« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #171 · Vendredi 21 août 2026
Vendredi des additions : le CAC 40 aligne une huitième séance de baisse, série inédite depuis 2017, tandis que le Brent monte à 93,78 dollars et le gaz européen à 63,7 euros le mégawattheure sur la promesse d'une « guerre économique » américaine contre l'Iran — pendant que le rachat d'obligations du Trésor américain ne survit pas vingt-quatre heures, que la France découvre 8,3 % de chômeurs et des défaillances d'entreprises au plus haut depuis 1990, et que le 28 août promet une double échéance : Warsh à Jackson Hole, Fitch sur Paris.

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Paris : huit séances de baisse, du jamais vu depuis 2017

Le CAC 40 a clôturé jeudi à 8 453,09 points, en repli de 0,57 %, soit 48,82 points perdus et une huitième séance consécutive dans le rouge — une série inédite depuis 2017. Le communiqué de la place invoque « des prix de l'énergie élevés et des tensions persistantes sur les marchés obligataires ». C'est exact, et c'est révélateur : ni l'un ni l'autre de ces deux facteurs ne relève de l'entreprise cotée. Le prix du gaz est fixé par une géopolitique décidée à Washington et à Téhéran ; le taux long est fixé par la quantité de dette que les États émettent. Le marché actions n'est pas malade de ses résultats — il est malade des décisions qu'on prend au-dessus de lui. On mesure ici l'ampleur de ce qu'un demi-siècle d'expansion de l'État a produit : une économie où le capital privé passe son temps à escompter des choix publics qu'il ne contrôle pas et sur lesquels nul ne l'a consulté. Huit séances en août, sur des volumes d'été, ne font pas une tendance. Elles font un symptôme.

Sources : BFM Bourse, Boursorama / AFP

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« L'opération économique la plus écrasante jamais entreprise »

Donald Trump a annoncé mercredi lancer contre Téhéran « l'opération économique la plus écrasante jamais entreprise », exigeant la fin de « la contrebande de pétrole, l'échange de devises et les transferts de liquidités ». Le baril de Brent d'octobre a réagi en gagnant 2,36 %, à 93,78 dollars. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a répondu que persister dans des politiques vouées à l'échec ne produirait « qu'une nouvelle défaite ». Laissons de côté qui a raison sur le fond, et regardons la mécanique. Une sanction économique est une interdiction d'échanger imposée à des tiers qui n'ont rien demandé : elle empêche un raffineur indien d'acheter, un armateur grec de transporter, un automobiliste français de payer moins cher. Son coût est intégralement supporté par des populations civiles — celles de la cible d'abord, celles de l'imposant ensuite — tandis que ses bénéfices supposés sont politiques et différés. L'histoire du siècle passé est assez claire : l'embargo consolide plus souvent les régimes qu'il ne les renverse, parce qu'il transforme la pénurie en preuve d'agression étrangère. Ce qui est certain, en revanche, c'est le prix à la pompe.

Sources : Zonebourse / AFP, Prix du baril

3
Gaz européen : +120 % depuis janvier, et l'hiver n'a pas commencé

Le contrat TTF néerlandais, référence du gaz en Europe, a bondi d'environ 120 % depuis le début de l'année, à près de 63,7 euros le mégawattheure le 18 août, contre 31,96 euros avant le début des hostilités autour d'Ormuz. Plus inquiétant que le prix : le stock. Les réservoirs européens affichent un taux de remplissage de 59 %, contre 75,6 % en moyenne à pareille date les années précédentes. En France, la conséquence est déjà datée : le prix repère du gaz augmentera de 5,6 % au 1er septembre, à 172,05 euros le mégawattheure TTC. Voilà où mène une politique énergétique construite sur l'abandon délibéré de moyens de production pilotables et sur la substitution d'un fournisseur unique par un marché spot mondial soumis aux détroits. Le libéral n'a rien contre l'importation — c'est le principe même de l'échange. Il a quelque chose contre le fait d'avoir légiféré pendant vingt ans pour se priver d'alternatives, puis de découvrir en août que l'on n'en a plus. La vulnérabilité n'est pas un accident de marché : elle a été votée, ligne par ligne.

Sources : Yahoo Finance / Bloomberg, Hello Watt (publication CRE)

4
Wall Street : l'expédient du Trésor n'aura pas tenu une séance

Nous racontions hier l'annonce du Trésor américain doublant ses rachats d'obligations longues pour faire refluer les taux. Jeudi, le soufflé est retombé : le S&P 500 a cédé 0,33 %, le Dow Jones 0,71 %, le Nasdaq 0,52 %, les rendements obligataires effaçant le repli de la veille. Seul le Russell 2000 surnage, à +0,50 %. Vingt-quatre heures : c'est la durée de vie d'un artifice quand le problème qu'il prétend traiter est structurel. Le marché a compris ce que le communiqué ne disait pas — racheter sa propre dette avec de la dette nouvellement émise ne change pas l'encours, cela en change seulement la maturité moyenne, et encore, au prix d'un aveu. Les taux longs américains montent parce que le déficit fédéral est élevé et le restera ; aucune opération de trésorerie ne réécrit cette phrase. Il faut relire ici Rueff : on ne substitue pas indéfiniment la technique financière à l'arbitrage budgétaire. La différence entre les deux, c'est qu'un arbitrage budgétaire suppose de dire non à quelqu'un.

Sources : TheStreet, Yahoo Finance

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France : 8,3 % de chômeurs, et des faillites au plus haut depuis 1990

Deux séries statistiques, une seule histoire. Le taux de chômage au sens du Bureau international du travail s'est établi à 8,3 % de la population active au deuxième trimestre 2026, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,7 point sur un an — soit 2,7 millions de chômeurs et le plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2020. Parallèlement, les défaillances d'entreprises accélèrent de 7,0 % au premier trimestre et atteignent un sommet jamais vu depuis 1990, en touchant désormais des entreprises de taille intermédiaire et non plus seulement des TPE. Le lien entre les deux n'a rien de mystérieux : on ne détruit pas des entreprises sans détruire les emplois qu'elles portaient. Il y a trois ans, l'objectif officiel était le plein emploi pour 2027. On en est loin, et l'on n'y arrivera pas par un dispositif supplémentaire. Les défaillances actuelles ne sont pas le fruit d'une récession violente — la croissance est molle, pas négative — mais de marges laminées par le coût de l'énergie, la charge fiscale sur la production et le renchérissement du crédit. Trois variables sur lesquelles l'État a la main, et sur lesquelles il n'a pas bougé.

Sources : Insee, France Épargne, Offres-Travail

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28 août : Warsh parle à Jackson Hole, Fitch parle de la France

Le symposium de Jackson Hole se tiendra du 27 au 29 août, avec le discours inaugural de Kevin Warsh vendredi 28 — son premier en tant que président de la Réserve fédérale, poste qu'il occupe depuis le 15 mai. Le même jour, Fitch réexamine la note souveraine française, actuellement A avec perspective stable après la dégradation de septembre 2025 ; le TEC 10 s'établissait jeudi à 4,09 %. Warsh, qui a bâti sa réputation sur une critique frontale de l'assouplissement quantitatif, a assuré devant le Sénat qu'« une politique monétaire indépendante était essentielle ». Il va lui falloir le prouver dans la même semaine où le Trésor de son pays rachète ses propres obligations pour en abaisser le rendement. Le paradoxe mérite d'être formulé sans détour : depuis quinze ans, les banques centrales occidentales ont été priées d'absorber les conséquences de choix budgétaires qu'elles n'avaient pas faits. On leur a ensuite reproché l'inflation qui en est sortie. Si Warsh veut rendre à la Fed son indépendance, il devra commencer par cesser d'être l'acheteur de dernier ressort des Parlements — et accepter que les taux disent la vérité, y compris quand elle déplaît.

Sources : Regards of Wall Street, France Épargne, Contrepoints

Le chiffre du jour
8,3 %
Le taux de chômage en France au deuxième trimestre 2026, en hausse de 0,7 point sur un an — soit 2,7 millions de personnes et le plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2020. Dans le même temps, les défaillances d'entreprises atteignent leur sommet depuis 1990.
La citation
« Le chômage est causé par un écart entre la répartition de la demande entre les différents biens et services et l'allocation du travail et des autres ressources à la production de ces biens. »
— Friedrich Hayek (1899-1992), discours de réception du prix Nobel d'économie, « La prétention à la connaissance » (1974)

Trois lectures pour le week-end