La Lettre Libérale — Économie, liberté, lucidité

Édition #131 — Mercredi 1er juillet 2026
Mercredi d'ouverture : le second semestre commence et, avec lui, un compte à rebours — Donald Trump a fixé au 4 juillet le couperet, sommant l'Union européenne de « livrer » sa part de l'accord de Turnberry sous peine de voir bondir de 15 à 25 % les droits sur l'automobile, tandis que Bruxelles jure que « de bons progrès » seront faits « d'ici début juillet » ; sur les marchés, la fête d'un premier semestre record — près de +9,6 % pour le S&P 500, clôturé mardi à 7 449 points — cède la place à un mois de juillet qui s'ouvre dans le rouge, l'Europe ayant regardé Wall Street s'envoler sans la suivre ; en France, l'INSEE a acté un chômage remonté à 8,1 %, son plus haut niveau depuis cinq ans, quand l'immobilier peine à se relever sous des taux qui repartent à la hausse et que la Cour des comptes, voyant « tous les signaux au rouge », rappelle qu'il faudra trouver 43,8 milliards pour financer une cinquante-deuxième année consécutive de déficit ; à dix mille kilomètres, enfin, l'Argentine de Javier Milei affiche une inflation au plus bas depuis huit mois et un excédent budgétaire que Paris n'a plus connu depuis un demi-siècle. De Washington à Buenos Aires, un même premier jour d'été pour vérifier la vieille leçon d'Adam Smith : ce qui est prudence dans la conduite d'une famille ne saurait être folie dans celle d'une nation — et le protectionnisme, comme la dépense sans fin, n'est jamais que l'art de se ruiner en croyant se protéger.

1Commerce : Trump brandit le couperet du 4 juillet sur l'Europe

À trois jours de l'échéance, le bras de fer transatlantique se tend. Donald Trump a donné à l'Union européenne jusqu'au 4 juillet pour appliquer pleinement l'accord commercial scellé voici un an à Turnberry, faute de quoi les tarifs « bondiront immédiatement à des niveaux bien plus élevés » — et le président menace en particulier de porter de 15 à 25 % les droits sur les voitures et camions européens, accusant Bruxelles de n'avoir pas « ramené ses tarifs à ZÉRO » comme promis. Ursula von der Leyen, qui a fait ratifier l'accord par le Parlement européen le 16 juin, se veut confiante — « un accord est un accord », dit-elle, assurant que « de bons progrès » seront réalisés « d'ici début juillet » —, mais prévient que l'Union est « prête à tous les scénarios ». L'automobile pèse à elle seule quelque 8 % des échanges entre les deux rives.

Voilà le libre-échange réduit à une partie de poker entre deux protectionnismes. On feint de négocier « l'ouverture », on marchande en réalité le tarif auquel chacun taxera ses propres consommateurs — car c'est là toute la duperie du droit de douane : il frappe l'acheteur du pays qui l'érige, non le vendeur qu'il prétend punir. L'automobiliste américain paiera la surtaxe sur la berline allemande ; le ménage européen, les représailles que Bruxelles agitera en retour. Ricardo l'avait démontré voici deux siècles, Bastiat mis en scène avec sa fausse pétition des fabricants de chandelles réclamant qu'on interdise le soleil : chaque nation s'enrichit en achetant là où c'est le moins cher, et s'appauvrit dès qu'elle s'en empêche au nom d'une « souveraineté » qui n'est que la rançon des lobbies protégés. Que Trump menace, que von der Leyen tremble, et l'on mesure combien le commerce libre — cette forme pacifique de coopération entre inconnus — reste otage de dirigeants qui préfèrent la frontière fermée à la prospérité partagée. Le seul « accord » qui vaille tiendrait en une ligne : zéro tarif des deux côtés, et qu'on laisse les peuples commercer.

Sources : Euronews (Trump gives EU until 4 July to implement trade deal or face 'much higher' tariffs), Al Jazeera (Trump sets July 4 deadline for EU tariff hike decision), Bloomberg (Trump Gives EU Until July 4 to Ratify US Trade Deal)

2Marchés : le second semestre s'ouvre dans le rouge après un premier record

Le rideau est tombé mardi sur un premier semestre flamboyant — du moins outre-Atlantique. Le S&P 500 a clôturé le 30 juin en hausse de 0,79 %, à 7 449,36 points, bouclant les six premiers mois de 2026 sur un gain de 9,6 % porté par un rebond des valeurs technologiques. À Paris, le CAC 40 avait grappillé 0,41 % le même jour, Schneider Electric et Legrand en tête, TotalEnergies à la traîne. Mais le nouveau mois débute à contre-pied : ce mercredi, les contrats à terme américains reculaient (Dow −0,33 %, S&P −0,29 %, Nasdaq −0,34 %) et le CAC 40 cédait 0,35 % à l'ouverture, comme si les marchés, repus de leurs gains, s'accordaient une respiration.

Un premier jour de baisse n'est pas un présage ; c'est une salubre prise de bénéfices, le marché qui reprend son souffle après avoir couru. Mais derrière ces décimales se lit une fracture plus profonde, celle d'un semestre où l'Amérique a écrasé l'Europe. Là où Wall Street laisse le capital ruisseler vers l'intelligence artificielle et les entreprises qui la bâtissent, le Vieux Continent retient, encadre, subventionne — et récolte des Bourses qui piétinent. Le fossé n'a rien d'une fatalité géographique : il est le produit de choix. On ne décrète pas l'innovation par un plan « France 2030 » ou un « pacte » industriel européen ; on la libère en cessant de punir le succès et de fléchir l'épargne vers les caprices de l'État. La leçon des marchés est toujours la même, cruelle et gratuite : le prix d'une action dit, mieux qu'aucun ministre, où l'avenir se construit. Reste au libéral lucide à ne pas confondre hausse et vérité — une cote qui monte n'abolit pas le cycle, elle le diffère. Mais entre un continent qui laisse faire et un continent qui prétend tout diriger, le verdict de juin ne souffre guère l'ambiguïté.

Sources : TheStreet (Stock Market Today, June 30, 2026), CNBC (Stock market today: live updates), Trading Economics (France Stock Market Index — CAC 40)

3France : le chômage remonte à 8,1 %, au plus haut depuis cinq ans

La statistique sociale rattrape la statistique financière. Au premier trimestre 2026, le taux de chômage a augmenté de 0,2 point pour atteindre 8,1 % de la population active, soit 2,6 millions de personnes au sens du Bureau international du travail — 68 000 de plus qu'au trimestre précédent, et 0,7 point de plus sur un an. C'est le niveau le plus élevé depuis cinq ans. Le détail est plus sombre encore : le chômage des moins de 25 ans grimpe à 18,2 %, celui des hommes à 8,5 %, cependant que des secteurs entiers — soins, cybersécurité, logistique, énergies renouvelables — peinent, eux, à recruter.

Un jeune actif sur cinq sans emploi dans un pays qui manque de bras : voilà le paradoxe français, et il n'a rien d'un mystère. Quand embaucher coûte cher, expose à un contentieux prud'homal interminable et engage un employeur pour une quasi-éternité, on n'embauche qu'à regret — et l'on renonce, surtout, à parier sur le débutant sans expérience, le premier que la rigidité sacrifie. C'est l'illustration parfaite de ce que Bastiat nommait « ce qu'on ne voit pas » : on voit le salarié en poste, protégé par le code du travail ; on ne voit pas les emplois jamais créés, les entreprises qui automatisent plutôt que de recruter, les jeunes qui s'exilent ou s'enlisent. Chaque protection accordée à celui qui a un emploi est une barrière dressée devant celui qui n'en a pas. On nous promettra, comme toujours, un énième « plan jeunes », une subvention à l'apprentissage, un contrat aidé de plus — c'est-à-dire un pansement public sur une plaie que la dépense publique a creusée. La vérité que nul gouvernement n'ose dire : le meilleur programme pour l'emploi s'appelle la liberté d'embaucher et de licencier, et il ne coûte rien au contribuable.

Sources : INSEE (Au premier trimestre 2026, le taux de chômage augmente de 0,2 point et atteint 8,1 %), franceinfo (Le chômage atteint 8,1 %, son plus haut niveau en cinq ans), La finance pour tous (Le chômage atteint 8,1 % en France début 2026)

4Immobilier : une reprise fragile étouffée par la remontée des taux

Le marché du logement respirait à peine ; le voilà de nouveau sous pression. En juin 2026, les taux de crédit immobilier moyens s'établissent autour de 3,37 % sur quinze ans, 3,47 % sur vingt ans et 3,53 % sur vingt-cinq ans. Les meilleurs dossiers décrochent encore des conditions proches de 3,15 % sur vingt ans, mais la tendance générale est repartie à la hausse, sous l'effet des tensions géopolitiques et de la pression sur les taux obligataires. La production de crédit progresse tout de même de quelque 6 % au premier trimestre sur un an, signe d'une reprise réelle mais chancelante.

Qui donc fait grimper le loyer de l'argent que l'emprunteur français paie pour se loger ? Que l'on remonte le fil, et l'on retrouve, immanquablement, l'État. Car un Trésor qui emprunte 300 milliards par an pour boucler ses fins de mois n'aspire pas seulement l'épargne disponible : il tire vers le haut le rendement exigé sur toute la dette française, celle de la Nation comme celle du particulier. L'« effet d'éviction » n'est pas une abstraction d'économiste : c'est le demi-point de plus que le jeune couple acquitte sur son prêt parce que Bercy, insatiable, se sert avant lui à la table du crédit. Ajoutez-y la rareté organisée — normes de construction pléthoriques, zonage malthusien, fiscalité qui punit le propriétaire et décourage le bailleur — et vous obtenez la « crise du logement » française : non pas une fatalité, mais une pénurie de fabrication publique. Là encore, le mal qu'on déplore est l'ombre portée de l'État qui prétendra demain le guérir, à coups de « prêts à taux zéro » financés… par la dette qui a fait monter les taux. Le serpent, toujours, se mord la queue.

Sources : Pretto (Les taux de crédit immobilier en juin 2026), CAFPI (Analyse des taux de crédit immobilier — juin 2026), Meilleurtaux (Baromètre des taux)

5Finances publiques : 43,8 milliards à trouver, et une 52ᵉ année de déficit

Le rituel budgétaire de l'été s'ouvre sur un chiffre vertigineux. Pour tenir sa trajectoire, le gouvernement doit dégager 43,8 milliards d'euros d'économies afin de réduire le déficit dès 2026. La Cour des comptes, elle, ne mâche pas ses mots : « tous les signaux sont au rouge », la dégradation de la conjoncture menaçant des objectifs déjà qualifiés de « modestes ». La même Cour juge « loin d'être garanti » le retour du déficit à 5 % du PIB cette année, après 5,4 % en 2025, quand la dette publique file vers 119 % de la richesse nationale.

Arrêtons-nous sur un chiffre que la classe politique préférerait qu'on oublie : 2026 sera la cinquante-deuxième année consécutive de déficit public en France. Cinquante-deux ans — le dernier budget à l'équilibre remonte à 1974, l'année où Valéry Giscard d'Estaing entrait à l'Élysée. Aucune autre grande démocratie occidentale n'affiche pareil record d'incontinence. Un demi-siècle durant, toutes majorités confondues, l'État français a dépensé plus qu'il ne percevait, comblant l'écart par l'emprunt, c'est-à-dire par l'impôt différé qu'acquitteront nos enfants. Et voici que, sommé de trouver 43,8 milliards, le pouvoir hésite déjà, « relâche la pression », découvre soudain que couper suppose de dire non à quelqu'un. Le drame n'est pas conjoncturel, il est moral : une nation qui a désappris de vivre selon ses moyens, qui tient la dette pour un dû et la réforme pour une brutalité. Milton Friedman l'avait résumé d'une formule que Bercy devrait afficher à son fronton : « Personne ne dépense l'argent d'autrui avec autant de soin que le sien. » Cinquante-deux ans le prouvent, ligne après ligne.

Sources : economie.gouv.fr (43,8 milliards d'euros d'économies à réaliser), MoneyVox (« Tous les signaux sont au rouge », alerte la Cour des comptes), Public Sénat (L'objectif de réduction du déficit loin d'être garanti)

6Argentine : Milei tient sa désinflation, l'excédent que Paris a oublié

Pendant que la France cherche 43,8 milliards, l'Argentine, elle, engrange. L'inflation y est tombée à son plus bas niveau depuis huit mois : +2,1 % sur le mois écoulé, sous le consensus des économistes, après le choc énergétique lié à la guerre iranienne du printemps. Sur deux ans, la hausse des prix a été ramenée de 211 % à quelque 33 %, la pauvreté est retombée à 28,2 % — au plus bas depuis 2018 —, l'État affiche un excédent primaire de 1,4 % du PIB et le FMI table sur 4 % de croissance. Tout n'est pas idyllique pour autant : le peso reste tenu plutôt que libre, les salaires peinent à rattraper les prix et le pays doit honorer plus de 20 milliards de dollars de dette cette année.

Voilà, en miroir de nos maux, la démonstration qu'un autre chemin existe. Là où Bercy « relâche la pression » à la première difficulté, Javier Milei a manié la tronçonneuse : ministères supprimés, subventions taillées, dépense publique effondrée — et le résultat est cet excédent budgétaire que la France n'a plus connu depuis 1974. On objectera, non sans raison, que l'ajustement fut rude, que les salaires ont souffert, que le plus dur reste à faire. Le libéral honnête ne le nie pas : la liberté retrouvée a un coût de transition, et nul ne doit le farder. Mais qu'on compare les trajectoires. D'un côté, un pays qui a osé réduire l'État et voit l'inflation refluer, la pauvreté baisser, la croissance revenir ; de l'autre, une France qui n'ose rien, protège tout, et contemple son chômage grimper et sa dette enfler. L'expérience argentine n'est pas un dogme à copier servilement — les circonstances diffèrent —, mais elle administre une preuve que nos gouvernants feignent d'ignorer : on ne sort pas du surendettement en dépensant davantage, mais en cessant de le faire. Buenos Aires l'a compris dans la douleur ; Paris s'y refuse dans le confort.

Sources : Bloomberg (Argentina Inflation Hits Eight-Month Low in Win for Milei), The Rio Times (Argentina Economy 2026: 4.4% Growth, Inflation Slashed to 33%), The Rio Times (Argentina Inflation Cools Again, Easing the Pressure on Milei)

Le chiffre du jour
52 ans
La durée pendant laquelle la France n'a pas voté un seul budget à l'équilibre : 2026 sera sa cinquante-deuxième année consécutive de déficit public, le dernier excédent remontant à 1974. Aucune autre grande démocratie occidentale ne détient pareil record. Un demi-siècle durant, de gauche comme de droite, l'État a dépensé plus qu'il ne percevait, transformant l'exception d'urgence en régime permanent et l'emprunt en mode de gouvernement. Ce n'est pas une crise : c'est une habitude. Et c'est bien là le plus inquiétant — car on réforme une crise, on ne réforme pas une habitude tant qu'on la croit sans conséquence. Les 43,8 milliards qu'il faut aujourd'hui trouver ne sont que l'intérêt de cet oubli.
La citation du jour
« C'est la maxime de tout chef de famille prudent de ne jamais essayer de faire chez soi la chose qui lui coûtera moins à acheter qu'à faire. […] Ce qui est prudence dans la conduite de chaque famille particulière ne peut guère être folie dans celle d'un grand royaume. »
— Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776)
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