La Lettre Libérale — Économie, liberté, lucidité

Édition #142 — Lundi 13 juillet 2026
Lundi de veille d'armes : demain matin, tout tombe en même temps — l'inflation américaine de juin, dont le chiffre principal pourrait passer sous zéro par la grâce d'un pétrole retombé, pendant que le « noyau dur » continue de grimper à 2,9 % ; et les résultats des cinq plus grandes banques américaines, JPMorgan en tête, meilleur bulletin de santé de l'économie réelle que toutes les statistiques officielles ; mercredi, Pékin publiera un PIB attendu vers 4,5 %, chiffre officiel d'une économie qui exporte des records et importe la déflation ; en France, le premier semestre s'achève sur un record absolu de 36 636 défaillances d'entreprises — 106 000 emplois concernés — pendant que l'État, de l'autre main, rabote l'exonération ACRE des micro-entrepreneurs débutants et rouvre jeudi son guichet de voitures électriques subventionnées à moins de 200 euros par mois. Des tours de Manhattan aux tribunaux de commerce français, une même leçon de rentrée de semaine : l'économie se juge aux comptes, jamais aux communiqués — et Hayek rappelait que la curieuse tâche de la science économique est de démontrer aux hommes combien ils savent peu de choses sur ce qu'ils s'imaginent pouvoir organiser.

1 Wall Street ouvre ses livres : les banques, seul thermomètre que la fièvre n'a pas cassé

La saison des résultats du deuxième trimestre s'ouvre demain en fanfare. JPMorgan ouvre le bal mardi 14 juillet avant Bourse, aux côtés de Wells Fargo, Citigroup et BlackRock, avant Bank of America, Morgan Stanley et Goldman Sachs mercredi. Le consensus attend de JPMorgan un bénéfice par action d'environ 5,44 à 5,61 dollars, en hausse d'environ 10 % sur un an, porté par les commissions de banque d'affaires et le trading ; les investisseurs guetteront surtout la guidance sur les revenus nets d'intérêts et le discours de Jamie Dimon sur la trajectoire des taux et la qualité du crédit.

Pourquoi ces publications comptent-elles plus que tous les indicateurs officiels réunis ? Parce qu'une banque ne peut pas mentir longtemps : ses provisions pour créances douteuses disent l'état réel des ménages et des entreprises, ses marges d'intérêt disent le vrai prix de l'argent, et ses dirigeants engagent leur responsabilité — pénale, le cas échéant — sur chaque chiffre publié. Aucun institut statistique n'offre cette garantie. Dans une semaine où la Fed, coupée en deux, cherche sa boussole entre une inflation rebelle et une économie qui ralentit, le bulletin de santé des banques dira mieux que quiconque si le crédit circule encore. C'est toute la beauté du capitalisme actionnarial : l'information y est produite par des gens qui paient de leur poche quand elle est fausse. On appelle cela un marché ; c'est le plus honnête des instituts de conjoncture.

Sources : The Motley Fool (JPMorgan kicks off bank earnings July 14), IG (US bank earnings: what to expect from Q2 2026), StocksAnalyzer (Guide to bank earnings on July 14-15)

2 Inflation américaine : demain, un chiffre négatif en trompe-l'œil

Le rendez-vous est fixé : le Bureau of Labor Statistics publie demain à 8h30, heure de Washington, l'indice des prix à la consommation de juin. Le consensus attend un chiffre global en baisse de 0,1 % sur le mois — potentiellement le premier chiffre négatif depuis des années —, ramenant l'inflation annuelle vers 3,9 %, grâce à un pétrole qui a plongé d'environ 21 % après la réouverture d'Ormuz mi-juin ; mais l'inflation sous-jacente devrait encore grimper de 0,3 %, maintenant le noyau dur à 2,9 %. La Fed, qui a laissé ses taux à 3,50-3,75 % en juin, disposera de ce chiffre et du PCE du 25 juillet avant son comité des 28-29 juillet — elle qui a déjà relevé sa propre prévision d'inflation 2026 à 3,6 %.

Gardons-nous de la fausse bonne nouvelle. Un indice global qui baisse parce que le baril s'est dégonflé n'est pas une victoire monétaire, c'est un armistice pétrolier — exactement symétrique de la fausse mauvaise nouvelle de mai, quand la guerre avait gonflé le même indice. Le seul chiffre qui compte est le noyau dur, purgé de l'énergie et de l'alimentation : il grimpe, mois après mois, à un rythme incompatible avec la cible de 2 %. Friedman a établi une fois pour toutes que l'inflation est un phénomène monétaire ; les guerres, les tarifs et les barils n'en sont que le bruit de surface. Une banque centrale qui pilote au chiffre global finit toujours par confondre le vent et le cap — et le comité de la Fed, divisé en deux camps égaux, illustre surtout l'embarras d'une institution qui a laissé filer la monnaie et cherche maintenant à qui faire porter le manteau.

Sources : Kiplinger (June CPI preview: don't let a negative headline fool you), Finance Calendar (US CPI report July 2026), Trading Economics (taux directeur de la Fed)

3 PIB chinois mercredi : 4,5 % de croissance, 100 % de planification

Mercredi, le Bureau national des statistiques chinois publiera le produit intérieur brut du deuxième trimestre. Les économistes attendent un ralentissement vers 4,5 %, après 5,0 % au premier trimestre, sous le poids d'une crise immobilière qui n'en finit pas et d'une consommation des ménages atone ; les prévisions pour l'ensemble de 2026 s'échelonnent entre 4,4 % et 4,8 %, l'économie restant prisonnière d'un schéma « offre forte, demande faible » qui nourrit des pressions déflationnistes persistantes.

Le PIB chinois est la seule statistique au monde qui soit à la fois une mesure et un objectif : le parti fixe la cible en mars, l'appareil la « constate » en juillet, et l'écart entre les deux n'excède jamais l'épaisseur d'un communiqué. Mais admettons le chiffre : que dit-il ? Qu'une économie capable d'exporter pour des montants records et d'aligner des champions industriels ne parvient pas à convaincre ses propres citoyens de consommer. La raison n'est pas un mystère : un ménage sans filet social épargne par précaution, un épargnant sans marchés financiers libres entasse dans la pierre, et la pierre s'effondre. La déflation chinoise n'est pas un accident de conjoncture, c'est le bilan comptable d'un modèle qui a systématiquement préféré le producteur au consommateur, le plan à la demande, la statistique à la réalité. Les économies administrées finissent toujours par ressembler à leurs chiffres : lisses dehors, creuses dedans.

Sources : Whalesbook (China Q2 GDP growth seen easing to 4.5%), Trading Economics (croissance annuelle du PIB chinois), Bureau national des statistiques de Chine

4 Défaillances d'entreprises : un premier semestre record, 106 000 emplois dans la balance

Le tribunal de commerce ne prend pas de vacances. Entre janvier et juin, 36 636 procédures collectives — sauvegardes, redressements et liquidations — ont été ouvertes en France, contre 35 195 un an plus tôt : +4,1 %, un record semestriel, avec plus de 106 000 emplois concernés. Sur douze mois glissants, le compteur atteint 70 077 défaillances à fin mai. « Rien n'indique que cela va changer », résument Les Échos : la construction reste le secteur le plus touché (14 607 cas), l'agriculture flambe de 17,2 %. Dans le même temps, plus de 1,2 million d'entreprises ont été créées sur un an, en hausse de 10 %.

On nous objectera Schumpeter : la destruction créatrice, n'est-ce pas la vie même du capitalisme ? Précisément, non — pas celle-ci. La destruction créatrice remplace le moins productif par le plus productif ; or ce que la France détruit, ce sont massivement des micro-entreprises de moins de trois ans, nées sans capital parce que le capital est surtaxé, mortes de tensions de trésorerie parce que les grands donneurs d'ordre — l'État en tête — paient à soixante jours, étranglées par des charges qui tombent avant le premier client. Et ce que la France « crée », ce sont 1,2 million de structures dont une bonne part sont des salariés déguisés en entrepreneurs par un droit du travail devenu impraticable. Un record de naissances et un record de décès dans la même statistique, ce n'est pas la vitalité du marché : c'est le turnover d'un système qui a rendu l'emploi salarié trop cher et l'entreprise pérenne trop difficile. Le semestre record de 2026 n'est pas une crise ; c'est un régime.

Sources : Club Patrimoine / Banque de France (Défaillances : un niveau record malgré la stabilisation de mai), Les Échos (Les défaillances d'entreprises battent un nouveau record), Le Figaro (L'évolution des défaillances sur douze mois)

5 ACRE rabotée : l'État double les cotisations des entrepreneurs débutants

La mesure est passée presque inaperçue dans le fatras du 1er juillet. Les micro-entrepreneurs qui se lancent depuis le 1er juillet voient l'ACRE — l'aide à la création et à la reprise d'entreprise — passer d'une exonération de 50 % à 25 % seulement de leurs cotisations sociales pendant les trois premiers trimestres, ce qui double quasiment les taux applicables : de 3 à 6,4 % hier, à 6 à 13,4 % désormais selon l'activité. Une des nombreuses retouches de l'été qui alourdissent la note des indépendants et des particuliers employeurs.

Rapprochons les deux colonnes du grand livre, puisque personne à Bercy ne semble vouloir le faire. Colonne de gauche : un record historique de défaillances, frappant d'abord les jeunes entreprises, et un ministre des PME qui lance une « mobilisation générale » avec charte, médiateurs et boîte à outils pour « inverser la courbe ». Colonne de droite : le même État double, au berceau, les cotisations de ceux qui osent encore se lancer. Il y a une constance admirable dans cette politique : subventionner d'une main ce que l'on décourage de l'autre, puis créer un comité pour comprendre pourquoi rien ne pousse. Bastiat aurait rangé l'affaire en dix lignes dans « Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas » : on verra les recettes sociales de la première année ; on ne verra jamais les entreprises qui ne naîtront pas, les clients qu'elles n'auront pas servis, les emplois qu'elles n'auront pas créés. Le déficit, lui, saura les compter en creux.

Sources : Bourse Inside (Ce qui change pour votre budget en juillet 2026), Creditnews (Impôts, énergie, aides, crédit : ce qui change au 1er juillet)

6 Leasing social, saison 3 : l'État concessionnaire rouvre jeudi avec 401 millions

Le guichet rouvre jeudi. Le leasing social de voitures électriques est reconduit à partir du 16 juillet : 50 000 véhicules loués moins de 200 euros par mois, réservés aux ménages dont le revenu fiscal de référence par part ne dépasse pas 16 880 euros, avec critère de mobilité — plus de 10 kilomètres domicile-travail ou 8 000 kilomètres professionnels par an. L'enveloppe budgétaire est portée à 401 millions d'euros, pour une vingtaine de modèles éligibles, de la Citroën ë-C3 à la Renault 5 E-Tech.

Résumons la chaîne de valeur : l'État interdit progressivement le thermique, ce qui renchérit la voiture ; il subventionne l'électrique à l'achat, ce qui permet aux constructeurs de tenir leurs prix ; puis, constatant que la voiture reste inabordable pour les ménages modestes — comment donc ? —, il se fait loueur automobile avec 401 millions prélevés sur ces mêmes ménages, via la TVA qu'ils paient et la dette qu'on leur lègue. Chaque étage de la fusée compense le précédent, et l'ensemble s'appelle une politique. Notons le raffinement : 50 000 véhicules pour un pays qui en immatricule 1,7 million par an, attribués premier arrivé premier servi — c'est-à-dire à ceux qui savent naviguer les plateformes de l'administration un 16 juillet. La file d'attente, ce vieux mécanisme des économies administrées, remplace le prix. On avait la voiture du peuple ; voici la voiture du dossier.

Sources : Service-Public.fr (Le leasing social est reconduit à partir du 16 juillet 2026), Selectra (Leasing social 2026 : la voiture électrique à moins de 200 € par mois), Connaissance des Énergies (Les 20 modèles éligibles)

Le chiffre du jour
36 636
Le nombre de procédures collectives ouvertes en France au premier semestre 2026 — un record historique, en hausse de 4,1 % sur un an, avec plus de 106 000 emplois concernés. À titre de comparaison, le premier semestre 2019 en comptait 26 784. Dix mille faillites de plus qu'avant le Covid : voilà le vrai baromètre du climat des affaires, celui qu'aucune commission ne demandera à cartographier.
La citation du jour
« La curieuse tâche de la science économique est de démontrer aux hommes combien ils savent peu de choses sur ce qu'ils s'imaginent pouvoir organiser. »
— Friedrich Hayek, La Présomption fatale (1988)
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