La Lettre Libérale — Économie, liberté, lucidité

Édition #110 — Lundi 25 mai 2026
Sur les marchés à terme, le Brent a chuté dimanche soir de plus de 5 % pour s'enfoncer sous le seuil symbolique des 100 dollars le baril — autour de 98 dollars —, à mesure que Washington faisait état d'un accord imminent avec Téhéran et d'une réouverture prochaine du détroit d'Ormuz, Donald Trump prévenant toutefois qu'il ne « précipiterait » rien tant que le texte ne serait pas pleinement négocié ; à Londres, l'or a démenti une nouvelle fois sa réputation de valeur refuge en évoluant autour de 4 500 dollars l'once, en repli d'environ 14 % depuis le déclenchement du conflit iranien, le métal jaune pâtissant mécaniquement de la perspective de taux durablement élevés ; à Paris, le CAC 40 évolue autour de 8 115 points, les valeurs bancaires et le luxe tirant parti du reflux du brut tandis que l'indice PMI composite, effondré à 43,5 en mai, rappelle la fragilité structurelle de l'activité hexagonale ; à Munich, l'indice Ifo du climat des affaires a déjoué les pronostics en se redressant à 84,9 en mai contre 84,4 en avril, modeste éclaircie dans un ciel allemand assombri par le triple choc des droits de douane américains ; à Francfort, les opérateurs intègrent désormais deux relèvements de 25 points de base de la Banque centrale européenne — juin puis septembre — face à une inflation de la zone euro figée à 3 % ; à Bruxelles enfin, la Commission européenne projette un déficit public français porté à 5,7 % du PIB en 2027 et une dette franchissant 118 % du PIB, configuration où l'année présidentielle s'annonce comme l'exercice budgétaire de tous les périls. Wall Street, fermée ce lundi pour le Memorial Day, avait clôturé vendredi sur un huitième gain hebdomadaire consécutif du S&P 500.

1Pétrole : le Brent s'enfonce sous 100 dollars sur l'annonce d'un accord américano-iranien « imminent »

Le Brent a perdu jusqu'à 5,2 % dimanche soir pour tomber à 98,12 dollars le baril, le brut léger américain WTI évoluant pour sa part autour de 92 dollars, configuration où la perspective d'un accord entre Washington et Téhéran et d'une réouverture du détroit d'Ormuz constitue le marqueur le plus instructif observé sur les marchés énergétiques depuis l'éclatement du conflit de fin février. Fortune documente l'ampleur du repli : les cours ont décroché à mesure que les États-Unis et l'Iran se rapprochaient d'un accord, même si Donald Trump a précisé que le blocus américain du détroit demeurerait en vigueur jusqu'à la finalisation complète du texte. Axios rapporte la prudence présidentielle : sur les réseaux sociaux, Trump a indiqué qu'il ne « précipiterait » pas un accord « qui n'est même pas pleinement négocié », l'approbation finale pouvant prendre plusieurs jours, le sort du programme nucléaire iranien demeurant la principale inconnue. L'agence iranienne Tasnim a pour sa part averti que le projet d'accord pourrait encore s'effondrer, Téhéran reprochant à Washington de bloquer certaines clauses, dont le dégel d'avoirs iraniens. La séquence inscrit la détente des cours dans une configuration où la normalisation des flux maritimes demeure suspendue à la rigueur des concessions effectivement consenties.

La séquence mérite, par-delà la chronique des cotations, une lecture de fond. Le passage du Brent sous 100 dollars rappelle une vérité que les semaines de panique géopolitique avaient occultée : le prix d'une matière première n'est pas le décret d'une volonté politique mais l'agrégat mouvant de millions d'anticipations. Frédéric Bastiat, dans Ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas (1850), avait formulé la grille qui éclaire l'épisode : ce que l'on voit, c'est la prime de guerre que la peur ajoute au baril ; ce que l'on ne voit pas, c'est la masse d'arbitrages que le moindre signal de désescalade suffit à inverser. Le maintien du blocus d'Ormuz par Washington jusqu'à la signature n'est pas une concession à la rente iranienne mais l'inverse : la défense intransigeante de la liberté de navigation, condition sans laquelle aucun retour durable à l'équilibre des marchés n'est concevable. La conclusion pour l'observateur lucide est que la stabilisation des cours ne procédera pas de l'incantation diplomatique, mais du rétablissement effectif et vérifiable de la libre circulation maritime.

Sources : Fortune (Oil drops as U.S. says deal with Iran and Hormuz reopening is near), Axios (Oil prices fall after Trump indicates US-Iran deal possible)

2Or : la « valeur refuge » échoue au test de la guerre, en repli de 14 % depuis février

L'or a évolué vendredi au-dessus de 4 500 dollars l'once, mais demeure en repli d'environ 14 % depuis le déclenchement du conflit iranien le 27 février — configuration paradoxale où l'actif réputé refuge par excellence a déçu au moment précis où il aurait dû triompher, marqueur le plus contre-intuitif observé sur les marchés depuis le début de la crise. Newsweek décrypte le mécanisme : la guerre a renchéri le pétrole et ravivé la crainte d'une inflation durable, rendant les banques centrales plus enclines à maintenir des taux élevés plus longtemps — or des taux élevés rendent les obligations du Trésor et même le cash plus attrayants qu'un métal qui ne verse aucun revenu. Euronews confirme que la guerre a « réécrit le manuel des couvertures contre l'inflation », l'or ayant cédé 10 % depuis le lancement de l'opération Epic Fury. Trading Economics relève que la table de Goldman Sachs sur les matières premières table néanmoins sur un retour vers 5 400 dollars l'once d'ici la fin 2026, soutenu par les achats persistants des banques centrales. La séquence inscrit la déconvenue de l'or dans une configuration où la hiérarchie des actifs se recompose au gré de la trajectoire anticipée des taux réels.

La séquence offre une leçon précieuse sur la nature de la valeur. L'or ne protège pas mécaniquement de l'inflation : il protège de la défiance envers la monnaie, ce qui n'est pas la même chose. Lorsque l'inflation provient d'un choc d'offre que les banques centrales combattent par des taux élevés, le métal pâtit du coût d'opportunité de sa détention. Jacques Rueff, l'économiste libéral français défenseur de l'étalon-or, distinguait avec rigueur l'inflation monétaire — création de signes au-delà de la production — de la simple hausse des prix relatifs imposée par la rareté physique. La déconvenue actuelle de l'or signale précisément que les marchés croient encore à la résolution monétaire des banques centrales : tant que la Réserve fédérale et la BCE conservent leur crédibilité anti-inflationniste, l'or ne joue pas son rôle d'ultime recours. La conclusion pour l'observateur lucide est que la meilleure protection du patrimoine ne réside jamais dans un actif réputé magique, mais dans la discipline monétaire des institutions qui garantissent la valeur de la monnaie.

Sources : Newsweek (Why the Gold Price Is Falling During the Iran War), Euronews (Gold vs oil: which inflation hedge works in the Iran war?), Trading Economics (Gold price)

3CAC 40 : la Bourse de Paris profite du reflux du brut, banques et luxe en tête

Le CAC 40 évolue autour de 8 115 points en ce début de semaine, l'indice parisien ayant tiré parti du repli des cours du pétrole et de l'apaisement de l'aversion au risque, configuration où la respiration des marchés contraste singulièrement avec la dégradation persistante des fondamentaux de l'économie réelle française. Ideal Investisseur documente la rotation sectorielle : le recul du brut a stimulé les valeurs financières — BNP Paribas en hausse de 2,1 %, Société Générale bondissant de 4,5 % — tandis que le luxe progressait à mesure que se dissipait l'aversion au risque, LVMH gagnant 2,5 % et Kering 3,1 %. Trading Economics rappelle le contexte macroéconomique défavorable : l'indice PMI composite s'est effondré à 43,5 en mai contre 47,6 en avril, très en deçà des attentes, sous l'effet d'un recul plus marqué de l'activité des services et d'une nouvelle contraction manufacturière, dans un climat de pressions sur les coûts liées à la flambée énergétique. La séquence inscrit le rebond boursier dans une configuration où la valorisation des actions épouse davantage la psychologie de la désescalade que la trajectoire effective de l'activité.

La séquence illustre un divorce devenu familier entre la Bourse et l'économie réelle. Que les valeurs bancaires et le luxe progressent quand le PMI s'effondre n'est pas une anomalie : c'est le rappel que les indices reflètent les anticipations de profits mondialisés des grands groupes, non la santé du tissu productif national. Friedrich Hayek, dans son analyse du système de prix comme dispositif de coordination, rappelait que le marché agrège l'information dispersée des agents ; mais il n'a jamais prétendu que le cours d'une action mesurât le bien-être d'une nation. Le CAC 40 à 8 115 points et le PMI à 43,5 disent deux vérités complémentaires : la première, que le capital français sait s'extraire de son territoire ; la seconde, que ce territoire étouffe sous le poids de prélèvements et de normes qui n'épargnent que les entreprises assez grandes pour les contourner. La conclusion pour l'observateur lucide est que la prospérité d'un indice boursier ne saurait tenir lieu de politique économique.

Sources : Ideal Investisseur (Today's market news: CAC 40 movements), Trading Economics (Indice boursier français)

4Allemagne : l'indice Ifo déjoue les pronostics et se redresse à 84,9 en mai

L'indice Ifo du climat des affaires allemand s'est amélioré en mai 2026, passant de 84,4 à 84,9 points alors que les analystes anticipaient au contraire un recul à 84,2, configuration où la composante des perspectives progresse à 83,8 et la composante de la situation actuelle s'établit à 86,1 — modeste éclaircie dans un ciel conjoncturel pourtant durablement assombri. Boursedirect documente la surprise positive de cet indice, baromètre de référence de la confiance des chefs d'entreprise outre-Rhin, dont la résilience contraste avec la morosité des derniers mois. L'institut Ifo rappelle néanmoins l'analyse de fond : les droits de douane américains constituent un triple choc pour l'Allemagne — frein direct aux exportations vers les États-Unis, affaiblissement de la demande chinoise et intensification de la concurrence en Europe, Pékin cherchant de nouveaux débouchés. Après deux années de contraction, l'économie allemande est attendue en quasi-stagnation en 2025 avant un rebond espéré de 1,2 % en 2026. La séquence inscrit le redressement de l'Ifo dans une configuration où l'amélioration du moral des affaires précède, sans encore la garantir, celle de l'activité.

La séquence allemande offre un contrepoint instructif au cas français. L'Allemagne, frappée par un choc commercial autrement plus brutal — la fermeture relative du marché américain et l'offensive chinoise sur ses débouchés industriels —, voit pourtant le moral de ses entrepreneurs se redresser, là où la France s'enfonce. La différence ne tient pas à la chance mais à la structure : une économie qui a préservé sa compétitivité-coût et la flexibilité de son appareil productif encaisse les chocs exogènes avec une marge d'absorption que la France, lestée de ses prélèvements record, ne possède plus. Wilhelm Röpke, théoricien de l'économie sociale de marché et inspirateur du miracle allemand, rappelait que la prospérité naît moins de l'intervention de l'État que du cadre stable qu'il offre à l'initiative privée. La conclusion pour l'observateur lucide est que la résilience se construit en amont, par la qualité des institutions économiques — et que l'Ifo à 84,9 récompense des choix structurels que la France n'a jamais consentis.

Sources : Boursedirect (Allemagne : hausse surprise de l'indice Ifo), Institut Ifo (Communiqués de presse)

5BCE : les marchés intègrent désormais deux hausses de taux, en juin puis en septembre

Les anticipations de marché cristallisent désormais autour de deux relèvements de 25 points de base de la Banque centrale européenne en 2026 — vraisemblablement en juin puis en septembre —, configuration où le taux de la facilité de dépôt, maintenu à 2,00 % depuis juin 2025, serait porté à 2,50 % d'ici l'automne face à une inflation de la zone euro figée à 3,0 % en avril. L'Économiste Maghrébin précise les anticipations : selon une enquête Bloomberg menée début mai, les analystes tablent désormais sur deux hausses, plusieurs membres du conseil des gouverneurs jugeant un relèvement en juin « quasi inévitable ». Euronews rappelle la position de fin avril : la BCE avait alors maintenu ses taux à l'unanimité, Christine Lagarde reconnaissant que des discussions sur un relèvement avaient eu lieu et avertissant que « l'accroissement des prix de l'énergie maintiendra l'inflation bien au-dessus de 2 % à court terme ». Raisin confirme la grille actuelle des taux directeurs : refinancement à 2,15 %, dépôt à 2,00 %, prêt marginal à 2,40 %. La séquence inscrit le tournant monétaire attendu dans une configuration où la fragilité de la croissance européenne complique singulièrement l'arbitrage de Francfort.

La séquence dévoile l'impasse classique d'une banque centrale sommée de resserrer quand l'activité fléchit déjà. L'inflation européenne est, pour l'essentiel, importée par le canal énergétique : l'instrument des taux ne corrige pas un choc d'offre, il ne fait que comprimer la demande et aggraver la récession qu'il prétend prévenir. Ludwig von Mises, dans L'Action humaine (1949), avait formulé l'avertissement décisif : il n'existe aucun moyen d'éviter l'effondrement final d'un boom provoqué par l'expansion du crédit, le seul choix résidant entre une crise précoce par abandon volontaire de l'inflation et une catastrophe ultérieure emportant le système monétaire. La BCE, qui a longtemps différé la rigueur, découvre aujourd'hui l'étroitesse du sentier. La conclusion pour l'observateur lucide est qu'aucun maniement des taux ne restaurera la stabilité des prix sans une discipline budgétaire concomitante des États membres — discipline dont l'absence persistante, la France en tête, demeure le principal facteur de fragilité de la zone euro.

Sources : L'Économiste Maghrébin (La BCE pourrait relever ses taux à deux reprises en 2026), Euronews (ECB holds rates as inflation rises), Raisin (Taux directeurs de la BCE)

6Finances publiques : Bruxelles projette un déficit français à 5,7 % du PIB en 2027 et une dette au-delà de 118 %

La Commission européenne projette une dégradation continue des finances publiques françaises : un déficit public maintenu à 5,1 % du PIB en 2026 puis porté à 5,7 % en 2027, et une dette au sens de Maastricht passant de 115,9 % en 2025 à 117,9 % en 2026 et 118,7 % en 2027 — configuration où l'année présidentielle s'annonce comme l'exercice budgétaire de tous les périls. La Commission européenne documente cette trajectoire ascendante, marqueur d'une dérive structurelle que les prévisions officielles peinent à infléchir. La Fondation IFRAP rappelle l'alourdissement vertigineux de la charge de la dette, qui passerait de 59,4 milliards d'euros en 2026 à 69,0 milliards en 2027 — premier poste budgétaire de l'État, devant l'Éducation nationale. L'IFRAP souligne que 2026 constitue une année record pour les émissions de dette française, l'Agence France Trésor devant lever un montant sans précédent pour refinancer les échéances et couvrir le déficit courant. La séquence inscrit le dérapage budgétaire français dans une configuration où l'imprévoyance accumulée se paie désormais en charge d'intérêts croissante.

La séquence dévoile, par-delà la querelle des décimales, une vérité que la classe politique s'obstine à différer : une charge de la dette devenue le premier poste de l'État n'est pas une fatalité conjoncturelle, mais l'addition de décennies de déficits érigés en méthode de gouvernement. Chaque milliard consacré au service de la dette est un milliard soustrait à l'investissement productif, à la baisse des impôts ou simplement à la liberté des générations futures de décider de leurs propres dépenses. Adam Smith, dans la Richesse des nations (1776), avait formulé le principe d'airain : ce qui est prudence dans la conduite de chaque famille particulière ne saurait être folie dans celle d'un grand royaume, et l'État qui dépense au-delà de ses ressources prépare immanquablement à ses sujets le double châtiment de l'impôt futur et de la dépréciation monétaire. La conclusion pour l'observateur lucide est que la soutenabilité de la dette ne se décrète pas mais se construit par la discipline de la dépense — et que reporter l'effort sous le prétexte renouvelé du calendrier électoral ne fait qu'alourdir le fardeau légué.

Sources : Commission européenne (Economic forecast for France), Fondation IFRAP (Dette publique et ses charges : à quoi s'attendre d'ici 2027), Fondation IFRAP (2026, année record pour les émissions de dette)

Le chiffre du jour
98,12 $
Quatre-vingt-dix-huit dollars et douze cents : c'est le niveau auquel le baril de Brent est tombé dimanche soir, en repli de plus de 5 % sur la séance, repassant pour la première fois sous le seuil symbolique des 100 dollars depuis le début du printemps. Pour situer la donnée, il faut rappeler que le brut de référence européen avait flambé jusqu'à 119 dollars à la mi-mai, porté par la prime de guerre accumulée depuis le déclenchement du conflit iranien de fin février. Le reflux de plus de vingt dollars en dix jours mesure l'extraordinaire sensibilité des marchés énergétiques au moindre signal de désescalade diplomatique — ici l'annonce d'un accord américano-iranien « imminent » et d'une réouverture prochaine du détroit d'Ormuz. La leçon structurelle pour l'observateur lucide est que le prix du pétrole demeure, plus que tout autre, l'agrégat instantané d'anticipations géopolitiques volatiles : aucun décret, aucune incantation ne le fixe durablement, seul le rétablissement vérifiable de la libre circulation maritime peut ancrer une détente que la rumeur d'un échec des pourparlers suffirait à effacer en une séance.
La citation du jour
« L'inflation, c'est faire payer cent francs ce qui en vaut dix, non pas en élevant le prix de la chose que l'on vend, mais en abaissant la valeur de la monnaie avec laquelle on la paye. »
— Jacques Rueff, économiste libéral français et défenseur de l'étalon-or
Lectures recommandées