« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #212 · Mardi 20 octobre 2026
Mardi de la note en suspens : Moody's rend son verdict vendredi pendant que l'écart OAT-Bund frôle son record de 2012, le chômage partiel à 100 % entre en vigueur pour des commerçants dont le nombre de sinistrés varie de 1 500 à 3 000 selon qui compte, le budget 2027 promet 54 milliards d'effort sans baisse de la dépense, Wall Street rebondit par la seule technologie pendant que Paris et Francfort reculent, les entreprises continuent d'investir, et Poutine rêve d'un sommet à trois sans Kiev.

1
Chômage partiel à 100 % : 1 500 ou 3 000 commerces sinistrés ?

Selon Les Échos+, le chômage partiel à 100 % démarre ce mardi 20 octobre par instruction ministérielle, Sébastien Lecornu ayant refusé de « commencer à 70 % ». Le journal note qu'on ignore encore si ce taux vise le salaire net, le brut ou le remboursement de l'employeur, alors que le dispositif ordinaire verse 60 % du brut. Les cotisations sociales et impôts sont reportés, non annulés, et la taille du fonds de soutien n'est pas fixée. Le comptage lui-même diverge : TPE Actu rapporte que la Confédération des commerçants de France évalue à près de 1 500 les boutiques touchées, quand le ministre du Commerce Serge Papin en retient au moins 3 000. Alain Di Crescenzo (CCI France) parle de « centaines de millions d'euros » ; les émeutes de 2023 avaient coûté 793 millions aux assureurs, pour environ 17 000 sinistres (France Assureurs).

Un État qui promet « 100 % » avant d'avoir défini l'assiette, l'éligibilité et la durée gouverne par l'annonce. Les commerçants n'ont pas besoin d'un slogan, mais d'assureurs qui paient vite et d'une police qui protège avant la casse. Le premier devoir de l'État reste de garantir la propriété ; l'indemnisation, elle, viendra du contribuable, c'est-à-dire des victimes de demain.

Sources : Les Échos+, TPE Actu, 19 octobre 2026. Les estimations de sinistrés (1 500 pour la CCF, 3 000 pour le ministre) et de coût sont provisoires et non recoupées ; le sens exact du « 100 % » est présenté comme non précisé par Les Échos+.

2
Moody's vendredi : A1, statu quo ou perspective stable ?

D'après Selectra, Moody's publiera sa revue de la note française le vendredi 23 octobre : maintien à Aa3 avec perspective négative, abaissement à A1 ou retour à une perspective stable, sans qu'aucune issue puisse être prédite. Moody's est la seule des trois grandes agences à classer encore la France dans la catégorie Aa ; Fitch et S&P la notent A+ avec perspective stable, les prochaines revues étant fixées au 27 novembre pour S&P. Côté marché, Renseignement Économique relève un rendement de l'OAT à dix ans passé de 4,80 à 4,92 % lundi, soit 1,48 point d'écart avec le Bund, tout près du record de 2012 (1,50 point). Pour les emprunteurs immobiliers, Selectra rappelle qu'un prêt à taux fixe signé garde son taux jusqu'au dernier remboursement, mais qu'un simple accord de principe n'est pas verrouillé.

Une note n'est qu'un thermomètre, et casser le thermomètre n'a jamais guéri personne. Si Moody's s'aligne sur ses homologues, on dira que le marché l'avait « déjà intégré » ; c'est précisément l'aveu que les taux, eux, ont déjà rendu leur jugement. Le seul vrai chantier est celui que ni Matignon ni les agences ne peuvent faire à notre place : dépenser moins.

Sources : Selectra (14 octobre 2026), Renseignement Économique (19 octobre 2026). La table des notes est celle publiée par Selectra au 12 octobre ; les niveaux de taux varient légèrement selon l'heure et la source.

3
Budget 2027 : 54 milliards d'« effort », et la dépense qui continue de monter

À quelques jours du verdict de Moody's, l'IREF rappelle que, selon les propres prévisions du gouvernement, la dépense publique progressera de 0,6 % en volume en 2027. Les 54 milliards d'effort comparent le budget à un scénario sans mesure et additionnent recettes nouvelles et dépenses moins dynamiques ; pour l'effort structurel de 28 milliards, le Haut Conseil des finances publiques compte 17 milliards de recettes et 11 milliards d'économies, soit environ 60 % de prélèvements. Dans Contrepoints, Erwan Le Noan chiffre la dépense publique à 1 782 milliards d'euros, contre 1 742 aujourd'hui, les prélèvements obligatoires passant de 43,9 à 44,2 % du PIB et la dette atteignant 121,7 % du PIB.

« Changer le vocabulaire ne changera pas la facture », résume Erwan Le Noan. Une « économie » mesurée par rapport à une hausse que l'on avait soi-même programmée est l'une des plus belles inventions de la comptabilité publique : on dépense plus, on déclare avoir économisé, et l'on s'étonne que les prêteurs, eux, sachent compter.

Sources : IREF (2 octobre 2026, mis à jour le 6), Contrepoints (Erwan Le Noan, 1er octobre 2026). Chiffres issus du projet de loi de finances et de l'avis du HCFP tels que rapportés par ces deux publications.

4
Wall Street rebondit par la technologie, l'Europe recule, l'immobilier américain s'enlise

Selon 24/7 Wall St., le S&P 500 a progressé d'environ 0,66 % lundi (7 709,63 points) et le Nasdaq de 1,35 %, alors que le Dow Jones était quasi inchangé ; TheStreet donne des variations un peu plus faibles (+0,41 % et +1,1 %), les chiffres variant selon l'heure de relevé. Le DAX a cédé 1,77 % selon 24/7 Wall St. Aux États-Unis, TheStreet signale aussi la confiance des constructeurs de logements (indice NAHB) à 29, son plus bas niveau depuis juin 2012, et un taux hypothécaire moyen à 30 ans de 7,40 %, au plus haut depuis près de trois ans. Les résultats de GE Aerospace, Netflix et SpaceX sont attendus ce mardi, ceux de Tesla, Meta et IBM mercredi.

Une hausse portée par quelques valeurs technologiques pendant que l'immobilier plonge n'est pas une bonne nouvelle, c'est un déséquilibre. Quand le coût du crédit grimpe partout, on découvre que la dette bon marché n'était qu'un prêt consenti par l'avenir, et que celui-ci réclame toujours ses intérêts.

Sources : 24/7 Wall St., TheStreet, 19 octobre 2026. Les variations de clôture diffèrent selon les sources ; l'interprétation de la rédaction n'est pas chiffrée par elles.

5
Les entreprises, elles, investissent : Alstom à Hanoï, Carrefour rachète Codifrance

Pendant que la politique s'enflamme, les entreprises continuent de commercer. D'après Zonebourse (Dow Jones), Alstom a remporté une commande d'environ 800 millions d'euros au Vietnam pour fournir des rames Metropolis aux projets de métro de Hanoï, dans le cadre d'un accord avec Vingroup annoncé le 6 octobre. Carrefour est convenu avec le belge Colruyt d'acquérir Codifrance, fournisseur de commerçants indépendants, pour une valeur d'entreprise de 152 millions d'euros. Citi a par ailleurs relevé Euronext à « achat », avec un objectif de cours porté de 156 à 200 euros. MoneyVox signale que Carrefour, EssilorLuxottica et Michelin publient aujourd'hui leur chiffre d'affaires trimestriel.

Voilà la meilleure réponse à ceux qui confondent l'économie et le gouvernement : un contrat à Hanoï ou un rachat négocié entre deux groupes ne dépendent d'aucun fonds de soutien. Ce sont des échanges volontaires, financés par des clients et des actionnaires. L'État ferait bien d'y voir un modèle, et non un gisement fiscal.

Sources : Zonebourse/Dow Jones (19 octobre 2026), MoneyVox (19 octobre 2026). Annonces d'entreprises rapportées par ces médias ; les résultats trimestriels de mardi n'étaient pas encore disponibles à la rédaction.

6
Poutine propose un sommet à trois, pétrole toujours sous pression

D'après le Wall Street Journal, cité par Zonebourse (Dow Jones), Vladimir Poutine a proposé une rencontre le mois prochain avec Donald Trump et Xi Jinping sur l'Ukraine, sans Volodymyr Zelensky, ce qui serait inédit. Sur le front énergétique, TheStreet indique que le WTI a gagné environ 2,4 % vers 103,73 dollars le baril après six attaques revendiquées par les Houthis contre des cibles saoudiennes en deux jours, malgré l'assouplissement par Washington de sanctions sur la Russie, dont l'effet sera évalué sur jusqu'à 60 jours selon Marco Rubio. Dix attaques contre des navires marchands ont été signalées près d'Ormuz la semaine dernière, octobre étant le mois le plus chargé depuis mars, et la proposition iranienne d'un cessez-le-feu de sept jours reste conditionnée à la levée du blocus naval américain.

Un sommet de grandes puissances sur le sort d'un pays tiers sans ce pays à la table : l'histoire européenne connaît le genre, de Vienne à Yalta, et rarement à l'avantage des petits. Les prix de l'énergie, eux, rappellent que la sécurité des détroits vaut plus que bien des plans de transition : c'est la liberté de circuler qui nourrit le commerce.

Sources : Zonebourse/Dow Jones (d'après le Wall Street Journal), TheStreet, 19 octobre 2026. La proposition de sommet est rapportée d'après le WSJ et n'a pas été confirmée par les parties dans les sources citées ; les cours pétroliers varient selon l'heure.

Le chiffre du jour
1,48 point
C'est l'écart de rendement entre l'OAT française et le Bund allemand à dix ans à la clôture de lundi, tout près du record de 2012 (1,50 point).
Source : Renseignement Économique, 19 octobre 2026.
La citation
« Le meilleur de tous les plans de finances est de dépenser peu, et le meilleur de tous les impôts est le plus petit. »
— Jean-Baptiste Say (1767-1832), Traité d'économie politique, 1803

Trois lectures pour aujourd'hui