« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #167 · Lundi 17 août 2026
Lundi des renoncements : Matignon vise 4,9 % de déficit en 2027 et abandonne discrètement la promesse des 3 %, l'OAT campe au-dessus de 4 % à onze jours de la revue Fitch, 70 000 entreprises françaises ont déposé le bilan en douze mois — pendant que la BCE hésite, que la Fed prépare Jackson Hole et que la Chine découvre qu'on ne décrète pas la demande.

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Budget 2027 : 4,9 %, ou l'art d'enterrer une promesse au mois d'août

Matignon prépare un projet de loi de finances pour 2027 visant un déficit public de l'ordre de 4,9 % du PIB, contre 5 % attendus cette année — soit un dixième de point d'effort. Le chiffre en dit moins que ce qu'il enterre : l'engagement européen de repasser sous 3 % en 2029 est désormais hors d'atteinte, et personne ne le conteste plus sérieusement. Sébastien Lecornu jugeait en juillet le niveau de la dette « préoccupant, grave même », tout en promettant ni hausse d'impôts ni impôt nouveau. Il faut saluer la cohérence du dispositif : on renonce simultanément à réduire la dépense et à augmenter la recette, ce qui laisse pour seule variable d'ajustement l'emprunt. La stabilité fiscale est une vertu quand elle accompagne une baisse des dépenses ; seule, elle n'est qu'un renvoi de facture — et l'échéance porte, cette fois, un nom de génération.

Sources : Journal du Net, Orange Actu, Échos Plus

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OAT à 4,01 % : le marché a rendu son verdict avant Fitch

Le rendement de l'OAT à dix ans s'établissait à 4,01 % le 11 août, après avoir franchi le seuil symbolique des 4 % le 23 juillet pour la première fois depuis plus de dix-sept ans — il fallait remonter au printemps 2009 pour retrouver pareil niveau. Le spread contre le Bund allemand se maintient autour de 76 points de base, et la revue Fitch du 28 août ouvrira une séquence que Moody's (23 octobre) puis S&P (27 novembre) refermeront. On attend beaucoup de ces agences, dont le rôle réel est modeste : elles ne font qu'homologuer, avec retard et solennité, un jugement que le marché obligataire a déjà rendu quotidiennement, séance après séance. Chaque point de base coûte des centaines de millions d'euros à un État qui doit émettre un volume record de dette en 2026. La notation est un rituel ; le taux, lui, est une sanction.

Sources : France Épargne, CréditNews, Weelim

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70 077 défaillances : le chiffre dont Bercy ne parle jamais

La Banque de France recense 70 077 défaillances d'entreprises sur douze mois glissants à fin mai 2026, après 69 392 à fin février — au-delà du record de 2025, lui-même le plus élevé depuis trente-cinq ans. L'agriculture (+18,7 %) et les services aux entreprises (+9,9 %) mènent la progression, la construction concentrant toujours un cinquième du total. Les causes sont connues : remboursement des PGE contractés pendant la pandémie, coûts de l'énergie et des intrants, resserrement du crédit bancaire. On notera surtout ceci : ces soixante-dix mille faillites sont l'épilogue mécanique d'une décennie où l'État a substitué la perfusion au diagnostic. Les prêts garantis n'ont pas sauvé les entreprises, ils ont différé leur liquidation en la rendant plus brutale. C'est ce que Bastiat appelait le « ce qu'on ne voit pas » — sauf qu'ici, on finit toujours par le voir.

Sources : L'Écho, France Épargne, Allianz Trade

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La BCE en apnée : une hausse en juin, une pause en juillet, aucune doctrine

Le Conseil des gouverneurs a laissé ses trois taux directeurs inchangés le 23 juillet, après les avoir relevés de 25 points de base le 11 juin — première hausse depuis 2023, taux de dépôt porté à 2,25 %. Le déclencheur fut l'inflation, remontée à 3,2 % en mai sous l'effet du choc énergétique moyen-oriental, avant de refluer à 2,8 % en juin, sous-jacente à 2,4 %. Trois mois, trois lectures opposées de la même série statistique. Francfort revendique la « dépendance aux données » : c'est une manière élégante d'avouer qu'on navigue à vue. Une banque centrale qui réagit au dernier chiffre publié n'ancre plus rien du tout — elle ajoute sa propre volatilité à celle qu'elle prétend corriger. Le règne des règles avait au moins cet avantage sur celui de la discrétion : les agents économiques pouvaient calculer.

Sources : Ymanci, Toute l'Europe, Raisin

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Jackson Hole, du 27 au 29 août : la Fed parlera de paiements, les marchés entendront « taux »

La Réserve fédérale de Kansas City tiendra son symposium annuel du 27 au 29 août dans le Wyoming, sur le thème « Financial Innovation: Implications for Payments and Policy ». Après des ventes au détail en recul de 0,6 % en juillet et une confiance des ménages tombée à 51, les marchés parient désormais sur un statu quo au FOMC du 16 septembre. Le programme officiel porte sur les moyens de paiement ; l'assistance, elle, n'écoutera qu'une seule phrase, celle qui laissera deviner l'orientation de septembre. Il y a là un enseignement involontaire sur l'état de nos économies : un colloque universitaire de trois jours dans une vallée du Wyoming déplace davantage de capitaux que les résultats trimestriels de la moitié du S&P 500. Quand la parole d'une poignée de fonctionnaires vaut plus que les comptes de dix mille entreprises, ce n'est plus un marché, c'est une cour.

Sources : Federal Reserve Bank of Kansas City, Finance Calendar, American Banker

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Chine : 4,3 % de croissance, 0,5 % d'inflation — la demande ne se décrète pas

Le PIB chinois a progressé de 4,3 % au deuxième trimestre, après 5 % au premier : la plus faible performance depuis fin 2022, sous l'objectif officiel. L'inflation, elle, est retombée à 0,5 % sur un an en juillet, très loin de la cible de 2 % que Pékin affiche précisément pour conjurer la déflation. Et l'investissement immobilier s'est effondré de 18 % au premier semestre. Voilà dix ans que le Parti tente de convertir par décret une économie d'investissement en économie de consommation. L'exercice se heurte à une donnée que nul plan quinquennal ne surmonte : un ménage n'épargne massivement que lorsqu'il ne fait pas confiance à l'avenir, et la confiance ne figure dans aucun budget d'État. La Chine administre l'offre à merveille ; c'est la demande qui refuse d'obéir.

Sources : France Épargne, Boursorama, Économie Matin


70 077
Le nombre de défaillances d'entreprises recensées en France sur douze mois glissants à fin mai 2026 — au-delà du record de 2025, lui-même le plus élevé depuis trente-cinq ans.
« L'inflation, c'est le fait de subventionner des dépenses qui ne rapportent rien avec de l'argent qui n'existe pas. »
— Jacques Rueff (1896-1978), inspecteur des finances et académicien

Trois lectures pour la semaine