La Lettre Libérale — Économie, liberté, lucidité

Édition #141 — Dimanche 12 juillet 2026
Dimanche d'échéances : la semaine qui s'ouvre est bornée par trois dates — mardi 14 juillet, Le Slip Français entre en Bourse le jour de la fête nationale, porté par 7 250 particuliers qui ont sursouscrit son introduction ; vendredi 17, expire la fenêtre accordée par Washington aux acheteurs de pétrole iranien, avec un Brent qui campe autour de 76 dollars en pariant sur la désescalade ; jeudi 23, s'éteint la taxe mondiale de 10 % improvisée par la Maison-Blanche après la censure de ses droits « réciproques », pendant que la Chine empile un excédent commercial record et exporte sa déflation ; en France, le fisc peaufine sa taxe unique sur 2,38 millions de logements vacants, la Banque de France publie le bilan d'une épargne réglementée de près de 1 000 milliards d'euros dont le rendement se décide par arrêté, et Bercy mandate quatre économistes pour « cartographier » un déficit dont l'adresse est pourtant connue de tous. Des quais d'Ormuz aux logements vides de Paris, une même leçon dominicale : ce ne sont ni les décrets ni les taxes qui créent la richesse — Montesquieu observait déjà que les pays ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité, mais en raison de leur liberté.

1 Le Slip Français en Bourse un 14 juillet : 7 250 particuliers prennent la Bastille du capital

Le symbole est cousu main. Le Slip Français a annoncé le succès de son introduction sur Euronext Growth Paris et cotera mardi 14 juillet, jour de fête nationale, sous le code ALLSF. L'offre, au prix de 14,80 euros par action, a été sursouscrite 1,15 fois, avec une demande totale de 13,75 millions d'euros dont 5,64 millions apportés par plus de 7 250 investisseurs particuliers. Les 5 millions d'euros d'augmentation de capital financeront le site de production d'Aubervilliers, le développement commercial et le besoin en fonds de roulement.

On sourit du calendrier, mais on aurait tort de ne voir ici qu'un coup de communication. Sept mille deux cent cinquante ménages ont mis leur propre épargne — en moyenne moins de 800 euros chacun — dans une PME textile qui promet de produire en Seine-Saint-Denis : voilà le « Made in France » dans sa version honnête, celle qui se finance par l'adhésion volontaire et non par la subvention prélevée sur le voisin. Ces actionnaires savent qu'ils peuvent tout perdre ; c'est leur argent, leur jugement, leur risque — et c'est exactement ce qui distingue le patriotisme économique librement consenti du patriotisme économique obligatoire que l'on pratique à Bercy. Que la fête nationale serve de premier jour de cotation à une entreprise qui demande des clients plutôt que des aides : on a connu de plus mauvais usages du 14 juillet.

Sources : Tout sur mes finances (Le Slip Français réussit son entrée en Bourse et cotera le 14 juillet), Yahoo Finance (Le Slip Français annonce le large succès de son introduction en bourse — 9 juillet 2026), BFM Bourse (Le Slip Français arrivera bien à la Bourse de Paris le 14 juillet)

2 Ormuz : compte à rebours jusqu'au 17 juillet, le baril garde son sang-froid

La semaine qui s'ouvre dira si la flambée de juillet n'était qu'un accès de fièvre. Washington a donné aux acheteurs de pétrole iranien jusqu'au 17 juillet pour se conformer à ses sanctions — c'est d'ici cette échéance que l'on saura si la remontée des prix de l'énergie s'installe. En attendant, le Brent campe autour de 76 dollars, en hausse d'environ 6 % sur la semaine mais loin de ses sommets de panique, malgré un cessez-le-feu enterré et un trafic encore réduit dans le détroit : le marché continue de parier sur la désescalade, médiations qatarie et pakistanaise à l'appui.

Arrêtons-nous sur cette curiosité : un ultimatum de sanctions secondaires. Washington ne menace plus seulement Téhéran, mais quiconque commerce avec lui — c'est-à-dire, pour l'essentiel, des raffineurs asiatiques qui n'ont pas voix au chapitre. L'histoire des embargos, de Jefferson à nos jours, enseigne deux choses. La première : le pétrole sous sanctions ne disparaît jamais, il se déguise — pavillons de complaisance, transbordements en haute mer, décotes de 15 %, la flotte fantôme prospère à proportion de la sévérité des textes. La seconde : le coût de la sanction est payé par tout le monde, l'acheteur qui renchérit son brut, le vendeur qui brade, le tiers qui assure et transporte plus cher. Le baril à 76 dollars, si calme en apparence, contient déjà tout cela : la prime de risque, la prime de contournement et la prime d'ultimatum. Vendredi, on saura laquelle se dégonfle.

Sources : Journal du Coin (Pourquoi le pétrole flambe après l'escalade Iran–États-Unis), franceinfo (Ce que l'on sait de la reprise des hostilités entre les États-Unis et l'Iran), Prix du baril (cours du Brent)

3 La Chine exporte tout — sauf la prospérité de ses propres ménages

Les chiffres du commerce chinois donnent le vertige. Les exportations ont accéléré de 19,4 % sur un an en mai, à un niveau record de 376,78 milliards de dollars, pour un excédent mensuel de 105,43 milliards, après un excédent commercial 2025 record proche de 1 200 milliards de dollars. Mais derrière la façade, Pékin lutte contre des pressions déflationnistes persistantes et une demande intérieure atone, au point d'ériger la lutte contre la déflation en priorité de l'année. Côté américain, après l'invalidation par la Cour suprême d'une large partie des droits « réciproques » en février, la taxe mondiale de remplacement de 10 % décidée par l'administration Trump arrive à échéance le 23 juillet.

Voici le paradoxe que les mercantilistes de tous les pays refusent de regarder en face : la Chine gagne la « guerre commerciale » aux points, et ses ménages n'en voient pas la couleur. Un excédent de 1 200 milliards n'est pas un trophée, c'est une facture différée — des biens réels expédiés à l'étranger contre des créances en dollars, pendant que la consommation intérieure stagne et que les prix baissent faute d'acheteurs. Adam Smith l'avait établi il y a deux siècles et demi : la richesse d'une nation, c'est ce que ses habitants peuvent consommer, non ce que ses douanes comptabilisent en sorties. La déflation chinoise est le symptôme d'un modèle qui bride l'épargne des ménages, subventionne l'industrie exportatrice et appelle « puissance » ce qui est d'abord un transfert des consommateurs chinois vers les consommateurs du reste du monde. Nous autres, clients, en profitons ; c'est Pékin qui devrait s'inquiéter — et Washington qui se trompe de colère.

Sources : Trading Economics (Balance commerciale de la Chine), Le Moci (fiche pays Chine), Échos Plus (Chine : les priorités économiques pour 2026)

4 Logements vacants : l'État invente la taxe unique sur les murs qui dorment

Le fisc simplifie, c'est-à-dire qu'il élargit. La loi de finances pour 2026 crée une taxe unique sur la vacance des locaux d'habitation (TVLH), qui remplacera à compter du 1er janvier 2027 les deux taxes actuelles ; en zone tendue, elle s'appliquera automatiquement à tout logement vacant depuis au moins un an. La fusion étend le dispositif et durcit la donne pour les propriétaires : 2,38 millions de logements vacants sont potentiellement dans le viseur.

Posons la seule question qui vaille : pourquoi un propriétaire, dont l'intérêt évident est d'encaisser un loyer, choisirait-il de laisser son bien vide ? Réponse, connue de tout bailleur : parce que louer en France est devenu une aventure juridique — encadrement des loyers, procédures d'expulsion de dix-huit mois, normes DPE qui interdisent à la location des pans entiers du parc, fiscalité qui confisque la moitié du rendement. La vacance n'est pas un vice des propriétaires, c'est le prix de tout cela ; elle est le thermomètre d'un marché locatif malade de ses réglementations. Taxer la vacance sans libérer la location, c'est casser le thermomètre en espérant faire tomber la fièvre — et l'on devine la suite : les uns vendront, les autres provisionneront la taxe comme un coût de détention, et le locataire, au nom duquel tout cela est fait, attendra toujours son logement. Il n'y a pas de politique du logement qui réussisse contre les droits du propriétaire ; il n'y en a jamais eu nulle part.

Sources : Service-Public.fr (Une taxe unique pour les logements vacants à partir de 2027), Empruntis (Logements vacants : fusion des taxes en 2027), BailFacile (2,38 millions de biens dans le viseur)

5 Épargne réglementée : 1 000 milliards d'euros dont le rendement se décide par arrêté

La Banque de France vient de publier son rapport annuel sur l'épargne réglementée, radiographie d'un magot considérable : l'encours des livrets réglementés avoisinait déjà 956 milliards d'euros fin 2024. Côté rendement, le calendrier est écrit d'avance : après avoir été abaissé à 1,5 % au 1er février, le taux du Livret A devrait remonter à 1,8 % au 1er août, en application de la formule semestrielle fondée sur l'inflation et les taux de court terme.

Un dimanche est le bon jour pour contempler cette singularité française : un dixième du patrimoine financier des ménages rémunéré non par un marché, mais par une formule — que le ministre peut au demeurant suspendre quand elle donne un résultat qui le gêne, ce dont aucun gouvernement ne s'est privé. L'épargne « protégée » du Livret A est en réalité une épargne réquisitionnée : centralisée pour l'essentiel à la Caisse des dépôts, elle finance à taux administré le logement social et les priorités du moment, c'est-à-dire des politiques publiques qui n'ont pas à affronter le coût réel du capital. Quand le rendement servi est inférieur à l'inflation — ce fut le cas des années durant —, la différence est un impôt silencieux sur les petits épargnants, précisément ceux que le dispositif prétend choyer. Il existe un mot pour un système où l'État fixe le prix de l'épargne et en dirige l'emploi ; ce mot n'est pas « protection ».

Sources : Banque de France (épargne des ménages et épargne réglementée), MoneyVox (Ce qui change pour votre épargne sans risque en juillet), Journal du Net (Livret A et LEP : les nouveaux taux prévus au 1er août)

6 Bercy mandate quatre économistes pour retrouver un déficit que personne n'a perdu

La saison des commissions est ouverte. Bercy a mandaté quatre économistes pour « cartographier » le déficit français avant l'automne, en préparation d'un budget 2027 qui s'annonce acrobatique. Le décor est connu : le comité d'alerte des finances publiques réuni le 7 juillet a acté 3 milliards d'euros d'économies supplémentaires d'ici septembre — 2 milliards pour l'État, 1 milliard pour la Sécurité sociale, l'objectif de déficit de 5 % du PIB pour 2026 étant désormais jugé « difficile à atteindre » avec une croissance rabotée à 0,7 %.

Qu'on nous pardonne cette impertinence dominicale, mais le déficit français n'a nul besoin d'être cartographié : il habite à une adresse connue de tous, 57 % du produit intérieur brut en dépense publique, record du monde développé, et chacun peut lui rendre visite dans les rapports que la Cour des comptes publie, inchangés dans leur diagnostic, depuis un quart de siècle. Mandater des experts pour redécouvrir ce que l'on sait déjà est un genre administratif en soi : la commission n'est pas un instrument de connaissance, c'est un instrument de délai — elle permet de paraître agir pendant qu'on décide de ne pas choisir. Le jour venu, ses conclusions rejoindront celles des comités Pébereau, Attali et consorts dans le grand cimetière des lucidités sans suite. Car le problème français n'a jamais été de savoir où sont les économies ; il est qu'aucune clientèle électorale ne s'appelle « le contribuable de 2040 ». Les quatre cartographes trouveront le déficit sans peine. Trouver le courage est une autre expédition.

Sources : BDOR (Bercy mandate quatre économistes pour cartographier le déficit avant l'automne), Ministère de l'Économie (Comité d'alerte : 3 milliards d'économies d'ici septembre), Daf-Mag (Budget 2027 : 3 milliards d'économies supplémentaires)

Le chiffre du jour
2,38 millions
Le nombre de logements vacants potentiellement visés par la nouvelle taxe unique sur la vacance (TVLH) qui entrera en vigueur au 1er janvier 2027. Deux millions quatre cent mille propriétaires qui préfèrent renoncer à un loyer plutôt que d'affronter l'encadrement des loyers, les normes DPE et dix-huit mois de procédure en cas d'impayé : ce n'est pas un gisement fiscal, c'est un référendum silencieux sur l'état du droit locatif français.
La citation du jour
« Les pays ne sont pas cultivés en raison de leur fertilité, mais en raison de leur liberté. »
— Montesquieu, De l'esprit des lois, livre XVIII (1748)
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