La Lettre Libérale — Économie, liberté, lucidité

Édition #143 — Mardi 14 juillet 2026
Mardi de fête nationale : pendant que la France défile, les marchés travaillent — la Bourse de Paris ouvre comme un jour ordinaire et accueille Le Slip Français, dont l'action à 14,80 euros consacre une introduction « citoyenne » portée par 7 250 particuliers ; à Washington, la journée est la plus chargée de l'année, l'inflation de juin tombant à 14h30 heure de Paris — un chiffre global peut-être négatif, un noyau dur toujours à 2,9 % — au moment même où JPMorgan, Wells Fargo, Citigroup et BlackRock ouvrent leurs livres ; en France, le taux à dix ans a touché 3,92 %, du jamais-vu depuis juin 2009, portant la charge d'intérêts vers 77 milliards d'euros cette année ; la canicule qui écrase 37 départements a fait déclencher pour la première fois le plan Orsec « chaleurs extrêmes » et annulé des dizaines de feux d'artifice, rappelant que la chaleur est aussi une facture — 40 à 50 milliards d'euros de production perdus chaque année ; et vendredi expire la fenêtre accordée aux acheteurs de pétrole iranien, dernier compte à rebours d'un Brent suspendu à Ormuz. Du champ de Mars au fronton d'Euronext, une même leçon de 14 juillet : la liberté ne se défile pas, elle s'exerce — et Tocqueville prévenait que qui cherche dans la liberté autre chose qu'elle-même est fait pour servir.

1 Le Slip Français cote ce matin : le capitalisme populaire en étendard un 14 juillet

Le symbole était trop beau pour être manqué. Le Slip Français fait ses premiers pas ce mardi 14 juillet sur Euronext Growth, jour de fête nationale, sous le mnémonique ALLSF. Le prix a été fixé à 14,80 euros par action, pour une levée d'environ 13 millions d'euros, avec une demande globale de 13,7 millions : 8,11 millions du côté des institutionnels et 5,64 millions émanant de plus de 7 250 particuliers, séduits par une introduction revendiquée comme « citoyenne ».

Qu'un fabricant de sous-vêtements tricolores choisisse le 14 juillet pour entrer en Bourse, voilà qui vaut tous les défilés. Car enfin, qu'est-ce que cette opération, sinon la version authentique de ce que l'État appelle « souveraineté industrielle » ? Ici, pas de subvention, pas de comité interministériel, pas de plan quinquennal du textile : 7 250 citoyens qui risquent leur propre épargne sur une entreprise qu'ils connaissent, un prix formé par la rencontre de l'offre et de la demande, et un entrepreneur qui rendra des comptes chaque trimestre à ses actionnaires plutôt qu'à une administration. Treize millions d'euros, c'est modeste — c'est à peu près ce que l'État français dépense toutes les six minutes. Mais ces treize millions-là ont été consentis, pas prélevés. En 1790, la fête de la Fédération célébrait l'adhésion volontaire à la nation ; en 2026, la souscription volontaire au capital reste la forme la plus sincère du patriotisme économique. On souhaite au Slip de tenir mieux que les promesses budgétaires.

Sources : BFM Bourse (Le Slip Français arrivera bien à la Bourse de Paris le 14 juillet), Tout sur mes finances (Le Slip Français réussit son entrée en Bourse), Maddyness (Le Slip Français va s'introduire à la Bourse de Paris)

2 Wall Street ne chôme pas le 14 juillet : inflation et banques, le grand oral américain

Jour férié à Paris, jour de vérité à New York. L'indice des prix à la consommation de juin tombe aujourd'hui à 14h30, heure de Paris — probablement la statistique la plus importante de l'année : le consensus attend un chiffre global en baisse de 0,1 % sur le mois, ramenant l'inflation annuelle de 4,2 % vers 3,9 %, grâce à une essence qui a plongé de 10 % en juin — mais un noyau dur toujours accroché à 2,9 %. Au même moment, JPMorgan publie ses résultats trimestriels à 7 heures, heure de New York, aux côtés de Wells Fargo, Citigroup et BlackRock, avec un bénéfice par action attendu entre 5,44 et 5,80 dollars, en hausse d'environ 10 à 15 % sur un an.

Savourons le contraste de calendrier. La France célèbre aujourd'hui la prise d'une prison royale par un jour chômé, des chars sur les Champs-Élysées et 1 600 drones dans le ciel ; l'Amérique, elle, passe son grand oral trimestriel — l'inflation d'un côté, le bilan de ses banques de l'autre, et malheur à qui maquille ses comptes. Les deux exercices disent quelque chose du rapport de chaque nation à la vérité économique. Le chiffre d'inflation qui tombera cet après-midi sera flatteur en façade — peut-être négatif ! — et préoccupant en coulisse : quand l'essence baisse de 10 % et que l'indice ne recule que de 0,1 %, c'est que tout le reste monte. La Fed, qui a laissé filer la monnaie et relevé sa propre prévision d'inflation à 3,6 %, voudra y lire une accalmie ; les résultats des banques, produits par des dirigeants qui engagent leur signature, diront la température réelle du crédit. Entre le thermomètre administratif et le thermomètre actionnarial, l'histoire monétaire a déjà tranché : c'est toujours le second qui sonne juste.

Sources : IG (Why Tuesday's inflation reading is the most important data point of the year), Finance Calendar (US CPI report July 2026), Intellectia (Q2 2026 bank earnings preview), Zonebourse (Wall Street ne chômera pas le 14 juillet)

3 La France emprunte au prix de 2009 : 3,92 % à dix ans, 77 milliards d'intérêts

Le marché a rendu son verdict avant le défilé. Le taux de l'obligation française à dix ans a franchi 3,90 % la semaine dernière, jusqu'à toucher 3,92 % — un niveau plus vu depuis juin 2009, la guerre au Moyen-Orient ayant ravivé les craintes d'un choc inflationniste sur des dettes européennes déjà fragiles. Conséquence arithmétique : la charge d'intérêts des administrations publiques atteindra un niveau record de 77,4 milliards d'euros en 2026, dont 59 à 64 milliards pour le seul État — pour une dette qui dépasse désormais 3 500 milliards d'euros.

En juin 2009, la France empruntait à ce prix au sortir de la pire récession depuis-guerre, avec une dette de 1 500 milliards. Elle retrouve aujourd'hui le même taux avec une dette plus que doublée : le loyer est identique, mais la surface louée a changé. 77 milliards d'intérêts, c'est davantage que le budget des armées qui défilent ce matin, et à peu près le produit de l'impôt sur le revenu : chaque euro versé par le contribuable au titre de l'IR part désormais rémunérer les créanciers d'hier. Voilà ce que les économistes appellent l'effet boule de neige et que le bon sens appelle vivre à crédit : quand le taux dépasse la croissance, la dette s'engendre elle-même, sans qu'il soit besoin d'un déficit nouveau. On rappellera que la Révolution que l'on célèbre aujourd'hui commença précisément ainsi — par un État insolvable convoquant les États généraux pour trouver de l'argent. Louis XVI empruntait à 6 % ; nous n'en sommes qu'à 3,92 %. Il reste de la marge, diront les optimistes.

Sources : Echos Plus (Le taux à 10 ans dépasse 3,90 %, une première depuis 2009), Politique Matin (La France emprunte à un niveau jamais vu depuis 2009), BDOR (La guerre au Moyen-Orient fait exploser le taux de la dette française)

4 Canicule : un 14 juillet sans feux d'artifice, et une facture de 40 milliards par an

La fête nationale se déroule sous cloche thermique. Avec 37 départements en vigilance rouge, des dizaines de communes — de Rennes à Biarritz en passant par Nantes, Montpellier et Nîmes — ont annulé leurs feux d'artifice et jusqu'aux bals des pompiers, sur fond d'arrêtés préfectoraux interdisant tout tir pyrotechnique. Le plan Orsec « chaleurs extrêmes » a été déclenché pour la première fois de son histoire le 10 juillet. Chaque spectacle annulé représente 5 000 à 30 000 euros de manque à gagner pour les entreprises pyrotechniques, qui concentrent jusqu'à la moitié de leur chiffre d'affaires annuel sur cette période ; plus largement, les épisodes de chaleur coûtent à l'économie française une productivité amputée de 5 à 10 % dans le BTP, la logistique et l'agriculture — de l'ordre de 40 à 50 milliards d'euros de création de valeur perdue par an.

La chaleur est un fait de nature ; la vulnérabilité à la chaleur est un fait d'économie. Les mêmes températures qui suspendent les chantiers français n'arrêtent ni Phoenix ni Singapour, où l'on travaille par 45 degrés dans des bâtiments climatisés — parce que ces sociétés ont investi dans l'adaptation au lieu de la regarder de haut. En France, la climatisation demeure suspecte, quasi honteuse dans le débat public, pendant qu'on subventionne des maisons « passives » et qu'on déclenche des plans Orsec. Or l'histoire économique est sans ambiguïté : c'est la richesse qui protège du climat, jamais l'inverse. Le PIB par habitant est le meilleur des ombrages. Une économie qui croît de 0,7 % par an et s'interdit les instruments de son propre confort choisit, de fait, de subir. Les feux d'artifice annulés d'aujourd'hui sont une prudence raisonnable ; la croissance annulée des vingt dernières années est la vraie imprudence.

Sources : Selectra (Canicule et 14 Juillet : feux d'artifice et bals des pompiers annulés), Économie Matin (Le plan Orsec « chaleurs extrêmes » déclenché pour la première fois), Chaire Économie du Climat (Quand la chaleur ronge la productivité des entreprises françaises)

5 Pétrole : la fenêtre iranienne se referme vendredi, le Brent retient son souffle

Le compte à rebours entre dans ses dernières heures. Le Trésor américain a révoqué le 7 juillet la licence générale qui autorisait encore les transactions sur le brut, les produits pétroliers et la pétrochimie iraniens ; sa remplaçante ne permet plus que la liquidation des opérations en cours, jusqu'au 17 juillet à 0h01, heure de Washington. Le Brent, qui avait bondi au-delà de 77 dollars après l'attaque du méthanier qatari près d'Ormuz et la reprise des frappes américaines, campe autour de 76 dollars, les opérateurs pariant sur la désescalade tout en surveillant la date de vendredi pour savoir si la prime de risque s'installe durablement.

Observons le marché pétrolier faire ce que les chancelleries ne savent pas faire : évaluer, en continu et en argent comptant, la probabilité d'une guerre. Vendredi, un ou deux millions de barils quotidiens de brut iranien devront officiellement trouver la sortie — officiellement, car chacun sait ce qu'il adviendra : une flotte fantôme, des transbordements de nuit en mer de Malacca, des mélanges malaisiens miraculeusement abondants, et un pétrole qui arrivera tout de même en Chine, avec une décote qui rémunérera le risque juridique. L'embargo ne supprime pas l'offre, il la renchérit et la déroute — leçon que quarante ans de sanctions n'ont pas suffi à graver dans le marbre des ministères. Le prix, lui, continuera de dire la vérité : à 76 dollars, le marché estime que la guerre restera contenue et que les barils passeront. C'est peut-être optimiste. Mais on notera que ce baromètre-là, contrairement aux communiqués diplomatiques, n'a jamais eu besoin d'un service de presse.

Sources : CryptoSlate (A July 17 oil deadline looms after Iran shock), Journal du Coin (Pourquoi le pétrole flambe après l'escalade Iran–États-Unis), Optima Énergie (Tendance du marché du pétrole en 2026)

6 Le défilé comme salon commercial : 1 600 drones et 35 délégations en tribune

Le 14 juillet 2026 assume sa dimension mercantile. Le défilé de ce matin se veut un « levier économique du rayonnement français » : vitrine technologique avec 1 600 drones dans le ciel de Paris, sommet diplomatique informel réunissant 35 pays de la « Coalition des volontaires », et opération de promotion assumée pour une industrie de défense française en pleine expansion — quelques jours après que l'OTAN a promis de porter les budgets militaires à 5 % du PIB d'ici 2035, et quelques semaines après l'OPA à 3,9 milliards de Thales sur Exail.

Qu'un défilé militaire serve de salon commercial, il n'y a pas lieu de s'en offusquer : l'armement est l'un des rares secteurs où le client est nécessairement un État, et où la vitrine se confond légitimement avec la puissance publique. Notons simplement l'ironie du calendrier : le même jour, à quelques kilomètres des tribunes officielles, la vraie vitrine du capitalisme français ouvre sans garde républicaine — un fabricant de slips qui lève 13 millions d'euros auprès de 7 250 particuliers consentants. D'un côté, des commandes publiques financées par un emprunt à 3,92 % ; de l'autre, du capital librement souscrit. Les deux France économiques défilent aujourd'hui, l'une sur les Champs-Élysées, l'autre sur Euronext Growth. La première est nécessaire — la défense est le premier des biens publics, le seul que même Adam Smith exemptait de sa critique de l'État. Mais c'est la seconde qui paiera la première. Il serait bon que les tribunes s'en souviennent entre deux survols de drones.

Sources : Économie Matin (14 juillet 2026 : le défilé, levier économique du rayonnement français), Bourse Direct (Agenda macro du 14 juillet 2026)

Le chiffre du jour
77,4 milliards €
La charge d'intérêts des administrations publiques françaises en 2026 — un record historique, dont 59 à 64 milliards pour le seul État, alors que le taux à dix ans vient de toucher 3,92 %, son plus haut niveau depuis juin 2009. C'est à peu près le produit annuel de l'impôt sur le revenu : le contribuable de 2026 paie l'État de 2010. La Révolution de 1789 commença par une banqueroute ; celle-là au moins avait le mérite de la franchise.
La citation du jour
« Qui cherche dans la liberté autre chose qu'elle-même est fait pour servir. »
— Alexis de Tocqueville, L'Ancien Régime et la Révolution (1856)
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