La Lettre Libérale — Économie, liberté, lucidité
Le chiffre le plus attendu de l'année a surpris par le bas. L'indice des prix à la consommation américain a reculé de 0,4 % en juin en données corrigées, sa plus forte baisse mensuelle depuis avril 2020, ramenant l'inflation annuelle à 3,5 %, contre 3,8 % attendus et 4,2 % en mai. Surtout, le noyau dur, hors énergie et alimentation, est resté stable sur le mois, à 2,6 % sur un an — les loyers n'ont progressé que de 0,1 % et les services de transport ont reculé. Moteur principal : une énergie en chute de 5,7 % après trois mois de flambée. Résultat : les marchés ne donnent plus que 15 % de probabilité à une hausse des taux de la Fed en juillet, contre 35 % avant la publication.
Rendons à César : nous écrivions hier que lorsque l'essence baisse de 10 % et que l'indice ne recule que de 0,1 %, c'est que tout le reste monte. L'indice a reculé de 0,4 % et le reste n'a pas monté — dont acte, le thermomètre affiche mieux que prévu. Mais gardons la leçon monétaire : cette désinflation est fille du pétrole retombé en juin, et le pétrole de juillet est déjà remonté à 85 dollars. La Fed serait bien inspirée de ne pas confondre une accalmie importée avec une victoire domestique — c'est précisément l'erreur de lecture qui lui fit rater le coche en 1977, quand l'inflation « transitoire » repartit de plus belle. Le marché, lui, ne s'y trompe qu'à moitié : il annule la hausse de juillet mais maintient celle de septembre à 60 %. La monnaie est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux moyennes mensuelles.
Sources : BLS (Consumer Price Index — June 2026), CNBC (Consumer price index inflation report June 2026), CoinDesk (U.S. June CPI fell 0.4%)
Le second verdict de la journée est tombé une heure avant le premier. JPMorgan a publié un bénéfice par action de 6,14 dollars, contre 5,85 attendus, et un chiffre d'affaires de 58 milliards de dollars là où le consensus voyait 50,2 milliards — l'un des plus gros dépassements de son histoire récente, avec un profit en hausse de 41 % sur un an. Wells Fargo a également publié des résultats nettement supérieurs aux attentes, et les cinq grandes banques américaines devraient cumuler près de 39 milliards de dollars de revenus de trading sur le trimestre — un record porté par des marchés que la guerre, l'inflation et les droits de douane font osciller depuis six mois.
Il y a une ironie savoureuse à voir les banques encaisser leur meilleur trimestre grâce au désordre du monde : chaque frappe sur l'Iran, chaque revirement tarifaire, chaque statistique d'inflation fait tourner les salles de marché à plein régime. Mais ne nous y trompons pas : ces 39 milliards ne sont pas prélevés sur le malheur public, ils sont la rémunération d'un service — celui de fournir de la liquidité quand tout le monde veut vendre en même temps. Le teneur de marché est à la panique financière ce que l'assureur est à l'incendie : il est payé parce qu'il est là quand les autres fuient. On notera surtout ce que ces comptes disent de l'économie américaine : des ménages qui remboursent, des entreprises qui empruntent, un crédit qui circule. Le meilleur indicateur avancé n'est ni un sondage ni un modèle : c'est un bilan bancaire signé sous peine de prison. À ce baromètre-là, l'Amérique va nettement mieux que ce que ses éditorialistes racontent.
Sources : INDmoney (JPMorgan, BofA, Goldman, Wells Fargo & Citi Q2 earnings scorecard), Crypto Briefing (Major banks post historic Q2 2026 earnings), Tech Times (Bank earnings and June CPI collide Tuesday)
Pékin a rendu sa copie ce matin, et elle déçoit même ses propres correcteurs. Le PIB chinois n'a progressé que de 4,3 % sur un an au deuxième trimestre, sous les 4,5 % attendus — la plus faible croissance trimestrielle depuis fin 2022, après 5 % au premier trimestre. En cause : un marasme immobilier qui n'en finit pas et une consommation intérieure atone. Seule éclaircie, et elle est de taille : les exportations ont bondi de 27 % sur un an en juin, portées par le boom mondial de l'intelligence artificielle et de l'automobile.
Voilà l'étrange machine économique que le monde a en face de lui : une usine qui tourne à plein pour l'exportation pendant que son marché intérieur s'étiole. Le diagnostic tient en une phrase : les Chinois produisent mais ne consomment pas, parce qu'un peuple sans filet social, sans marchés financiers sûrs et sans État de droit épargne par précaution ce qu'il n'ose pas dépenser. Trente ans de dirigisme ont bâti la plus formidable capacité de production de l'histoire — et échoué à construire ce qui ne se décrète pas : la confiance. Résultat, la surproduction se déverse sur le monde en déflation exportée, +27 % de conteneurs pour solde de tout compte. On ajoutera le nécessaire grain de sel statistique : un PIB « décevant » à 4,3 % publié par un bureau qui n'a jamais, en trente ans, avoué une récession, mérite les mêmes égards qu'un bulletin de santé signé par le patient. La vraie croissance chinoise est un secret d'État ; sa vraie faiblesse — la demande intérieure — n'en est plus un.
Sources : Journal du Net (La croissance chinoise ralentit à 4,3 %), La Libre (La croissance chinoise au plus bas depuis 2022), Boursorama (La croissance déçoit malgré une embellie en juin)
La prime de guerre s'installe. Après une nouvelle salve de frappes américaines contre l'Iran, le baril de Brent est repassé au-dessus de 85 dollars pour la première fois depuis un mois, à 85,77 dollars. Washington a frappé Bushehr après quatre nuits consécutives de bombardements, rétabli son blocus naval des ports iraniens — pendant que le Parlement de Téhéran examine un projet de loi visant à « contrôler » le détroit d'Ormuz. Certains analystes évoquent désormais un baril à 100 dollars si l'intensité des combats persiste — et la fenêtre de liquidation des achats de brut iranien expire toujours vendredi à minuit, heure de Washington.
Il y a une semaine, le marché pariait sur la désescalade à 76 dollars ; il révise aujourd'hui sa copie à 85. Ce n'est pas une erreur, c'est une mise à jour — et c'est toute la supériorité du prix sur le communiqué : il avoue ses changements d'avis en temps réel, sans porte-parole ni éléments de langage. Que le Parlement iranien prétende « légiférer » sur Ormuz prêterait à sourire — un tiers du pétrole maritime mondial ne se ferme pas par amendement — si l'histoire ne rappelait que les gestes symboliques précèdent parfois les gestes réels. Notons le paradoxe de la journée d'hier : le même baril qui, retombé en juin, offrait à l'Amérique sa meilleure statistique d'inflation depuis six ans, repartait à la hausse au moment même où elle la célébrait. La désinflation de juin s'est faite à Ormuz ; la réinflation de juillet pourrait s'y faire aussi. Les banquiers centraux devraient méditer cette dépendance : leur crédibilité flotte, elle aussi, sur l'eau du Golfe.
Sources : BFM Bourse (Le baril repasse au-dessus des 85 dollars), Euronews (US strikes Bushehr as Iran's parliament tables bill to control Hormuz), Prix du Baril (Le pétrole remonte à 85 dollars)
La Banque de France a rendu son verdict semestriel ce mercredi. Le taux du Livret A sera porté de 1,5 % à 1,7 % au 1er août, entraînant avec lui le LDDS, le LEP étant lui aussi revalorisé pour des millions d'épargnants. Cette hausse mécanique découle de la formule réglementaire, qui moyenne l'inflation hors tabac et les taux interbancaires du semestre écoulé — un semestre marqué par le rebond des prix depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient.
Réjouissons-nous avec modération. Avec une inflation française retombée à 1,8 % en juin mais un semestre nettement au-dessus, le placement préféré des Français continue de servir un rendement réel voisin de zéro — quand il n'est pas négatif. Rappelons l'essentiel, que la solennité de l'annonce voudrait faire oublier : dans un pays normal, le prix de l'épargne s'appelle un taux d'intérêt et se forme sur un marché ; en France, il s'appelle un arrêté et se forme dans un bureau. Près de 1 000 milliards d'euros — un tiers du PIB — sont rémunérés par formule ministérielle, puis siphonnés vers la Caisse des dépôts pour financer ce que l'État juge prioritaire. Le Livret A n'est pas un produit d'épargne, c'est un impôt de répression financière avec un ruban autour : l'épargnant prête au-dessous du prix du risque, et la différence finance sans bruit la politique du logement et quelques éléphants blancs. Hier, 7 250 Français ont acheté du Slip à leurs risques et périls ; 56 millions de livrets attendent leur arrêté. Il y a deux écoles d'épargne dans ce pays. Une seule apprend quelque chose.
Sources : France Transactions (Taux du Livret A : 1,7 % à compter du 1er août 2026), Club Patrimoine (Livret A : une remontée du taux au 1er août 2026), Journal du Net (Livret A et LEP : les nouveaux taux au 1er août)
La Bourse de Paris a traversé le 14 juillet en service minimum. Le CAC 40 a terminé quasi inchangé à 8 366,85 points (+0,03 %), les investisseurs arbitrant entre la bonne surprise de l'inflation américaine et la flambée pétrolière, dans des volumes squelettiques de jour férié, EssilorLuxottica lâchant 2,5 % sur une dégradation de Goldman Sachs. La vedette du jour a tenu son rang : Le Slip Français a clôturé son premier jour de cotation à 15,10 euros, en hausse de 2,03 % sur son prix d'introduction de 14,80 euros, pour une capitalisation de 19,2 millions d'euros, après avoir levé 5 millions d'euros d'argent frais.
Un premier jour à +2 % : ni la flambée spéculative qui promet la gueule de bois, ni le plongeon qui humilie les souscripteurs — un prix à peu près juste, c'est-à-dire un prix bien formé. Les 7 250 particuliers qui ont souscrit apprendront dans les trimestres qui viennent ce que le Livret A n'enseigne jamais : qu'un rendement se gagne, qu'un risque se paie, et qu'un rapport annuel se lit. C'est toute la différence entre l'épargne citoyenne et l'épargne administrée — la première forme des actionnaires, la seconde des allocataires. Quant au CAC figé de lendemain de fête, il résume la position française de l'été : spectateur attentif d'un monde qui se joue entre Washington, Pékin et Ormuz, avec 3 500 milliards de dette en tribune. La France a défilé hier ; aujourd'hui, elle regarde passer les chiffres des autres.
Sources : Boursorama (Le Slip Français fait ses débuts à la Bourse de Paris), BBN Times (CAC 40 ends flat at 8,366.85), RTS (Le Slip Français fait son entrée en Bourse le 14 juillet)