La délégation américaine conduite par le vice-président JD Vance se pose ce lundi matin à Islamabad pour tenter d'arracher à Téhéran le moratoire de soixante jours évoqué vendredi. Pendant le week-end, le Brent est resté ancré entre 91 et 100 dollars, les investisseurs hésitant à parier sur un apaisement que le blocus maritime américain autour des ports iraniens rend chaque jour plus improbable. L'OPEP+ a révisé à la baisse sa prévision de demande pour le deuxième trimestre (−500 000 barils/jour), tout en soulignant un resserrement physique dramatique de l'offre mondiale.
Il y a dans cette chorégraphie diplomatique quelque chose d'une pièce de Racine : les personnages connaissent la fin mais jouent jusqu'au bout. Un accord provisoire de soixante jours ne règle rien — il déplace seulement le problème de deux mois, en permettant à chacun de prétendre avoir évité le pire. Les marchés, eux, ont déjà intégré la prime de risque : le Brent à 99 dollars n'est plus un choc, c'est la nouvelle normale. Ce que révèle cette patience des prix, c'est que l'économie mondiale a appris à fonctionner avec le chaos permanent au Moyen-Orient. L'habitude est le premier degré de l'acceptation.
Sources : Prix du baril, La Presse
Dans sa note de conjoncture de mars, l'Insee confirme ce que le quatrième trimestre 2025 avait déjà laissé entrevoir : le taux de chômage atteint 7,9 %, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,6 point sur un an. La projection pour le printemps 2026 s'établit à 8,1 %. Plus inquiétant encore, le chômage des 15-24 ans bondit de 2,4 points sur le trimestre pour atteindre 21,5 %, et l'Unédic observe une décélération nette de la création d'emploi : seulement 25 000 emplois nets sur un an, contre 181 000 douze mois plus tôt.
On retrouve ici la mécanique que la théorie classique n'a jamais cessé de décrire : dans un marché du travail corseté par le salaire minimum, les seuils sociaux et les ruptures conventionnelles devenues coûteuses, ce sont les moins productifs — donc souvent les plus jeunes — qui sont évincés en premier. Un taux de chômage des 15-24 ans à 21,5 % n'est pas un accident : c'est la conséquence arithmétique d'un coût du travail rendu supérieur, par la loi, à la productivité de l'entrant. Quand on interdit les bas salaires, on n'obtient pas de meilleurs salaires ; on obtient davantage de chômeurs. Bastiat, déjà : ce que l'on voit — les salariés protégés — et ce que l'on ne voit pas — les jeunes qui ne sont jamais embauchés.
Sources : Insee — Informations rapides, Économie Matin, Unédic — mars 2026
Derrière la loi de finances 2026 promulguée le 19 février, Bercy a glissé un durcissement substantiel de la fiscalité des holdings familiales : refonte du Pacte Dutreil, plafonnement renforcé des abattements sur les transmissions, et renouvellement de la « contribution exceptionnelle » sur les grandes entreprises, dont le seuil — relevé à 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires — continue de frapper les champions nationaux. Le message : la réduction du déficit ne passera pas par la dépense, mais par l'impôt sur ceux qui ont encore quelque chose à ponctionner.
Il faut mesurer la portée idéologique de ce choix. Une holding familiale, c'est un outil patient — trois ou quatre générations parfois — qui permet à une entreprise de rester française quand elle croît. Taxer la transmission, c'est taxer la continuité ; c'est pousser mécaniquement à la cession à un fonds, souvent étranger, dont la logique courte est antinomique avec la construction longue. « Contribution exceptionnelle » : on notera la beauté du mot « exceptionnel » dans un dispositif qui, depuis 1981, n'a jamais cessé d'être reconduit. Le fisc français a inventé l'oxymore fiscal permanent. Jean-Baptiste Say avait prévenu : l'impôt, au-delà d'un certain seuil, ne produit plus de recettes, il produit de l'exil.
Sources : Option Finance, Bercy
Le « Liberation Day » de Donald Trump fête son premier anniversaire, et le bilan dressé par Atlantico est cinglant : le déficit commercial américain en biens a atteint un record absolu, près de 100 000 emplois industriels ont disparu, et la balance commerciale globale n'a pas bougé d'un iota. La Chine, frappée de 30 % de droits de douane depuis la trêve d'août dernier, a réorienté ses flux vers l'Asie du Sud-Est, l'Amérique latine et — paradoxe — vers l'Europe. Washington s'est isolé, Pékin s'est diversifié, et Bruxelles se voit offrir une fenêtre d'opportunité qu'elle hésite encore à saisir.
Il y avait une ironie quasi-pédagogique à attendre de Trump une leçon de Ricardo, mais l'Histoire l'a administrée. La théorie des avantages comparatifs n'est pas une élégance académique : c'est une loi arithmétique. Quand on érige une barrière tarifaire à 30 %, on ne protège pas l'industrie nationale — on la renchérit de 30 % pour ses clients, ses fournisseurs et ses salariés. Le « Made in America » est devenu, en un an, le slogan le plus coûteux de la politique économique contemporaine. L'Europe a ici une carte à jouer, non pas en imitant le protectionnisme, mais en démontrant qu'un continent ouvert, réglementé avec modération et fiscalisé avec intelligence, reste le meilleur terrain de jeu pour le capital productif. Encore faudrait-il que Bruxelles y croie.
Sources : Atlantico, Echos Plus
Le marché de gros européen de l'électricité a explosé de 97 % en un mois, atteignant plus de 181 €/MWh. Le contrat CAL27 s'établit à 58,5 €/MWh, contre 37 €/MWh mi-mars. Côté gaz, le TTF Spot oscille autour de 49 €/MWh, avec des stocks européens à seulement 28 % en sortie d'hiver (23 % en France et en Allemagne) — le plus bas niveau post-hiver depuis 2018. La destruction de 17 % des capacités d'exportation de GNL du Qatar, les pannes australiennes et le gel du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz se combinent pour faire de l'Europe le dernier acheteur de la queue de peloton asiatique.
L'Europe paie aujourd'hui, au prix du spot, ses deux décennies d'erreurs stratégiques énergétiques : le renoncement au nucléaire allemand, la dépendance au gaz russe érigée en dogme, la fermeture française de Fessenheim et le sabotage politique du programme EPR2. Un continent qui prétend mener la transition climatique en ayant rendu son énergie dépendante des régimes autoritaires mériterait un Nobel de naïveté. Les libéraux n'ont jamais eu de religion énergétique — seule la diversification, l'ouverture aux marchés et la neutralité technologique fonctionnent. À 181 € le MWh, chaque ménage français paie désormais pour la préférence politique de ses gouvernants.
Sources : Selectra, Wattvalue, Optima Énergie
Le PIB chinois a progressé de 5 % au premier trimestre 2026, dépassant les 4,8 % anticipés par le consensus. Pékin triomphe : le pays résiste, dit la propagande, à la guerre au Moyen-Orient et aux droits de douane américains. L'examen des sous-jacents est beaucoup moins glorieux. Les ventes au détail n'ont progressé que de 1,7 % en mars sur un an, en décélération marquée. La moitié de la croissance provient des exportations et de l'industrie manufacturière — dopées par les commandes de précaution anti-tarifs — et non d'une demande intérieure qui s'étiole depuis la crise immobilière Evergrande.
Il y a dans cette économie chinoise de 2026 le spectacle paradoxal d'un régime qui ne tient plus debout que par ce qu'il prétend combattre : le libre-échange mondial et la consommation occidentale. L'image du consommateur chinois qui relaierait, par l'ampleur de son marché intérieur, la stagnation japonaise ou européenne, est définitivement enterrée. Reste ce que Pékin sait faire : produire massivement et à bas prix pour le reste du monde. C'est précisément le modèle que le Parti avait pourtant juré d'abandonner en 2015. Dix ans plus tard, il n'a rien trouvé de mieux — et la contradiction centrale du socialisme de marché éclate chaque trimestre un peu plus au grand jour.
Sources : Investing.com, Boursorama
« Si le despotisme venait à s'établir chez les nations démocratiques de nos jours, il aurait d'autres caractères : il serait plus étendu et plus doux, et il dégraderait les hommes sans les tourmenter. »
— Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome II (1840)