Selon Zonebourse (Reuters), le rendement de la dette française à dix ans a atteint 5 % mercredi, un niveau inédit depuis juillet 2002, le 30 ans s'affichant à 5,53 %. BFM Bourse relève que l'écart avec le Bund a atteint 153 points de base mardi, Patrick Barbe (Neuberger Europe) y voyant moins un afflux de vendeurs qu'un manque d'acheteurs. L'État prévoit 340 milliards d'euros d'émissions à moyen et long terme en 2027, contre 310 en 2026, et la charge de la dette est revue en hausse d'environ 5 milliards cette année et 7 milliards l'an prochain. Christopher Dembik (Pictet) estime que certaines entreprises pourraient voir leur coût de refinancement approcher 6,5 à 7 %.
Un marché qui manque d'acheteurs n'est pas victime d'un complot : il constate qu'un emprunteur promet beaucoup et corrige peu. Et l'addition ne s'arrête pas à l'État, puisque la prime de risque souveraine renchérit le crédit de l'entrepreneur qui, lui, n'a jamais eu la planche à billets. Le contribuable de 2027 paiera les intérêts de la prudence que le politique de 2026 n'a pas eue.
Sources : Zonebourse (Reuters), BFM Bourse, 21 octobre 2026. L'écart OAT-Bund varie de quelques points de base selon l'heure et la source ; les projections de coût de refinancement sont l'estimation d'un analyste.
D'après ABC Bourse, Moody's, qui note la France Aa3 avec perspective négative, rend son verdict vendredi 23 octobre ; S&P et Fitch l'ont déjà ramenée à A+ avec perspective stable. La plupart des économistes attendent une dégradation d'un cran à A1, scénario jugé « très plausible » par Éric Dor ; l'agence pourrait aussi ne rien changer en attendant le budget 2027. Le déficit public est de 5,1 % du PIB en 2025, attendu à 5,4 % en 2026 pour un objectif de 5 % en 2027, et la dette pourrait atteindre 121,7 % du PIB. Le PIB a reculé de 0,2 % au premier trimestre et stagné au deuxième. Bercy répond que « la consolidation budgétaire est la seule voie et l'unique réponse crédible aux marchés ».
Le ministère a raison sur la formule et tort sur la méthode : une consolidation qui repose pour 60 % sur des prélèvements, comme le notait l'édition de mardi, n'en est pas une. Une note dégradée ne fait que traduire en lettre ce que les prêteurs ont déjà inscrit en pourcentage ; la seule réponse crédible reste la dépense qui baisse, pas l'effort qui s'additionne.
Source : ABC Bourse, 21 octobre 2026. Les scénarios sont ceux des économistes cités ; Moody's n'a rien publié à l'heure de la rédaction.
Dans Contrepoints, Jean-Philippe Delsol estime que la première semaine d'examen du projet de loi de finances 2027 a creusé le déficit de 10 milliards d'euros, les députés ayant notamment refusé d'abaisser de 4 400 à 3 000 euros le plafond de l'abattement de 10 % sur les pensions. Il juge probable qu'il n'y ait pas de budget avant longtemps et que l'exécutif recoure à une loi spéciale, comme en 2025 et 2026. Selon Daybreak Wire, la charge d'intérêts passerait de 64,7 milliards en 2025 à 79,2 milliards en 2026 puis 91,2 milliards en 2027, soit environ 250 millions d'euros par jour ; les débats reprennent le 27 octobre et le vote sur l'ensemble est prévu autour du 17 novembre.
Il est piquant de voir la Chambre refuser un milliard et demi de recettes au moment où elle dit vouloir rassurer les marchés. Mais l'absence de budget n'est pas une catastrophe en soi : une loi spéciale reconduit les crédits, et c'est peut-être la seule occasion de constater que l'État tient sans surcroît de dépenses. Montesquieu l'avait compris : mieux vaut peu de lois que des lois sans cesse changées.
Sources : Contrepoints (J.-P. Delsol, 20 octobre, mis à jour le 21), Daybreak Wire (18 octobre 2026). Les 10 milliards sont l'estimation de l'auteur, non un chiffrage officiel ; les projections d'intérêts sont rapportées par Daybreak Wire.
D'après LCP, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 vise un déficit de 12,7 milliards d'euros contre 21,8 milliards en 2026, avec pour mesure phare la désindexation des retraites : seules les pensions de base jusqu'à 1 260 euros suivraient l'inflation en janvier, le gel des pensions supérieures rapportant environ 4 milliards selon le gouvernement. Les députés, du RN à LFI en passant par le PS, ont supprimé l'article en commission. Weka précise que l'Ondam progresserait de 2 % et que l'examen à l'Assemblée court du 20 au 26 octobre. Par ailleurs, selon Contrepoints, les décrets d'application de la loi de financement 2026 limiteraient le cumul emploi-retraite dès le 1er janvier 2027 pour les nouveaux retraités, avec un gain espéré de 2 milliards en 2030.
On gèle les pensions de ceux qui ont cotisé et l'on décourage de travailler ceux qui le veulent encore : voilà une politique qui économise sur le revenu et taxe l'effort. Un État qui ne tient pas ses comptes se rabat toujours sur la liberté de ses citoyens, en l'occurrence celle de choisir quand cesser de produire. La capitalisation, elle, ne dépend d'aucun décret annuel.
Sources : LCP (16 octobre 2026), Weka, Contrepoints (J.-P. Delsol, 21 octobre 2026). Le chiffrage de 2 milliards est celui du ministre du Travail rapporté par Contrepoints ; le texte peut encore être modifié en séance.
Selon Renseignement Économique, le CAC 40 a clôturé mercredi en hausse d'environ 1,1 % à 7 921,68 points, malgré un Carrefour en baisse de 13,8 % après un avertissement sur ses résultats, tandis qu'EssilorLuxottica gagnait 15,5 % grâce à un chiffre d'affaires supérieur aux attentes. D'après BFM Bourse, le groupe estime que les violences des 17 et 18 octobre réduiront son résultat opérationnel courant 2026 de 80 à 200 millions d'euros et abaisse ses objectifs : croissance du résultat opérationnel courant ramenée à 0-0,15 point, contre 0,25 point, et bénéfice par action désormais « stable ou légèrement en hausse ». Les ventes du troisième trimestre ressortent à 22,69 milliards d'euros, en hausse de 2,3 % à périmètre comparable.
Le même jour, la Bourse récompense un groupe de lunettes et sanctionne un distributeur dont les magasins ont été pillés : le marché, lui, ne se trompe pas de cible. Les 80 à 200 millions de manque à gagner sont le coût privé d'une défaillance publique, celle de la protection des biens, première mission de l'État. Il serait honnête de le facturer à ceux qui l'ont négligée, plutôt qu'aux actionnaires.
Sources : Renseignement Économique, BFM Bourse, 21-22 octobre 2026. Le cours de Carrefour variait selon l'heure (-13,8 % à la clôture selon la première source, -14,5 % en milieu de matinée jeudi selon la seconde) ; l'estimation du coût est celle du groupe.
D'après Investrade, Wall Street a clôturé mercredi en hausse : Dow Jones à 52 857 points (+0,69 %), S&P 500 à 7 757 (+0,59 %) et Nasdaq à 26 702 (+1,05 %), portés par SpaceX, dont le chiffre d'affaires du troisième trimestre ressort à 14,6 milliards de dollars (+161 % sur un an) pour un bénéfice net de 4,4 milliards, et par Super Micro, qui relève fortement ses prévisions. Le rendement du Trésor à dix ans s'établit autour de 5,15 %, et la Fed se réunit les 27 et 28 octobre. Côté énergie, Nation Thailand indique que le Brent a clôturé à 108,82 dollars et le WTI à 97,15 dollars, les stocks américains de brut ayant reculé de 3,06 millions de barils alors que les attaques de navires se poursuivent près d'Ormuz.
Un taux à 5,15 % et des indices à des sommets : le marché parie que quelques entreprises d'intelligence artificielle justifieront seules le coût du capital. C'est possible, et ce sont des entreprises privées qui prennent ce risque avec l'argent de leurs actionnaires, ce qui change tout. Le baril, lui, rappelle que la liberté de navigation est le premier des biens communs de l'économie.
Sources : Investrade (21 octobre 2026), Nation Thailand (21 octobre 2026). Les niveaux de clôture sont ceux d'Investrade ; les résultats de Tesla et Meta, publiés après la clôture, n'étaient pas connus à la rédaction.