« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #166 · Dimanche 16 août 2026
Dimanche des comptes différés : le CAC 40 signe sa première semaine de baisse depuis la mi-juillet, le consommateur américain se dérobe et la confiance des ménages plonge à 51, le Brent campe à 88 dollars faute d'accord sur Ormuz, l'or capitalise 10 % en quinze jours — et Madrid, à court d'électrons, prolonge par décret la centrale nucléaire qu'elle promettait de fermer.

1
CAC 40 : la première semaine rouge depuis un mois, dans le silence du 15 août

La Bourse de Paris a clôturé vendredi en repli de 0,16 %, à 8 636,80 points, cédant 0,9 % sur la semaine — sa première baisse hebdomadaire depuis la mi-juillet, après la série de records de la semaine précédente. Les volumes ont été maigres : les places européennes ont fait preuve de prudence, le DAX limitant les dégâts (+0,51 %) quand Engie et Sanofi lestaient l'indice parisien. Il faut se méfier de ces semaines d'août où rien ne se passe : le calme des salles de marché n'est pas de la sérénité, c'est un ajournement. Les prix ne cessent jamais d'informer, mais quand personne n'écoute, l'information s'accumule — et se paie d'un coup, à la rentrée.

Sources : BFM Bourse, Boursorama, MoneyVox

2
Le consommateur américain dit non — et c'est lui qui a raison

Les ventes au détail américaines ont reculé de 0,6 % en juillet, quand le consensus attendait une hausse de 0,1 %. Dans la foulée, l'indice de confiance des ménages de l'université du Michigan est tombé à 51,0 en estimation préliminaire pour août, contre 55,2 en juillet et 54,5 attendus. Trois années de hausse des prix ont fini par entamer le seul indicateur que les banques centrales ne pilotent pas : le jugement des ménages sur leur propre avenir. On peut manipuler un taux directeur, pas une décision d'achat. Quand le ménage américain rentre les épaules, il exerce le plus élémentaire des droits économiques — celui de ne pas dépenser. Les modèles keynésiens appellent cela une « défaillance de la demande » ; l'honnête homme y verra plutôt une forme de prudence, c'est-à-dire une vertu.

Sources : BFM Bourse, Boursorama

3
Ormuz : Washington menace, Téhéran négocie, le Brent arbitre à 88 dollars

Le baril de Brent a gagné 1,7 % vendredi pour clôturer à 88,52 dollars, après que Washington a brandi la menace d'un « isolement économique » total de l'Iran. Les pourparlers entre Téhéran et Mascate sur la réouverture du détroit restent bloqués, et les attaques contre des navires marchands se poursuivent. Un tiers du pétrole maritime mondial dépend encore d'un chenal de trente-trois kilomètres de large que quelques vedettes rapides suffisent à rendre impraticable. Voilà le prix réel de quarante ans de politiques énergétiques qui ont préféré la vertu déclarative à la diversification effective : la prospérité de l'Occident tient à la courtoisie de ceux qui le détestent. Ce n'est pas une thèse géopolitique, c'est une ligne du compte d'exploitation.

Sources : CNBC, OilPrice, Al Jazeera

4
L'or à 4 400 dollars : le référendum permanent contre la monnaie de papier

L'once se maintient au-dessus de 4 400 dollars après avoir frôlé 4 450 en milieu de semaine, son plus haut niveau en deux mois, et affiche plus de 8 % de progression sur le seul mois d'août. Le moteur n'est pas la spéculation de détail mais l'achat des banques centrales, qui rééquilibrent leurs réserves loin des dettes souveraines occidentales. Le détail mérite d'être savouré : ce sont les institutions qui émettent la monnaie de papier qui accumulent le métal. Elles pratiquent, pour leur propre compte, la défiance qu'elles reprochent aux épargnants. L'or ne rapporte rien, ne produit rien, ne promet rien — et c'est précisément pour cela qu'on s'y réfugie : il est la seule ligne d'un bilan qui ne dépende pas d'une signature politique.

Sources : Yahoo Finance, MoneyVox, Intellectia

5
Almaraz : quand la réalité physique abroge le programme électoral

Le gouvernement de Pedro Sánchez a prolongé par décret publié vendredi au Journal officiel l'exploitation de la centrale nucléaire d'Almaraz, la plus puissante d'Espagne, « jusqu'au 8 juin 2030 ». Ses deux réacteurs, mis en service au début des années 1980, devaient fermer en 2027 et 2028 en vertu du calendrier de sortie du nucléaire. Le blackout ibérique d'avril 2025, puis la flambée des marchés de l'énergie provoquée par le Moyen-Orient, ont eu raison de la doctrine. Il faut rendre justice à Madrid : peu de gouvernements savent renoncer à un dogme sans avoir à le renier publiquement. Un décret d'août, publié la veille d'un jour férié, est l'aveu le plus discret qui soit — mais c'est un aveu. Les électrons, eux, ne votent pas ; ils circulent ou ils manquent.

Sources : Boursorama, Euronews

6
Crédit immobilier : 3,35 % sur vingt ans, ou l'art de prêter moins cher que l'État

Les taux de crédit immobilier se stabilisent en août : environ 3,05 % sur dix ans, 3,16 % à 3,35 % sur quinze ans, et 3,35 % en moyenne sur vingt ans, hors assurance. Le fait remarquable est ailleurs : l'OAT à dix ans, référence théorique du marché, a franchi les 4,00 %. Autrement dit, une banque prête aujourd'hui à un ménage français, sur vingt ans et contre hypothèque, à un taux inférieur à celui que réclame le marché pour financer l'État à dix ans. Le signal est limpide, et il est humiliant pour la puissance publique : à qualité de signature comparée, le couple d'actifs qui achète un trois-pièces à Rennes inspire plus de confiance que le Trésor. Reste à savoir combien de temps les banques pourront absorber cet écart sur leurs marges avant que la réalité obligataire ne rattrape le crédit aux particuliers — et avec elle, le pouvoir d'achat immobilier.

Sources : CAFPI, Meilleurtaux, France Épargne


51,0
L'indice de confiance des ménages américains de l'université du Michigan en estimation préliminaire pour août 2026, contre 55,2 en juillet — une dégradation bien plus forte que les 54,5 attendus par le consensus.
« Le principe de la monnaie saine fut conçu comme un instrument de protection des libertés civiles contre les empiétements despotiques des gouvernements. Idéologiquement, il appartient à la même famille que les constitutions politiques et les déclarations des droits. »
— Ludwig von Mises, Théorie de la monnaie et du crédit (1912)

Trois lectures du dimanche