Le taux de l'OAT à dix ans a touché 4,27 % le 2 septembre, son plus haut niveau depuis la crise financière de 2008 — le pic de novembre 2008 avoisinait 4,20 %. Le seuil symbolique des 4 % avait été franchi le 18 août et n'a plus été quitté depuis. Le fait notable n'est pas le niveau absolu, largement imputable à la remontée du pétrole et aux anticipations d'inflation : c'est la position relative. La Grèce se finance à 4,07 %. L'écart avec le Bund allemand, meilleure mesure de la défiance spécifique envers Paris, oscille depuis plusieurs semaines entre 74 et 79 points de base. Ce vendredi, le taux d'emprunt français approchait 4,3 %.
Athènes a fait défaut il y a quatorze ans. Elle a subi trois plans d'ajustement, une amputation de sa dette privée, une contraction cumulée du PIB de plus de vingt-cinq pour cent et une décennie d'humiliation européenne. Elle dégage aujourd'hui un excédent primaire et rembourse ses créanciers officiels par anticipation. Nous, nous n'avons rien subi du tout, et c'est précisément le problème : le marché ne compare pas les vertus passées, il compare les trajectoires. Une dette qui décroît sous contrainte inspire plus confiance qu'une dette qui croît par consentement. Le spread n'est pas une injustice faite à la France, c'est une information sur la France — et la seule institution qui la produise encore sans être soumise à un calendrier électoral. On peut détester les marchés obligataires ; il faut reconnaître qu'ils lisent les documents budgétaires, ce qui n'est pas donné à tout le monde.
Sources : Le Journal de la Finance ; Echos Plus ; Journal du Coin ; Boursorama, actualité économique du 4 septembre 2026.
Les indices américains ont nettement rebondi jeudi après que le gouverneur de la Réserve fédérale Christopher Waller a indiqué qu'il pourrait se prononcer en faveur d'un maintien des taux lors de la réunion du 17 septembre. Le Nasdaq Composite a gagné 1,23 % à 26 541,45 points, le S&P 500 0,93 % à 7 737,70 et le Dow Jones 1,15 % à 53 673,94. Tout cela à la veille du rapport mensuel sur l'emploi non agricole, publié ce vendredi, après un ADP tombé à 38 000 créations dans le privé en août.
Une séance qui progresse de plus d'un pour cent parce qu'un gouverneur a laissé entendre qu'il ne ferait rien : voilà résumée la pathologie de la finance contemporaine. Nous avons construit un système où la principale variable de valorisation des entreprises cotées n'est ni leur chiffre d'affaires ni leur marge, mais l'humeur exégétique de douze personnes réunies à huis clos. Hayek avait un mot pour cela — la prétention à la connaissance — mais il visait alors des planificateurs qui fixaient des quantités ; nous en sommes à des planificateurs qui fixent le prix du temps, ce qui est plus grave, car le taux d'intérêt est le seul signal qui relie le présent à l'avenir. Notons tout de même la lueur : Waller est en désaccord public avec une partie du comité. Une banque centrale divisée est infiniment préférable à une banque centrale unanime.
Sources : Boursorama / Reuters, 3 septembre 2026 ; Yahoo Finance, Stock Market News du 3 septembre 2026.
Un sondage Reuters publié le 3 septembre conclut que la Banque centrale européenne relèvera sa facilité de dépôt à 2,50 % lors de sa réunion des 9 et 10 septembre, tenue exceptionnellement à Berlin. Ce serait la deuxième hausse de l'année, largement anticipée et clairement télégraphiée. L'inflation de la zone euro est remontée à 3,3 % en août, tirée par l'énergie. La réunion s'accompagne des projections trimestrielles de l'Eurosystème, qui devraient relever la croissance de 0,1 point, à 0,9 % pour 2026 et 1,3 % pour 2027.
Il faut mesurer le chemin parcouru. En janvier, le consensus des économistes de marché promettait trois baisses de taux en 2026 et un retour durable sous les 2 % d'inflation. Nous aurons eu deux hausses et une inflation à 3,3 %. Cette erreur n'est pas anecdotique : elle rappelle que les modèles de prévision des banques centrales sont construits sur des séries statistiques qui supposent la stabilité de l'ordre géopolitique et énergétique — c'est-à-dire précisément ce qui a cessé d'être vrai. L'honnêteté commanderait de dire que personne ne sait, et d'ancrer la politique monétaire sur une règle plutôt que sur un jugement. Friedman avait proposé une règle de croissance monétaire constante ; on l'a écartée parce qu'elle était trop rigide. On lui préfère depuis quarante ans une discrétion qui se révèle surtout trop souple pour être crédible et trop imprévisible pour être utile.
Sources : France Épargne, sondage Reuters du 3 septembre 2026 ; Boursorama, « Une BCE vigilante », 3 septembre 2026.
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a lancé une « opération Economic Outcast », qualifiée d'assaut mondial contre les connexions financières de Téhéran. Plus de mille personnes, navires et aéronefs ont été placés sous sanctions, visant le commerce pétrolier, le système bancaire parallèle et les réseaux maritimes iraniens. Bessent a précisé que la Chine ne serait pas exemptée : les entités qui transforment le pétrole iranien en devises seront ciblées. Les effets sont réels — le FMI attend une inflation iranienne de 68,9 % en 2026, la plus élevée depuis 1979, et une contraction du PIB de 5,4 %. Le Brent, lui, s'est établi à 95,32 dollars après les attaques du 1er septembre dans le détroit d'Ormuz.
Le libéral se trouve ici dans une position inconfortable qu'il vaut mieux assumer que dissimuler. Les sanctions sont une restriction d'échange, et toute restriction d'échange appauvrit les deux parties ; l'inflation à 87,9 % sur les prix alimentaires iraniens ne frappe pas les gardiens de la révolution, elle frappe des familles de Tabriz. Mais l'argument décisif est ailleurs : les sanctions secondaires — celles qui punissent les tiers — transforment le dollar d'infrastructure neutre en instrument de politique étrangère. Chaque usage de cette arme en accélère l'obsolescence, en poussant Pékin, New Delhi et Riyad à construire les tuyaux qui permettront de s'en passer. Washington dépense aujourd'hui, contre un adversaire régional, un capital de confiance monétaire accumulé depuis Bretton Woods. C'est peut-être un bon calcul tactique. Ce serait, à coup sûr, une ruineuse stratégie.
Sources : Al Jazeera, 24 août 2026 ; CNBC ; Axios ; NPR ; L'Énergeek, 2 septembre 2026.
Une mission d'information sénatoriale sur le poids des prélèvements obligatoires pesant sur les entreprises, présidée par Martin Lévrier et rapportée par Emmanuel Capus, a adopté le 2 septembre un rapport proposant une loi de programmation fiscale quinquennale, fixée en début de législature et primant sur les lois de finances annuelles — quitte à modifier la Constitution. Le rapport propose également la fin de la surtaxe d'impôt sur les sociétés, de la CVAE et de la C3S. Rappel utile : la suppression de la CVAE, promise pour 2027, a été officiellement reportée à 2030 par la loi de finances pour 2026, qui a par ailleurs reconduit d'un an la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises. Sébastien Lecornu déposera son budget 2027 le 30 septembre, sur une cible de 4,9 % de déficit.
Il y a dans cette proposition l'aveu le plus franc qu'on ait lu depuis longtemps : le Parlement français demande à être protégé contre lui-même. Ce n'est pas ridicule, c'est lucide. L'instabilité fiscale est un impôt invisible qui ne figure sur aucun avis d'imposition et que personne ne chiffre : c'est le coût du renoncement à investir, du projet reporté, du dirigeant qui préfère la trésorerie à la machine parce qu'il ignore quel sera son taux d'imposition dans dix-huit mois. Les économistes appellent cela l'incertitude de politique économique ; les chefs d'entreprise appellent cela le lundi matin. Une remarque toutefois : la stabilité fiscale ne se décrète pas plus qu'elle ne se constitutionnalise. On peut inscrire dans le marbre une trajectoire de recettes, on ne peut pas y inscrire la discipline de dépense qui seule la rend tenable. La règle d'or budgétaire de 2012 dort au Journal officiel depuis quatorze ans. On ne guérit pas d'une addiction en rédigeant une meilleure ordonnance.
Sources : Sénat, mission d'information sur les prélèvements obligatoires des entreprises, rapport du 2 septembre 2026 ; DAF-Mag ; Journal du Net.
Le tarif réglementé de vente s'établit en septembre à 0,2001 euro le kWh TTC en option base, après une hausse de 2,5 % au 1er août. Côté gros, le prix spot moyen s'établissait à 163,6 euros le mégawattheure le 1er septembre. Pour les entreprises, le changement de régime est structurel : l'ARENH a expiré le 31 décembre 2025 et laissé place au Versement nucléaire universel, qui vise un prix moyen d'environ 70 euros le mégawattheure sur quinze ans, contre 42 euros sous l'ancien dispositif. L'accise reste fixée à 25,79 euros le mégawattheure pour la plupart des consommateurs professionnels, avec des allègements sectoriels pour les électro-intensifs et les boulangeries.
Un pays qui produit environ soixante-dix pour cent de son électricité à partir d'un parc nucléaire amorti depuis longtemps, dont le coût marginal de production est parmi les plus bas du continent, et dont les entreprises paient l'électricité au prix du gaz allemand : voilà l'un des plus beaux monuments à la planification énergétique européenne. Le problème n'a jamais été l'ARENH, qui était un pansement, ni le VNU, qui est un pansement plus cher ; le problème est qu'un système où l'État fixe le prix, plafonne le volume, taxe le résultat et subventionne ensuite les victimes de sa propre tarification n'est pas un marché — c'est une administration qui simule un marché, avec les inefficacités des deux. Que l'on distingue les boulangeries des électro-intensifs dans le barème d'accise en dit long : quand la fiscalité descend au niveau du métier, c'est que le prix a cessé de faire son travail.
Sources : Les Furets, barème septembre 2026 ; Selectra, marché de gros ; Opéra Énergie ; Hello Watt.