Tesla a publié hier soir après clôture son trimestre le plus scruté de l'année. Le constructeur a dévoilé un bénéfice par action de 41 cents, au-dessus des 37 cents attendus, pour un chiffre d'affaires de 22,39 milliards de dollars — en progression de 16 % sur un an mais en deçà du consensus de 22,64 milliards. La marge brute bondit à 21,1 %, en hausse de 478 points de base, dopée par des « bénéfices exceptionnels » liés aux tarifs douaniers et aux garanties automobiles. Les livraisons s'établissent à 358 023 véhicules, en progression de 6 % mais loin des 372 160 attendus. Surtout, Elon Musk a reconnu lors de la conférence que le Hardware 3 « n'a tout simplement pas la capacité » de supporter une conduite entièrement autonome et a repoussé le déploiement significatif du FSD non supervisé au quatrième trimestre, avec des revenus robotaxi qui « ne seront pas particulièrement matériels cette année ». L'enveloppe d'investissement est relevée à 25 milliards de dollars en 2026, contre 20 milliards annoncés il y a trois mois. Le titre a reculé de 0,3 % en séance after-hours.
Ce trimestre est l'épitaphe polie d'une promesse. Pendant trois ans, Tesla a construit sa valorisation sur la thèse que le véhicule autonome était pour demain et le robotaxi pour après-demain. On apprend ce matin que « demain » s'appelle désormais fin 2026, et qu'il faudra du hardware neuf pour y parvenir. Entre-temps, la valeur d'entreprise continue de se financer à 30 fois les bénéfices attendus — un multiple qui ne peut se défendre que par l'IA et la robotique, c'est-à-dire par deux marchés où Tesla n'a ni avantage établi, ni chiffre d'affaires significatif, ni client externe. Hayek expliquait que « la prétention à connaître le détail du futur est la plus fatale des présomptions ». Musk a cédé cette présomption à ses actionnaires pour qu'ils en fassent leur raison d'espérer — et voilà que l'ingénieur lui-même avoue que la route est plus longue que le récit. Le marché a pris la nouvelle avec civilité, parce qu'il a déjà fait son deuil du robotaxi à court terme. Reste à savoir combien de fois il pardonnera encore.
Sources : CNBC, Electrek, Stocktwits
L'ultimatum a expiré, mais la guerre n'a pas repris. Donald Trump a annoncé mardi qu'il prolongeait sine die le cessez-le-feu avec l'Iran « jusqu'à ce que ses dirigeants présentent une proposition unifiée », renonçant à la date butoir du 22 avril qu'il avait lui-même fixée. Le blocus naval des ports iraniens et la présence militaire américaine au Moyen-Orient sont, eux, maintenus. En face, le président du parlement iranien Mohammad-Bagher Ghalibaf a fermement écarté toute participation aux pourparlers « sous l'ombre des menaces », et l'agence Tasnim a confirmé que la délégation iranienne ne se rendra pas aux réunions d'Islamabad. Le Brent, qui avait flirté avec les 100 dollars le baril, reste dans une fourchette de 95 à 100 dollars, les marchés ayant désormais intégré que l'incertitude est le nouveau régime permanent.
Cette négociation de l'impossible présente un intérêt doctrinal : elle démontre qu'une diplomatie d'intimidation ne produit jamais que de la paralysie mutuelle. Chaque camp campe sur ses positions parce que céder reviendrait à valider la méthode de l'autre. Trump ne peut ni reprendre la guerre (il est venu pour l'arrêter) ni lever le blocus (ce serait avouer que l'ultimatum était théâtre). Téhéran ne peut ni céder (le régime y perdrait ce qui lui reste de crédit intérieur) ni provoquer (il ne peut pas gagner militairement). Montesquieu notait dans De l'esprit des lois que « le commerce guérit des préjugés destructeurs ; c'est presque une règle générale que, partout où il y a des mœurs douces, il y a du commerce ; et partout où il y a du commerce, il y a des mœurs douces ». Le corollaire est aussi vrai : là où le commerce est interrompu, les mœurs se durcissent. Vingt mille marins sont bloqués dans le golfe ; voilà le nouveau régime normal. Les marchés n'attendent plus l'accord. Ils s'adaptent à son absence.
Sources : CNBC, Washington Post, Prix du baril
L'Office for National Statistics a publié hier ses chiffres d'inflation de mars. Le taux annuel grimpe à 3,3 %, contre 3,0 % en février, soit sa plus forte accélération mensuelle depuis janvier 2023. Le coupable est identifié : la division transports a bondi de 4,7 % sur un an, son plus haut niveau depuis décembre 2022, sous l'effet direct du prix des carburants. Le logement et les services domestiques contribuent pour 0,67 point de pourcentage à l'indice CPI, et l'indicateur CPIH s'est rehaussé de 0,6 % sur un seul mois, quand il n'avait progressé que de 0,3 % à la même période l'année précédente. L'objectif des 2 % s'éloigne désormais à l'horizon 2027.
L'inflation britannique fournit le cas d'école contemporain : quand le choc est exogène, la politique monétaire ne peut que choisir qui fera les frais — soit les débiteurs, soit les épargnants, soit la croissance elle-même. La Banque d'Angleterre a déjà abaissé trois fois son taux directeur depuis le début de l'année 2025. Qu'elle durcisse désormais, et elle crucifie un marché immobilier convalescent ; qu'elle attende, et elle laisse l'inflation grignoter les salaires réels de ceux qui ne peuvent indexer. Milton Friedman résumait l'affaire en une phrase lapidaire : « L'inflation est une forme de taxation qui peut être imposée sans législation. » C'est précisément ce qui se passe : l'État britannique encaisse mécaniquement des recettes supplémentaires à fiscalité constante, pendant que le contribuable paie par la baisse de son pouvoir d'achat réel. Aucune loi n'a été votée, aucun débat parlementaire n'a eu lieu — la taxe s'applique à tous, tous les jours, à chaque passage en caisse.
Sources : ONS (mars 2026), ONS (release)
Le HCOB Flash Eurozone Composite PMI d'avril 2026 est tombé à 50,1, à peine au-dessus de la ligne de flottaison des 50, signalant un quasi-arrêt de l'activité privée en zone euro. Plus inquiétant encore, le PMI des services tombe à 49,7, mettant fin à quatorze mois consécutifs de croissance. L'industrie manufacturière affiche une résilience relative, portée par les commandes de défense et la reconstitution des stocks. L'indice de confiance des consommateurs publié hier à 16 heures par la Commission européenne a également reculé, prolongeant la dégradation des −16,3 points de mars. À Paris, Francfort et Madrid, les bourses ont clôturé en repli hier — le CAC 40 cédant 0,96 % à 8 156,43 points, plombé par Bureau Veritas et Eurofins.
La zone euro se retrouve dans la situation qu'aucun banquier central ne veut affronter : une inflation persistante au-dessus de la cible, une activité qui s'essouffle, et un consommateur qui se replie. C'est le trilemme classique de la politique monétaire, que Hayek appelait « la grande illusion des planificateurs ». La BCE se réunit la semaine prochaine, et Christine Lagarde défendra inévitablement le « data-dependent approach » qui est devenu sa formule passe-partout. Mais les données, justement, disent des choses contradictoires : il faut baisser les taux pour soutenir l'activité, il faut les remonter pour contenir l'inflation, il faut les maintenir pour ne pas effrayer les marchés obligataires. Aucune de ces trois options n'est bonne — ce qui est précisément le signe que le problème n'est pas monétaire, mais structurel. Aucune banque centrale ne sait produire du pétrole, ni du gaz, ni de la productivité. Elle ne peut que distribuer la douleur.
Sources : S&P Global Flash PMI, France Épargne, Eurostat, MoneyVox
Le rapport annuel sur les finances publiques publié cette semaine par Pierre Moscovici et Carine Camby dresse un constat que Bercy voudrait bien atténuer. L'objectif gouvernemental d'un déficit à 5,0 % du PIB en 2026 — déjà assoupli par rapport aux engagements européens (4,6 %) — repose sur une trajectoire que la Cour juge « insuffisante ». « Avec une réduction de 0,4 point par an, la France ne reviendra pas sous les 3 % de déficit avant 2032, et non pas en 2029 », a déclaré Carine Camby. La composition même de l'effort inquiète : 12 milliards de hausses de prélèvements, 11 milliards d'économies de dépenses, mais 9 milliards supplémentaires avalés par le service de la dette, qui passe de 65 milliards d'euros en 2025 à 74 milliards en 2026. La dette publique atteindra 118,6 % du PIB fin 2026.
74 milliards d'euros de charge de la dette : c'est désormais le deuxième poste du budget de l'État, devant la Défense, devant l'Enseignement supérieur, et presque à parité avec l'Éducation nationale. Autrement dit, un professeur sur deux travaille, métaphoriquement, pour rembourser les créanciers souverains. Cette charge croît par effet de stock (la dette accumulée) et par effet de flux (les taux qui se renchérissent) — et c'est l'effet de flux qui est inquiétant, parce qu'il se répercute année après année sur les nouvelles émissions. Tocqueville, observant la monarchie de Juillet, écrivait que « les dettes s'imposent aux peuples comme un destin ». Il faudrait ajouter : aux peuples qui ont cessé de compter. Le libéralisme budgétaire n'est pas une doctrine de rigueur, c'est une doctrine d'honnêteté : on ne peut durablement dépenser ce qu'on n'a pas, sauf à le prendre aux générations qui viennent. Et ces dernières, par définition, ne votent pas. Ce qui explique pourquoi le problème persiste.
Sources : Public Sénat, Weka, Cour des comptes
L'Insee livre ce jeudi matin à 8 h 45 sa salve mensuelle d'enquêtes de conjoncture. L'indicateur synthétique du climat des affaires s'établissait à 94 en mars 2026, soit six points sous sa moyenne de long terme, et les services étaient bloqués à 96, en deçà de leur normale depuis novembre 2024. À 9 h 15, les PMI flash français compléteront le tableau, suivis par les homologues allemand (9 h 30) et zone euro (10 h). Outre-Atlantique, les inscriptions hebdomadaires au chômage et l'indice Chicago Fed seront publiés à 14 h 30, puis les PMI flash américains à 15 h 45. Le tout à six jours de la réunion de politique monétaire de la BCE (29-30 avril), pour laquelle les marchés pricent désormais un statu quo à 78 % et une option de hausse surprise à 22 %.
Ce déluge d'indicateurs produit moins d'information que d'agitation. Chaque mois, les mêmes observateurs commentent les mêmes variations de deux dixièmes de points autour d'une moyenne qui ne bouge quasiment pas. Le climat des affaires français oscille depuis vingt-quatre mois entre 93 et 97 — c'est-à-dire entre « mauvais » et « un peu moins mauvais ». La vraie donnée est ailleurs : elle tient dans la trajectoire de productivité, dans le taux d'investissement des entreprises, dans le coût du travail, dans le poids réel des normes. Ces variables-là bougent, elles, lentement — et elles bougent dans le mauvais sens. L'économiste Jean Fourastié observait qu'« il y a trois vitesses : celle de l'esprit qui raisonne, celle du marché qui ajuste, et celle du politique qui décide. La seconde est la plus rapide, et la troisième est lente comme une tectonique ». La France vit dans cet entre-deux : son marché sait ce qu'il faudrait faire, sa politique ne peut pas le décider, ses indicateurs confirment l'impasse tous les vingt-huit jours.
Sources : Insee (climat des affaires), Boursedirect (agenda macro), Rankia (BCE)
« L'inflation est une forme de taxation qui peut être imposée sans législation. »
— Milton Friedman, Monetary Correction (1974)