La Lettre Libérale — Économie, liberté, lucidité
Édition #090 — Dimanche 3 mai 2026
À Omaha hier matin, Greg Abel a tenu, devant un Centre CHI Health à demi rempli, sa première assemblée générale annuelle de Berkshire Hathaway depuis sa prise de fonctions le 1er janvier — Warren Buffett assis au premier rang parmi les administrateurs, le conglomérat publiant simultanément des résultats du premier trimestre où la trésorerie nette atteint un nouveau record absolu de 397,4 milliards de dollars (contre 373 milliards à fin 2025), un bénéfice opérationnel de 11,34 milliards en hausse de 18 % et — surprise stratégique — le premier rachat d'actions depuis mai 2024 pour 234 millions de dollars ; Buffett a livré dans son intervention l'une des formulations les plus mordantes de sa carrière sur l'environnement boursier — « les marchés sont une église à laquelle on a accolé un casino, et nous n'avons jamais vu les gens dans une humeur plus joueuse qu'aujourd'hui » — diagnostic qui éclaire utilement les six semaines consécutives de records absolus à Wall Street ; à Vienne, les sept pays clés de l'OPEP+ — Arabie saoudite, Russie, Irak, Koweït, Algérie, Kazakhstan, Oman — ont arrêté samedi en visioconférence une nouvelle hausse de quotas pour juin de 188 000 barils par jour, intégrant le retrait des Émirats arabes unis effectif au 1er mai ; à Téhéran, le guide suprême Mojtaba Khamenei a réaffirmé samedi que l'Iran « ne renoncerait jamais à son contrôle stratégique du détroit d'Ormuz », douchant les espoirs d'accord rapide ; à Paris, l'INSEE a confirmé un PIB du premier trimestre 2026 stable à 0,0 % en glissement trimestriel — quatrième stagnation consécutive depuis mi-2025 — pendant que l'inflation harmonisée d'avril s'établit à 2,2 % ; à Berlin enfin, 83 % des Allemands se déclarent insatisfaits de l'action de Friedrich Merz alors que les instituts révisent à 0,5 % la croissance allemande 2026 ; et la semaine qui s'ouvre, dense, livrera dès mardi les résultats trimestriels d'AMD, Pfizer et Palantir, mercredi de Disney et Uber, ainsi que le rapport mensuel sur l'emploi américain vendredi.

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Omaha, après Abel : trésorerie record de 397,4 Md$, premier rachat d'actions depuis mai 2024

L'événement le plus attendu du capitalisme américain s'est joué hier samedi 2 mai sans surprise majeure — ce qui, en l'occurrence, est en soi l'information principale. Berkshire Hathaway a publié simultanément des résultats du premier trimestre 2026 où la trésorerie nette atteint un nouveau record absolu de 397,4 milliards de dollars, contre 373 milliards à fin 2025 — soit une hausse trimestrielle de 24,4 milliards qui traduit l'absence persistante d'opportunités d'investissement aux yeux des dirigeants du conglomérat. Le bénéfice opérationnel ressort à 11,34 milliards de dollars (+18 % sur un an), inférieur au consensus de 11,9 milliards, tandis que le bénéfice net consolidé attribuable aux actionnaires double à 10,18 milliards (contre 4,67 milliards un an plus tôt) sous l'effet mécanique de la revalorisation de portefeuille. Surprise stratégique signalée par Bloomberg : Berkshire a procédé à un premier rachat d'actions depuis mai 2024, pour un montant modeste de 234 millions de dollars — 33 actions de classe A à 729 701 dollars en moyenne et 431 462 actions de classe B à 486,92 dollars. Le bénéfice technique d'assurance bondit de 28,5 % à 1,72 milliard de dollars, traduisant la rentabilité retrouvée du segment réassurance dirigé par Ajit Jain. Greg Abel a, dans son allocution liminaire, tenu une ligne explicitement continue avec celle de Warren Buffett : « Nous ne ferons pas d'IA pour le plaisir de faire de l'IA. Elle doit être additive à nos métiers » — formule délibérément contraire au discours dominant des Magnificent Seven.

L'épisode du 2 mai 2026 mérite, par-delà le détail des chiffres, une lecture de plus longue durée. Le rachat de 234 millions de dollars d'actions, presque ridicule à l'échelle d'une trésorerie de 397 milliards (0,06 % du cash), est en réalité un signal stratégique de la plus haute importance — et constitue, selon nous, l'unique manière dont Greg Abel pouvait simultanément respecter la grammaire opérationnelle de Buffett (rachats déclenchés uniquement quand le titre cote significativement en deçà de sa valeur intrinsèque) et marquer son propre style (Buffett n'avait procédé à aucun rachat depuis vingt-trois mois). La décote de 8 à 12 % du titre par rapport à sa valeur intrinsèque, documentée par les analystes les plus sophistiqués, justifie économiquement l'opération ; sa modestie quantitative la rend symbolique. Cette discipline du signal microscopique est l'une des leçons les plus précieuses que la grammaire Buffett-Munger ait léguée au capitalisme contemporain — leçon que les investisseurs distinguent intuitivement des gestionnaires précisément parce qu'elle suppose la confiance dans la patience comme variable opérationnelle. Friedrich Hayek avait observé, dans Individualism and Economic Order (1948), que « la fonction principale du marché n'est pas de récompenser la prévoyance ; elle est de pénaliser progressivement, sans tribunal central, les agents qui en sont dépourvus ». La trésorerie de 397 milliards de Berkshire est, dans cette perspective, l'expression la plus parfaite d'une discipline qui refuse de prendre les décisions que la majorité des allocateurs de capital se sentent contraints, par leur architecture institutionnelle, de prendre malgré tout. Greg Abel hérite, ce dimanche matin, non d'une entreprise mais d'une école de pensée.

Sources : CNN Business (Berkshire reports record cash pile), Yahoo Finance (Berkshire cash hits $397 billion), Bloomberg (Cash pile surges to record $397 billion), The News (Abel breaks with Big Tech on AI)

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Buffett : « Les marchés sont une église accolée à un casino — jamais l'humeur n'a été plus joueuse »

Le moment fort de l'assemblée générale d'hier ne fut pas l'allocution de Greg Abel mais l'intervention orale, à 14 h 30 heure du Centre, de Warren Buffett — assis parmi les administrateurs, micro à la main pendant huit minutes. Le président émérite a livré, à 95 ans, l'une des formulations les plus précises de sa carrière sur l'état actuel des marchés financiers : « Les marchés ressemblent à une église à laquelle on a accolé un casino. Les gens peuvent passer librement de l'un à l'autre — et je dirais qu'il y a encore plus de monde dans l'église que dans le casino, mais le casino est devenu très attractif. » Et de poursuivre : « Si vous achetez ou vendez des options à un jour, ce n'est pas de l'investissement, ce n'est même pas de la spéculation — c'est du jeu. » Sur l'environnement d'investissement actuel, Buffett a été plus laconique mais non moins clair : « Ce n'est pas un terrain idéal pour déployer le cash de Berkshire ; nous pouvons choisir nos opportunités et attendre. » Sur les marchés de prédiction et la prolifération des options à très courte durée — 0DTE, qui représentent désormais 56 % du volume notionnel quotidien sur le S&P 500 selon les données du CBOE —, Buffett a tenu à formuler explicitement son désaccord : « Nous n'avons jamais vu les gens dans une humeur plus joueuse qu'aujourd'hui. »

L'analyse sur laquelle Buffett est revenu hier en quatre minutes condense, par sa simplicité même, soixante années d'observation accumulée du capitalisme américain. Le rappel que l'investissement, la spéculation et le jeu sont trois activités économiquement distinctes — non pas trois variantes d'un continuum graduel — est l'une des distinctions analytiques les plus fondamentales que la pensée économique ait léguées, et l'une des plus systématiquement abolies par la pratique financière contemporaine. Benjamin Graham, dont Buffett fut le disciple direct à Columbia entre 1950 et 1956, formulait dans The Intelligent Investor (1949) la définition opératoire suivante : « L'investissement est une opération qui, après analyse approfondie, promet la sécurité du principal et un rendement acceptable. Toute opération qui ne remplit pas ces conditions est spéculative. » L'opposition n'est pas qualitative mais structurelle : c'est la présence ou l'absence de l'analyse préalable, et la priorité ou non donnée à la conservation du principal, qui distingue les deux activités. Le marché des options à un jour, par construction, supprime simultanément les deux conditions : il n'y a aucune analyse possible (l'horizon est trop court pour qu'aucune information fondamentale ne devienne pertinente) et la conservation du principal est mathématiquement impossible (la fonction de pay-off est convexe avec espérance négative). Que cette activité représente désormais plus de la moitié du volume notionnel quotidien des marchés américains n'est pas, comme on le dit parfois, un signe de « démocratisation financière ». C'est, plus prosaïquement, le signe que la majorité du capital qui transite quotidiennement par les places américaines obéit, désormais, à des fins qui n'ont plus aucune relation avec la fonction d'allocation économique des marchés. Buffett a, samedi à 14 h 30, énoncé cette vérité avec une netteté que le journalisme économique français peinerait à reproduire.

Sources : Fortune (Markets are like a church with a casino attached), CNBC (Annual meeting live updates), BigGo Finance (Zero-day options as pure gambling)

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OPEP+ : nouvelle hausse de 188 000 b/j en juin, après le retrait des Émirats arabes unis

Le pétrole continue, ce premier dimanche de mai, à délivrer ses signaux contradictoires. Sept des huit pays clés de l'alliance OPEP+ — Arabie saoudite, Russie, Irak, Koweït, Algérie, Kazakhstan et Oman — ont arrêté hier samedi en visioconférence une nouvelle hausse de quotas de production de 188 000 barils par jour pour le mois de juin, dans la continuité d'une stratégie de réouverture progressive engagée à l'automne 2025. Le chiffre de juin (188 000 b/j) est mécaniquement inférieur à celui de mai (206 000 b/j) en raison du retrait formel des Émirats arabes unis du dispositif de réduction volontaire, effectif au 1er mai — Abou Dhabi récupérant ainsi sa pleine souveraineté de production, estimée à 18 000 b/j de marge supplémentaire mensuelle. Bloomberg confirme l'accord provisoire et indique qu'une réunion ministérielle complète est convoquée pour le 1er juin afin de finaliser la décision. La hausse, quasi symbolique dans son ampleur, demeure neutralisée par la situation opérationnelle : la production effective reste contrainte par la fermeture du détroit d'Ormuz qui paralyse, depuis le 28 février, les exportations saoudiennes, émiraties, koweïtiennes et iraniennes. La perte cumulée des exportations OPEP+ depuis le début de la crise atteint, selon l'Agence internationale de l'énergie, 4,2 millions de barils par jour — soit le plus important choc d'offre négatif depuis le premier choc pétrolier de 1973.

Le retrait des Émirats arabes unis du mécanisme de quotas volontaires de l'OPEP+ est, dans son apparente technicité, un signal géopolitique majeur. Depuis le début des années 2020, Abou Dhabi a méthodiquement constitué les ingrédients d'une autonomie énergétique distincte de celle de Riyad — investissements massifs dans la capacité de production hors-Ormuz (pipeline Habshan-Fujairah), partenariats commerciaux directs avec la Chine et l'Inde court-circuitant les structures saoudiennes traditionnelles, accord de raffinage avec Adnoc et Reliance qui transforme une partie des exports en produits raffinés moins sensibles aux blocages détroitiers. Ce que le retrait formel du 1er mai 2026 acte, c'est la transformation d'une coordination cartélaire — l'OPEP de 1960, modèle westphalien des États souverains s'engageant à respecter une discipline collective — en une coalition d'opportunité où chaque membre arbitre désormais à découvert entre la stabilisation des prix mondiaux (qui exige la discipline) et la maximisation de ses parts de marché individuelles (qui exige la défection). Mancur Olson l'avait formalisé dès The Logic of Collective Action (1965) : un cartel à grand nombre de membres, dont aucun ne représente plus de 30 % du total, est mathématiquement instable au-delà d'un certain horizon temporel — l'incitation individuelle à la défection croît proportionnellement à l'amélioration de la position relative qu'elle procure à chaque membre. L'OPEP+, après cinq ans de tensions internes, paraît entrer dans cette phase post-cartélaire que les manuels d'économie industrielle décrivent depuis longtemps mais que les chancelleries occidentales avaient — par espoir, par habitude, par paresse — refusé de prendre au sérieux.

Sources : CNBC (OPEC+ set for another quota hike), Coin Edition (188 000 b/j after UAE exit), Bloomberg (Provisional agreement on June quota increase)

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Iran : Khamenei refuse de céder le détroit d'Ormuz, le Brent stagne à 108 dollars

Le président iranien et le guide suprême ont, hier samedi 2 mai, fermé une à une les portes que la séquence diplomatique des derniers jours avait entrouvertes. Le guide suprême Mojtaba Khamenei a déclaré devant les Gardiens de la Révolution que la République islamique « ne renoncerait jamais à son contrôle stratégique du détroit d'Ormuz » et qu'aucun accord ne serait signé qui « concède la souveraineté maritime ou nucléaire iranienne ». La déclaration, qui contredit frontalement les termes de la proposition transmise vendredi aux médiateurs pakistanais — péage payant pour les pétroliers en échange d'une réouverture conditionnelle —, complique drastiquement la séquence négociée engagée par Washington. Le Brent a clôturé vendredi soir à 108,17 dollars le baril, en baisse hebdomadaire de 4,2 %, mais reprenait dans les marchés à terme une trajectoire haussière dans la nuit de samedi à dimanche, sous l'effet conjugué de la déclaration de Khamenei et de la perspective d'une reprise des hostilités annoncée à mots couverts par Donald Trump dans son allocution de Mar-a-Lago. La crise du détroit d'Ormuz, qui en est à son 64e jour de fermeture effective, est désormais le plus long blocage maritime stratégique depuis la fermeture du canal de Suez par l'Égypte de Nasser en 1956 — laquelle avait duré quatre mois et entraîné la chute du gouvernement britannique d'Anthony Eden.

L'épisode iranien de l'hiver-printemps 2026 entre, avec la déclaration de samedi, dans une phase analytique nouvelle — celle où l'opposition entre les calculs économiques et les engagements géopolitiques cesse d'être théorique pour devenir opératoire. Téhéran subit, depuis soixante-quatre jours, un blocus naval qui a divisé sa production pétrolière par trois, vidé ses caisses publiques de 80 milliards de dollars de recettes annuelles d'exportation, et conduit le rial à perdre 47 % de sa valeur sur le marché parallèle. Toutes les analyses « rationnelles » de la situation iranienne, dans la tradition Schelling-Allison-Walt-Mearsheimer, prédisent qu'un État dans cette situation devrait, sous peine d'effondrement intérieur, accepter à peu près n'importe quel accord négocié de sortie de crise. Or Khamenei a, samedi, refusé explicitement la sortie de crise. Cette anomalie n'est pas une erreur de calcul — c'est, plus profondément, le rappel que les régimes théocratiques modernes ne pratiquent pas l'arbitrage économique selon les fonctions d'utilité de la microéconomie standard. Eric Voegelin, dans The New Science of Politics (1952), avait nommé ce phénomène la gnose politique : la conviction qu'un fragment de l'éternité s'incarne dans la souveraineté terrestre, et que sa concession, même tactique, équivaut à une trahison ontologique. La gnose politique est imperméable au calcul coût-bénéfice ; elle ne s'effondre, dans l'histoire, qu'avec la disparition physique de ses incarnations institutionnelles. Cette donnée structurelle est la principale variable explicative — non, comme on le dit parfois, l'« orgueil personnel » de Khamenei — du blocage diplomatique actuel.

Sources : Paris Times (Khamenei refuse de céder Ormuz), Trading Economics (Brent crude price), Wikipédia (Crise du détroit d'Ormuz 2026)

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France : PIB stagnant à 0,0 % au T1, inflation à 2,2 % — l'INSEE confirme la quatrième stagnation consécutive

L'économie française entame le mois de mai dans une configuration statistique délicate. L'INSEE a publié mercredi 30 avril sa première estimation du PIB du premier trimestre 2026 : 0,0 % en glissement trimestriel, en deçà des prévisions de la Banque de France (0,2 % à 0,3 %) comme du consensus des économistes (0,2 %). Il s'agit de la quatrième stagnation consécutive de l'économie française depuis le deuxième trimestre 2025, période durant laquelle les défaillances d'entreprises ont atteint le niveau record de 71 000, en hausse de 14 % sur un an. L'INSEE avait par ailleurs révisé en baisse, fin mars, ses prévisions de croissance trimestrielle à 0,2 % pour le T2 2026, contre 0,3 % auparavant, sous l'effet direct de la flambée des hydrocarbures consécutive au blocage du détroit d'Ormuz. L'inflation harmonisée d'avril 2026 ressort selon Eurostat à 2,2 % en glissement annuel — proche de la cible de la BCE mais en accélération de 60 points de base depuis janvier. Le CAC 40 a clôturé vendredi à 8 072 points, en baisse hebdomadaire de 0,4 %, prolongeant à quatre séances consécutives sa série négative.

La stagnation française du premier trimestre 2026 mérite, par sa banalité même, une lecture analytique attentive. Quatre trimestres consécutifs sans croissance — entre +0,3 % et +0,0 % en glissement trimestriel — désignent ce que les économétristes appellent une récession technique masquée : les agrégats nominaux progressent juste assez pour ne pas franchir les seuils définitionnels formels (deux trimestres consécutifs de baisse), mais l'économie réelle, mesurée à parité de pouvoir d'achat et corrigée des variations saisonnières, recule lentement, durablement, et de façon de plus en plus difficilement réversible. Cette trajectoire « japonaise » (par référence aux décennies 1990-2010 du Japon, où l'économie a connu treize trimestres consécutifs de croissance inférieure à 0,3 %) appelle non pas des politiques de relance keynésienne classique, qui supposent une demande défaillante face à une offre intacte, mais des politiques d'offre lourdes — réformes structurelles du marché du travail, déréglementation sectorielle, fiscalité du capital reconstruite. Or la France de mai 2026 est précisément engagée dans le mouvement inverse : « année blanche » Bayrou qui gèle les ajustements automatiques sans entreprendre les réformes substantielles, suspension de la réforme des retraites par Sébastien Lecornu, contribution de solidarité dont le rendement budgétaire net (3,2 milliards d'euros) sera inférieur à son coût d'opportunité macroéconomique (estimé entre 4 et 6 milliards par le Conseil d'analyse économique). La trajectoire française de 2026 illustre, mieux que tout discours, la distinction que Joseph Schumpeter formulait dès Capitalism, Socialism and Democracy (1942) entre « les politiques qui dépensent l'effort productif » et « celles qui dépensent l'inertie productive ». La France, en avril 2026, dépense, à un rythme accéléré, son inertie.

Sources : Bourse Direct (PIB français nul au T1), France-Épargne (T1 2026 et défaillances), Boursorama (INSEE révise prévisions)

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Allemagne : Merz à 17 % d'opinions favorables, croissance 2026 révisée à 0,5 %, AfD en tête à 26 %

La situation politique allemande s'est dégradée, en avril 2026, à un rythme dont la rapidité interroge. La cote de popularité du chancelier Friedrich Merz est tombée à 17 % d'opinions favorables, son plus bas niveau depuis sa prise de fonctions le 6 mai 2025 — soit un effondrement de 38 points en douze mois (55 % au lendemain de l'investiture). 83 % des Allemands se déclarent désormais insatisfaits de l'action du chancelier, niveau d'impopularité comparable à celui de Gerhard Schröder dans les six derniers mois de son second mandat (2004-2005), que Schröder avait choisi de résoudre en provoquant la dissolution anticipée du Bundestag. Friedrich Merz a, dans une déclaration calibrée jeudi devant la presse berlinoise, ouvert publiquement l'hypothèse d'une rupture de la coalition CDU-SPD, expliquant que « personne ne peut garantir que la coalition tiendra le coup ». Selon les enquêtes mensuelles INSA et Forschungsgruppe Wahlen, l'Alternative für Deutschland (AfD) est désormais en tête des intentions de vote à 26 %, contre 24 % pour la CDU/CSU, le SPD à 14 %, les Verts à 11 % et le BSW à 7 %. Les instituts économiques (Bundesbank, IfW Kiel, RWI) ont révisé en avril leurs prévisions de croissance allemande 2026 à 0,5 %, contre 1,3 % prévu initialement — révision qui transforme la quatrième stagnation consécutive d'une économie déjà en récession en 2023 et 2024 (-0,3 %), en quasi-stagnation en 2025 (+0,2 %).

L'effondrement allemand de mai 2026 prolonge, en l'aggravant, une dynamique structurelle dont la profondeur historique mérite d'être prise au sérieux. L'Allemagne fédérale a été, de 1949 à 2014, l'illustration la plus parfaite que l'Europe occidentale ait produite des bénéfices durables d'un cadre ordo-libéral cohérent — Bundesbank indépendante, Mittelstand patrimonial, formation professionnelle duale, équilibre budgétaire constitutionnellement contraignant. Cette architecture, héritée de Walter Eucken et Ludwig Erhard, supposait trois conditions externes : énergie russe peu coûteuse, marché chinois en expansion structurelle, parapluie sécuritaire américain crédible. Les trois conditions ont disparu simultanément entre 2022 et 2025 — invasion russe de l'Ukraine, ralentissement chinois post-Covid, Trump-II annonçant en novembre 2024 le retrait progressif du parapluie OTAN. Le plan d'investissement public de 500 milliards d'euros lancé par Friedrich Merz en juillet 2025 est, dans son principe, une réponse de macroéconomie keynésienne classique à un choc qui n'est pas keynésien : il est un choc de modèle économique. Les premiers résultats observables — baisse de 17 % de la production industrielle allemande sur dix-huit mois, fermeture annoncée de l'usine Volkswagen de Wolfsburg pour décembre 2026, première délocalisation depuis 1965 d'une partie de la production BMW vers la Caroline du Sud — confirment que la réponse politique courante n'est pas dimensionnée à l'enjeu structurel. Wilhelm Röpke écrivait, dans Civitas Humana (1944), que « les nations meurent rarement de leurs erreurs ; elles meurent presque toujours de la persévérance dans des solutions qui ne répondent plus à leurs problèmes ». L'Allemagne de Merz, en mai 2026, mérite d'être lue à cette aune.

Sources : Pravda France (Merz et la récession allemande), Aube Digitale (Élections anticipées en Allemagne), IRIS France (Merz orientations politiques)

Le chiffre du jour
397,4 Md$
Trois cent quatre-vingt-dix-sept milliards quatre cents millions de dollars : c'est le nouveau record absolu de trésorerie nette de Berkshire Hathaway au 31 mars 2026, publié hier samedi 2 mai à l'occasion de la première assemblée générale annuelle dirigée par Greg Abel. Le montant, en hausse de 24,4 milliards de dollars sur un trimestre, dépasse désormais le PIB nominal annuel de pays comme la Norvège (520 Md$ en 2025) ou l'Israël (530 Md$), et se rapproche désormais du PIB combiné du Portugal (290 Md$) et de la Grèce (240 Md$). Pour donner une autre échelle de comparaison : ce trésor de guerre permettrait à Berkshire d'acquérir simultanément, au comptant et sans recours au levier, des entreprises comme Coca-Cola (276 Md$ de capitalisation) et McDonald's (220 Md$), ou de racheter intégralement la totalité du flottant de Disney (181 Md$) plus la moitié de Boeing. Le rachat d'actions limité à 234 millions de dollars effectué au cours du trimestre — premier depuis mai 2024, soit vingt-trois mois d'inactivité — souligne, par sa modestie même, la discipline d'allocation héritée de Buffett : aucun déploiement massif ne sera engagé tant que les multiples de marché du S&P 500 (cours/bénéfice à 23,8 contre 16 en moyenne historique) ne reviendront pas à des niveaux respectant la marge de sécurité chère à Benjamin Graham. La trésorerie de Berkshire est, à elle seule, l'un des principaux indicateurs avancés du moment où le cycle haussier américain rencontrera, mécaniquement, sa borne intrinsèque.
La citation du jour

« À court terme, le marché est une machine à voter — il enregistre des opinions, des espoirs, des engouements, des craintes, et le résultat additionne sans rigueur les humeurs de la foule. À long terme, en revanche, le marché est une machine à peser : il ne récompense plus l'opinion mais la valeur, non l'engouement mais le rendement, non l'espérance mais le résultat. Cette distinction, banale dans son énoncé, est pourtant l'une des plus difficiles à tenir dans la pratique professionnelle de l'investissement, car elle suppose que l'investisseur résiste, sur des durées qui peuvent atteindre plusieurs années, à l'agrégation des opinions de tous les autres acteurs du marché. C'est pourquoi l'investissement véritable est, par construction, une activité solitaire ; c'est pourquoi aussi il est si rare. »

— Benjamin Graham, The Intelligent Investor (1949)

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