L'annonce par Téhéran de la réouverture du détroit d'Ormuz aux navires commerciaux a déclenché vendredi un soulagement boursier planétaire. Le CAC 40 s'est envolé de 1,97 % à 8 425,13 points. À New York, le S&P 500 a signé un nouveau record à 7 126,06 points (+1,20 %), le Nasdaq a pris 1,52 % — sa troisième séance consécutive en territoire inédit — et le Dow Jones a gagné 1,79 %.
Voilà une leçon d'économie politique en direct : quand les États cessent d'empêcher le commerce, les prix baissent et la richesse s'étend. Ormuz n'est pas seulement un détroit géographique ; c'est la veine jugulaire de près d'un tiers du pétrole mondial. Pendant près de cinquante jours, une poignée de dirigeants a pu mettre à l'arrêt le métabolisme économique de la planète. Que cette parenthèse se referme, et tout repart. Les marchés nous rappellent, plus efficacement qu'un manuel d'économie, que la paix est d'abord un fait marchand avant d'être un fait diplomatique.
Sources : BFM Bourse, Boursorama
Le baril de Brent a plongé à 91,87 dollars vendredi 17 avril, en baisse de 7,57 % sur la journée, alors que les opérateurs intégraient simultanément la réouverture d'Ormuz, l'engagement iranien à livrer du pétrole « gratuit » évoqué par Donald Trump, et l'hypothèse d'un accord intérimaire sur le nucléaire. Après avoir flirté avec les 120 dollars en pleine crise, la référence mondiale retombe à son plus bas depuis cinquante jours. Les analystes anticipent désormais un Brent autour de 85-90 dollars à l'horizon de l'été.
Huit dollars de moins par baril, c'est environ 0,4 point de PIB récupéré pour l'économie mondiale et un répit immédiat pour les automobilistes européens. Mais c'est aussi la démonstration que les prix de l'énergie ne sont pas fixés par les bureaux de Bruxelles ou les plans de « transition » : ils sont fixés par l'offre, la demande, et la géopolitique des vaisseaux-citernes. Qui se souvient, dans les ministères, que le mot « pétrole » vient du grec petra-elaion, « huile de pierre » ? Ce n'est pas une abstraction comptable, c'est une matière première qu'il faut extraire, transporter et raffiner — trois opérations que l'État ne sait pas organiser.
Sources : Trading Economics, L'Économiste Maghrébin
À l'occasion des réunions de printemps à Washington (13-18 avril), le FMI et la Banque mondiale ont lancé un sérieux avertissement : la dette publique mondiale s'approche des 100 % du PIB mondial, contre environ 80 % avant la pandémie. Le Japon dépasse 200 %, les États-Unis 125 %, la Chine pourrait doubler son ratio d'ici 2030. En parallèle, les Perspectives de l'économie mondiale (WEO) d'avril abaissent la croissance mondiale 2026 à 3,1 % (contre 3,4 % en janvier) et relèvent l'inflation mondiale à 4,4 %.
La dette publique est l'impôt que l'on fait payer à ses petits-enfants pour s'épargner, soi, la douleur des arbitrages budgétaires. Quand une dette dépasse la production annuelle d'un pays, celui-ci vit d'une fiction : la promesse que les créanciers continueront à croire que le débiteur pourra rembourser. David Hume l'avait prévu en 1752 : « Ou bien la nation doit détruire le crédit public, ou bien le crédit public détruira la nation. » À 100 % du PIB, le monde choisit collectivement de jouer la seconde hypothèse. Rappelons, à tout hasard, que la France était à 60 % en 2007 ; elle frôle aujourd'hui les 115 %.
Sources : FMI — WEO avril 2026, The Paris Times
Le Bureau national des statistiques chinois a annoncé jeudi un PIB en hausse de 5 % au premier trimestre 2026, soit 33 420 milliards de yuans (4 900 Md $). Le chiffre dépasse les attentes (4,8 %) et accélère de 0,5 point par rapport au quatrième trimestre 2025. La demande intérieure aurait contribué à plus de 80 % de la croissance ; les exportations, soutenues par la levée d'une partie des surtaxes américaines, ont été particulièrement dynamiques en janvier-février. Point noir : les ventes au détail n'ont progressé que de 1,7 % en mars (attendues à 2,4 %).
On observera avec humilité ce paradoxe : la puissance qui affiche encore officiellement le drapeau rouge accepte, en pratique, de laisser tourner plus vite que l'Europe la machine de la production et de l'échange. Non qu'il faille célébrer Pékin — la contrainte politique y reste lourde — mais les chiffres rappellent une vérité gênante : un pays de 1,4 milliard d'habitants qui relâche la pression réglementaire sur ses entreprises exportatrices produit mécaniquement plus qu'un continent de 450 millions d'âmes qui en rajoute à chaque directive. La « seconde mondialisation » libérale nous a fait gagner quarante ans de prospérité ; la démondialisation régulée nous coûtera au moins autant.
Sources : Investing.com, Boursorama
Le numéro un mondial du luxe a publié un chiffre d'affaires de 19,1 milliards d'euros au T1 2026, en recul de 6 % en données publiées mais en progression organique de 1 %. LVMH estime que la guerre au Moyen-Orient a pesé pour environ un point de croissance organique. L'Asie hors Japon progresse de 7 %, les États-Unis de 3 %, l'Europe recule de 3 % sous l'effet de la chute des flux touristiques. La division Montres & Joaillerie (+7 %) et les Vins & Spiritueux (+5 %) sauvent le trimestre. L'action, elle, a reculé de 28 % sur les trois premiers mois de 2026 — son pire début d'année en bourse.
Le luxe français a longtemps été présenté comme un actif quasi-défensif : une valeur-refuge patrimoniale. La réalité est plus brutale. Quand la demande chinoise faiblit ou que les touristes ne viennent plus flâner rue du Faubourg-Saint-Honoré, même Dior et Louis Vuitton vacillent. Que LVMH maintienne une croissance organique positive malgré un choc géopolitique majeur est la marque d'un modèle sain : marges élevées, marques fortes, désendettement. Rappelons aux fiscalistes qui rêvent d'« ISF sur les biens productifs » ou de taxer les holdings familiales que ces groupes sont précisément la colonne vertébrale de nos exportations. On ne tue pas la poule aux œufs d'or en période de choc énergétique.
Sources : Journal du Luxe, Journal de l'Économie
Selon les données des douanes, le déficit commercial français s'est creusé à 5,78 milliards d'euros en février 2026, après 2,01 milliards en janvier (révisé). En cause : une contraction de 2,3 % des exportations (à 52,01 Md €) et un gonflement de 4,6 % des importations (à 57,79 Md €). L'essentiel du trou vient des hydrocarbures (+0,8 Md €), des matériels de transport (+0,7 Md €) et des produits pharmaceutiques (+0,5 Md €). L'aéronautique recule de 0,3 Md € à l'export, l'électricité de 0,4 Md €.
Un commerce extérieur déficitaire, ce n'est pas un crime en soi — les États-Unis vivent ainsi depuis cinquante ans. Mais la structure de notre déficit raconte une France qui a cessé de produire ce qu'elle consomme : l'énergie, les médicaments, les véhicules. En 1999, la France était exportatrice nette d'électricité de plus de 70 TWh par an ; elle bascule aujourd'hui dans le rouge sur ce poste. Cela ne s'est pas produit « tout seul » : dix ans de fermeture de Fessenheim, de gel du programme EPR, de subventions distribuées à des filières non rentables. Chaque milliard de déficit énergétique est la facture d'un choix politique. Et le contribuable, lui, paie à la pompe et au supermarché.
Sources : Boursorama, Le Kiosque — Bercy
« Le commerce guérit des préjugés destructeurs ; et c'est presque une règle générale, que, partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et que partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces. »
— Montesquieu, De l'Esprit des lois, Livre XX, chapitre I (1748)