La Lettre Libérale — Économie, liberté, lucidité

Édition #135 — Lundi 6 juillet 2026
Lundi de reprise : Wall Street rouvre ce matin après le pont du 4 juillet, un semestre record dans le rétroviseur — Dow à +8,9 %, son meilleur premier semestre depuis 2021, Russell 2000 à +22 %, du jamais-vu depuis 1991 — et une menace dans le pare-brise, les marchés donnant désormais une hausse des taux de la Fed dès septembre ; l'OPEP+ a profité du week-end pour ouvrir les vannes, sept pays ajoutant 188 000 barils par jour en août sur un Brent déjà retombé sous 72 dollars ; en France, deux millions de chômeurs ont découvert que leur allocation ne serait pas revalorisée au 1er juillet, le paritarisme ayant buté sur une caisse vide, pendant que la Cour des comptes juge « loin d'être garanti » l'objectif de déficit que Bercy promet à Bruxelles ; Pékin, de son côté, abaisse sa cible de croissance et exporte sa déflation au Sud global ; et le fisc français, jamais en retard d'une idée, peaufine sa nouvelle taxe unifiée sur les logements vacants. De Vienne à Bercy, une même leçon de rentrée : les quotas, les plans et les taxes prétendent organiser ce que personne ne sait organiser — Hayek appelait cela la présomption fatale.

1Pétrole : l'OPEP+ ouvre les vannes sur un marché déjà noyé — le cartel contre lui-même

Réunion virtuelle dominicale, décision expéditive. Sept pays de l'OPEP+ — Arabie saoudite, Russie, Irak, Koweït, Kazakhstan, Algérie et Oman — ont convenu dimanche d'augmenter leur production totale de 188 000 barils par jour en août, alors que le Brent a clôturé vendredi sous les 72 dollars, un niveau proche de celui d'avant les frappes contre l'Iran. Le geste intervient sur un marché que les analystes jugent déjà excédentaire : entre le retour du brut vénézuélien, les quotas mal respectés et les stocks chinois, l'année 2026 s'annonce comme celle du surplus d'offre, l'OPEP+ peinant ouvertement à défendre les prix.

Savourons le spectacle : le plus célèbre cartel du monde, celui qu'on nous présente depuis 1973 comme le grand ordonnateur des prix de l'énergie, court désormais derrière un marché qui ne l'attend plus. Chaque membre triche sur ses quotas, chacun sait que les autres trichent, et la « discipline » collective se résume à entériner ce que chacun fait déjà. C'est la faiblesse congénitale de tout cartel, publique ou privée : il ne tient que tant que ses membres gagnent plus à obéir qu'à tricher, c'est-à-dire jamais longtemps. Pendant ce temps, le schiste américain, les nouveaux gisements guyanais et brésiliens et la sobriété induite par deux ans de prix élevés font ce que les communiqués de Vienne ne feront jamais : équilibrer l'offre et la demande. Le consommateur des deux hémisphères, lui, encaisse la seule « redistribution » qui ne coûte rien au contribuable — un plein moins cher. Les prix libres restent le plus efficace des régulateurs, précisément parce que personne ne les commande.

Sources : La Presse / AP (Sept pays de l'OPEP+ conviennent d'augmenter leur production — 5 juillet 2026), Connaissance des énergies (Incertitudes autour du pétrole en 2026), Investing / Invezz (Un surplus d'offre plane alors que l'OPEP+ peine à défendre les prix)

2Wall Street rouvre : un semestre en or derrière, une Fed en embuscade devant

La parenthèse du 4 juillet se referme. Après la fermeture de vendredi pour l'Independence Day, le NYSE et le Nasdaq reprennent ce lundi une cotation normale, avec dans le rétroviseur un premier semestre exceptionnel : +8,9 % pour le Dow, son meilleur premier semestre depuis 2021, +9,6 % pour le S&P 500, +12,8 % pour le Nasdaq et près de +22 % pour le Russell 2000, du jamais-vu depuis 1991. Mais l'humeur a changé : après un rapport sur l'emploi limité à 57 000 créations de postes en juin, les contrats à terme sur les Fed funds intègrent désormais une hausse des taux dès septembre, Kevin Warsh ayant affiché sa priorité à l'inflation et renvoyé Wall Street « aux données » pour deviner la suite.

Voilà donc le paradoxe de l'été : une économie qui crée moitié moins d'emplois que prévu, et une banque centrale qui parle de relever ses taux. Hérésie ? Non : lucidité tardive. L'inflation américaine campe au-dessus de 4 %, et M. Warsh a compris ce que ses prédécesseurs ont mis quinze ans à oublier — le mandat d'une banque centrale n'est pas de garantir la hausse perpétuelle des actifs ni de financer l'emploi à crédit, mais de défendre la monnaie. Que les marchés aient signé leur meilleur semestre depuis des lustres pendant qu'on leur retirait le bol de punch prouve d'ailleurs que la hausse n'était pas un cadeau monétaire : les profits, la productivité et l'intelligence artificielle portent la cote, pas la planche à billets. La petite capitalisation américaine à +22 % pendant que le CAC 40 s'estime heureux de flirter avec ses sommets d'il y a six mois : voilà le vrai bulletin de notes transatlantique, et il ne doit rien au hasard — d'un côté l'énergie abordable et le capital abondant, de l'autre la norme et l'impôt.

Sources : CNBC (Stock market news, July 1, 2026), Yahoo Finance (Dow notches fresh record, Nasdaq slides — 2 juillet 2026), Yahoo Finance (Holiday trading schedule for Fourth of July)

3Allocations chômage : 0 % de revalorisation au 1er juillet — quand la caisse est vide, la réalité vote

C'est un non-événement qui en dit long. Les allocations chômage n'ont pas été revalorisées au 1er juillet 2026, les organisations patronales ayant refusé la hausse proposée par les syndicats au conseil d'administration de l'Unédic, invoquant le déficit de l'assurance chômage et la progression attendue de sa dette. Quelque deux millions de demandeurs d'emploi indemnisés conservent donc une allocation gelée à son niveau de juillet 2025 — dans un pays où, rappelons-le, le chômage est remonté au-dessus de 8 % de la population active.

On entendra crier à l'austérité. Regardons plutôt la mécanique : un régime qui se dit « assurantiel » et qui accumule les déficits n'assure rien du tout — il emprunte au nom des cotisants futurs pour payer les prestations présentes, exactement comme l'État dont il singe les mauvaises habitudes. Que le paritarisme ait, pour une fois, buté sur la contrainte comptable est presque une bonne nouvelle : c'est le signe qu'il reste, quelque part dans la maison Unédic, quelqu'un qui sait lire un bilan. Mais la vraie question n'est pas le montant de l'allocation, c'est le nombre d'allocataires. Un pays qui repasse les 8 % de chômage avec 500 000 emplois vacants n'a pas un problème de générosité, il a un problème d'incitations — coin socialo-fiscal record, seuils d'effets pervers, droits rechargeables. Geler l'allocation sans libérer l'embauche, c'est traiter le thermomètre. Le meilleur régime d'assurance chômage reste un marché du travail où l'on retrouve un emploi avant la fin du premier mois d'indemnisation.

Sources : Tout Sur Mes Finances (Pourquoi le montant des allocations n'a pas augmenté au 1er juillet 2026), Service-Public.fr (Calendrier 2026 des paiements France Travail), Club Patrimoine (Chômage et activité en France en 2026)

4Budget : la Cour des comptes ne croit pas aux 43,8 milliards — nous non plus

Le juge des comptes a rendu son verdict d'étape. La Cour des comptes estime que l'objectif de réduction du déficit à 5 % du PIB en 2026 est « loin d'être garanti », alors que Bercy lui-même chiffre à 43,8 milliards d'euros les économies à réaliser. Les ordres de grandeur donnent le vertige : un déficit de l'État supérieur à 100 milliards pour la huitième année consécutive, 11 milliards d'économies affichées quand la seule charge de la dette augmente de 9 milliards, passant de 65 à 74 milliards d'euros — et un engagement européen de revenir à 4,6 % de déficit dont l'effort a été raboté de moitié en quelques mois.

Il faut relire ces chiffres comme on lit un aveu. L'État français consacre désormais à ses créanciers davantage qu'à ses armées, et chaque « effort » annoncé est mangé d'avance par les intérêts de la dette accumulée pour financer les efforts précédents — la budgétodynamique à la française, science exacte s'il en est. Quant au rituel, il ne change pas : on promet à Bruxelles au printemps ce qu'on renonce à faire à l'automne, et l'on s'étonne que les taux français s'écartent de l'Allemagne. La Cour des comptes fait son office en doutant ; permettez-nous d'aller plus loin. Cinquante-deux années de déficit ininterrompu ne sont pas une malchance conjoncturelle, c'est un régime politique : celui où la dépense est le premier instrument électoral et le contribuable futur le seul électeur qui ne vote pas encore. Aucune « conférence sur les finances publiques » n'y changera rien tant qu'une règle simple ne s'imposera pas à tous les gouvernements : on ne dépense pas l'argent qu'on n'a pas.

Sources : Public Sénat (La Cour des comptes estime que l'objectif de réduction du déficit est loin d'être garanti), economie.gouv.fr (43,8 milliards d'euros d'économies à réaliser), Fondation IFRAP (Budget 2026 : 5,3 % de déficit, c'est trop !)

5Chine : Pékin abaisse sa cible de croissance — la déflation, prix du plan

Le pilote ralentit, l'avion aussi. Pékin a abaissé son objectif de croissance à une fourchette de « 4,5 à 5 % », après trois années affichées « autour de 5 % », dans une économie que la baisse continue des prix à la production enfonce dans la déflation industrielle, sur fond de surcapacités que le pouvoir hésite à résorber. Le paradoxe est à l'export : les ventes chinoises à l'étranger ont bondi de 21,8 % sur un an en début d'année, très au-dessus des attentes, les industriels ayant redirigé vers l'Asie du Sud-Est, l'Afrique et l'Amérique latine ce que l'Amérique ne prend plus.

La deuxième économie du monde offre au monde un cours de choses vues : quand le Parti décide des secteurs « stratégiques », alloue le crédit par circulaire et mesure ses cadres au tonnage produit, on obtient exactement ce que la théorie prédit — des montagnes de panneaux solaires, de voitures électriques et d'acier que les prix s'épuisent à écouler, une déflation qui ronge les marges, et des ménages qui épargnent par précaution ce que l'État voudrait les voir consommer par patriotisme. Exporter la surproduction au Sud global n'est pas une stratégie de richesse, c'est une soupape — et elle nourrit déjà, de Djakarta à São Paulo, les protectionnismes de demain. La leçon vaut pour Bruxelles et Paris, qui regardent ce modèle avec un mélange de crainte et, avouons-le, d'envie planificatrice : la « politique industrielle » chinoise produit du volume sans valeur là où le marché produit de la valeur sans permission. Mises l'avait écrit dès 1920 : sans prix libres, pas de calcul économique — et sans calcul, le plan ne sait même pas qu'il détruit.

Sources : Le Devoir (La Chine prévoit un nouveau coup de frein sur sa croissance), ABC Bourse (La Chine démarre 2026 en force, ses exportations dépassent les attentes), Coface (Chine : analyse des risques économiques)

6Logement : la TVLH arrive — taxer la vacance plutôt que comprendre pourquoi les logements sont vides

Le fisc immobilier fait sa mue estivale. La loi de finances 2026 a fusionné la taxe sur les logements vacants et la taxe d'habitation sur les logements vacants en un dispositif unique, la taxe sur la vacance des locaux d'habitation (TVLH), applicable aux impositions établies à compter de 2027. Et l'administration resserre son maillage : tout changement de situation d'occupation devait être déclaré avant le 1er juillet dans le service en ligne « Biens immobiliers » d'impots.gouv.fr — chaque mètre carré français a désormais son dossier numérique à jour.

Simplification, dit Bercy — et pour une fois le mot n'est pas usurpé : une taxe au lieu de deux, voilà qui est rare. Mais le présupposé, lui, demeure intact : si un logement est vide, c'est que son propriétaire est un égoïste qu'il faut punir. Personne, rue de Bercy, ne semble se demander pourquoi trois millions de logements restent vacants dans un pays en pénurie. La réponse tient pourtant en trois lignes : un DPE qui interdit à la location des pans entiers du parc ancien, un encadrement des loyers qui rend l'investissement locatif moins rentable qu'un fonds euros, et une procédure d'expulsion qui transforme chaque bail en pari judiciaire de trois ans. Le propriétaire qui laisse son bien vide ne fait pas un calcul absurde : il fait le calcul exact que la réglementation lui impose. Taxer la vacance sans toucher à ses causes, c'est ajouter une punition à la punition — et s'étonner ensuite que le capital fuie la pierre locative. Un marché du logement se soigne comme tous les marchés : en le libérant.

Sources : Médicis Immobilier (Loi de finances 2026 : les mesures immobilier et logement), LégiFiscal (Mise à jour avant le 1er juillet 2026 de la déclaration des biens immobiliers)

Le chiffre du jour
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La revalorisation des allocations chômage au 1er juillet 2026 — un gel décidé par les organisations patronales au conseil d'administration de l'Unédic, face au déficit de l'assurance chômage et à sa dette qui enfle. Deux millions de demandeurs d'emploi indemnisés sont concernés, dans un pays repassé au-dessus de 8 % de chômage. Retenez le symbole : dans la maison France, où tout se revalorise par décret — minima, barèmes, points d'indice —, il aura fallu qu'une caisse soit littéralement à sec pour qu'un chiffre, un seul, cesse de monter. La contrainte budgétaire n'est pas une politique d'austérité : c'est la seule chose qui reste quand on a épuisé toutes les autres.
La citation du jour
« La curieuse tâche de la science économique consiste à démontrer aux hommes combien ils savent peu de choses sur ce qu'ils s'imaginent pouvoir organiser. »
— Friedrich A. Hayek, La Présomption fatale (1988)
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