« Là où il n'y a pas de liberté économique, il n'y a pas de liberté politique. » – Milton Friedman
Édition #201 · Mardi 6 octobre 2026
Mardi des budgets en trompe-l'œil : Contrepoints dénonce un projet de loi de finances 2027 « fallacieux » où la dépense publique reste à 56,9 % du PIB, l'écart de taux avec l'Allemagne atteint 120 points de base, le Royaume-Uni voit fuir 160 milliards de dollars de fortunes pendant que la taxe française sur les hauts patrimoines rapporterait 75 % de moins que promis, le contre-budget du RN est passé au crible, Schneider Electric s'offre PTC pour plus de 20 milliards d'euros et la Bourse de Paris salue le tout d'un modeste +0,33 %.

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Budget 2027 : un projet « fallacieux », selon Jean-Philippe Delsol, avec une dépense publique à 56,9 % du PIB

Dans Contrepoints, Jean-Philippe Delsol relève que la dépense publique atteindrait 56,9 % du PIB en 2027, contre 56,6 % en 2025. Selon ses chiffres, la dépense primaire progresserait de 28,5 milliards d'euros (de 1 662,5 à 1 691 milliards), les dépenses sociales de 2 % (de 816,6 à 833,8 milliards), et les intérêts de la dette atteindraient 91,2 milliards d'euros pour une dette de 3 595,5 milliards, soit 119 % du PIB. L'auteur observe que le communiqué officiel annonce « aucune hausse générale des principaux impôts », tout en reconduisant une surtaxe de 5 milliards sur les bénéfices des grandes entreprises, et chiffre à 37,6 milliards d'euros les surcoûts supportés par les Français.

Le talent d'un budget réside parfois dans l'art du vocabulaire : on ne « crée » pas un impôt, on « reconduit une contribution exceptionnelle », et l'on ne dépense pas plus, on « maîtrise la progression ». Il s'agit ici de l'analyse d'un éditorialiste libéral, que le Parlement aura à confirmer ou à contredire, mais l'enseignement est classique : tant que la part de la dépense dans la richesse nationale ne baisse pas, il n'y a pas d'économies, seulement des priorités déplacées. Bastiat aurait tout de suite cherché ce que l'on ne voit pas : les investissements privés qui n'auront pas lieu.

Sources : Contrepoints (Jean-Philippe Delsol), 4 octobre 2026.

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Le spread OAT-Bund à 120 points de base : le « message sévère » des investisseurs

Selon Philippe Alezard dans Contrepoints, l'écart entre les rendements à dix ans de la France et de l'Allemagne atteint 120 points de base, un niveau inédit depuis la crise de 2011. L'auteur rappelle que la dette publique française s'établit à 119 % du PIB, que la charge de la dette est estimée à 72,9 milliards d'euros en 2027 et pourrait dépasser 100 milliards en 2030. Il précise que ce spread ne signale pas un risque immédiat de défaut, la note restant « investment grade », mais qu'il reflète « une décision de risque et d'allocation » et que le message des investisseurs est sévère.

Le marché obligataire est le seul électeur qui ne se laisse pas convaincre par un communiqué. Il n'insulte pas, il ne manifeste pas, il réclame simplement un peu plus de rendement pour prêter à qui promet beaucoup et corrige peu. Notons que les estimations de charge de la dette varient d'un document à l'autre (l'article de Delsol évoque 91,2 milliards en 2027, celui d'Alezard 72,9 milliards), ce qui est en soi un symptôme : quand l'État lui-même peine à dire ce que lui coûtera son passé, le créancier a quelque raison de se montrer prudent.

Sources : Contrepoints (Philippe Alezard), 5 octobre 2026.

3
Fiscalité des plus riches : l'avertissement britannique, 160 milliards de dollars de fortunes en fuite

Julien Lamon avertit dans Contrepoints que, selon les chiffres qu'il cite, 160 milliards de dollars de richesse d'ultra-riches auraient quitté le Royaume-Uni en deux ans, depuis l'arrivée du Labour au pouvoir en 2024 et le relèvement de la fiscalité sur les successions et le capital-investissement. Il met en regard la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) en France : 1,9 milliard d'euros de rendement promis, environ 500 millions de rendement réel selon le rapport Juvin de septembre 2026, soit une baisse de 75 %, dans un PLF 2027 qui comporte 17 milliards d'euros de mesures fiscales nouvelles.

« Au-delà d'un certain point, les contribuables les plus riches ne s'adaptent plus : ils s'en vont », écrit l'auteur. On peut contester l'ampleur du chiffre britannique, qui est une estimation et non une mesure, mais l'écart entre rendement annoncé et rendement constaté de la CDHR parle de lui-même. Les assiettes fiscales ne sont pas des carrières de pierre : elles ont des jambes, un passeport et, souvent, un conseiller qui connaît les taux de Lisbonne, de Milan ou de Dubaï. Taxer ce qui peut partir n'a jamais enrichi ceux qui restent.

Sources : Contrepoints (Julien Lamon), 6 octobre 2026.

4
Contre-budget du RN : « des économies en trompe-l'œil, des impôts bien réels », juge Nicolas Lecaussin

Nicolas Lecaussin examine dans Contrepoints le programme financier présenté par Marine Le Pen et Jordan Bardella, qui promet « 140 milliards d'euros nets d'économies d'ici 2032 ». Selon lui, environ la moitié des mesures ne sont pas détaillées ; le contre-budget fait reposer 35 % du redressement sur 31 milliards d'euros de recettes nouvelles (taxe sur les rachats d'actions, taxe sur les transactions financières, « impôt sur la fortune financière ») ; et rien n'est proposé sur les 5,85 millions de fonctionnaires ni sur l'assurance maladie (834 milliards d'euros).

L'opposition a ceci de commode qu'elle n'a pas encore à gouverner ; l'exercice de vérité n'en est que plus utile. Un programme qui chiffre est préférable à un programme qui promet, mais un redressement dont plus du tiers vient de nouveaux prélèvements et qui laisse intacts les deux plus gros postes de dépense reste, du point de vue libéral, une variation sur le thème dominant : l'impôt d'abord, la réforme plus tard. Il s'agit là de l'analyse d'un seul auteur, qu'il conviendra de confronter à la réponse du RN.

Sources : Contrepoints (Nicolas Lecaussin), 6 octobre 2026.

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Schneider Electric s'offre PTC pour plus de 20 milliards d'euros, sa plus grosse acquisition, et le marché sanctionne

Selon Boursorama, le groupe français Schneider Electric acquiert l'éditeur américain de logiciels industriels PTC, basé à Boston, pour plus de 20 milliards d'euros, la plus importante opération de son histoire, annoncée le 5 octobre au soir. Le palmarès du SBF 120 relevé par Boursorama place Schneider Electric en dernière position, avec un recul de 9,97 %.

Le marché a ceci de salutaire qu'il juge les stratégies sans égard pour leur élégance : un acheteur qui paie 20 milliards doit convaincre ses actionnaires que le prix sera rentabilisé, et la sanction immédiate est la forme la plus rapide de contrôle de gestion. Dans un pays où l'investissement le plus massif est d'ordinaire celui de l'État, on notera qu'une entreprise française met ses propres fonds, et ceux de ses actionnaires, sur la table pour acheter de la technologie américaine plutôt que de réclamer une subvention. Le risque est le sien, et c'est précisément ce qui rend l'exercice sain.

Sources : Boursorama, 5-6 octobre 2026.

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Marchés : record du Nasdaq à 27 544 points, Paris en hausse de 0,33 %, malgré les inquiétudes sur les finances françaises

D'après le point mondial de Boursorama (AFP) du 5 octobre, le CAC 40 gagnait 0,33 % et le DAX 0,76 %, dans un marché partagé entre les inquiétudes sur les finances publiques françaises, les élections anticipées en Espagne et les résultats du premier tour de la présidentielle brésilienne, qui ont fait bondir la Bourse de São Paulo. Le Brent s'établissait à 98,39 dollars le baril et l'once d'or à 4 160,98 dollars. À New York, Wall Street a clôturé en hausse, le Nasdaq progressant de 1,05 % à un record de 27 544,06 points et le Dow Jones de 0,18 %, malgré des taux obligataires toujours élevés.

Il y a quelque chose de piquant à voir les valeurs technologiques américaines battre des records pendant que les États, eux, négocient leur crédit au prix fort. Le capital va là où il est le mieux traité et où l'innovation n'a pas à demander la permission, et la comparaison des trajectoires, Nasdaq à son sommet et OAT sous surveillance, vaut tous les discours sur la compétitivité. Une séance ne fait pas une tendance, et l'on se gardera de tirer des conclusions d'un lundi ; mais l'écart d'humeur est instructif.

Sources : Boursorama (AFP), 5 octobre 2026.

Le chiffre du jour
− 75 %
C'est la baisse du rendement réel de la contribution différentielle sur les hauts revenus (CDHR) par rapport au rendement promis : environ 500 millions d'euros constatés contre 1,9 milliard annoncés, selon le rapport Juvin de septembre 2026 cité par Julien Lamon.
Source : Contrepoints, 6 octobre 2026.
La citation
« La loi, c'est l'organisation collective du droit individuel de légitime défense. »
— Frédéric Bastiat (1801-1850), La Loi, 1850

Trois lectures pour aujourd'hui