« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #220 · Mercredi 28 octobre 2026
Mercredi de la veille de la Fed : le CAC 40 gagne 0,51 % à 7 887 points sur le rebond des valeurs technologiques tandis que l'OAT reste à 4,90 %, Meta veut lever 95 milliards de dollars pour son calcul et Anthropic donne des revenus à l'appui, la Fed décide ce soir pendant que la BCE suivra jeudi, la France s'achemine vers un record d'environ 71 000 défaillances, Contrepoints juge le sursis de Moody's immérité avant S&P le 27 novembre, et le cumul emploi-retraite se resserre.

1
Paris frôle les 7 900 points, l'OAT campe à 4,90 %

Selon Zonebourse, le CAC 40 a terminé mardi en hausse de 0,5 % à 7 887,14 points, dans un climat d'apaisement sur le pétrole et les taux à la veille de la décision de la Fed. STMicroelectronics (+7,06 %), EssilorLuxottica (+3,89 %), ArcelorMittal (+3,26 %) et Schneider Electric (+2,97 %) mènent la hausse, tandis que Pernod Ricard (−1,92 %), L'Oréal (−1,40 %) et TotalEnergies (−1,00 %) reculent. D'après Boursorama, l'OAT à dix ans reste à 4,90 % contre 3,33 % pour le Bund, soit un écart de 157 points de base, et les taux élevés pèsent sur le financement des entreprises.

Le CAC 40 gagne un demi-point et l'on parle déjà de belle séance : quand l'emprunt de l'État à dix ans coûte 4,90 %, la moindre absence de mauvaise nouvelle devient un événement. Bastiat nous apprenait à regarder ce qu'on ne voit pas : ici, les investissements privés qui ne se font pas parce que l'État absorbe l'épargne.

Sources : Zonebourse (27 octobre 2026), Boursorama (27 octobre 2026). Chiffres de clôture du mardi 27 octobre.

2
IA : Meta veut lever 95 milliards, Anthropic fournit des justificatifs

D'après Boursorama, le secteur des semi-conducteurs, délaissé pendant plusieurs semaines, a été massivement racheté mardi : STMicro +7,06 % à Paris, Infineon +4,86 % et Siemens Energy +4,42 % à Francfort, BESI +11,41 % et ASML +2,8 % à Amsterdam. Le mouvement fait suite à l'annonce de Meta, qui veut lever 95 milliards de dollars pour financer sa puissance de calcul ; selon AlphaValue, cité par la source, « les chiffres d'Anthropic montrent qu'une partie de ces investissements en capital génère bel et bien des revenus ». BFM Bourse relie aussi la hausse des valeurs liées à l'IA au dépôt du dossier d'introduction en Bourse d'Anthropic.

Voilà le marché dans sa fonction la plus utile : il demande des comptes avant de financer. Personne n'a eu besoin d'un commissaire au plan pour exiger que les milliards d'investissement produisent des revenus ; les investisseurs s'en sont chargés, à leurs risques et périls, ce qui est exactement la différence avec l'argent public.

Sources : Boursorama (27 octobre 2026), BFM Bourse (27 octobre 2026). Le montant de la levée de Meta est rapporté par la source, sans autre précision sur les modalités.

3
Fed ce soir, BCE jeudi : le statu quo et l'ombre de décembre

Selon BFM Bourse, la réunion de deux jours de la Réserve fédérale a débuté mardi avec une décision attendue mercredi, un maintien des taux étant probable ; les analystes surveilleront surtout les commentaires sur une possible hausse en décembre, l'inflation restant au-dessus de l'objectif, et la BCE se réunit jeudi. Boursorama rapporte qu'ABN AMRO IS anticipe deux hausses de la Fed dans les six prochains mois, suivies d'une longue pause. Côté pétrole, les repères divergent selon les cotations : 113,82 dollars pour le Brent de décembre selon Zonebourse, 109,42 dollars pour le contrat de novembre selon BFM Bourse, au milieu de négociations visant à éviter une reprise du conflit entre les États-Unis et l'Iran. La confiance des consommateurs américains (Conference Board) a rebondi à 91,7 points en octobre.

Le monde entier attend qu'une douzaine de personnes décident du prix de l'argent, et l'on appelle cela de la politique monétaire. Hayek aurait souri : la connaissance dispersée de millions d'épargnants et d'emprunteurs ne tient pas dans une salle de comité, aussi bien chauffée soit-elle.

Sources : BFM Bourse (27 octobre 2026), Boursorama (27 octobre 2026), Zonebourse (27 octobre 2026). Anticipations d'analystes, non des décisions ; les niveaux du Brent dépendent du contrat et de l'heure de cotation.

4
Défaillances d'entreprises : vers un record en France

Toujours selon Boursorama, Allianz Trade anticipe des défaillances d'entreprises durablement supérieures aux niveaux d'avant la pandémie, la France pouvant atteindre un record d'environ 71 000 défaillances en 2026, soit +3 %. Le même article note que Société Générale (+1,22 %) s'est vu notifier par la BCE une exigence de fonds propres supplémentaire (P2R) de 2,37 % applicable au 1er janvier 2027, et qu'Orange a publié un chiffre d'affaires de 12,2 milliards d'euros au troisième trimestre (+3,6 %).

Une économie où l'on dépose le bilan à ce rythme, tout en payant l'État à près de 5 % sur dix ans, cumule les deux fardeaux : des charges qui étouffent les entreprises et une dette qui renchérit leur crédit. Schumpeter parlait de destruction créatrice ; encore faut-il que quelque chose se crée ensuite, ce que fiscalité et taux ne facilitent guère.

Sources : Boursorama (27 octobre 2026), citant Allianz Trade. Prévision d'assureur-crédit, non un constat définitif ; source secondaire, l'étude d'Allianz Trade n'ayant pu être consultée directement.

5
Moody's : un sursis « qu'elle n'a pas mérité »

Dans une analyse du 27 octobre, Yves Bourdillon (Contrepoints) rappelle que Moody's a maintenu la note Aa3 de la France sous perspective négative, alors que l'OAT à dix ans a touché 5,14 % le 22 octobre, son plus haut depuis 2002. Le même soir, l'Assemblée rejetait la première partie du budget de la Sécurité sociale par 115 voix contre une. Fitch et S&P classent la France en A+ depuis l'automne 2025, et S&P doit se prononcer le 27 novembre. L'auteur estime que le marché ne se fie plus aux agences, et qu'il a raison.

Il s'agit d'une tribune d'opinion, mais le constat est sans appel : un pays dont les créanciers exigent plus que l'Espagne ou le Portugal n'a pas besoin d'une agence pour savoir qu'il est sous surveillance. La note n'est qu'un thermomètre ; la fièvre, c'est le déficit.

Sources : Contrepoints (27 octobre 2026, analyse d'opinion). Les appréciations sur la notation sont celles de l'auteur.

6
Cumul emploi-retraite : l'État décourage encore le travail

Pour Virginie Calmels, présidente de Croissance Plus, dans une tribune publiée le 27 octobre par Contrepoints, la réforme du cumul emploi-retraite, applicable aux pensions liquidées dès le 1er janvier 2027, traite le travail des retraités comme une pratique négligeable et source d'abus. Le taux d'emploi des 60-64 ans est de 44,4 % en France (Dares) contre 55 % en moyenne dans l'UE ; entre 64 et 67 ans, la moitié des revenus au-delà de 7 000 euros par an serait amputée de la pension ; le gouvernement attend 1,9 milliard d'euros d'économies d'ici 2030. Une étude de Croissance Plus, qu'elle préside, évoque un bilan négatif dès 2030.

Voilà un pays qui manque de bras et de cotisants et qui taxe à la marge ceux qui voudraient continuer à travailler. Notons toutefois que l'étude citée émane de l'organisation que préside l'autrice : l'argument de fond, la liberté de cumuler, se défend sans elle.

Sources : Contrepoints (Virginie Calmels, 27 octobre 2026), tribune d'opinion s'appuyant sur la Dares et l'OCDE. L'étude de Croissance Plus est celle de l'organisation de l'autrice.

Le chiffre du jour
44,4 %
C'est le taux d'emploi des 60-64 ans en France, contre 55 % en moyenne dans l'Union européenne : un pays qui s'inquiète de ses retraites décourage ses seniors de travailler.
Source : Dares, citée par Contrepoints (Virginie Calmels, 27 octobre 2026).
La citation
« La démocratie donne toute sa valeur possible à chaque homme ; le socialisme fait de chaque homme un agent, un instrument, un chiffre. »
— Alexis de Tocqueville (1805-1859), Discours sur la question du droit au travail, 12 septembre 1848

Trois lectures pour aujourd'hui