement sur les longues maturités sans rapport direct avec les taux directeurs, inchangés depuis le 23 juillet. Le marché évolue depuis dix-huit mois sur un plateau compris entre 3,2 % et 3,5 %, loin du pic de 4,20 % de décembre 2023 et plus loin encore du plancher de 1,05 % d'octobre 2021. Traduction concrète : pour mille euros de mensualité sur vingt ans, un acheteur obtient 58 m² en moyenne à la mi-2026, un mètre carré de moins qu'il y a six mois.

Ce mètre carré perdu est instructif. Les taux ne bougent plus ; ce sont donc les prix qui n'ont pas fini de s'ajuster. Le logement français reste l'un des marchés les plus administrés du pays — encadrement des loyers, contraintes énergétiques, dispositifs fiscaux successifs, permis de construire au rythme des municipalités — et l'un de ceux où la construction neuve s'est le plus effondrée. Quand l'offre est bridée par la norme et la demande soutenue par le crédit, l'ajustement se fait par le prix, puis par la surface, puis par le renoncement. On appelle cela une crise du logement ; il serait plus exact de parler d'une politique du logement qui fonctionne exactement comme elle a été conçue.

Sources : Terralyse, Cafpi, Meilleurtaux

Le chiffre du jour
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Points de base d'écart entre le coût de l'emprunt à dix ans de l'Irlande (3,42 %) et celui de la France (4,08 %), au 21 août 2026. Dublin sort d'un plan d'aide européen en 2013 avec quatre excédents budgétaires consécutifs et une dette à 32,9 % du PIB ; Paris affiche cinquante-deux années de déficit et 118 % du PIB. Les marchés ne notent pas les intentions.
La citation
« Il n'y a entre un mauvais et un bon économiste qu'une seule différence : l'un s'en tient à l'effet visible ; l'autre tient compte et de l'effet qu'on voit et de ceux qu'il faut prévoir. »
— Frédéric Bastiat (1801-1850), Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas (1850)

Trois lectures pour la semaine