La Lettre Libérale — Économie, liberté, lucidité
Après un premier semestre flamboyant, Wall Street a soufflé. Le S&P 500 a cédé 0,22 % le 1er juillet pour finir à 7 483,23 points, le Dow reculant à peine (−0,03 % à 52 305,24) après un record intraséance, et le Nasdaq abandonnant 0,66 % à 26 040,03. Les semi-conducteurs, qui s'étaient envolés de plus de 80 % au premier semestre, ont été délestés au premier jour du trimestre, Caterpillar lâchant près de 7 %. À rebours, Meta a bondi de près de 9 % en annonçant le lancement d'une activité de cloud et la revente de sa puissance de calcul excédentaire. À Paris, le CAC 40 a fini dans le rouge quand Wall Street flambait, prolongeant le fossé transatlantique de tout un semestre.
Qu'on ne s'y trompe pas : une baisse d'ouverture n'est pas un présage, c'est le marché qui reprend son souffle et fait le tri. Et le tri, précisément, est ce que nul planificateur ne sait faire. Voyez Meta : plutôt que d'attendre un « plan » ou une subvention, l'entreprise pivote en quarante-huit heures, transforme un surinvestissement en centres de données en source de revenus et loue à ses rivaux la puissance qu'elle avait accumulée. Voilà le capitalisme dans son geste le plus pur — l'allocation permanente, décentralisée, faillible du capital, où l'erreur d'hier devient l'opportunité de demain sans qu'aucun ministère n'ait rien décrété. Pendant ce temps, le Vieux Continent regarde. Le fossé qui sépare une Bourse américaine repue de gains d'une Bourse parisienne à la traîne n'est pas une fatalité de longitude : c'est le prix d'un continent qui encadre là où l'autre laisse faire, qui fléchit l'épargne vers la dette publique quand l'autre la laisse ruisseler vers l'innovation. La cote, mieux qu'aucun discours, dit où l'avenir se construit.
Sources : TheStreet (Stock Market Today, July 1, 2026), Yahoo Finance (Semiconductor stocks sink to start 3rd quarter), The Motley Fool (Meta Shakes Up Cloud Sector), MoneyVox (Le CAC 40 en perte, Wall Street flambe — 1er juillet 2026)
Le forum annuel de la BCE, à Sintra, aura offert au nouveau maître de la Fed une tribune qu'il a employée à ne rien annoncer. Kevin Warsh a refusé de laisser entrevoir sa décision de juillet, mais tranché sur le diagnostic : « les prix sont trop élevés », a-t-il martelé, faisant de la lutte contre l'inflation son objectif premier. La Réserve fédérale, qui maintient ses taux dans la fourchette de 3,50 à 3,75 %, a effacé de ses projections toute baisse pour 2026 et ouvert la porte à des hausses. Neuf gouverneurs sur dix-huit anticipent désormais un resserrement d'ici décembre ; Warsh, lui, a supprimé la forward guidance et refusé d'inscrire son propre point sur la grille des taux — « cela n'aide pas à conduire la politique monétaire », dit-il.
Voilà un banquier central qui a lu Hayek. Que reproche-t-on, au fond, à la Fed d'avant ? D'avoir prétendu piloter l'avenir au quart de point près, d'avoir promis des trajectoires que la réalité démentait, d'avoir cru qu'une poignée d'experts en savaient plus que des millions d'échanges sur le prix du temps et de l'argent. En abolissant la forward guidance — cet art d'engager la parole publique sur ce qu'on ignore — et en refusant de livrer son « point » comme si l'avenir se dessinait sur une grille, Warsh administre une leçon d'humilité que les libéraux réclament depuis toujours : mieux vaut une règle claire qu'une prévision péremptoire, mieux vaut avouer son ignorance que la maquiller en science. Reste le paradoxe que nul ne dira à Sintra : si les prix sont « trop élevés », c'est d'abord parce que les États, hier, ont dépensé et fait imprimer sans compter. Le pompier découvre l'incendie qu'il a lui-même allumé. Qu'il ait au moins la lucidité de ne plus jouer les prophètes est déjà un progrès.
Sources : CNBC (Warsh declines to hint at July rate decision, says inflation 'too high'), CNBC (Fed holds rates steady — June 2026), CNN Business (Fed signals higher rates are ahead)
Le marché du travail américain se refroidit sans se briser. Selon l'enquête ADP publiée le 1er juillet, le secteur privé n'a créé que 98 000 emplois en juin, contre 122 000 en mai, les salaires progressant de 4,4 % sur un an. Le chiffre déçoit : les économistes attendaient 118 000 créations. Santé et éducation tirent l'ensemble (+48 000), et ce sont les petites entreprises de moins de vingt salariés qui embauchent le plus (+38 000), l'économiste en chef d'ADP relevant qu'« il faut désormais plus de temps pour trouver un emploi ». Le rapport officiel du Bureau of Labor Statistics est attendu ce vendredi.
Rapprochez les deux nouvelles du jour et vous obtenez le mot que personne n'ose prononcer : stagflation. D'un côté un banquier central qui juge les prix « trop élevés » ; de l'autre un emploi qui ralentit. La tenaille classique — l'activité qui faiblit sans que l'inflation cède — est le châtiment habituel des économies qu'on a trop longtemps dopées à l'argent facile et à la dépense publique. Mais lisez le détail, car il console le libéral : ce sont les petites entreprises, ces mal-aimées de la statistique, qui portent l'essentiel des embauches, quand les grands groupes lèvent le pied. L'emploi ne se décrète pas depuis un bureau fédéral ; il naît de milliers de patrons qui, chacun, parient sur un salarié de plus. Le meilleur « plan pour l'emploi » n'est pas un chèque de plus du Trésor, mais un environnement où embaucher ne ruine ni n'enchaîne. Ralentissement n'est pas récession ; encore faut-il ne pas le combattre par les recettes mêmes qui ont nourri l'inflation qu'on prétend désormais mater.
Sources : ADP (Private Sector Employment Increased by 98,000 Jobs in June), Bloomberg (US Companies Added 98,000 Jobs in June), U.S. News (ADP: Job Growth Slows In June)
Le pétrole poursuit sa dégringolade. Au 1er juillet, le baril de Brent tombait autour de 72 dollars, en repli de près de 20 % sur le mois et de plus de 23 % sur le trimestre, à mesure que l'apaisement au Moyen-Orient et le retour du brut du Golfe pesaient sur les cours. L'Iran affirme avoir expédié plus de 40 millions de barils depuis la levée du blocus naval américain, tandis que les exportations russes atteignent des niveaux records. Les analystes redoutent désormais une surabondance d'offre, l'exportation rebondissant plus vite que prévu.
Souvenons-nous des mois où l'on réclamait des « boucliers tarifaires », des « prix planchers », des taxes sur les « superprofits » pétroliers, comme si l'énergie chère était une fatalité qu'il fallait administrer à coups de décrets. Et voilà que le prix s'effondre — non par la grâce d'un ministre, mais par le simple retour de l'offre : Ormuz rouvert, l'Iran qui écoule, la Russie qui inonde, le Golfe qui recharge ses pétroliers. Le marché a fait, en un trimestre, ce qu'aucune usine à gaz réglementaire n'aurait su faire : rétablir l'équilibre entre l'offre et la demande, et rendre au consommateur le pouvoir d'achat que la pénurie lui avait confisqué. C'est la vieille leçon, indémodable : le meilleur remède contre les prix élevés, ce sont les prix élevés eux-mêmes, qui appellent l'offre et découragent le gaspillage — pourvu qu'on laisse le signal jouer. Chaque fois que l'État s'interpose, il fige la pénurie ; chaque fois qu'il s'efface, le marché la résorbe. La baisse du baril n'est pas un miracle, c'est un mécanisme.
Sources : Fortune (Current price of oil as of July 1, 2026), Trading Economics (Brent Crude Oil), J.P. Morgan Research (A bearish outlook for Brent in 2026)
À deux jours de l'échéance, l'Europe a rendu les armes. Donald Trump avait donné à l'Union jusqu'au 4 juillet pour appliquer pleinement l'accord scellé voici un an à Turnberry, sous peine de porter de 15 à 25 % les droits sur l'automobile européenne. Le Parlement européen a ratifié le texte le 16 juin par 440 voix contre 151, la régulation étant signée le 25 juin par les présidents du Parlement et du Conseil. Bruxelles s'engage à ramener à zéro ses droits sur les produits industriels américains, en échange d'un tarif de 15 % maintenu sur l'essentiel de ses exportations vers les États-Unis.
Qu'on mesure le tour de force sémantique : on appelle « accord de libre-échange » un traité arraché sous la menace d'une surtaxe, où l'une des parties baisse ses droits à zéro pendant que l'autre conserve les siens à 15 %. Ce n'est pas du commerce libre, c'est du commerce administré — un condominium de deux protectionnismes qui se partagent la dépouille du consommateur. Car le droit de douane, répétons-le jusqu'à l'usure puisque rien n'y fait, ne frappe jamais l'étranger qu'on prétend punir : il taxe l'acheteur du pays qui l'érige. L'automobiliste américain paiera la berline allemande plus cher ; l'Européen paiera de sa « souveraineté » revendiquée le renchérissement de tout ce qu'il importe. Et l'ironie du calendrier ne se laisse pas oublier : c'est le 4 juillet, jour où l'Amérique célèbre sa liberté conquise contre les taxes d'un lointain souverain, que Washington menace d'en imposer de nouvelles. Le seul accord digne de ce nom tiendrait en une ligne — zéro tarif des deux côtés — et laisserait les peuples faire ce qu'ils font de mieux quand on les laisse : échanger, et par là s'entendre.
Sources : Euronews (Trump gives EU until 4 July to implement trade deal), France 24 (Europe signs off on long-awaited US tariff deal), Conseil de l'UE (Council and Parliament strike a deal to implement the tariff elements)
La désinflation européenne se confirme, portée par l'énergie. Selon l'estimation rapide d'Eurostat publiée le 1er juillet, l'inflation annuelle de la zone euro est retombée à 2,8 % en juin, contre 3,2 % en mai. Le repli tient d'abord à l'énergie, dont la hausse annuelle ralentit de 10,8 % à 8,7 %, tandis que les services décélèrent à peine, de 3,5 % à 3,2 %. L'inflation sous-jacente, celle qui exclut l'énergie et l'alimentation, demeure la plus tenace — signe que le mal profond n'est pas guéri.
Voilà de quoi tempérer les autosatisfactions de Francfort. Si les prix refluent, la BCE n'y est guère pour quelque chose : c'est le Brent effondré, le pétrole que la paix et l'offre retrouvée ont fait plonger, qui tire l'indice vers le bas. Retranchez ce coup de pouce venu des marchés mondiaux et il reste une inflation des services collée à 3,2 %, une inflation « cœur » qui ne veut pas plier — c'est-à-dire la part domestique, salariale, réglementaire, celle qui dépend vraiment de la politique menée sur le continent. La leçon est d'humilité, une fois de plus : les banquiers centraux s'attribuent volontiers la décrue qu'ils doivent au hasard des barils, et imputent au « choc externe » la hausse qu'ils ont eux-mêmes nourrie. La vérité monétaire est plus rude — l'inflation qu'on fabrique chez soi, par la dépense et la contrainte, ne se dissout pas dans un cours du pétrole. Elle attend, tapie dans les services, que le vent des marchés tourne à nouveau.
Sources : Eurostat (Euro area annual inflation down to 2.8% — 1 July 2026), Trading Economics (Euro Area Inflation Rate), Trading Economics (Euro Area Core Inflation Rate)