La Lettre Libérale — Économie, liberté, lucidité
Édition #078 — Dimanche 19 avril 2026
Les réunions de printemps du FMI se referment sur un diagnostic glaçant et une feuille de route technocratique, l'OFCE annonce le plus fort recul du pouvoir d'achat français depuis 2013, Washington et Téhéran tentent un accord provisoire avant la reprise des hostilités, l'or bat tous ses records à 2 440 dollars l'once, la Cour des comptes juge l'objectif de déficit 2026 « largement insuffisant » — et l'Europe dépense sept fois moins que l'Amérique pour son intelligence artificielle.

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FMI-Banque mondiale : le communiqué final, ou l'art d'écrire gravement l'évidence

Les Réunions de printemps 2026 du FMI et de la Banque mondiale se sont achevées samedi à Washington sur un communiqué que l'on peut résumer d'une phrase : surveiller les anticipations d'inflation, consolider la gouvernance des banques centrales, achever la mise en œuvre de Bâle III, améliorer la surveillance des établissements non bancaires, ramener la dette publique sur une trajectoire viable. Pendant ce temps, le WEO d'avril acte une croissance mondiale ramenée à 3,1 %, une inflation relevée à 4,4 % et une dette publique mondiale qui s'approche des 100 % du PIB.

Il faut relire deux fois ce communiqué pour en saisir la comédie. « Ramener la dette publique sur une trajectoire viable » est écrit au présent de l'indicatif par les mêmes économistes qui, depuis vingt ans, recommandent aux États « d'investir dans la relance » à la moindre contraction. On découvre, à 100 % du PIB mondial, que la musique s'arrête. La leçon est pourtant ancienne : le rôle des institutions de Bretton Woods n'est pas d'arbitrer entre la rigueur et la relance, c'est de rappeler la contrainte budgétaire. Qu'il ait fallu vingt points de PIB de dette supplémentaire en cinq ans — autant que la Seconde Guerre mondiale — pour que cette évidence refasse surface en dit long sur la capture idéologique de l'expertise internationale.

Sources : IMF Meetings 2026, The Paris Times

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OFCE : le pouvoir d'achat français recule de 0,7 %, plus fort repli depuis 2013

Les prévisions d'avril de l'OFCE publiées jeudi à Sciences Po projettent une contraction du pouvoir d'achat par unité de consommation de 0,7 % en 2026 — la plus forte contraction depuis 2013. L'inflation remonte à 1,8 % en moyenne sur l'année, avec un pic attendu entre 1,8 et 2,3 % sur le reste de 2026, sous l'effet du choc énergétique moyen-oriental. Or, les accords de branche signés fin 2025 ont calibré les hausses de salaires sur une hypothèse d'inflation inférieure à 1 %. Résultat : le salaire moyen par tête réel stagne à +0,0 %, contre +1,0 % en 2025.

Voilà un exemple canonique de ce que Hayek appelait la « prétention fatale » des planificateurs : fixer par contrat une variable — la progression des salaires — qui dépend d'une grandeur que personne ne maîtrise, l'inflation future. Les accords de branche sont signés pour deux ou trois ans ; les prix de l'énergie varient à l'heure. Quand les négociateurs choisissent d'ignorer que la paix du monde n'est pas garantie, le salarié paie au supermarché ce que les têtes de cortège n'ont pas osé négocier à la table. La flexibilité salariale, tant décriée, est aussi la principale protection du travailleur contre l'imprévu.

Sources : OFCE — Prévisions avril 2026, Banque de France

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Nucléaire iranien : vers un moratoire de soixante jours ?

Donald Trump a annoncé hier qu'une délégation américaine conduite par le vice-président JD Vance se rendrait ce lundi à Islamabad pour relancer les pourparlers avec Téhéran, menaçant dans la même phrase de « détruire les infrastructures iraniennes » en cas d'échec. Selon des sources iraniennes citées par Reuters, les deux parties s'orientent vers un accord provisoire — un moratoire de 60 jours sur les hostilités, le temps de faire intervenir l'AIEA. La divergence majeure demeure : Washington exige une suspension de vingt ans des activités d'enrichissement d'uranium, Téhéran n'accepte qu'un gel de trois à cinq ans.

Les marchés ont déjà tranché. La chute de 7,5 % du Brent vendredi signale que les investisseurs parient sur un apaisement, quitte à être démentis dès lundi. Cette hypersensibilité de la finance aux rumeurs diplomatiques rappelle une vérité que la géopolitique classique oublie : les opinions d'hommes pressés, exprimées en positions ouvertes sur des contrats à terme, sont aujourd'hui le véritable tribunal des décisions publiques. Les gouvernements n'ont plus soixante-douze heures pour réfléchir ; ils ont soixante minutes. Cela ne rend pas les décisions plus sages, seulement plus nerveuses. Montesquieu souriait dans sa tombe.

Sources : Boursorama / Reuters, La Presse

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Or : record absolu à 2 440 dollars l'once, les banques centrales accumulent

Malgré la détente géopolitique de vendredi, l'or a atteint un record absolu à 2 440 dollars l'once, porté par les achats massifs des banques centrales — notamment asiatiques — et les arbitrages institutionnels défensifs. Le Bitcoin, lui, s'échange à 74 722 dollars, distancé dans son narratif de « valeur refuge numérique » par le métal jaune. Le cuivre a franchi les 11 000 dollars la tonne à New York, dopé par les perspectives de transition énergétique. Les grands investisseurs, rappelle une note de Bank of America, privilégient la stabilité immédiate à la promesse d'un actif décentralisé trop volatil pour faire coussin.

On parle de « valeur refuge » comme s'il s'agissait d'un concept neutre. C'est le contraire : l'or monte quand la confiance dans les monnaies fiduciaires baisse. Dans l'histoire longue, l'or n'a jamais servi qu'à se prémunir contre les États. Qu'il batte aujourd'hui son record pendant que les banques centrales discutent à Washington de « ramener la dette publique sur une trajectoire viable » est d'une ironie parfaite. Les investisseurs n'écoutent pas les communiqués, ils lisent les bilans. Et sur les bilans, la dette publique mondiale a doublé en quinze ans.

Sources : ActuCrypto, Cryptoast

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France : la Cour des comptes juge l'objectif de déficit 2026 « largement insuffisant »

Dans son rapport sur les finances publiques début 2026, la Cour des comptes estime le déficit 2025 à 161 milliards d'euros, soit 5,4 % du PIB — une amélioration en trompe-l'œil, exclusivement obtenue par 23 milliards d'euros de hausses d'impôts. Elle juge l'objectif de 5 % pour 2026 « loin d'être garanti » et prévient que la dette publique atteindra 116,3 % du PIB à la fin de l'exercice. À l'horizon 2029, la charge d'intérêts dépassera 100 milliards d'euros — soit plus que le budget de l'Éducation nationale.

Il y a là un indice précieux sur la psychologie collective française : personne ne croit sérieusement que nous reviendrons un jour sous la barre des 3 % de déficit. Nous nous sommes habitués à vivre à crédit comme on s'habitue à une maladie chronique. Bastiat expliquait que l'État est « la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde ». En 2026, cette fiction coûte à la France un budget annuel d'Éducation nationale en intérêts. La morale publique commande qu'on le dise aux électeurs avant de leur promettre davantage. Personne ne le fera, bien sûr. Et les créanciers, eux, s'en aperçoivent très vite : le spread OAT-Bund vient de franchir 80 points de base.

Sources : Cour des comptes, Fondation IFRAP

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Intelligence artificielle : l'Europe investit sept fois moins que l'Amérique

Selon les chiffres compilés par Morningstar, l'investissement européen en intelligence artificielle est sept fois inférieur à celui des États-Unis. En 2025, le capital-risque mondial a déployé 202,3 milliards de dollars sur l'IA — la moitié de l'ensemble du venture capital mondial — dont l'essentiel outre-Atlantique. En réponse, Bruxelles a lancé en février le plan InvestAI de 200 milliards d'euros. Mais un quart des startups européennes de l'IA envisagent déjà de s'exiler aux États-Unis, faute d'accès au capital et lassées des cadres réglementaires — AI Act en tête.

L'Europe a inventé l'informatique théorique avec Turing, les processeurs avec Acorn, le Web avec Berners-Lee. Elle consomme aujourd'hui ce que les autres produisent. Le problème n'est pas « l'investissement insuffisant » — ajouter 200 milliards d'euros de subventions publiques ne remplacera jamais un écosystème de capital-risque privé ; le problème, c'est la préférence européenne pour la réglementation sur la création. L'AI Act interdit d'innover avant même qu'on ait innové. Quand les startups les plus prometteuses font leurs valises pour Palo Alto, ce n'est pas un accident : c'est la traduction mécanique d'un arbitrage défavorable entre la liberté d'entreprendre et la sécurité administrative. On peut choisir l'une, ou l'autre ; on ne peut pas avoir les deux.

Sources : Morningstar, Maddyness

Le chiffre du jour
− 0,7 %
Recul prévu du pouvoir d'achat par unité de consommation des ménages français en 2026, selon l'OFCE. Plus forte contraction depuis 2013. Les accords de branche signés fin 2025 ont été calibrés sur une inflation inférieure à 1 % ; elle s'établira autour de 1,8 %.
La citation du jour

« L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde. »

— Frédéric Bastiat, L'État (1848)

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